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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #grundlegung zur metaphysik tag

Renouveaux nationaux, Equateur, The Empire Files

27 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #La droite, #Grundlegung zur Metaphysik, #Peuples d'Europe et UE, #Débats chez les "résistants", #Espagne

Les identités nationales relèvent la tête. En Grande-Bretagne UKIP ne veut plus recevoir de leçons d'anticolonialisme (c'est pourquoi je pense que Macron avec sa tirade sur l'Algérie a 10 ans de retard par rapport à l'histoire des idées, même s'il est exact que les crimes de guerre là bas furent atroces au 19e siècle comme dans les années 50-60). En Espagne dans El Pais du 27 février, l'universitaire andalouse María Elvira Roca Barea explique : L'Inquisition a tué 1 300 personnes en 140 ans, Calvin en a brûlé 500 en 20 ans. Elle se propose de lutter contre l'hispanophobie qui a inspiré l'intelligentsia européenne depuis le 18e siècle (un sujet que j'ai un peu abordé en parlant de Custine il y a 5 ans - déjà !).

Mon petit côté romanesque me fait m'intéresser à cette Clémentine Autain de droite qu'est la journaliste Charlotte d'Ornellas, née en 1986,visage de Jeanne d'Arc en 2002, qui avait en 2014 nourri les polémiques avec un article dans Boulevard Voltaire sur un viol avec actes de barbarie sur un Française de 18 ans par des jeune morveux proche-orientaux à Evry. L'hiver dernier elle se réjouissait de la libération d'Alep Est, puis publiait un livre sur les chrétiens d'Orient et fondait une revue qui chante la louange de Marion-Maréchal Le Pen. Un fossé m'a toujours séparé des catholiques conservateurs que j'ai connus au cours des trois dernières décennies, et plus encore maintenant que je commence à comprendre certains ressorts métaphysiques de ce monde (un sujet qu'hélas je ne peux pas trop aborder dans ce blog car je ne veux pas choquer les lecteurs laïques). Mais il est toujours intéressant de découvrir ce qui fait la chair et le sang des diverses tendances politiques, puisqu'il faut bien que les idées s'incarnent.

La lecture d'Emmanuel Berl me fait prendre du recul à la fois à l'égard de ce qui à fait la grandeur et la misère de l'internationalisme et de ce qui a fait et fera la grandeur et la misère des nationalismes. Le mouvement de balancier a l'air assez inévitable, même s'il est vrai que la technologie en complique la problématique ou en atténue la portée.

On s'inquiète en ce moment de la possible défaite au second tour de la présidentielle le 2 avril prochain du dauphin de Correa en Equateur. Le président sortant a un plan B pour provoquer une "mort croisée" de l'exécutif et du parlement (acquis à sa cause) un an plus tard. La constitution le lui permet. Mais en attendant c'est Assange qui en ferait les frais. Tout cela en partie à cause de la candidature au premier tour de Cinthia Viteri (cf ci dessous). Mais pas seulement bien sûr... La défaite de la gauche au 1er tour dans les zones orientales indigènes où sévit l'extraction pétrolière doit faire réfléchir...

A part ça, il y a des discussions dans les milieux anti-impérialistes anglo-saxons sur la série "The Empire Files" qui passe sur TeleSur English. Il paraît que c'est génial...

Je ne l'ai pas encore regardée. Voici l'épisode sur la Syrie. Je vous laisse vous faire votre propre opinion.

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Scorsese et le martyre, Berl et le silence

9 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Grundlegung zur Metaphysik

Vu le dernier film de Scorsese "Silence", film astucieux mais sans intérêt sur le plan moral. Le cinéaste s'y regarde trop le nombril au prisme de la religion. Depuis La dernière tentation du Christ, il aime mettre en scène les doutes des croyants, mais, contrairement à ce que veut faire croire son film, l'engagement religieux ne peut se borner à glisser au milieu du scepticisme de la fin de vie une amulette interdite dans un cercueil. Cela dit, il met un certain talent "technique" au service du sujet considérable que représente le martyre des chrétiens au Japon au XVIIe siècle.

