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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #grundlegung zur metaphysik tag

L'impeachment de Trump, les impostures de W. Walker, Macron, le millénarisme congolais

18 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Le monde autour de nous, #Revue de presse, #Grundlegung zur Metaphysik

Les grands médias impérialistes et leurs divers mentors de l'Establishment veulent la peau de Trump. L'auront-ils ? En tout cas la dernière accusation en date censée déclencher un impeachment est particulièrement ridicule : Trump aurait eu le tort de dire à la Lavrov dans quelle ville Syrie un espion américain a eu des informations, ce qui mettrait en péril la sécurité du système de renseignement sur place... Comme si les grands de ce monde ne laissaient jamais glisser ce genre d'élément dans leurs conversations !

Le combat politique ne cesse jamais. Le Brésil se prépare à recevoir des réfugiés vénézuéliens parce que la logique de guerre civile paraît très avancée dans ce pays. Mais les coups n'atteignent pas que les résistants, car au Brésil, c'est le putchiste Temer qui pourrait avoir bientôt des problèmes avec la justice de son pays.

Dans les Balkans la Serbie s'évertue à répéter que la prétexte de son bombardement (le faux massacre de Racak) en 1999 était un "fake", ce que moi même je n'ai cessé d'écrire of course, mais ça ne sert à rien. Racak avait été monté par le diplomate américain William Walker et l'affaire ressort aujourd'hui alors que celui-ci plaide ouvertement pour la création d'une "Grande Albanie" Tandis que la Macédoine se dote d'un premier ministre pro-OTAN soutenu par la minorité albanaise...

En France, Bayrou, malgré les accusations de l'ex-collaborateur de son groupe Nicolas Grégoire, va plastronner à la Justice. Dans la bonne vieille logique dictatoriale de la Ve République confirmée par Jospin (qui refusa en son temps de placer la présidentielle après la législative), 32 % des Français s'apprêtent à donner une majorité parlementaire à Macron tandis que les médias rivalisent de flagornerie et d'unanimisme (c'est la seule chose qu'ils sachent faire).

L'Afrique, elle, vit toujours à l'heure de l'entrelacement entre politique et spirituel. Hier Ne Muanda Nsemi, patron du groupe Bundu dia Kongo (Union des Ba Kongo), s'est évadé avec 50 personnes d'une prison de Kinshasa. Son groupe (un de ceux qui se battent avec des bâtons contre les mitraillettes de la police), fondé en 1969 veut restaurer l'ancien royaume du Kongo sur l'Afrique de l'Ouest. Nkazi Bazola fut un de ses théoriciens dans les années 80. Le groupe a sur son logo une étoile de David, mais il pense que le dieu d'Israël est propre à ce peuple, de même que Jésus ("Jésus-Christ fils de Dieu, c’est sûrement vrai, mais il n’est que l’enfant des dieux de son peuple circonscrit à sa terre d’Israël, c’est-à-dire qu’il fait partie des grands esprits qui veillent sur ce peuple comme l’est Mfumu Kimbangu pour le peuple Kongo en particulier et Négro-africain en général, parce que si Jésus avait été envoyé pour le monde entier, il ne se serait pas arrêté au Moyen Orient" écrit-un de ses partisans) et recommande de prier et d'invoquer les bisimbi (sirènes, les esprits) et les mbasi (anges). lls s'estiment capables à travers leurs "makesa" de "transformer les grains de mais se transforment en armes redoutables" en réitérant ce qu’ont fait les "chérubins" pour l’ABAKO de Kasa-Vubu le 4 Janvier 1959 en mettant en échec les forces coloniales belges et obtenir l’indépendance du Congo.

Ne Muanda Nsemi est présenté par les médias comme un "chimio-physicien" qui a été deux fois député et par ses adeptes comme la réincarnation d’un esprit supérieur du peuple Kongo qui a été envoyé sur terre pour accomplir une mission. Il aurait été établi "nlongi" (enseignant spirituel) en vision par Simon Kimbangu, guérisseur inspiré capable dans les années 1920 de ressusciter les morts, fondateur du kimbanguisme (mais le kimbanguisme, lui est chrétien), qui avait annoncé le 10 septembre 1921 qu'un instructeur viendra pour écrire un livre sacré (makongo) et préparer, malgré les persécutions auxquelles il fera face, la venue d'un roi (Mfumu)... Ambiance millénariste qui rappelle le XVIIe siècle français...

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Bernadotte et l'occultisme

13 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #XVIIIe siècle - Auteurs et personnalités, #Grundlegung zur Metaphysik

Mlle Lenormand (1768-1843), chiromancienne et cartomancienne célèbre (peut-être avec le Tarot de Marseille revu et corrigé par la lecture du Livre de Thot traduit par Etteila, star de la cartomancie en 1789) de l'époque de la Révolution jusqu'à la Restauration (qui allait jouer un rôle important auprès de Balzac, de Talleyrand, de Napoléon, de melle Adelaïde, soeur de Louis-Philippe, de Guizot, dans une moindre mesure de Robespierre et Saint-Just et qui "mourut vierge comme Newton, le 25 juin 1843 à l'âge de 72 ans" comme le dit Le Figaro du 10 février 1856) prédit au béarnais Jean-Baptiste Jules Bernadotte, encore officier sans prestige, qu'il occuperait un trône (hebdomadaire L'Africain du 14 janv 1934, p. 3). Elle avait hébergé Mme Bernadotte née Eugénie-Désirée Clary (1772-1861), fille d'un aubergiste de Marseille, lorsque son mari n'était encore qu'adjudant-major (il le fut du 30 nov 1792 au 13 fev 1794) de la 53e demi-brigade, nous dit Le Figaro qui cite Francis-Girault. "Celui-ci lui promit, par une lettre dont son neveu est en possession, qu'il la comblerait d'honneurs et lui accorderait 10 000 fr. de rente si sa prophétie se réalisait". Devenu roi sous le nom de Charles XIV il a manqué à sa promesse, mais la reine de Suède, sa veuve, sut s'en souvenir.

Pourquoi est-ce que cette épouse (ex promise de Napoléon et dont la soeur épousa Joseph Bonaparte en 1786) du futur roi connaissait Mlle Lenormand ? Comment s'étaient-elles rencontrées ? Mlle Marianne Lenormand était une orpheline d'Alençon qui s'était mise à l'école d'Etteila ou Etteilla (Jean-Baptiste Alliette ou Aliette suivant les variantes orthographiques). En 1792 ou 93, elle venait à peine d'ouvrir son cabinet à St Germain des Près (3 ans plus tôt). Comment se fait-il qu'elle avait déjà les moyens d'héberger Mme Bernadotte, et pourquoi celle-ci en eût-elle besoin ?

 Dans "Les Cartes à jouer et la Cartomancie" publié en 1854, un certain Boiteau d'Ambly rapporte cette anecdote qu'il a trouvée dans Histoire de Charles Jean XIV, par sarrans jeune, 1845, t. I, p. 50 : « Un aide-de-camp de Bernadotte, depuis maréchal de France (le maréchal Gérard), avait souvent entretenu son général des prédictions de la pythonisse. Parlant un jour des prophéties de cette femme : « Maintenant, dit le colonel, que tout prend une marche extraordinaire, — c'était en janvier 1804, — il serait curieux de savoir ce qu'elle aurait à nous raconter. Voulez-vous faire « sa connaissance? Volontiers, répondit Bernadotte. Et, le lendemain, les deux hommes de guerre « arrivent ensemble chez l'oracle féminin. Le colonel présente son général comme un riche négociant qui désire interroger la sorcière sur le sort réservé à quelques opérations commerciales qu'il va tenter sur diverses places d'Allemagne : « Monsieur, dit-elle, vous n'êtes point négociant; vous êtes militaire et même dans les hauts grades. » Sur les assurances qu'on lui donna du contraire, elle sourit, hocha la tête et continua : « Eh bien ! monsieur, si vous vous livrez à des « opérations de commerce, le succès ne couronnera pas vos entreprises, et vous serez forcé de les abandonner pour suivre la route qui vous est tracée par le destin. » Elle reprend les cartes, les « examine de nouveau, et, paraissant les combiner « avec une attention profonde : « Monsieur, poursuit-elle, non-seulement vous êtes dans les hauts grades militaires, mais vous êtes ou vous serez parent de l'Empereur. » — De quel empereur? s'écrièrent à la fois Bernadotte et Gérard.-« Je « voulais dire-du premier consul. Mais bientôt vous « le verrez empereur. » Puis ses doigts se promènent sur les points cabalistiques; elle paraît « frappée d'une nouvelle vision et s'écrie d'un ton « inspiré et solennel : « Oui, il sera empereur ; mais voilà quelques nuages qui vous séparent. » Bernadotte jette un regard d'intelligence sur Gérard. La devineresse poursuit : « Il n'a pourtant aucun « éloignement pour vous, et vous éprouvez de l'affection pour lui. Ah! comme son étoile monte ! » « Elle s'arrête un instant et sa figure semble s'allonger de surprise ; puis elle reprend avec force : « Monsieur, il faut éviter de vous brouiller avec lui ; car il sera bien puissant ; il verra tout le « monde à ses pieds; et vous, loin, bien loin de lui, vous serez roi. Oui, répéta-t-elle, vous serez roi. » Elle se tut, et, comme le silence se pro« longeait : Hé bien ? dit Gérard. — « Je n'en puis annoncer davantage, car je ne vois plus rien.» « Le nom de la devineresse n'est pas indiqué; « mais, continue l'auteur, que ce fût ou ne fût pas Mlle Marianne Le Normand, l'histoire n'en est pas moins singulière.»»

Effectivement cette voyante n'était pas Mlle Lenormand (puisque celle-ci connaissait Bernadotte depuis 1792 ou 93), mais voilà bien la preuve que Bernadotte en visita plusieurs de cette profession.

Il semble que le contact avec les pythonisses ne fût pas le seul rapport entre le républicain Bernadotte (qui avait le slogan "mort aux rois" et le bonnet phrygien tatoués sur le bras) et le monde de l'occultisme. En 1789, alors qu'il était sergent-major, à 34 ans, il avait rencontré le futur sorcier érudit Antoine Fabre d'Olivet, qui avait un an de moins que lui (selon la préface à l'Histoire philosophique du genre humain de cet auteur, edition 1910 p.XVI) et allait le faire entrer au ministère de la guerre dix ans plus tard, sous le directoire, quand lui-même fut ministre (juste avant de devenir le candidat des jacobins à la dictature que finalement Bonaparte allait exercer). Je ne sais rien pour l'heure sur ce qui a permis cette rencontre.

On peut lire dans  La psychologie morbide dans ses rapports avec la philosophie de l'histoire, ou De l'influence des névropathies sur le dynamisme intellectuel / par le docteur Jacques-Joseph Moreau (de Tours),eds V. Masson, Paris, 1859, 1 vol. (XIII-576 p.) p. 541 : "Sur la foi d'une vieille chronique de sa famille, Bernadotte se croyait placé sous l'égide d'une divinité tutélaire. Un jour qu'il avait eu une vive discussion avec son conseil d'État et se trouvant au milieu d'une forêt où la lumière pénétrait à peine, il eut une singulière vision une vieille femme bizarrement vêtue, les cheveux en désordre, bref tout l'accoutrement des sorcières de la légende dont on avait bercé ses premières années, se montra a lui tout à coup et l'engagea à renoncer à certains projets qui, suivant elle, devraient coûter la vie à son fils Oscar. "

Il y a peu La République des Pyrénées parlait de promener un hologramme du roi de Suède dans son musée à Pau. Créer ainsi un revenant serait dans la logique du personnage.

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Les deux derniers mois dans le monde

23 Avril 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

Un beau sujet pour commencer : la pourriture du système financier actuel. Avec un reportage cinglant de 2012 diffusé en mars sur LCP car il reste d'actualité. "Argent sale le poison de la finance", qui montre que les grandes banques ne se contentent pas de tolérer l'argent sale mais aussi proposent leurs services aux mafias. Le docu laisse même entendre que la classe politique est éclaboussé. Il est in extenso ici. Chacun doit songer chaque jour à l'abjection criminelle de notre système financier planétaire avant toute autre considération.

A part ça, comme vous avez pu le voir, je suis resté à l'écart de mon ordinateur pendant la dernière ligne droite de la campagne présidentielle. Il n'est pas nécessaire de revenir là dessus.

En politique intérieure je citerai juste la répression des manifestations chinoises à Paris dont nos médias n'ont pas parlé. « Après le meurtre commis par la police (dont les raisons légitimes ont soulevé des doutes parmi la population locale), 150 personnes sont descendues dans la rue. Un cinquième des manifestants ont été interpellés. Outre le ministère chinois des Affaires étrangères, aucune autre diplomatie ne s'est montrée préoccupée du respect des libertés et de la démocratie, aucune déclaration du Foreign Office ou du Département d'État n'a été rendue publique», a écrit la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères sur sa page Facebook. Ca me semblait mériter une mention sur ce blog.

Evoquons maintenant un peu l'actualité internationale des deux derniers mois.

J'ai continué à observer le durcissement dans le sens du bellicisme de la politique de Trump avec l'envoi de forces spéciales en Somalie et en Afrique de l'Ouest, les menaces à l'égard de la Corée du Nord. Les efforts de réduction de l'engagement américain à l'étranger se limitent pour l'heure à des cas ponctuels comme le retrait programmé des forces américaines d'Ouganda où elles combattaient l'Armée de résistance armée du Seigneur de Joseph Kony, qui a fait presque aussi fort au nom de Jésus que Boko Haram au nom de Mahomet dans l'endoctrinement d'enfants-soldats et la réduction des femmes à l'esclavage mais que Trump ne juge pas dangereux pour la sécurité des Etats-Unis.

Le sénateur Mc Cain n'a pas hésité à accuser le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul d'être vendu à Moscou parce qu'il s'oppose à l'entrée du Montenegro dans l'OTAN. Et Trump est même devenu anti-russe en Syrie, avant même l'affaire début avril de la fuite d'armes chimiques à Idlib (Moscou estime que le régime d'Assad n'a pas balancé des gaz mais bombardé une cache d'armes chimiques rebelles). Dès le 3 avril, Washington avait repris les livraisons d'armes à une nouvelle alliance formée par la CIA contre Al-Nosra dont les troupes sont ensuite potentiellement utilisables pour faire pression sur le gouvernement d'Assad. Difficile de savoir ce qu'il s'est réellement passé. Les services secrets israéliens notamment mettent en doute la réalité de la destruction des stocks d'armes chimiques en 2013 et sont persuadés que le bombardement chimique d'un village à  Khan Cheikhoun d'où étaient parties des attaques qui rompaient le cessez le feu depuis 15 jours sont un avertissement barbare de l'armée d'Assad, de sorte que même en Israël des voix s'élèvent pour mener une action militaire contre Damas alors même que l'Etat islamique et Al Nosra ne sont pas encore éradiqués...

Une revanche sur l'amertume d'Israel d'avoir essuyé une représaille du régime syrien après avoir attaqué un convoi d'armes à destination du Hezbollah libanais le 17 mars près de Palmyre (Damas dit que c'était son armée qui était attaquée) et de voir le gouvernement légal reprendre des positions près du Golan ?

Difficile comme toujours de faire la part des choses dans cette guerre où l'intox est là règle de toutes parts et où il n'y a pas les bons d'un côté et les mauvais de l'autre (voir par exemple cet article où Lenta.ru se demande si le Parti socialiste nationaliste syrien allié du Baas dont l'hymne dans les années 30 fut calqué sur "Deutschland über alles" est un parti nazi).

Des experts soulignent quand même que la version russe est arrivée avec 48 h de retard, que si les rebelles avaient eu des gaz toxiques dans la région d'Idlib ils les auraient utilisés et que les gaz toxiques stockés bombardés se seraient répandus dans l'air assez vite sans provoquer autant de dégâts. Même s'il paraît absurde qu'Assad ait commis ce crime de guerre alors même que Trump venait d'explicitement écarter son renversement, il semble qu'il aurait ainsi voulu "tester" la volonté des Américains mais aussi celle des Russes dont la mainmise sur sa politique intérieure l'inquiète.

Des représentants comme Tulsi Gabbard (D – HI), Barbara Lee (D – CA) et Walter Jones (R – NC) se battent pour faire obstacle au retour des troupes US en Irak et Syrie et au soutien financier aux djihadistes. Ils ont du boulot. En janvier-février, le nombre de civils tués par les frappes occidentales dépasse à nouveau celui de ceux qui sont écrabouillés par les Russes. Et le 22 mars l'intervention des forces spéciales américaines à Tabqa dans la province de Raqqa a surpris tout le monde, tout comme la réplique à l'affaire des armes chimiques (l'envoi de 59 missiles américains sur Shayrat, une petite base aérienne syrienne) juste au moment où Bannon, le conseiller pro-russe de Trump, est évincé du Conseil national de sécurité. Réplique bizarre car 59 missiles pour une petite base, c'est un marteau pour écraser sur une mouche, de la pure propagande. Propagande maladroite d'ailleurs car juste après le tir Trump soulignait qu'il avait prévenu Poutine au téléphone, puis Tillerson se disait "déçu" par la réaction russe, comme s'ils avaient espéré des félicitations de Moscou ! Une attaque disproportionnée et inefficace car dès le lendemain des avions de guerre syrien redécollaient de la base bombardée. Moins de la moitié des missiles avaient atteint la base dont aucun sur le piste comme le montra un drone russe... Un site auquel j'ai collaboré jadis affirme tenir de source sûre que les missiles de Trump ont été délibérément désarmés avant l'attaque et les Russes ont été informés par l'administration américaine pour pouvoir faire évacuer la base à temps, ce qui explique aussi qu'ils n'aient pas intercepté les Tomahawk. Bref il ne se serait agi que d'une gesticulation théatrale pour impressionner l'opposition interne au parti de Trump, et la Corée du Nord.

L'attaque américaine est en tout cas sur le plan des principes une violation scandaleuse du droit international. Les USA n'ont aucune légitimité morale à intervenir dans les affaires syriennes après avoir anéanti une bonne parti de la population irakienne et soutenu les exactions massives du régime saoudien au Yémen et la famine qu'elles entrainent. Et les diplomates font remarquer que cette politique musclée n'incitera ni Moscou ni Pékin à agir pour le désarmement de la Corée du Nord. J'observe d'ailleurs que beaucoup de supporters de Trump comme Nigel Farage ont exprimé leur désapprobation devant son revirement dans l'affaire syrienne. Paul Joseph Watson dont j'appréciais les chroniques pendant la campagne de Trump dit que son ex-héros était finalement plus la marionnette du Deep State (Etat profond) américain que de Poutine et annonce qu'il quitte définitivement le "train de Trump".

En Extrême-Orient Aung San Suu Kyi fait l'autruche sur le massacre des Rohingyas en laissant l'affaire à l'armée, ce qui lui a permis de gagner quelques sièges encore au Parlement birman début avril. Pour elle, la crise à la frontière du Bangladesh, ce sont des musulmans contre des musulmans, et l'impunité de l'armée est un mythe. Il faut dire que l'Etat birman reste en guerre contre les Kachins au Nord depuis 2011, et que les Karens mettent en garde contre une rupture du cessez-le-feu obtenu en 2012. Le Myanmar-Birmanie va d'ailleurs acheter des armes à la Russie pour ne plus dépendre de la Chine dans la lutte contre les guérillas des minorités. Il est vrai que la Chine arme les Kokang, ressortissants d'une région artificiellement rattachée à la Birmanie par l'empire colonial britannique au 19e siècle. Une Crimée chinoise en quelque sorte. On n'en sort jamais des héritages coloniaux empoisonnés.

En Allemagne Merkel se porte toujours bien. Son parti triomphe en Sarre où la perspective d'alliance entre le SPD et Die Linke a effrayé tout le monde.

Dans les Balkans la situation se tend. Après la livraison de Migs russes à la Serbie, le "gouvernement" de Pristina transforme sa milice en armée nationale, et reçoit un désaveu de l'OTAN pour cela, puis retire son projet. L' "Etat" kosovar nationalise aussi les biens publics serbes de la province en méconnaissance des résolutions de l'ONU. Quatre djihadistes albanais au QI sans doute surdéveloppé en mars ont été arrêtés alors qu'ils avaient projeté de faire sauter le pont Rialto à Venise.Les suspects avaient téléchargé depuis internet « des manuels de combat corps à corps comprenant également les techniques d’utilisation des couteaux »...

Heureusement pour la Serbie, l'élection de Vucic dès le premier tour des présidentielles début avril est un facteur de consolidation de son gouvernement. Selon Freedom House, la Serbie fait partie des démocratie "semi-consolidées" comme la Croatie, le Montenegro, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie (qui vient de revoter pour les pro-européens de droite aux législatives, après que leur président socialiste ait de toute façon abandonné ses promesse pro-russes), mais en déclin par rapport à 2015, tandis que, en dessous, la Bosnie, l'Albanie, le Kosovo et la Macédoine sont des régimes "en transition" ou "hybrides".

Beaucoup disent que la guerre reprendrait entre Serbes et Albanais et entre Serbes et Macédoniens si l'UE n'existait pas. Le vocabulaire guerrier est de mise à l'Ouest aussi puisque le ministre de la défense Michael 
Fallon s'est dit prêt à utiliser tous les moyens pour défendre la souveraineté de Gibraltar. Inquiet de ce vocabulaire qui évoque les Malouines, le gouvernement Madrid annonce qu'en représailles il ne fera pas obstacle à l'entrée de l'Ecosse dans l'UE... Retour au vocabulaire du 17e siècle... Mais là cette fois-ci c'est UE qui est responsable de la montée des tensions (comme dans les Balkans dans les années 1990) en laissant à l'Espagne un droit de blocage de Gibraltar dans le cadre des négociations du Brexit. Au Parlement européen l'Espagne a obtenu que Gibraltar soit exclu de la résolution votée, tandis que les indépendantistes catalans faisaient bloc avec les Britanniques.

Une petite parenthèse latino-américaine : Telesur fin mars a eu raison de rendre hommage au combat d'Evo Morales auprès de la cour internationale de justice pour récupérer la bande de 400 km de littoral dont disposait la Bolivie avant que le Chili l'envahisse en 1879. Toutes les communes de Bolivie sont mobilisées dans ce combat qui est un combat juste qui permettrait à la Bolivie d'avoir 2,5 % de croissance du PNB en plus chaque année. Et bien sûr toutes nos félicitations à Lenin Moreno, qui gagne de justesse mais gagne quand même les élections en Equateur, sauvant ainsi la tête de Julian Assange.

Au Venezuela on a suivi la guerre entre le parlement anti-chaviste et la cour suprême bolivarienne. J'ai été saisi début avril par les belles images que montrait Telesur (mais pas nos médias évidemment) de la marche des chavistes à Caracas : une immense avenue noire de monde, toute la jeunesse vénézuélienne prête à défendre sa révolution, tandis que la droite violente bloquait des autoroutes et lançait un raid contre le bureau du Défenseur du Peuple pour exiger sa démission (à l'appel de Capriles, privé de mandat pour 15 ans).

Pendant ce temps la répression violente des manifestants contre la réforme constitutionnelle au Paraguay n'inspire qu'indifférence à l'OEA obsédée par la seule idée d'exclure Caracas de ses rangs.L'Argentine a été plongée dans la même ambiance que le Paraguay avec la grève générale de la CGT péroniste et les manifs pendant le mois de mars. Sauf que Buenos Aires n'en est pas (encore) à l'heure de la répression, seulement à celle des contre-manifs.

Sur le Zimbabwe une grande agence de presse occidentale s'est répandue en intox sur le prétendu ralliement des anciens combattants de la guerre d'indépendance à l'opposition immédiatement démentie par le journal gouvernemental The Herald.

The Herald se fait aussi l'écho de la démission en Afrique du Sud de Magdalene Moonsamy l'ex-porte-parole des jeunesses de l'ANC et actuelle trésorière des "Bérets rouges" (le parti des combattants de la liberté économique EFF), une dissidence gauchiste de l'ANC, qu'elle accuse de s'être allié à l'Alliance démocratique qualifié de partisan de l'hégémonie économique blanche pour évincer l'ANC de la gestion de certaines grandes municipalités en 2016. Elle explique que comme marxiste léniniste elle ne peut pas cautionner cela. Le cas de l'EFF, nouvelle illustration de la manière dont le gauchisme conduit toujours à la victoire de la droite libérale ?
 

On gagne à lire la presse zimbabwéenne. J'apprends par exemple dans The Herald que la ministre zambienne de la "guidance nationale et des affaires religieuses" (sic) lance une guerre contre les fausses églises protestantes où les prédicateurs demandent de l'argent et des faveurs sexuelles en échange de miracles.

Dans le Donbass la tension persiste. Une division appelée la "Division sorcière" composée de miliciennes baltes et polonaises affiliées à Secteur droit ont été déployées sur la ligne de contact fin mars à Artemovsk. Une division accusée de crimes de guerres, mais on n'en sait guère plus à la lecture d'un communiqué versé en boucle sur le Net... Le 7 avril 10 000 personnes étaient rassemblées sur la place Lénine à Donetsk pour célébrer l'anniversaire de la proclamation de leur indépendance. Deux jours plus tard le gouvernement de Kiev faisait tirer des obus sur les quartiers résidentiels de la rue Lénine à Dokuchayevsk, une des 52 violations du cessez le feu enregistrées ce jour là. Ainsi va le quotidien de cette région courageuse.

En tout cas, depuis que Moscou reconnaît les passeports du Donbass, la Transnistrie demande le même privilège. Un article de la presse transnistrienne début avril rappelait que ce pays avait suivi avec attention les élections législatives récentes d'Abkhazie (un autre territoire de l'ex-URSS sur lequel j'ai fait un livre il y a 7 ans). Il signalait que les deux pays ont en commun (comme d'autres régions de l'ex-URSS) de prévoir dans leur système électoral la possibilité de révoquer tous les candidats qui se présentent, ce qui, en cas de victoire de cette option, obligerait à en organiser de nouvelles avec de nouvelles têtes. Voilà un système que nous devrions adopter en France...

Au passage adressons nos félicitations aux Ossètes du sud pour leurs élections à forte participation début avril. Le pays pourrait s'appeler bientôt Alania, même s'ils sont en rivalité avec les Ingouches à ce sujet.

A Minsk, Loukachenko qui s'était rapproché de Kiev, accuse l'Ukraine et la Lituanie d'être derrière une tentative de coup de force armé dans son pays avorté le 21 mars. Puis le 25 une marche anti-Loukachenko a été lourdement réprimée (voir vidéo). Pas de révolution colorée en Biélorussie en perspective.

Les Biélorusses pourront peut-être bientôt utiliser cette nouvelle machine anti-émeutes inventée par une société slovaque.

En tout cas, Poutine et Loukachenko se sont réconciliés au moment-même de l'attaque du métro de St Petersbourg... Et la Biélorussie est le principal fournisseur de figues et d'ananas de la Russie, embargo international oblige...

Plus anecdotique : Dean Burnett, chercheur en neurosciences à la fac de Cardiff, dans le Guardian explique que le porno est la cause de la victoire de Trump. La journaliste russe Anastasia Evtushenko sur Lenta.ru n'est pas d'accord. Peuple américain qui osez demander de récupérer vos emplois liquidés par les multinationales, le porno vous a rendus cons ! Les bobos ne reculent devant aucune insulte contre leurs adversaires. On en viendra peut-être un jour à expliquer le succès de Beppe Grillo en Italie par l'exploitation sexuelle (avec la complicité de leurs maris) des 3 000 ou 4 000 salariées agricoles saisonnières roumaines venues gagner 200 euros par mois du côté de Raguse (Sicile).

Les évangéliques partisans du nouveau président, eux, estiment que c'est un homme providentiel. Certes Trump est un païen, mais comme Nebuchadnezzar avait le prophète Daniel pour le conseiller Trump a des hommes de Dieu comme le gouverneur Pence, Jerry Falwell Jr, Mike Huckabee. Encore Nebuchadnezzar avait-il détruit le premier temple, alors que Trump, lui, n'a rien fait contre le judaïsme.