Tous les martyres sont impressionnants, et ils sont le propre de beaucoup de religions. Ils m'impressionnent quand ils ne se font pas avec des ceintures d'explosifs car là, ce n'est plus du martyre, c'est de l'assassinat. J'ai découvert celui de religieux mandéens (sabéens) au XVIIIe siècle il y a peu : en 1782 les musulmans de Perse ne parvenant pas à obtenir par l'argent et la ruse les livres sacrés de cette secte jettent leur clergé en prison et les torturent. Plusieurs sont tués, empalés,mutilés, on leur coupa les membres en commençant par les doigts, corps égorgés, yeux brûlés au fer rouge, têtes coupées selon le témoignage de J. de Morgan. Le Gauzevra Adam auquel les Perses avaient coupé le poignet droit s'enfuit en Turquie avec le livre "Iniani" sous le bras qu'il recopia en cachette de la main gauche.

Je lis Emmanuel Berl en ce moment qui fut une sorte de Montaigne du XXe siècle. Il a raison de dire qu'au fond tous les athées, de Nietzsche à Picasso, furent de grand religieux. Sauf que ces gens là plaçaient leur Dieu trop loin et trop haut pour le croire susceptible d'imposer des lois à l'homme. C'est qu'il leur manquait la foi aux démons (ou plutôt la connaissance des démons), un peu moins d'orgueil, un peu d'humilité dans la façon d'observer des phénomènes comme la voyance et la médiumnité les auraient ramenés aux dures réalités du "deuxième ciel" et ils auraient alors compris pourquoi les lois morales existent. Voyez par exemple la séance où Malraux va voir une médium spirite pour lui faire dater un tapis antique et en ressort comme s'il sortait d'un labo d'analyse scientifique, telle que Pauwels la raconte. Un peu de modestie et de curiosité sans préjugés auraient ouvert à Malraux des boulevards d'élévation spirituelle. Idem pour Kant s'il avait eu l'honnêteté minimale de témoigner de sa fascination initiale (qu'il confesse dans ses lettres) devant l'intuition de Swedenborg sur l'incendie de Stockholm, plutôt que d'enterrer tout cela sous une tonne d'arrogance ironique dans "Rêves d'un visionnaire".

J'aime bien quand Berl dans "A contretemps" fait l'éloge du silence et transforme la phrase de Jésus "Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Mauvais" (Mt 5:37), en "Dites oui oui dites non non et tout le reste vient des démons". Moi aussi j'aimerais avoir la sagesse de ne pouvoir parler que pour dire "oui" ou "non".

Un fervent musulman a commenté un billet récent de ce blog. Il y a des tas de religions comme l'Islam, le bouddhisme etc dont je me dis que plus je les connais et moins j'en sais sur elles. Mais j'ai une méthode bien à moi pour approcher ces sujets. Je ne creuse que ce qui m'est indispensable, quitte à devenir très pointu sur d'infimes détails (comme vous avez pu le remarquer sur ce blog avec mes remarques sur le pythagorisme), car le sens profond est dans le détail, sans jamais rechercher l'encyclopédisme ni l'académisme. Pour le reste il faut accepter de ne rien comprendre.

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La Transnistrie et l'histoire de l'antisémitisme

6 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Grundlegung zur Metaphysik

En 2013, j'ai déjà signalé le lien entre la Moldavie et l'extermination des Juifs par les nazis à propos du bordel de Soroca, que décrit Malaparte dans Kaputt. Le lien est très fort aussi pour la Transnistrie dont le nom même, appliqué par les Roumains au pays, est le terme administratif utilisé par les nazis pour la zone au delà du Dniestr pou la mise en oeuvre du programme d'extermination.  Mais le rapport de la Transnistrie, et de la Moldavie à l'histoire de l'Antisémitisme, est plus ancien encore, évidemment.