Pour beaucoup Trump c'est surtout Cyrus, roi des Perses, qui écrasa Babylone en accomplissant la volonté de Dieu et rendit sa terre au peuple juif. Le jour de Nawruz, le nouvel an perse, Trump a cité Cyrus ce qui a électrisé ses partisans (y compris des Juifs orthodoxes qui le comparent aussi à Cyrus. Le prédicateur Lance Wallnau (qui à titre personnel se sentait pourtant plus proche de Ted Cruz, Marco Rubio et Carly Fiorina) raconte dans le Guardian et dans un best seller intitulé "God’s Chaos Candidate" qu'en 2016 juste avant sa rencontre avec Trump Dieu lui a dit que Trump est la "boule de démolition" (wrecking ball) contre le politiquement correct". Juste en écrivant ces lignes je me rends compte que "Wrecking Ball" est le titre d'une chanson de Miley Cyrus... Ce qui renforce étrangement l'image de Trump-Cyrus.

Lance Wallnau témoigne aussi qu'avant sa seconde rencontre avec Trump Dieu lui a dit "Lis Esaïe 45" (Trump est le 45ème président des USA). Et Esaïe 45 commence ainsi : "Ainsi parle l'Eternel à son oint, à Cyrus, Qu'il tient par la main, Pour terrasser les nations devant lui". Selon ses révélations l'élection de Trump relèverait de la "grâce commune" ("common grace") au sens de Charles Colson qui, à la différence de la "grâce qui sauve" ("saving grace") dont parle les Ecritures, se borne à éloigner un peu le Mal et maintenir le monde viable.

Mauvais sort contre prières, des milliers sorciers, néo-païens et wiccans se sont réunis fin mars pour contrer les prières des évangéliques et jeter un sort à Trump qui le fasse quitter prématurément la Maison Blanche.

Leurs gri-gris seront-ils plus efficaces que ceux des villageois partisans de la milice des Kamuina Nsapu (du nom d'un médecin chef coutumier proche de l'opposition tué il y a peu) qui tentent de combattre avec des fétiches l'armée congolaise au Kasaï-Central et que l'armée régulière congolaise abat sans vergogne? Bilan plus de 400 morts pour l'heure (il est vrai inférieur à celui de la répression turque au Kurdistan) et 400 000 déplacés depuis 2016. La guérilla comprend 800 milicien, parmi lesquels des enfants mineurs, baptisés après des rites traditionnels, contraints de traverser le feu, d’avaler vives des fourmis rouges appelées Mankenene et d’ingurgiter quelques gorgés de Tshizaba, un mélange de boissons alcooliques indigènes et des fétiches que leurs encadreurs présentent comme ayant le pouvoir magique de les rendre invulnérables face à la mort. Outre les fusils de fabrication artisanale, les lance-pierres, les machettes, les flèches et les bâtons mystiques, certains disposent quand même d’armes de guerre arrachées aux forces de l’ordre pendant leurs nombreuses expéditions, dit-on...

Si les spéculations sur les raisons "neuronales" du vote pro-Trump restent anecdotiques, le rôle du fait religieux dans le politique ne l'est pas.Par exemple en Uttar Pradesh en Inde, le nouveau gouvernement nationaliste hindou (BJP) vient de renforcer l'interdiction des abattoirs clandestins de boeufs et de la consommation de cette viande, ce qui pénalise surtout la minorité musulmane (le journal Business Standard citait le cas d'une famille musulmans qui s'est vu refuser une dérogation pour un mariage). On peut voir sur la carte à gauche en bleu les derniers Etats où l'abattage de boeufs reste légal. Mais la conviction religieuse s'arrête où l'intérêt électoral commence et le BJP a fait savoir que dans les Etats à majorité chrétienne Mizoram, Meghalaya et Nagaland qui votent l'an prochain il n'y aurait jamais d'interdiction du boeuf si le parti y remportait les élections...

En janvier dernier une vidéo montrait dans un camp irakien une femme yézide de 129 ans (sur une vidéo elle montre une pièce d'identité qui atteste de sa naissance en 1887). Si c'est vraiment le cas, l'info sur le décès d'une doyenne de l'humanité italienne de 117 ans au début de mois d'avril serait fausse. On continue de se perdre en spéculations avec les écrits de Gurdjieff sur le fait que le yézidisme pourrait être la continuation d'un soufisme primitif qui remonterait à Sumer et sur la rapport des yézidis aux cercles magiques, mes je n'ose plus interroger mes contacts dans cette communauté à ce sujet.

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Retour sur la guérison magique du zona

23 Avril 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Béarn

Depuis 5 ans, mon article "Superstitions dans nos campagnes" sur la façon dont on "porte" les malades du zona en Béarn a été beaucoup lu. Dans la mesure où ma mère s'est fait porter peu de temps après ma naissance, et sa mère avant elle, j'ai voulu approfondir un peu le sujet. Je n'ai rien trouvé de très éclairant.

On peut lire dans Hygiène et traitement des maladies de la peau, par le Dr Ernest Monin  (1856- décédé en 1928 au 12 bd Raspail à Paris) - Éditions Société d'éditions scientifiques (Paris) 1901 p. 86

"Le zona était connu des anciens sous le nom de feu sacré ou de ceinturon sacré. Son nom de zona signifie, du reste, ceinture : car, dans sa forme classique, c'est une éruption de la région intercostale inférieure, apparaissant en demi-ceinture, c'est-à-dire unilatérale et le plus souvent du côté droit."

Dans  L'Écho du merveilleux du 1er août 1910 p. 282 sous la plume de Frédéric Boutet (1874, 1941) de L'Eclair expliquait :

"La guérison du zona est extrêmement singulière ; le guérisseur prend le malade sur son dos, fait neuf pas, s'arrète et dit : « Qu'est ce que je porte? » — « Le zona », répond le malade. « Je le pose ! » Il met le malade par terre,récite une incantation, reprend son fardeau, fait neuf autres pas et la cure est terminée."

Le récit est assez proche de celui que j'ai livré à propos du Béarn à ceci près qu'il n'y a pas neuf bâtonnet, en revanche neuf revient surtout pour les pas (alors qu'il semble que dans les manuels d'occultisme le 9 sont plus lié aux thèmes de l'amour et de la fécondité sans doute à cause des 9 mois de la gestation).

Dans le journal satyrique Cyrano du 18 mars 1928, en p. 21, Frédéric Boutet reprenait son récit à l'identique.

Dans Aguiaine : revue de recherches ethnographiques de mai-juin 1999 p. 36 on apprend qu'une guérisseuse dans la Vienne avait pour formule pour le zona "zona, je te conjure en l'honneur de tous les Bons Saints" puis faisait dire trois Pater et trois Ave et tourner un doigt de la main droite autour de la plaie. On retrouve là les trois "je vous salue" dont je parlais en 2012, mais la notion de "portage" est absente.

Pour le zona il faut boire, selon une croyance wallonne, le sang d'un coq noir mêlé au lait d'une femme qui allaite son premier enfant dit la Revue de recherches ethnographiques, Le Subiet de juillet 1971 p. 158, plus rien à voir cette fois avec os rituels béarnais...

Dans "La pratique dermatologique : traité de dermatologie appliquée. Tome 4 / publié sous la direction de MM. Ernest Besnier, L. Brocq, L. Jacquet" on peut lire p. 902 que le zona était connu sous ce nom même des Romains (zona signifie ceinture en grec) que Pline l'Ancien et Scribonius Largus le décrivent précisément. Mais au 18e siècle on ne le distingue plus de l'érysipèle car on le connait moins bien. On l'a aussi nommé "Feu de Saint Antoine".

Je lis dans "Notice biographique sur saint Antoine le Grand, patriarche des cénobites " de l'abbé M. Durand (curé d'Almenèches) édition de 1879 p. 37

"A la fin du onzième siècle, une maladie contagieuse, sorte d'érysipèle connu sous le nom de feu sacré, causait d'horribles ravages en France.

Un grand nombre de personnes se recommandèrent à saint Antoine et furent miraculeusement guéries. Il se fit alors dans le Dauphiné, à l'endroit où reposaient les saintes reliques, un concours prodigieux de processions et de pèlerinages, et bientôt le fléau fut entièrement conjuré. La France entière reconnut publiquement qu'elle devait à l'intercession de saint Antoine la disparition de cette maladie qu'on appela depuis le feu Saint-Antoine.

Parmi les innombrables malades qui obtinrent leur guérison, se trouvait le fils d'un riche gentilhomme, nommé Gaston. Par reconnaissance, le père et le fils consacrèrent leur fortune et se dévouèrent à soigner les pauvres malades et les pèlerins qui venaient implorer le secours de saint Antoine. Pour les recevoir, ils firent bâtir auprès du sanctuaire un vaste hôpital. Cet exemple de charité porta ses fruits : un bon nombre d'hommes riches et puissants vinrent s'adjoindre à eux et partager leurs œuvres de miséricorde. Telle fut l'origine de l'Ordre des Frères Hospitaliers connus sous le nom d'Antonins. Le pape Urbain II, au concile de Clermont (1096), approuva leurs constitutions, et, en 1298, Boniface VIII, après avoir réglé de graves difficultés survenues entre eux et les Bénédictins, décréta que les Antonins suivraient la règle de saint Augustin, qu'ils s'appelleraient chanoines réguliers de Saint-Antoine et que leur chef prendrait le titre d'abbé."

Littré appelle ce feu Saint Antoine (mal des ardents, ignis gehenallis) "ergotisme", ergotisme gangréneux, et certains médecins du XIXe siècle estiment qu'il était provoqué par la présence d'un cryptogame dans les céréales humides consommées au Moyen-Age.  La confusion avec le zona n'est donc peut-être pas de mise. Le mystère demeure donc toujours autour de ces rituels sur le zona.

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Renouveaux nationaux, Equateur, The Empire Files

27 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #La droite, #Grundlegung zur Metaphysik, #Peuples d'Europe et UE, #Débats chez les "résistants", #Espagne

Les identités nationales relèvent la tête. En Grande-Bretagne UKIP ne veut plus recevoir de leçons d'anticolonialisme (c'est pourquoi je pense que Macron avec sa tirade sur l'Algérie a 10 ans de retard par rapport à l'histoire des idées, même s'il est exact que les crimes de guerre là bas furent atroces au 19e siècle comme dans les années 50-60). En Espagne dans El Pais du 27 février, l'universitaire andalouse María Elvira Roca Barea explique : L'Inquisition a tué 1 300 personnes en 140 ans, Calvin en a brûlé 500 en 20 ans. Elle se propose de lutter contre l'hispanophobie qui a inspiré l'intelligentsia européenne depuis le 18e siècle (un sujet que j'ai un peu abordé en parlant de Custine il y a 5 ans - déjà !).

Mon petit côté romanesque me fait m'intéresser à cette Clémentine Autain de droite qu'est la journaliste Charlotte d'Ornellas, née en 1986,visage de Jeanne d'Arc en 2002, qui avait en 2014 nourri les polémiques avec un article dans Boulevard Voltaire sur un viol avec actes de barbarie sur un Française de 18 ans par des jeune morveux proche-orientaux à Evry. L'hiver dernier elle se réjouissait de la libération d'Alep Est, puis publiait un livre sur les chrétiens d'Orient et fondait une revue qui chante la louange de Marion-Maréchal Le Pen. Un fossé m'a toujours séparé des catholiques conservateurs que j'ai connus au cours des trois dernières décennies, et plus encore maintenant que je commence à comprendre certains ressorts métaphysiques de ce monde (un sujet qu'hélas je ne peux pas trop aborder dans ce blog car je ne veux pas choquer les lecteurs laïques). Mais il est toujours intéressant de découvrir ce qui fait la chair et le sang des diverses tendances politiques, puisqu'il faut bien que les idées s'incarnent.

La lecture d'Emmanuel Berl me fait prendre du recul à la fois à l'égard de ce qui à fait la grandeur et la misère de l'internationalisme et de ce qui a fait et fera la grandeur et la misère des nationalismes. Le mouvement de balancier a l'air assez inévitable, même s'il est vrai que la technologie en complique la problématique ou en atténue la portée.

On s'inquiète en ce moment de la possible défaite au second tour de la présidentielle le 2 avril prochain du dauphin de Correa en Equateur. Le président sortant a un plan B pour provoquer une "mort croisée" de l'exécutif et du parlement (acquis à sa cause) un an plus tard. La constitution le lui permet. Mais en attendant c'est Assange qui en ferait les frais. Tout cela en partie à cause de la candidature au premier tour de Cinthia Viteri (cf ci dessous). Mais pas seulement bien sûr... La défaite de la gauche au 1er tour dans les zones orientales indigènes où sévit l'extraction pétrolière doit faire réfléchir...

A part ça, il y a des discussions dans les milieux anti-impérialistes anglo-saxons sur la série "The Empire Files" qui passe sur TeleSur English. Il paraît que c'est génial...

Je ne l'ai pas encore regardée. Voici l'épisode sur la Syrie. Je vous laisse vous faire votre propre opinion.

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Scorsese et le martyre, Berl et le silence

9 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Grundlegung zur Metaphysik

Vu le dernier film de Scorsese "Silence", film astucieux mais sans intérêt sur le plan moral. Le cinéaste s'y regarde trop le nombril au prisme de la religion. Depuis La dernière tentation du Christ, il aime mettre en scène les doutes des croyants, mais, contrairement à ce que veut faire croire son film, l'engagement religieux ne peut se borner à glisser au milieu du scepticisme de la fin de vie une amulette interdite dans un cercueil. Cela dit, il met un certain talent "technique" au service du sujet considérable que représente le martyre des chrétiens au Japon au XVIIe siècle.

Tous les martyres sont impressionnants, et ils sont le propre de beaucoup de religions. Ils m'impressionnent quand ils ne se font pas avec des ceintures d'explosifs car là, ce n'est plus du martyre, c'est de l'assassinat. J'ai découvert celui de religieux mandéens (sabéens) au XVIIIe siècle il y a peu : en 1782 les musulmans de Perse ne parvenant pas à obtenir par l'argent et la ruse les livres sacrés de cette secte jettent leur clergé en prison et les torturent. Plusieurs sont tués, empalés,mutilés, on leur coupa les membres en commençant par les doigts, corps égorgés, yeux brûlés au fer rouge, têtes coupées selon le témoignage de J. de Morgan. Le Gauzevra Adam auquel les Perses avaient coupé le poignet droit s'enfuit en Turquie avec le livre "Iniani" sous le bras qu'il recopia en cachette de la main gauche.

Je lis Emmanuel Berl en ce moment qui fut une sorte de Montaigne du XXe siècle. Il a raison de dire qu'au fond tous les athées, de Nietzsche à Picasso, furent de grand religieux. Sauf que ces gens là plaçaient leur Dieu trop loin et trop haut pour le croire susceptible d'imposer des lois à l'homme. C'est qu'il leur manquait la foi aux démons (ou plutôt la connaissance des démons), un peu moins d'orgueil, un peu d'humilité dans la façon d'observer des phénomènes comme la voyance et la médiumnité les auraient ramenés aux dures réalités du "deuxième ciel" et ils auraient alors compris pourquoi les lois morales existent. Voyez par exemple la séance où Malraux va voir une médium spirite pour lui faire dater un tapis antique et en ressort comme s'il sortait d'un labo d'analyse scientifique, telle que Pauwels la raconte. Un peu de modestie et de curiosité sans préjugés auraient ouvert à Malraux des boulevards d'élévation spirituelle. Idem pour Kant s'il avait eu l'honnêteté minimale de témoigner de sa fascination initiale (qu'il confesse dans ses lettres) devant l'intuition de Swedenborg sur l'incendie de Stockholm, plutôt que d'enterrer tout cela sous une tonne d'arrogance ironique dans "Rêves d'un visionnaire".

J'aime bien quand Berl dans "A contretemps" fait l'éloge du silence et transforme la phrase de Jésus "Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Mauvais" (Mt 5:37), en "Dites oui oui dites non non et tout le reste vient des démons". Moi aussi j'aimerais avoir la sagesse de ne pouvoir parler que pour dire "oui" ou "non".

Un fervent musulman a commenté un billet récent de ce blog. Il y a des tas de religions comme l'Islam, le bouddhisme etc dont je me dis que plus je les connais et moins j'en sais sur elles. Mais j'ai une méthode bien à moi pour approcher ces sujets. Je ne creuse que ce qui m'est indispensable, quitte à devenir très pointu sur d'infimes détails (comme vous avez pu le remarquer sur ce blog avec mes remarques sur le pythagorisme), car le sens profond est dans le détail, sans jamais rechercher l'encyclopédisme ni l'académisme. Pour le reste il faut accepter de ne rien comprendre.

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La Transnistrie et l'histoire de l'antisémitisme

6 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Grundlegung zur Metaphysik

En 2013, j'ai déjà signalé le lien entre la Moldavie et l'extermination des Juifs par les nazis à propos du bordel de Soroca, que décrit Malaparte dans Kaputt. Le lien est très fort aussi pour la Transnistrie dont le nom même, appliqué par les Roumains au pays, est le terme administratif utilisé par les nazis pour la zone au delà du Dniestr pou la mise en oeuvre du programme d'extermination.  Mais le rapport de la Transnistrie, et de la Moldavie à l'histoire de l'Antisémitisme, est plus ancien encore, évidemment.

Si vous avez lu mon livre sur ce pays, vous savez sans doute que je me suis rendu à Dubossary qui est un village transnistrien à majorité moldave. Or, en lisant aujourd'hui le livre du théosophe anglais George Robert Stow Mead publié en 1903 "Did Jesus live in 100 BC ?", j'apprends que selon le Times du 2 mai 1903, la populace de Chisinau a assassiné "environ 60 juifs et juives" et en a blessé "environ 500 de plus" avec "plusieurs cas de viols trop horribles pour une description détaillée" en raison d'un supposé "meurtre rituel" perpétré par les Juifs de Dubossari, et ce malgré la publication de la preuve absolue du caractère mensonger de l'accusation (à cette époque on accusait les Juifs de sacrifier des enfants et manger leur chair).

Une lecture du journal "L'Aurore" du 17 août 1903 p. 2 sur Gallica me donne ces éléments : 

"Les horribles massacres qui ont eu lieu à Kichineff ont été présentés par M. Krouchevau, l'éditeur du journal antisémité Bassarabets comme les représailles d'un prétendu crime rituel.

Les faits ont été relatés : quelques semaines avant les fétes de Pâques on avait trouvé S, Doubossari,. non loin de Kichineff, le cadavre d'un adolescent de dix-sept ans, Michel Ribalenko, assassiné de façon mystérieuse et dont le cadavre présentait cette particularité que le col était criblé de coups de canif, comme si l'assassin s'était complu à faire couler goutte à goutte le sang de la victime. Il n'en fallut pas plus au Bessarabets pour annoncer que Ribalenko avait été tué par les Juifs qui l'avaient saigné pour préparer les mazzi (pain azyme). La légende fut acceptée par laf oule avec enthousiasme, et nous connaissons les atrocités qui suivirent.

Un agent de la police secrète d'Odessa ne fut point convaincu par les "révélations" du Bessarabets. Il avait passé sa jeunesse parmi les juifs ; il connaissait à fond leurs moeurs, parlait même leur jargon et l'accusation qui pesait sur eux le laissa sceptique. Il s'affubla du costume des juifs polonais et fréquenta les petites synagogues, les restaurants et les bazars où les juifs s'assemblèrent, et il fut bientôt convaincu que bien loin de pétrir le pain azyme avec du sang chrétien les israélites ne touchaient pas au sang des animaux. un jour il vit un juif corriger d'importance son fils parce que l'enfant lui avait servi un bifteck saignant. Ce juif était convaincu qu'en avalant une goutte de sang de boeuf il avait commis un grand péché devant l'Eternel... Il fallait chercher ailleurs l'auteur de l'assassinat.

Existait-il des gens qui eussent intérêt à supprimer Ribalenko, se demanda alors Matviev.

Pour résoudre cette question, il mit de côté l'habit juif polonais et s'accoutra du costume d'un paysan de la Bessarabie : blouse blanche, hautes bottes et bonnet d'astrakan. Il entra en relations avec le grand père de la victime, Kouzma Ribalenko, un riche paysan qui possédait beaucoup de terrains, de vignes et d'argent comptant. Un peu avare, il n'aimait guère sa famille et s'en plaignit à son nouvel ami en la lui présentant sous les traits les plus noirs.

Matviev sut s'insinuer dans les bonnes grâces du vieillard à force de petits cadeaux et d'attentions. Il apprit bientôt que Kouzma Ribalenko détestait par dessus tout son ex-gendre, un certain Timotchouk, veuf de la fille de Ribalenko, qui avait eu de son premier mariage un fils, Ivan, qui était avec le malheureux Michel l'héritier du grand-père.

- Ce Timotchouk, disait le vieux au détective, n'a jamais su travailler et maintenant que Michel est mort et que son fils Ivan devient l'unique héritier, il me tuera pour entrer plus vite en possession de son bien.

Ces confidences furent un trait de lumière pour Matviev.

Le détective eut recours à un troisième travestissement ; il s'habilla en journalier qui cherche de l'ouvrage chez les gros paysans. Il devint un habitué des cabarets et lia connaissance avec jardinier, Antone, gardien de la propriété contiguë à celle qui avait été le théâtre de l'assassinat de Michel Ribalenko".

Après avoir courtisé la fille de Tomotchuk, Matviev, dans le rôle du gendre potentiel, apprit de
Antone le jardinier qu'en effet Tomotchouk avait tué l'adolescent. Il leur reprocha à lui et son compagnon de n'avoir pas mis à profit le crime rituel pour piller les juifs de Doubossari.

"Nous avons été plus avisés à Kichineff, du le jardinier, nous leur avons appris ce qu'il leur en coûtera de cribler nos jeunes garçons russes de coups de couteau... Vous êtes des pleutres, des timorés, des imbéciles..."

"Piqué par ces sarcasmes, ajoute le journal, Antone se rebiffa :
- Ah ! tu nous prends pour des pleutres ? C'est toi qui un imbécile !... Tu crois que ce sot les juifs ui ont tué Michel Ribalenko ?

Ha ha ha ! Eh bien ! non, tu n'est pas malin ! ... Mais c'est Timotchouk et moi qui avons fait le coup, imbécile !" Et le jardinier de raconter comment le 16 février au soir Antone avait saigné l'adolescent pour faire croire qu'il s'agissait d'un rituel juif.

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Justice ou injustice : des Kurdes au Botswana...

29 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Le monde autour de nous, #La gauche, #Peuples d'Europe et UE

Justice divine, justice terrestre... Moi qui travaille beaucoup sur l'histoire des religions en ce moment, je ne peux manquer de m'interroger sur l'articulation entre les deux. Prenez les Kurdes : du point de vue terrestre leurs cause paraît juste, et d'autant plus depuis qu'ils remportent de belles victoires militaires contre Daech. Pourtant bien des éléments les condamne au regard des textes sacrés. Leurs sites sur Internet à la gloire de Marx ont des liens avec des sites pornos (si si, j'ai vu ça il y a huit jours !). L'activiste Nurcan Baysal (dont on a déjà parlé ici) écrivait la semaine dernière sur le site T24 un billet contre l'atteinte au patrimoine historique de la capitale du Kurdistan turc Dyarbekir / Amed que représenterait le projet d'Erdogan de réaménager la ville à la mode ottomane. L'article défend les statues assyriennes de lions à tête humaine, tout comme beaucoup de sites kurdes irakiens prônent le retour au zoroastrisme. Voilà qui place Erdogan dans le sillage abrahamique et les Kurdes dans le camp de l'idolâtrie... Tout comme la promesse de Mélenchon d'inscrire le droit à l'avortement dans la constitution ne doit pas le placer très haut dans l'échelle de la justice divine, c'est le moins qu'on puisse dire, même si sa défense des pauvres le situe haut dans la justice terrestre... Cela me rappelle les mots de Claudel qui reconnaissait dans son journal que les bolchéviques malgré leurs horreurs anti-chrétiennes avaient au moins rêglé son compte au démon de l'argent comme le catholicisme n'avait jamais pu le faire...

Notez que, du point de vue de la seule justice terrestre elle-même, on peine aussi à faire la part du bon et du mauvais. Prenez la cause sahraouie. Le Maroc qui a quitté l'Union africaine (ou son ancêtre) en 1984 à cause de cette question postule à une réintégration malgré l'hostilité de l'Algérie et de l'Afrique du Sud. Est-ce une cause juste ? Presque tous les Marocains pensent de bonne foi que les Sahraouis ne sont pas un peuple, comme les Israéliens considèrent que les Palestiniens n'en sont pas un. Qu'est-ce qu'un peuple ? Les Californiens allergiques à Trump prétendent de plus en plus en être un et l'on parle de sécession à San Francisco. Le patron de Facebook qui a exproprié des indigènes d'Hawaï avait l'air de ne pas considérés les pactes ancestraux qui régissaient leurs terres comme émanant d'un "peuple" sujet de droit...

Question complexe que celle du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Bertrand Russell dans un livre d'histoire des idées, rappelait que Wilson n'avait pas été jusqu'à le reconnaître aux habitants d'un quartier qui prétendaient faire sécession de leur pays pour ne plus y payer d'impôts... Cette semaine le Petit Quotidien, journal pour les enfants, bourre le crâne de nos chères petites têtes blondes en faisant sa "une" sur une info de la plus haute importance "un cerf mange du maïs dans une forêt au Kosovo". Le seul but de l'info apparemment est d'apprendre aux enfants où se trouve le Kosovo et leur faire croire que c'est bien un Etat. Promis si vous m'élisez président un jour j'obligerai le Petit Quotidien à faire se "Une" sur les belettes de Transnistrie...

En parlant de Transnistrie, avez-vous vu que le nouveau président socialiste moldave dont on a déjà parlé dans ces pages, en visite à Moscou cette semaine, laisse entendre qu'il pourrait dénoncer le traité d'association avec l'Union européenne en 2018 après les élections législatives ? La Moldavie regarde vers l'Est, Trump dénonce le traité trans-pacifique et soutient le Brexit, le Kenya s'apprête à emboiter le pas de la Gambie, du Burundi et de l'Afrique du Sud dans le retrait de la cour pénale internationale (CPI). Les institutions transnationales pro-occidentales ont du plomb dans l'aile. Même si Soros arrivait à renverser Trump ou Poutine il n'est pas sûr que cela suffirait à inverser la tendance.

Bien sûr ce n'est pas parce que l'on dynamite ces bureaucraties ou ces clubs inféodés à l'oligarchie que le monde ira mieux. La manie des murs des populistes au pouvoir à Washington et à Budapest n'annonce pas forcément des lendemains meilleurs pour l'humanité, bien au contraire. Mais on ne sait plus à quelle info se fier pour l'évaluation des bienfaits des politiques publiques. Un institut privé cette semaine publie un palmarès de la corruption et prétend que les régimes populistes nationalistes sont plus atteints par ce fléau que les pays sous contrôle des organismes internationaux. Elle explique qu'en Afrique le pays le plus vertueux est le Botswana... Comme par hasard c'est "l'élève" le plus pro-occidental du continent avec le Sénégal (notamment sur la question de la coopération internationale). Pour savoir si le Botswana est vraiment très intègre et si les régimes "populistes" ne le sont pas, il faudrait peut-être savoir si Soros (ou un de ses semblables) a financé ce palmarès. Mais même si le palmarès est acheté (donc corrompu) est-il faux pour autant ? De même un régime réputé corrompu comme celui de la Biélorussie (dont les syndicats étaient en visite à Cuba cette semaine) est-il nécessairement injuste alors qu'il maintient, par exemple, des niveaux de loyer très bas pour les pauvres ?

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Emmanuel Berl et le Béarn

26 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik

C'est un phénomène très étrange : le Béarn est une province française insignifiante et éloignée de tout, et cependant il s'y est passé à divers moment des phénomènes littéraires, politiques et métaphysiques intéressants. Souvent ils furent le fait de personnalités de passage plus que de natifs.