Si vous avez lu mon livre sur ce pays, vous savez sans doute que je me suis rendu à Dubossary qui est un village transnistrien à majorité moldave. Or, en lisant aujourd'hui le livre du théosophe anglais George Robert Stow Mead publié en 1903 "Did Jesus live in 100 BC ?", j'apprends que selon le Times du 2 mai 1903, la populace de Chisinau a assassiné "environ 60 juifs et juives" et en a blessé "environ 500 de plus" avec "plusieurs cas de viols trop horribles pour une description détaillée" en raison d'un supposé "meurtre rituel" perpétré par les Juifs de Dubossari, et ce malgré la publication de la preuve absolue du caractère mensonger de l'accusation (à cette époque on accusait les Juifs de sacrifier des enfants et manger leur chair).

Une lecture du journal "L'Aurore" du 17 août 1903 p. 2 sur Gallica me donne ces éléments : 

"Les horribles massacres qui ont eu lieu à Kichineff ont été présentés par M. Krouchevau, l'éditeur du journal antisémité Bassarabets comme les représailles d'un prétendu crime rituel.

Les faits ont été relatés : quelques semaines avant les fétes de Pâques on avait trouvé S, Doubossari,. non loin de Kichineff, le cadavre d'un adolescent de dix-sept ans, Michel Ribalenko, assassiné de façon mystérieuse et dont le cadavre présentait cette particularité que le col était criblé de coups de canif, comme si l'assassin s'était complu à faire couler goutte à goutte le sang de la victime. Il n'en fallut pas plus au Bessarabets pour annoncer que Ribalenko avait été tué par les Juifs qui l'avaient saigné pour préparer les mazzi (pain azyme). La légende fut acceptée par laf oule avec enthousiasme, et nous connaissons les atrocités qui suivirent.

Un agent de la police secrète d'Odessa ne fut point convaincu par les "révélations" du Bessarabets. Il avait passé sa jeunesse parmi les juifs ; il connaissait à fond leurs moeurs, parlait même leur jargon et l'accusation qui pesait sur eux le laissa sceptique. Il s'affubla du costume des juifs polonais et fréquenta les petites synagogues, les restaurants et les bazars où les juifs s'assemblèrent, et il fut bientôt convaincu que bien loin de pétrir le pain azyme avec du sang chrétien les israélites ne touchaient pas au sang des animaux. un jour il vit un juif corriger d'importance son fils parce que l'enfant lui avait servi un bifteck saignant. Ce juif était convaincu qu'en avalant une goutte de sang de boeuf il avait commis un grand péché devant l'Eternel... Il fallait chercher ailleurs l'auteur de l'assassinat.

Existait-il des gens qui eussent intérêt à supprimer Ribalenko, se demanda alors Matviev.

Pour résoudre cette question, il mit de côté l'habit juif polonais et s'accoutra du costume d'un paysan de la Bessarabie : blouse blanche, hautes bottes et bonnet d'astrakan. Il entra en relations avec le grand père de la victime, Kouzma Ribalenko, un riche paysan qui possédait beaucoup de terrains, de vignes et d'argent comptant. Un peu avare, il n'aimait guère sa famille et s'en plaignit à son nouvel ami en la lui présentant sous les traits les plus noirs.

Matviev sut s'insinuer dans les bonnes grâces du vieillard à force de petits cadeaux et d'attentions. Il apprit bientôt que Kouzma Ribalenko détestait par dessus tout son ex-gendre, un certain Timotchouk, veuf de la fille de Ribalenko, qui avait eu de son premier mariage un fils, Ivan, qui était avec le malheureux Michel l'héritier du grand-père.

- Ce Timotchouk, disait le vieux au détective, n'a jamais su travailler et maintenant que Michel est mort et que son fils Ivan devient l'unique héritier, il me tuera pour entrer plus vite en possession de son bien.

Ces confidences furent un trait de lumière pour Matviev.