J'ai abondamment parlé sur ce blog de ce phénomène étrange qu'y fut la réforme protestante d'où est né cet apport indéniable quoiqu'ambigu au système politique et social français que fut la royauté d'Henri IV. Mais il y a plus : ont respiré l'air du Béarn Saint John-Perse, ou encore une grande mystique catholique de la fin du XIXe siècle récemment canonisée originaire du Liban, et le cinéaste Robert Bresson, auteur d'un magnifique film sur Jeanne d'Arc qui y tourna "Au hasard Balthazar", ou le chanteur populaire Daniel Balavoine qui fait encore parler de lui à travers les médiums. Le philosophe marxiste Henri Lefebvre y organisait des retraites intellectuelles avec ses pairs où l'on planifiait le soutien au Nicaragua. Agatha Christie et Sommerset Maugham y ont écrit. Ce sont des choses que les Béarnais eux-mêmes ne savent pas, des canards boiteux comme la République des Pyrénées se gardant bien de le leur apprendre.

Lors de mon dernier séjour là-bas je m'émerveillais encore de ce fait météorologique étrange caractéristique de la région : les Pyrénées y apparaissent ou disparaissent d'un jour sur l'autre suivant que le temps va virer à la pluie ou pas. A ma grande surprise, en regardant l'interview d'Emmanuel Berl devant la caméra de Boutang en 1971 diffusé par une chaîne de télévision ce soir, j'entends Berl citer ce phénomène (*), et évoquer le temps où, juste après la première guerre mondiale, il fréquentait à Pau Francis Jammes et Drieu La Rochelle. J'aurai dû attendre mes 46 ans pour apprendre que Berl avait vécu dans ma région natale.

J'ai toujours éprouvé de la sympathie pour Berl malgré son parcours erratique qui fit de lui à un moment la plume de Pétain. Bien sûr ce n'est pas l'aspect du personnage que je préfère. J'aime mieux évidemment le collaborateur de la revue Europe (la revue de Romain Rolland) qu'il fut auparavant. Il était le cerveau du parti radical socialiste, et un vrai dilettante, une "nature passive" dit-il dans son interview en se référant aux catégories de Sartre dans son livre sur Flaubert, comme je le suis aussi à bien des égards. Je pense que j'éprouve une attirance instinctive pour sa génération d'écrivains qui fut broyée par la guerre et en conçut une mélancolie incurable, plus que pour la génération d'enfants gâtés des 30 glorieuses façon Philippe Sollers qui a transformé la France en parc zoologique d'électeurs d'Hollande et Macron.

En lisant "Europe" en 2014 j'avais relevé qu'il citait Epaminondas au moment où cette référence pythagoricienne croisait mon chemin d'une manière inattendue. "Il y aura beaucoup d'Epaminondas" aurait dit Apollonios de Tyane à propos de l'Aquitaine romaine où se préparait une insurrection contre Néron. J'ignore si l'anecdote est authentique, et, à part Joseph Bonaparte dont l'acolyte en Provence se surnommait Epaminondas, je pense que Berl fut le seul à se soucier de ce héros thébain... Mais Berl a souvent eu un regard juste sur les sujets vraiment importants. Et il l'a eu sur les Pyrénées béarnaises... Il mérite encore sans aucun doute d'être lu...

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Il l'avait fait dans "Sylvia" paru dans "La Nouvelle revue française" de Gallimard en 1953 :

" Le Béarn favorise les confusions du réel et de l'imaginaire ; les Pyrénées surgissent ou s'effacent selon les sautes du vent, tantôt si proches qu'elle font corps, indissolublement avec le paysage, tantôt si bien cachées qu'on n'ose plus parler d'elles aux touristes ; soi-même, on les oublie, jusqu'à ce qu'elles reviennent, véhémentes, vous reprocher votre manque de foi."

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Les "Psaumes de David" en béarnais d'Arnaud de Salette

6 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik

En tant que béarnais, la question du protestantisme a souvent croisé mon parcours évidemment. La trace la plus ancienne de mes interrogations à ce sujet remonte, dans mon journal personnel, au 10 novembre 1986 (j'avais 16 ans) où j'écrivais sur un ton qui se voulait humoristique : "Cet après midi, après deux heures de brasse papillon en maths, j'étais assis à une table du café le Verlaine (à Pau) avec mon camarade Régis et six jeunes filles, dont deux protestantes, ce qui démontre une fois de plus mon extraordinaire tolérance à l'égard des suppôts de Satan qui, il y a quatre siècles, asservissaient le Béarn. A une des deux calvinistes je déclarai que j'aimais bien les protestants et qualifiai mon attitude d' "oecuménique". Celle-ci me rétorqua que l'oecuménisme n'était pas cela. Selon elle, il s'agissait de l'adhésion simultanée à deux religions chrétiennes. J'écoutai religieusement sa thèse, la remerciant de son cours de catéchisme. Naturellement, je savais sa définition erronée et l'assurance avec laquelle elle définissait un concept qu'elle ignorait me fit sourire". J'ai retrouvé ce passage cet été alors que je regardais des vidéos de prédicateurs sur You Tube. Un paragraphe qui montre au passage tout ce que ma personnalité de lycéen arrogant avait de pire. Je n'ai bien sûr gardé aucun souvenir de cette conversation ni des deux camarades de classe auxquelles je fais allusion...

Au grand l'oral de l'ENA en 1992 le journaliste Philippe Meyer m'avait beaucoup cuisiné sur la réforme, et dans cette école à Strabourg je côtoyais de temps à autre un calviniste militant. J'ai cherché dans ce blog en 2011 et en 2012, parfois un peu maladroitement, à cerner les mérites et désavantages de la "petite Genève" constituée à Pau avant l'abjuration d'Henri IV...

J'ai examiné d'un point de vue "anthropologique" la révolution calviniste en Béarn, avec des prohibitions des jeux et de la danse, dignes des talibans de notre époque. J'ai été sensible aux récriminations de Marguerite de Valois, la reine Margot, dans ses mémoires que l'on peut lire sur Gallica contre l'intolérance de cette révolution.

Aujourd'hui je suis devenu assez sceptique sur l'intégrité morale des deux femmes à l'origine de la victoire (provisoire) de la Réforme : Marguerite de Navarre et sa fille Jeanne d'Albret. La première, la Marguerite des Marguerites des poètes de la Pléiade, ne fut pas vraiment protestante mais elle protégea beaucoup de calvinistes dans le clergé local. Ses propos au capitaine Bourdeille relatés dans les Dames Galantes, sur cette tombe (peut-être dans le parc du château de Pau) de Mademoiselle de la Roche (Un bulletin historique et littéraire de la société d'histoire du protestantisme français du siècle dernier accessible sur Gallica précise que c'était une de ses dames, veuve et sans enfant, que la reine de Navarra envoya comme dame d'honneur à la duchesse de Ferrare en 1545 et qui allait être considérée en Italie comme une"créature méchante et de la pire espèce" avant de revenir à Pau pour y mourir) qui vibre quand son ancien amant marche dessus pue le spiritisme et l'occultisme à cent kilomètres (il est vrai que c'était à la mode : le frère de Marguerite de Navarre, François Ier, portait toujours sur lui de la poudre de momie égyptienne et fut fasciné par l'art "isiaque" de Léonard de Vinci). La fille de Marguerite, Jeanne d'Albret, fut moins élégante et plus intègre religieusement, mais sa manière de chanter un cantique à Notre Dame du Bout du Pont quand elle accouche de son fils Henri n'est pas à l'honneur de son calvinisme...

Pour me faire une meilleure opinion sur l'histoire de ma région, je me suis récemment penché dans ce classique de la littérature en langue béarnaise dont je connais l'existence depuis 1991 (cela fait partie des livres qu'on vend bon marché dans les festivals occitanistes) que sont les Psaumes de David traduits par Arnaud de Salette (les cours du Rav Dynovisz sur les psaumes sur You Tube avait excité ma curiosité à ce sujet à l'automne dernier).

Arnaud de Salette, qu'on croit né vers 1540 à Pau, est fils naturel d'un membre du conseil de Navarre, président du Conseil souverain en 1567 (il présida donc l'assemblée extraordinaire qui mit le Béarn en état de guerre contre la France en 1568 pour la défense de Navarrenx), qui l'a cependant reconnu et fait héritier par testament. D'abord avocat puis pasteur, il est reçu au ministère lors du synode de Pau en 1567, la même année que Jean de Liçarrague (1506-1601). La comparaison avec Jean de Liçarrague est intéressante. Puisqu'il est le traducteur du Nouveau Testament en langue basque imprimé sur ordre de la reine de Navarre à La Rochelle en 1571, livre dédicacé à Jeanne d'Albret (le conseil de Navarre lui accorda en 1573 50 écus Soleil - somme importante pour l'époque dit-on - pour cette opération selon l'Histoire de Béarn et Navarre composée par le pasteur de Nay Bordenave). En 1582 il était né à Briscous et pasteur à Labastide-Clairence, village basque du canton de Bidache, parlait français, béarnais et basque, et peut-être ancien prêtre catholique. En tout cas il fut emprisonné pour ses opinions. Il publia aussi le catéchisme de Calvin en baque. En 1874 il ne restait plus que 13 exemplaires connus de son Nouveau Testament dont 6 dans les bibliothèques publiques en Europe.

Salette semble d'un milieu social plus élevé que Liçarrague et plus impliqué dans la vie de cour. Pasteur à Orthez (adjoint d'un certain Solon), professeur à l'académie protestante de cette ville, il s'installe à Lescar avec son académie, à cause d'une épidémie de peste à Orthez, puis muté à Lembeye après de mauvaises fiançailles avec la fille d'un pasteur. Aumônier de la régente Catherine de Bourbon à Pau, il meurt vraisemblablement dans les années 1590. Les psaumes commencés en 1568 (quand Liçarrague traduisait son Nouveau Testament) ne sont publiés qu'en 1583 par un imprimeur montalbanais Louis Rabier installé à Orthez en 1578 et qui réalisa sa dernière impression à Montauban en 1582 d'un livre d'Athénagoras d'Athènes traduit par Michel Béraud (pasteur théologien de l'académie de Montauban qui enseigna aussi à Saumur). Il avait déjà publié les 150 psaumes de David en français à Orléans.

Les psaumes de Salette sont une mise en vers béarnaise pour être chantés sur le modèle de ce que Marot et de Bèze avaient fait en français. Selon Robert Darrigrand, reprenant l'hypothèse de l'abbé Bidache, estime que Salette a pu les traduire directement de l'hébreu. Seulement dix exemplaires sont parvenus à nous (moins encore que du Nouveau Testament en basque de Laçarrague) dont trois étaient en Angleterre et en Suisse.

Les Psaumes sont en hébreu les Téhilim. Selon un texte du Midrash (de l'exégèse, dans la Torah orale Torah SheBe'al Pe), le roi David a demandé que ses Psaumes aient autant d'importance que la Torah de Moïse. Dieu (Hachem) l'aurait refusé, alors que David a divisé son livre en 5 livres pour que cela corresponde aux 5 parties de la Torah. La demande de David  selon l'enseignement du Rav Dynovisz aurait permis de faire du judaïsme une religion standard dans laquelle la connexion à Dieu par la prière aurait été fondamentale, sans étude du texte placée au premier plan. David ayant une âme du côté féminin (et de la royauté féminine). Mais ce que David a obtenu c'est que l'on ne puisse être un géant dans la Torah qu'en passant par la prière. Toute réalité se construit à partir de réceptacle et énergie, la Torah est la lumière et la prière en est le réceptacle (comme l'âme et le corps). La prière est le corps. On ne peut donc être homme de Torah sans lecture quotidienne des Psaumes. Dans la Kabbale Moïse représente la tribu de Yesod (celle de la Lune et du fondement de l'arbre de vie), et David celle de Malkuth ou Malchut (la royauté féminine). Déjà la Torah de Moïse cherchait son réceptacle : au début du 2ème livre de la Torah, dans "voici les noms des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte" (Exode 1,1) la fin des mots de cette expression en hébreu donne Tehilim (les Psaumes). David dans ses psaumes a caché des secrets qu'ont approfondi le Zohar et la Kabbale.

Nous allons ici comparer la traduction de quelques psaumes de Salette avec la version française actuelle (nouvelle version Segond révisée 2014) et avec ce qu'en disent les autorités juives. On verra que Salette est souvent plus proche de l'hébreu sur le plan littéral, que de la logique occidentale (française) comme est censé le faire protestantisme par rapport au catholicisme mais que cela ne lui permet pas forcément de rejoindre la visée théologique du point de vue strictement juif de chacune des invocations qu'offrent les Psaumes.

Psaume 2 : "Pourquoi les peuples sont dans l'effervescence, et pourquoi les nations pensent-elles de telles vanités ?" "Pourquoi les nations s'agitent-elles" dans Segond, "Perqué hen brut e tempestejan tas holas gents" : Salette perd la notion de nation sauf si on comprend "gents" comme les nations dans le sens de "droit des gens" et après il parle des peuples mutinés. "Parce que voici que se dressent tous les dirigeants du monde, et tous les conseillers se réunissent dans le secret ensemble pour essayer de s'unir dans un projet contre Hachem et contre son Messie". Segond dit "Les roi de la terre se dressent et les princes se liguent ensemble, contre l'Eternel et contre son Messie". Salette "Les grands rois de la terre se sont levés ensemble et les seigneurs d'un coeur maudit, pour contre Dieu faire la guerre ensemble, et contre Christ son Fils béni". Salette est plus concret ici sur la notion de guerre, mais il en rajoute sur ce Messie "fils de DIeu" qui est absolument absent de l'original juif. Les deux perdent la notion de secret des conseillers.

"Il faut absolument briser ces chaînes" ("brisons leurs liens" écrit Segond, Salette fait juste plus imagé avec des"courroies renforcées") "et on les jettera". "Celui qui est dans le Ciel se mettra à rire" ("se rira de" écrit Salette, et "se moquera" chez Segond). Dans le Talmud, le traité "Avoda Zara" au début du Talmud explique que depuis la destruction du Temple Hachem ne rit plus, et il ne rira à nouveau que pendant la guerre de Gog et Magog, quand Israël sera revenu de l'exil "échappé de l'épée" selon Ezechiel, après le dévoilement du Messie. Pour les commentateur donc le psaume est une vision eschatologique de la guerre de Gog et Magog. Segond perd la dimension du rire que garde Salette.

"Le maître du monde se moquera d'eux et il commencera à leur parler avec colère", en hébreu. Bizarrement Segond écrit ce passage au présent ce qui le vide de toute dimension prophétique. Salette en béarnais le conjugue au futur. "Et il les fera tomber dans une panique inimaginable, elles seront frappées de stupeur" "dans sa fureur il les épouvante" dit Segond, "il les ébranlera" écrit Salette. "Est-ce que vous voulez remettre en cause le fait que j'aie librement choisi mon roi "c'est moi qui ai choisi mon roi" dit Segond (idem chez Salette). Puis le Messie prend la parole : "Et moi je parlerai de la loi" "Et moi, son roi, je conterai tout exprès son saint décret qui jamais ne varie" chez La Salette. "Je publierai le décret de l'Eternel" écrit Segond qui perd complètement le changement de locuteur ! Le mot choisi qui eut vouloir dire décret désigne la loi au dessus de la compréhension humaine. Les nations sont liées par les 7 lois de Noah, et selon le Talmud Dieu en ajoutera 13 aux 7 déjà connues, soit 20 valeur numérique de "keter" couronne qui est la Sephira la plus élevée de l'arbre de vie. Ces 20 sont des têtes de chapitres.

"Du maître du monde qui m'a dit 'tu es mon fils' " (bizarrement Salette ajoute "unique" à mon fils, peut-être pour le rapprocher du credo). Du point de vue juif évidemment pas de référence à Jésus ici. Moïse avait dit d'Israël devant Pharaon au moment de la dixième plaie "Israël est mon fils". Dans le 2ème livre de samuel 7: 14 Hachem dit à David au sujet de son fils qui construira le temple "Je serai son père et il sera mon fils".

"Aujourd'hui je t'ai fait naître" (repris par Salette et Segond) - signe selon les Juifs que cet engendrement est purement métaphorique -. Ce sera le moment où le Messie recevra toute sa force. "Demande moi ce que tu veux, je te le donnerai. Tu veux hériter des peuples, que ton pouvoir s'étende aux extrémités de la Terre, tu l'auras". "Frappe les avec un bâton de fer, pulvérise les comme des pots chez le potier". "Maintenant vous les rois, dit le Messie, prenez garde, vous qui jugez la terre, servez Dieu dans la crainte" (Segond utilise aussi ce mot, Salette dit "en toute révérence". "Et dansez en tremblant"... "Soyez dans l'allégresse en tremblant" dit Segond (Salette fait une longue paraphrase trop constructive "Réjouissez vous d'avoir un tel Seigneur et tremblez devant son excellence". Et pour finir "Embrassez ce qui est pur de peur que Dieu ne se mette en colère, bienheureux ceux qui placent leur confiance en lui" (embrassez le "bar"). "Embrassez le fils de peur qu'il ne se mette en colère" écrit Segond "baisez le fils pour qu'il ne se courrouce pas" écrit Salette. Selon les Juifs, "bar" ne veut dire fils qu'en araméen, mais jamais un mot araméen n'est employé dans les psaumes. Plus haut Dieu dit "ben" pour fils. Chouraqui dit "transparence" et non pas "pur". Le premier psaume comparait les méchants à l'écorce qui vole au vent et les justes au blé sans écorce, et bar peut vouloir dire ici le blé.

On voit que dans ce psaume Salette a le mérite de placer ses verbes au futur ce qui au moins restitue aux versets leur dimension prophétique (par rapport à Segond) et il fait correctement la part entre ce que dit l'Eternel et ce que dit le Messie. Mais il y a une surenchère chrétienne dans les rajouts ("fils unique", mauvaise traduction de "bar" etc) qui conduit à ne pas voir, comme dans Segond, que le psaume annonce une revanche du peuple d'Israël après que les peuples dans le guerre de Gog et Magog se sont entre-détruits.

Psaume 7 : "Il y a quelque chose que j'ai commis sans en avoir la moindre idée, et cette faute je veux maintenant en faire un chant pour Dieu, et cette erreur concerne  Kouch fils de Benjamin". Kouch est un fils de Cham, ancêtre des africains et des Egyptiens. De Kouch sortit Nimrod. Les commentateurs disent que Kouch est Saül et qu'il n'a pas voulu l'appeler Nimrod (fondateur de Ninive) en lui disant qu'il vient de Kouch. "Hachem c'est en toi qu ej'ai placé ma confiance, sauve moi de tous ceux qui me poursuivent, de peur qu'ils ne déchirent mon NEFESH, mon âme, comme le ferait un lion". Salette écrit "de peur que leur guidon ne m'atteigne" (le guidon étant le porte-enseigne) "et comme un lion me prenne". "De peur qu'ils ne me déchirent comme un lion" dit Segond...

David parle souvent de son Nefesh (qu'on traduit aussi parfois par psyché, c'est la partie émotionnelle de l'âme, Chouraqui dans sa Bible traduit par "mon être"). Ici la notion est annulée par Segond et Salette.
"Ai-je fait quelque chose qui le mérite ? Est-ce que je me suis comporté d'une manière qui pervertit les valeurs 'avel' ? Moi je n'ai jamais fait de mal à ceux qui me font du bien, et je n'ai jamais fait du bien à ceux qui me veulent du mal".

Salette traduit par "si j'ai consenti à quelque lâcheté, si celui qui en toute amitié demeurait avec moi ou qui à tort était mon ennemi n'a pas trouvé en moi un bon ami" (sic). Segond choisit "s'il y a de la fraude dans mes mains, si j'ai rendu le mal à celui qui vivait en paix avec moi, si j'ai dépouillé sans raison mon ennemi".

D'un point de vue juif David dit qu'il n'a pas eu de perversion de valeur, il n'a pas aimé son ennemi comme Saül qui refusa de tuer le roi d' Amalec (dont un descendant voudra l'extermination des Juifs à l'époque d'Esther) comme Dieu le lui ordonnait (1 Samuel 15:9) pour venger ce qu'Amalec leur avait fait à la sortie de l'Egypte ("celui qui est bon avec ses ennemis sera cruel avec ses amis" allait lui dire Dieu).

Les deux traductions chrétiennes sont aux antipodes de cette problématique. Mais notons que celle de Chouraqui l'est aussi puisqu'il écrit "si j'ai rétribué mon payeur de mal, ou dépouillé on oppresseur gratuitement".

"Hachem lève toi, dans ta colère " (Salette et Segond traduisent de même) "Et enfin accomplis la justice dont tu es toi même la source" ("réveille toi pour moi toi qui as établi le droit" dit Segond, "selon ton jugement" dit Salette, étonnamment concis cette fois).

Les deux traductions manquent le fait que David, prototype de l'homme poursuivi, accusé d'être un faux juif depuis le départ, de par ses origines, a été placé dans cette situation parce qu'il était jugé au niveau des petites erreurs de ses intentions et non de ses actes ou même pensées. Au niveau de l'action avec Bath-Sheba il n'a pas commis de faute. Son intention était de donner une lignée du roi Salomon le plus vite possible pour accélérer le tikkun. Sa seule erreur fut d'avoir fait tuer son mari avant que Dieu le fasse mourir en première ligne au combat. Comme le rappelle un site sur le Net " Technically, Bathsheba was not a married woman since David's troops always gave their wives conditional divorces, lest a soldier be missing in action leaving his wife unable to remarry " ( Talmud, Shabbat 56b ). David n'aurait jamais existé si Hachem n'avait pas pris au sérieux les intentions (David vient d'une inceste d'un père ancêtre des moabites - Lot - avec ses filles mais où l'intention était de survie du groupe, d'un beau père avec sa belle fille prise pour une prostituée - Juda et Tamar - mais où l'intention de Tamar était d'engendrer les rois d'Israël, de sorte que Dieu valorisa la part de bonne intention, et il fit de même avec les femmes de Moab, le peuple qui malgré son ascendance abrahamique ne nourrit pas Israël à la sortie d'Egypte, mais ce sont les seuls hommes qui sont engagés dans l'interdiction d'échange avec Israël car seuls les hommes allèrent au devant des israélites pour leur refuser le pain, comme le leur confirma la pudeur Ruth la moabite). Chaque cadeau que fait Hachem a un prix. Le prix de la bonne intention fut l'enfer pour David. Dieu a instruit David en lui montrant comment dans la moindre des bonnes intentions on peut trouver l'étincelle de divin (ce que devra faire le messie pour reconstruire le monde, la récupération des étincelles dans la kaballe), mais le revers est d'être jugé aux intentions. C'est pourquoi il est jugé même responsable des fautes de Samuel dont il fut victime parce que celles-ci eurent lieu du fait de son existence (d'où la notion de faute non intentionnelle). David veut protéger son nefesh parce qu'il a peur d'en devenir fou (lui et sa lignée messianique).

Cette attention aux intentions propre à l'ère messianique se retrouve dans le célèbre verset 10 de ce psaume "toi qui sondes les coeurs et les reins, Dieu juste" (d'ailleurs Salette ne parle que du coeur et pas du rein).

Psaume 33 : "Que les justes se mettent à chanter Dieu. Seuls ceux qui sont véritablement droits méritent de le louer. Louez Hachem, avec les harpes, le luth, les instruments à dix cordes. Chantons lui un chant nouveau. Mettez y les meilleurs de vos chants et instruments". "La louange convient aux hommes droits" dit Segond, "Car magnifier sa hauteur est aux justes chose belle et aimable" dit Salette. Ici c'est la traduction de Segond qui rend le mieux compte de l'accord entre intériorité et chant que désigne le fait en hébreu que seul le droit peut louer Dieu par le chant. "Hachem aime la bonté, la justice, la bonté d'Hachem remplit le monde" (Segond dit "la bienveillance", "les biens du Seigneur" dit Salette). "Le ciel a été créé avec la parole d'Hachem, tout ce que tu vois ne tient que sur le souffle de sa bouche". La parole de la Torah est ce qui le monde dit le Zohar, et la Torah du fidèle doit être tournée vers lui. "Toute leur armée est faite par son souffle dit Segond "de son souffle il a fait son armée" dit Salette.

"Hachem a réuni les eaux dans l'océan et ce monde est rempli d'eau" (l'eau de la mer et celle qui est sous terre) "Que tous ceux qui vivent sur terre craignent Dieu et tous ceux qui vivent sur terre doivent le craindre" . Le lien nature-spirituel selon le Malbim met en rapport la nature selon ses lois avec la nature selon la providence. L'énergie négative d'un individu se combine aux autres pour détraquer le monde. D'où le fait qu'il faut s'habituer à louer Dieu du plus profond de soi pour empêcher que le monde n'encourage en soi les penchants négatifs.

"Ce qu'il a dit est ce qu'il y a, ce qu'il a ordonné est ce qui restera. Hachem annule les décisions des nations. Il annule les pensées des peuples." ("il renverse le conseil des nations", dit Segond, "il détruit et corrompt ce qui se décide dans la tête des peuples" écrit Salette sur un mode plus clair)

"La seule chose qui restera c'est ce qu'Hachem a décidé.Le projet de son coeur, s'étend sur des générations"  "le conseil de l'Eternel subsiste à toujours et les projets de son coeur, de génération en génération" dit Segond "le conseil invariable du Seigneur demeure à jamais, ce qui est agréable à son coeur dure d'âge en âge". Segond là dessus est plus près de l'intention avec la notion de "projet".

Un petit plus donc pour Segondsur ce psaume, même si sa traduction comme celle de Salette ne permet pas de comprendre clairement que le Psaume incite à comprendre la réparation de Dieu sur plusieurs génération, quand la parole portée par l'homme n'est pas assez bonne pour le monde.

Psaume 39 : "En mi medish èo dit : jo prenerèi guarda a tot ço que jo harei etc" (je prenais garde à tout ce que je ferais), chez Segond "je disais : je garderai mes voies de peur de pêcher par ma langue" en hébreu:  "Je me suis convaincu de toujours faire attention à mon comportement (mais dans Chouraqi c'est "mes routes"), et de ne pas fauter avec ma bouche, j'ai toujours essayé de faire attention de fermer ma bouche lorsque le méchant devant moi me calomnie" (Salette dit "l'inique"). Il a montré que lorsque, poursuivi par son fils Absalom se leva contre lui (2 Samuel 15) il supporta les reproches du chef du Sanhedrin sans rien dire. "Je suis resté muet" en français, puis "et oui même du bien je me suis tu" écrit Salette, le français dit "éloigné du bonheur" (ce qui n'a rien à voir) les interprètes disent "même si on pourrait penser qu'il serait bon de répondre". Salette ici fait un effort supplémentaire par rapport à la Bible de Segond, mais rate quand même le sens juif. "Mon coeur était chaud" en traduction littérale de l'hébreu, "je sentis à mon coeur une grande chaleur" chez Salette, "mon coeur brûlait au dedans de moi" en français (Salette est plus près de l'hébreu). Le Talmud dit que les reproches contre David à propos de Bethsabée glaçaient le sang dans ses veines, mais qu'il se retenait de répondre pour ne pas leur enlever une place une place dans le monde futur (car celui qui fait honte en public à quelqu'un n'a pas de place au monde futur). "Mes pensées étaient pleines de feu" chez Salette comme dans l'hébreu ("dans mon gémissement un feu s'allumait" dit Segond). "Il n'y en a qu'un seul à qui je vais parler Hachem" (Salette "A Dieu ma langue a dit ceci", Segond "Et la parole est venue sur ma langue") : "Dieu, je t'en supplie aide moi à connaître que je suis un mortel" ("connaitre ma fin" dit Segond, "montre moi ma mort" dit Salette). "Aide moi à le ressentir et aide moi à comprendre que ma vie est mesurée" - "quelle est la mesure de mes jours" chez Segond, "que je sache le contenu de mes années" : ici Segond est plus éloigné du texte hébreu où il ne s'agit pas de contenu mais les 2 perdent le "aide moi à le ressentir"... "Aide moi à comprendre à quel point je ne suis pas indispensable ("je reconnaîtrai combien je suis fragile" chez Segond, le vers n'existe pas chez Salette). "Et en vérité combien l'homme devrait se rendre compte que son existence n'est que vanité" - Segond dit "Oui, tout homme debout n'est qu'un souffle"." Certes tout homme est toute vanité" chez Salette (plus près de l'hébreu) "Un homme avance dans l'obscurité" "il passe comme l'ombre" dit Salette "l'homme se promène comme une ombre" dit Segond. Les traductions ensuite se rejoignent sur l'idée que l'homme amasse au profit de quelqu'un d'autre. "Et je n'ai en vérité  qu'une seule demande, tout ce que j'attends de toi, sauve moi de la faute, et ne me laisse pas devenir comme eux une ordure" ("ne m'expose pas au déshonneur de l'insensé" dit Segond "et ne pas m'abandonner à la joie folle de ceux qui n'ont aucun entendement" dit Salette très loin de l'original).