Le détective eut recours à un troisième travestissement ; il s'habilla en journalier qui cherche de l'ouvrage chez les gros paysans. Il devint un habitué des cabarets et lia connaissance avec jardinier, Antone, gardien de la propriété contiguë à celle qui avait été le théâtre de l'assassinat de Michel Ribalenko".

Après avoir courtisé la fille de Tomotchuk, Matviev, dans le rôle du gendre potentiel, apprit de
Antone le jardinier qu'en effet Tomotchouk avait tué l'adolescent. Il leur reprocha à lui et son compagnon de n'avoir pas mis à profit le crime rituel pour piller les juifs de Doubossari.

"Nous avons été plus avisés à Kichineff, du le jardinier, nous leur avons appris ce qu'il leur en coûtera de cribler nos jeunes garçons russes de coups de couteau... Vous êtes des pleutres, des timorés, des imbéciles..."

"Piqué par ces sarcasmes, ajoute le journal, Antone se rebiffa :
- Ah ! tu nous prends pour des pleutres ? C'est toi qui un imbécile !... Tu crois que ce sot les juifs ui ont tué Michel Ribalenko ?

Ha ha ha ! Eh bien ! non, tu n'est pas malin ! ... Mais c'est Timotchouk et moi qui avons fait le coup, imbécile !" Et le jardinier de raconter comment le 16 février au soir Antone avait saigné l'adolescent pour faire croire qu'il s'agissait d'un rituel juif.

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Justice ou injustice : des Kurdes au Botswana...

29 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Le monde autour de nous, #La gauche, #Peuples d'Europe et UE

Justice divine, justice terrestre... Moi qui travaille beaucoup sur l'histoire des religions en ce moment, je ne peux manquer de m'interroger sur l'articulation entre les deux. Prenez les Kurdes : du point de vue terrestre leurs cause paraît juste, et d'autant plus depuis qu'ils remportent de belles victoires militaires contre Daech. Pourtant bien des éléments les condamne au regard des textes sacrés. Leurs sites sur Internet à la gloire de Marx ont des liens avec des sites pornos (si si, j'ai vu ça il y a huit jours !). L'activiste Nurcan Baysal (dont on a déjà parlé ici) écrivait la semaine dernière sur le site T24 un billet contre l'atteinte au patrimoine historique de la capitale du Kurdistan turc Dyarbekir / Amed que représenterait le projet d'Erdogan de réaménager la ville à la mode ottomane. L'article défend les statues assyriennes de lions à tête humaine, tout comme beaucoup de sites kurdes irakiens prônent le retour au zoroastrisme. Voilà qui place Erdogan dans le sillage abrahamique et les Kurdes dans le camp de l'idolâtrie... Tout comme la promesse de Mélenchon d'inscrire le droit à l'avortement dans la constitution ne doit pas le placer très haut dans l'échelle de la justice divine, c'est le moins qu'on puisse dire, même si sa défense des pauvres le situe haut dans la justice terrestre... Cela me rappelle les mots de Claudel qui reconnaissait dans son journal que les bolchéviques malgré leurs horreurs anti-chrétiennes avaient au moins rêglé son compte au démon de l'argent comme le catholicisme n'avait jamais pu le faire...

Notez que, du point de vue de la seule justice terrestre elle-même, on peine aussi à faire la part du bon et du mauvais. Prenez la cause sahraouie. Le Maroc qui a quitté l'Union africaine (ou son ancêtre) en 1984 à cause de cette question postule à une réintégration malgré l'hostilité de l'Algérie et de l'Afrique du Sud. Est-ce une cause juste ? Presque tous les Marocains pensent de bonne foi que les Sahraouis ne sont pas un peuple, comme les Israéliens considèrent que les Palestiniens n'en sont pas un. Qu'est-ce qu'un peuple ? Les Californiens allergiques à Trump prétendent de plus en plus en être un et l'on parle de sécession à San Francisco. Le patron de Facebook qui a exproprié des indigènes d'Hawaï avait l'air de ne pas considérés les pactes ancestraux qui régissaient leurs terres comme émanant d'un "peuple" sujet de droit...