"Aide moi à vivre que je suis mortel". La date de la fin de sa vie l'obsédait au point qu'il a forcé Hachem à lui dire qu'il mourrait un jour de Sabbat et, tous les sabbats il se scotchait à la Torah pour que l'ange de la mort ne puisse pas le prendre, ce qu'il fera à ses 70 ans quand la chute d'un arbre put le distraire de son étude. Pourquoi était-il obsédé par le jour de sa mort ? David avait toujours été refusé par ce monde parce que son âme était trop spéciale ou parce qu'il était chargé de préparer le tikkun du monde (cf  Ari Ha'Kadosh/Isaac Louria). C'est pourquoi il ressentait la vanité de sa vie. Il était prisonnier des klippot (les écorces négatives du monde). Il est dit éternel et plus présent dans le monde depuis 3 000 ans que les prophètes.

Malade pendant six mois après l'affaire de Bath-Sheva quand Dieu l'a frappé et quand tout le monde s'est ligué contre lui.Selon le Sforno (1470-1550) David était un admoni, un rouquin aux yeux pleins de sang (Samuel I, Chap.16, verset 12), né avec une nature qui a effrayé Samuel et exerçait une fonction de roi qui lui interdisait de garder le silence (il aurait dû couper des têtes). Mais comme il était d'essence royale, par delà l'extériorité de la fonction, il pouvait se taire. Donc il n'est rien en tant que David, mais devant Dieu par son essence il est éternel.

Il me semble que sur ce Psaume Salette est souvent plus littéral que Segond, mais manque un peu ce besoin qu'a David de méditer sur la durée de ses jours, et donc manque cette forme de récupération de son essence royale que marquent son choix du silence et son face à face avec la mort.

Il y a donc dans l'ensemble quelques points sur lesquels Salette fait mieux que Segond dans sa traduction, mais d'autres sur lesquels il est plus simple. Beaucoup, à cause de l'arrière plan chrétien, s'éloignent de la connotation eschatologique purement juive que porte le texte hébreu. On peut se demander pourquoi il y a eu un retour aux Psaumes chez les calvinistes de la Renaissance, pourquoi ce succès des psautiers dans la liturgie. Mais je ne connais pas assez bien l'histoire du protestantisme pour répondre à cette question.

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Etre pasteur évangélique en Inde et au Pakistan

17 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

Un témoignage que je trouve très poignant, même d'un point de vue strictement humain (indépendamment même de la question de la foi).

 

Source : Assemblée de Dieu d'Antibes

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Purimfesten

15 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Le quotidien, #Cinéma

Du temps où un type (un médium), à ma table, devina l'année de la mort de mon grand grand père et toutes sortes de détails sur mon enfance "au nom des esprits", c'est-à-dire au printemps 2014, je m'étais livré à des petits jeux de pistes sur ce blog, autour de la "statue de sel" qui avaient conduit certains de mes lecteurs à faire des commentaires spontanés qui avaient eu un impact très étrange sur mes relations avec mon entourage. Peu de temps après, le 30 septembre 2014, j'avais posté un billet sur l'actrice Irène Jacob et la "Double vie de Véronique". Six jours plus tard un fidèle lecteur de ce blog m'avouait qu'il était... le cousin germain d'Irène Jacob...

En ce moment je travaille sur le messianisme juif en lisant entre autres le livre (pas très bon ni très rigoureux, mais instructif pour un Béotien comme moi, car il a des sources intéressantes) d'un certain Youssef Hindi. Et cette semaine... je découvre qu'une jeune dame, cantatrice, qui est donc le double de la Véronique incarnée par Irène Jacob (qui était une histoire de double) s'est abonnée à mon blog (euh, quelle était la probabilité pour qu'une artiste en chant lyrique s'abonne à ce blog bassement politique)... et chante dans un opéra très lié à la thématique de mes lectures. Le nom de famille de la dame est celui d'un saint avec lequel un de mes aïeux espagnols, tertiaire franciscain, avait fait des rituels magiques comme il y en avait hélas trop dans l'Espagne catholique d'autrefois (j'ai découvert cela en septembre dernier)... Et le diminutif de son prénom est celui d'une journaliste qui anime une webTV... sur les médiums...

Et bien sûr, le rationalisme de bon aloi dans la société lettrée me commande de ne voir dans tout cela qu'une série de "coïncidences" amusantes... Mais comme je suis bête et indiscipliné, de mon côté je vais quand même garder mon petit fil conducteur à ce sujet dans un coin de ma tête...

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David Hamilton et la loi du monde

1 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Les rapports hommes-femmes

Quand j'étais devenu le plus rationaliste des rationalistes, une phrase m'avait frappé dans la préface d'un livre d'un historien médiéviste. Cela disait à peu près ceci  : "Quand on n'obéit pas à la loi de Dieu, on est soumis à la loi de monde, et c'est bien pire". J'avais été surpris par cette phrase, parce que je n'avais pas l'impression que le monde ait une loi (à part les lois de la psychologie et de la sociologie, mais on sait toutes les exceptions qu'elles comportent, quant aux lois de la physique, elles sont si immanentes qu'on ne peut pas les considérer comme une norme juridique). Pour moi le monde était au contraire le champ de possibilités et je trouvais fou d'y renoncer pour se soumettre à la loi d'une fiction, d'une vue de l'esprit, le divin, qui avait toutes les chances de ne pas exister.

Mais comme toutes les folies, cette phrase m'a poursuivi. Le raisonnement en terme de lois me faisait penser à Kant, avec sa loi morale pure (l'Inconditionné) et puis le flot des impératifs "hypothétiques" de la vie. Je n'étais pas habitué à opposer dans ma tête le royaume de Dieu et le monde, opposition qui a pourtant structuré les mentalités en Occident pendant des siècles, et qui est au fondement du Nouveau Testament. Peut-être parce que l'Eglise catholique qui m'avait éduqué quand j'étais enfant n'en parlait pas beaucoup. Les évangéliques, eux, en font leur pierre angulaire, comme cette agréable québécoise, Mathilde Spinks, qui, hier, dans une sympathique discussion avec son prédicateur de mari, racontait sur You Tube comment étant ado elle avait voulu "connaître le monde" et sa "liberté" alors que son mari, lui, qui avait eu la chance d'être entouré par des saints qui effectuaient des miracles de guérison tous les jours, s'en était toujours tenu au contact intime avec l'au-delà...

Je songeais à tout cela à mon réveil ce matin autour du sort de ce photographe, David Hamilton, dont les journaux ont relaté le suicide à la fin du mois dernier (je crois le même jour que le décès de Fidel Castro). Il lui était reproché d'avoir violé il y a quelques années une star de la TV. Dans la religion il y a des bourreaux et des victimes, mais ni les bourreaux ni les victimes ne sont innocentes, car tout le monde est complice des mauvaises pensées et mauvaises actions héritées de générations en générations. De ce point de vue là, savoir si Hamilton fut bourreau ou victime est sans importance. Ce qui est intéressant en revanche, c'est cette loi du monde à laquelle le photographe participait.

Beaucoup de gens de ma génération on trouvé "sympa" dans les années 1990 de feuilleter des Penthouse, de regarder de temps en temps un petit film X sur Canal+. Ce n'était pas de l'obsession, juste un petit penchant "esthétique". Nous étions encouragés par le système culturel qui portait notamment au pinacle Helmut Newton. Ce n'était rien, juste de la "licence artistique", un éloge de la beauté féminine (c'est d'ailleurs ainsi que Melania Trump a justifié ses photos de jeunesse...). Elles étaient pourtant hypnotisantes, ces images, mais l'hypnose ne nous faisait pas peur. Il fallait "libérer le corps". D'ailleurs ces nudités étaient partout, dans les films, dans la pub. C'était "chic", "tendance", il fallait être comme ça. C'était la loi du monde. Il n'était plus question de montrer des princesses égyptiennes prenant leur bain tout habillées comme dans le cinéma hollywoodien des années 50.

Ce n'était rien, et c'était tout. Les photographes ne croyaient pas mal faire, les spectateurs non plus. On commence par regarder les photos. Ensuite on a envie d'en faire soi-même etc. Ce n'est rien, juste du jeu.

Et puis un jour un photographe se met à violer. Et ça se déglingue dans sa vie. Il est ruiné, il est seul, et le crime le rattrape dans les souffrances de la vieillesse. J'ai aussi connu le cas, dans les années 2000 d'un maître de conf en sociologie qui étudiait les boites échangistes et dont la carrière a été coulée par une sombre histoire de harcèlement sexuel dénoncée par une de ses étudiantes. Le processus est connu. Il se déploie sur 30 ou 40 ans. On regarde, puis on pratique, puis on harcèle, puis on viole etc. Les philosophes grecs que beaucoup de pères de l'Eglise identifiaient comme leurs précurseurs y ont vu l'engrenage de l'intempérance. Faut-il se contenter d'appeler ainsi ce défaut de la nature humaine qui nous rend insatiables dans le plaisir jusqu'à la destruction ? Ou faut-il l'appeler "pacte avec les démons" comme mon passage par les médiums me l'a enseigné, quand j'ai vu des manifestations très étranges se déployer non seulement en moi mais encore autour de moi, chez des gens que je connaissais à peine qui convergeaient soudain avec moi dans les moindres détails, sur des quarts de phrases, de demi-mots, et tendaient le miroir de ce qui en arrière-plan du réel tirait les ficèles de nos vies ? L'avantage de bien comprendre qu'il y a un monde occulte derrière nos actes, un monde en fait pas si occulte que ça si on prend bien garde aux "hasards" du quotidiens, à ce que nous montrent nos vies éveillées et nos songes nocturnes, c'est quand suite on n'est plus dans le compromis, l'indulgence. On n'est pas dans le "mais non mais non, moi je n'irai pas jusqu'aux extrémités de David Hamilton". On n'est pas dans cet orgueil là. On connaît mieux ses limites.

Ceux qui sont sûrs de ne pas finir comme David Hamilton ont des chances de gagner leur pari, bien sûr, dans la mesure où, c'est vrai, on peut toujours se "retenir". On peut trouver un chemin de modération sans avoir besoin de découvrir le monde occulte et ses démons. On peut se dire "ok, je ne regarde plus d'images et je me mets au footing". Mais pour combien de temps ? Et que valent ces compromis. Sont-ils si équilibrés que cela ? Sont-ils si lucides ? Pendant des années je pensais que mon attachement profond à l'éthique, à l'engagement politique universaliste etc me protègerait des risques de dépendance à l'esthétique d'Helmut Newton. Mais ce chemin de "modération" était tout sauf équilibré. L'engagement politique nourrissait mon orgueil autant que mon désespoir parce qu'il s'avérait inutile et sans impact sur le cours réel des choses. Et, par ailleurs, la fascination pour l' "imago" féminine comme eût dit Lacan restait intacte, et cela me plongeait dans un tel malaise que j'aurais pu engraisser des dizaines de psychanalystes avec cela. La loi du monde, c'est au fond cela. Même quand ça ne mène pas jusqu'au sadisme, jusqu'à la destruction de l'autre et soi-même. C'est cette névrose larvée, le monde de Woody Allen. Celui-ci a fait un film sur les médiums il y a 3 ou 4 ans. Il les a traités comme de vulgaires charlatans, sans chercher à comprendre plus loin. Pas étonnant de la part d'un homme qui a surfé toute sa vie sur la mode freudienne sans vouloir vraiment VOIR ce qu'il peut y avoir au delà. Lui aussi a payé son écot à l'accusation d'agression sexuelle, y compris sur des mineurs, comme Polanski. Non, ce monde de névrose de celui qui évite soigneusement d'aller au bout de sa folie ne vaut guère mieux que celui du destructeur nihiliste. La différence entre le névrosé qui cultive son pessimisme à la petite semaine en jetant un oeil à un film X de temps en temps et le cinglé de Daech qui donne son esclave sexuelle aux chiens après qu'elle se soit suicidée est la même différence qu'entre le banquier de Wallstreet qui spécule sur les usines de fabrication d'armement et le paramilitaire qui massacre au fin fond du Yémen. Une différence de degré, pas de nature. Et c'est toujours la loi du monde.

Vous pouvez vous dire "je garderai les mains propres, je n'irai pas jusque là", au mieux vous resterez dans un marécage de médiocrité triste et déséquilibrée à la François Hollande, dont rien de vraiment beau et généreux ne sortira. Et ce que je dis ne concerne bien sûr pas que les hommes qui aiment les images des femmes. Cela concerne aussi ceux qui sont accros à l'alcool, à la réussite professionnelle ou intellectuelle, les collectionneurs fétichistes, les égocentriques de tout poil, les gens qui s'abrutissent de politique etc. Et cela concerne les femmes, celles qui aiment les hommes, et celles qui ne les aiment pas. Les enthousiastes, les aigries, les amoureuses des chats, celles qui posent nues chez le photographe du quartier, celles qui se donnent bonne conscience en se soûlant de religion (car la piété est une drogue comme les autres quand certains démons s'en mêlent). Je repense à une chanteuse que j'ai connue en 2009, qui ne jurait que par le culte de la terre (la "pachamama"), de l'écologie, de la solidarité internationale, les médecines douces, toutes ces religions immanentes dans lesquels l'humain gonfle son orgueil et parfois s'anéantit. Elle dormait la moitié de ses journées et entretenait l'autre moitié dans le regret amer d'un succès disparu. Le public lui manquait. Le monde lui manquait. Tel est le paradoxe du monde : plus on l'aime plus il se dérobe, pas seulement à cause du temps qui passe, mais parce que, coupé de la force qui est la cause directe de sa cohérence, il n'est que le fantôme évanescent dans lequel tout désir s'abîme. Cette grande défenseure de la cause féminine fut ensuite aux abonnés absents quand je lui ai proposé d'aider les Yézidis. C'est le cas plus généralement de notre pays tout entier. Nareen Shammo, la journaliste irakienne qui témoigne du sort de ce peuple, a été invitée à en parler à Genève, à Bergen, à Bruxelles, à Vittoria, à Barcelone. L'hexagone est comme un immense trou noir qui ne lui accorde aucune tribune. Mme Badinter est-elle entrée en hibernation ?

Le système social glisse une photo de femme nue sur les écrans vingt fois par jour, et vingt fois par jour un éloge de l'éternelle jeunesse du corps, de la Terre-Mère à vénérer et protéger, de l'humanité qui n'a besoin ni de Dieu ni de maître (sauf bien sûr le Dieu-argent), la belle humanité si bienveillante, si attachante, si "hillaryclintonienne" etc. Puis il lynche David Hamilton pour se donner bonne conscience, c'est dans l'ordre des choses. Il faut maintenir le consommateur dans le juste équilibre de la névrose qui déglingue les esprits, mais de manière "soutenable", compatible avec une certaine survie de l'ordre social, sans quoi la loi du marché ne fonctionnerait plus. Ne pas tuer la poule aux oeufs d'or. Juste garder le bon équilibre dans le déséquilibre.

Quatre gamines d'un lycée ("lycéennes engagées" disent-elles) des beaux quartiers de Paris m'écrivent avant-hier pour m'indiquer qu'elles préparent un travail de groupe pour leur bac (elles sont en première) et qu'elles ont choisi dans ce cadre le thème de la nudité publique... "parce qu'il est tabou", disent-elles. Le sujet cadre avec la "loi du monde" : juste assez trash pour perturber les équilibres, mais quand même assez correct (tous les grands journaux en parlent depuis dix ans) pour ne pas risquer de basculer dans le n'importe quoi. Il est donc susceptible d'être validé par leurs parents, par l'institution du lycée, et donc par l'Education nationale. Je ne suis pourtant pas sûr que ce chemin du monde soit tout à fait le meilleur pour elles. Il y a même de fortes chances pour qu'il leur prépare un avenir assez bancal...

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Hibernatus

15 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien, #Grundlegung zur Metaphysik

Tous les gens qui me méprisent ou me détestent (et ils sont nombreux parmi ceux que j'ai croisés depuis 20 ans) peuvent se réjouir. Malgré toutes les grandes écoles que j'ai faites, tous les diplômes obtenus, tous les livres écrits, toutes les révolutions intellectuelles accomplies depuis 5 ans, ma vie n'a pas progressé d'un millimètre. Sur tous les plans, professionnel et autre, j'en suis exactement au même point que lorsque je faisais "mes premiers pas sur Internet" en 1999, pour reprendre l'expression en en-tête de ce blog. Les gens qui s'intéressent à mes écrits se comptent sur les doigts des deux mains, personne ne me propose aucun enseignement, il suffit que j'adhère à un parti politique, même minuscule, pour que tous ses membres (que je connaissais avant d'y adhérer) décident de m'ignorer totalement. Quelque projet que je lance je sais qu'il va tomber dans un vide abyssal. Si je décide d'écrire un livre, même sur un sujet populaire (ce qui en soi m'est difficile car je n'aime que les choses un peu rares comme tel récit de voyage en Mésopotamie eu 17e siècle), je suis sûr de ne pouvoir publier qu'aux éditions du Cygne et n'y avoir que 30 lecteurs (quand on voit comment a échoué le projet censé être fédérateur "Atlas alternatif" il y a 12 ans, "grâce à" la complicité d'esprits malveillants bien placés dans mon entourage propre, on a tout compris). Bref c'est une glaciation complète et sans issue.

Certains esprits religieux parlent de "possession par un esprit de mort". Il paraît que cela s'hérite de génération en génération, que cela ressemble à la malédiction des pharaons dans les tombeaux égyptiens, et que cela se soigne par l'exorcisme. Je ne sais pas si je suis censé croire cela vu que je n'ai pas d'exorciste disponible en ce moment dans mon entourage pour régler le problème sur le plan métaphysique. Je peux juste faire l'inventaire du néant autour de moi, de l'apathie générale qu'il a engendrée dans ma façon de percevoir le présent et l'avenir et dans l'attitude des gens que je rencontre.

Un jour j'ai entendu un prédicateur dire qu'il sentait que tout un pays (en l'occurrence Madagascar) était paralysé à l'état d'embryon. Je suppose que ce genre de constat peut s'appliquer à des tas de contrées, et à des millions de gens. Des gens qui, quoi qu'ils fassent, n'arrivent pas à faire bouger leur position. Beaucoup en concluent qu'il vaut mieux renoncer à tout effort intellectuel, moral ou autre. Aller claquer du fric dans un salon de massage, draguer la première paumée qui passe, se cuiter etc. J'ai eu moi-même ce genre de période de "benign neglect" comme on disait en matière de politique économique jadis. Ce n'est pas si bénin que ça, et ça m'a même mené au bord du gouffre. Ce n'est donc pas la solution.

Quand on est dans l'hibernation, dans les 25 ou 40 ans de paralysie, comme Epiménide le chamane crétois qui dormit 57 ans avant de sauver Athènes de la peste (et encore, quand ça se termine à la manière d'Epiménide c'est plutôt bien), on peut juste se dire que si le choix est entre la glaciation et la catastrophe, la glaciation, à tout prendre, vaut mieux (autrement dit "c'est pas plus mal que si c'était pire"). Hier je lisais un récit abominable sur les souffrances de centaines de femmes yazidies qui vivent dans un camp de réfugiés qui leur est consacré dans le sud de l'Allemagne avec leurs enfants, dans le cauchemar chaque jour et chaque nuit renouvelé du souvenir des sévices endurés l'an dernier sous la férule des tarés de Daech. Un de leurs visiteurs dit qu'on ne dort pas pendant trois nuits quand on a entendu leur témoignage. Je veux bien le croire. Ces personnes ont été au coeur de la pire abomination de notre époque, dans le chaudron de ce que notre époque a fabriqué, depuis deux ans, de pire dans l'ordre de la barbarie (et quand je dis "notre époque", je veux dire aussi la pire partie de nous mêmes car cette barbarie là est sang de notre sang, chair de notre chair à tous). Et le malheur de ce peuple à travers l'histoire, comme celui des Juifs - pire encore, car ce fut un malheur sans livres, sans mémoire, sans témoignage, et sans eschatologie rédemptrice -, comme celui de beaucoup d'autres, a toujours été comme le portrait réaliste, "sur le vif", de ce que la condition humaine sur Terre engendre de pire. Evidemment pour ces gens là, qui ne peuvent plus croire en personne, à qui leurs bras et les mains même sont devenus étrangers, la glaciation serait comme une sorte de luxe hors d'atteinte, comme il le fut pour moi-même quand, en janvier 2014 je me battais aux frontières de la mort.

Cette hibernation je l'ai souvent contemplée au miroir de l'apathie de la société française qui, depuis 25 ans (depuis le début de la "globalisation") vit dans l'immobilité craintive et désabusée elle aussi, dans le même scepticisme un peu aigre, la même compulsion de répétition qu'incarne si bien la figure d'Alain Juppé. Ce n'est pas notre pays qui ferait le grand saut dans le vide d'élire un Donald Trump, et ça n'a d'ailleurs pas que des inconvénients, car cela lui épargne les pleurs hystériques dans les rues et les risques du retour du refoulé raciste et sexiste. J'ai eu souvent le grand tort "d'expliquer" ma paralysie par celle de la société. Grande erreur de la sociologie. Si le vrai couvercle sur la vie des individus était purement social il n'y aurait jamais eu de Jeanne d'Arc, ni de Lénine, ni de Mandela, ni de Chavez, ni de Christophe Colomb (qui lui aussi eut sa vie paralysée pendant 15 ans par le bêtise du système politique espagnol de son époque). Je sais que beaucoup de gens attribuent la paralysie de leur vie à des circonstances extérieures : au milieu où ils ont grandi, à l'état des technologies comme Internet (comme si le temps où les gens traînaient leur vide existentiel dans les bistrots plutôt que sur la toile avait été réellement fécond). Je préfère penser que l'extérieur (de nos vies) est le reflet de l'intérieur et le bas est le reflet du haut. Il faut tout tenir ensemble si l'on veut garder la moindre chance, encore une fois, une dernière fois avant le trépas, dans 10 ans, dans 20 ans, de changer la totalité.

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Paul Morand, la littérature

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Lectures, #Grundlegung zur Metaphysik

Il y avait ce soir à la TV sur une chaine de la TNT une longue interview de Paul Morand. Je l'ai écoutée jusqu'au bout.

Je sais que des jeunes gens comme Romain ou Etienne qui m'ont fait l'amabilité de réagir à ce blog naguère ont apprécié que j'y parle d'auteurs du XXe siècle comme Gary ou Werth. J'ai peut-être mieux fait de faire cela que d'y parler de politique. Je ne sais pas...

Ce soir j'écoutais Morand comme on dialoguerait avec un extra-terrestre. J'ai tellement peu de points communs avec cet homme... et pourtant son monde m'a effleuré plusieurs fois dans ma vie. Le monde des peintres surréalistes, de Malraux, de Gide, de Proust. Je l'ai croisé au sortir de l'enfance, au début de ma vie d'adulte, au milieu. On ne sait pas pourquoi ce genre de chose vous atteint, s'éloigne de vous, puis revient à divers moments. On plaint ceux qui n'ont pas la chance de croiser cela sur leur route.

Le monde des surréalistes était encore présent en moi en 2012, je crois, à moins que ce ne fût 2013, à travers Soupault. Et puis l'oeuvre de Morand s'est invitée dans ma vie en 2014 à travers Hécate et ses chiens et à travers son journal de 1968-1970. C'est lui qui m'a donné envie de lire le journal de Simone de Beauvoir de la même époque. Je me demande si je n'ai pas connu Hécate et ses chiens après avoir lu un article du journaliste Labévière. 2014 était une année vraiment épouvantable pour moi et en même temps mêlée de révélations compliquées. Il était étrange que le roman de Morand soit arrivé là, car Hécate et ses chiens est un livre un peu diabolique. Juste un peu. Et cependant moi qui, après toutes mes découvertes, suis devenu allergique aux démons, je ne perçois pas de danger dans le monde de Morand. Peut-être suis je en cela trop naïf. Peut-être à cause de cette espèce d'humilité très sobre du personnage qu'on retrouvait dans son interview ce soir.

Peut-être à cause de son absence. Cet homme fut très présent à son époque, et en même temps tellement décalé, évanescent. Pas le genre de type qui vous embrigadera dans une légion criminelle. Il se sera beaucoup trompé, autant je pense quand il aimait Picasso, que quand il se résignait au pétainisme, ou quand il détesta De Gaulle. Mais il s'est trompé de façon intéressante, toujours, d'une façon bizarre, instructive. Peut-être à cause de son espèce d'absence de tout justement D'où ses phrases courtes dans l'interview, et le fait qu'il avoue ne pas aimer parler. Un point commun avec Deleuze.

J'ai la chance de ne pas être un écrivain, de n'avoir pas derrière moi une oeuvre, même si j'ai pondu un roman et quelques témoignages autobiographiques. Je peux donc aborder n'importe quel livre de façon parfaitement désintéressée, candide, désinvolte. Je n'ai même pas, à la différence des profs, à me poser dans le rôle du type "qui s'y connaît", qui doit transmettre, je ne suis même pas dans ce sérieux là. Je suis dans un sérieux, certes, mais un sérieux à moi, un sérieux lié à ma recherche incommunicable, incompréhensible par autrui, donc je tire des livres ce que je veux, j'en dis ce que bon me semble sur ces pages numériques ou ailleurs. Ca a de l'importance, et ça n'en a pas. Dans quelques semaines je serai pour quelques jours à Venise. Je ne l'ai pas choisi. Ca arrive comme ça, alors que Venise évoquait toujours pour moi Sollers et toute une imposture littéraire que je déteste. Une boursoufflure devrais je dire. La ville n'a-t-elle point elle même vécu du vol et de l'imposture depuis le Moyen-Age ? Pour m'y sentir moins seul, j'emmènerai le livre de Morand avec moi, "Venises". Dans l'interview de ce soir, il expliquait que Montaigne, Rousseau et bien d'autres génies ont écrit sur cette ville où lui même a rencontré mille célébrités. Je pense qu'à travers ce livre je retrouverai un peu du monde littéraire, et de l'univers des esthètes, qu'accaparé par ma recherche métaphysique depuis deux ans je néglige un peu trop. J'ignore si j'en parlerai sur ce blog. On verra bien.

Ai-je déjà parlé dans ce blog de Morand ? Je pense que oui. Qu'en ai-je dit ? Je ne sais plus. Est-ce que la littérature cela compte vraiment ou n'est-ce qu'un de ces pièges hédonistes de plus qui nous éloignent de la vérité ? Grave question. Platon voulait chasser les poètes de la Cité. A ma connaissance l'Israël biblique n'a pas eu d'écrivains, même à l'époque hellénistique des Macchabées. Il en a eu un avec Flavius Josèphe, mais ce n'était plus l'époque biblique, en tout cas plus celle de l'Ancien Testament. Il faudrait que je vous parle de Josèphe d'ailleurs car j'ai lu trois chapitres de son récit des guerres juives il y a peu. Passons. Oui, les peuples qui se confrontent sérieusement à la vérité ne pratiquent pas la littérature. Cependant l'auteur de l'Ecclésiaste ou celui du Cantique des cantiques ne sont-ils pas des écrivains ? Le style nous éloigne de la vérité, mais comment peut-il y avoir une vérité sans style ? Surtout une vérité pratique, au quotidien. Comment puis-je manger une pomme avec une certaine vérité dans ma façon d'être si je n'ai pas un regard littéraire sur elle, et sur ma façon de la prendre en main ? Je ne sais pas trop comment vous expliquer cela, mais je crois qu'il y a là un "vrai sujet" comme eût dit un de mes collègues.

Donc il se peut que vous tombiez encore sur des lignes sur Morand, en parcourant ce blog, dans les mois à venir, et sur des lignes sur Venise. Sauf si je me persuade de ce que je perds mon temps à aborder ces sujets là...

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