Question complexe que celle du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Bertrand Russell dans un livre d'histoire des idées, rappelait que Wilson n'avait pas été jusqu'à le reconnaître aux habitants d'un quartier qui prétendaient faire sécession de leur pays pour ne plus y payer d'impôts... Cette semaine le Petit Quotidien, journal pour les enfants, bourre le crâne de nos chères petites têtes blondes en faisant sa "une" sur une info de la plus haute importance "un cerf mange du maïs dans une forêt au Kosovo". Le seul but de l'info apparemment est d'apprendre aux enfants où se trouve le Kosovo et leur faire croire que c'est bien un Etat. Promis si vous m'élisez président un jour j'obligerai le Petit Quotidien à faire se "Une" sur les belettes de Transnistrie...

En parlant de Transnistrie, avez-vous vu que le nouveau président socialiste moldave dont on a déjà parlé dans ces pages, en visite à Moscou cette semaine, laisse entendre qu'il pourrait dénoncer le traité d'association avec l'Union européenne en 2018 après les élections législatives ? La Moldavie regarde vers l'Est, Trump dénonce le traité trans-pacifique et soutient le Brexit, le Kenya s'apprête à emboiter le pas de la Gambie, du Burundi et de l'Afrique du Sud dans le retrait de la cour pénale internationale (CPI). Les institutions transnationales pro-occidentales ont du plomb dans l'aile. Même si Soros arrivait à renverser Trump ou Poutine il n'est pas sûr que cela suffirait à inverser la tendance.

Bien sûr ce n'est pas parce que l'on dynamite ces bureaucraties ou ces clubs inféodés à l'oligarchie que le monde ira mieux. La manie des murs des populistes au pouvoir à Washington et à Budapest n'annonce pas forcément des lendemains meilleurs pour l'humanité, bien au contraire. Mais on ne sait plus à quelle info se fier pour l'évaluation des bienfaits des politiques publiques. Un institut privé cette semaine publie un palmarès de la corruption et prétend que les régimes populistes nationalistes sont plus atteints par ce fléau que les pays sous contrôle des organismes internationaux. Elle explique qu'en Afrique le pays le plus vertueux est le Botswana... Comme par hasard c'est "l'élève" le plus pro-occidental du continent avec le Sénégal (notamment sur la question de la coopération internationale). Pour savoir si le Botswana est vraiment très intègre et si les régimes "populistes" ne le sont pas, il faudrait peut-être savoir si Soros (ou un de ses semblables) a financé ce palmarès. Mais même si le palmarès est acheté (donc corrompu) est-il faux pour autant ? De même un régime réputé corrompu comme celui de la Biélorussie (dont les syndicats étaient en visite à Cuba cette semaine) est-il nécessairement injuste alors qu'il maintient, par exemple, des niveaux de loyer très bas pour les pauvres ?

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Emmanuel Berl et le Béarn

26 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik

C'est un phénomène très étrange : le Béarn est une province française insignifiante et éloignée de tout, et cependant il s'y est passé à divers moment des phénomènes littéraires, politiques et métaphysiques intéressants. Souvent ils furent le fait de personnalités de passage plus que de natifs.

J'ai abondamment parlé sur ce blog de ce phénomène étrange qu'y fut la réforme protestante d'où est né cet apport indéniable quoiqu'ambigu au système politique et social français que fut la royauté d'Henri IV. Mais il y a plus : ont respiré l'air du Béarn Saint John-Perse, ou encore une grande mystique catholique de la fin du XIXe siècle récemment canonisée originaire du Liban, et le cinéaste Robert Bresson, auteur d'un magnifique film sur Jeanne d'Arc qui y tourna "Au hasard Balthazar", ou le chanteur populaire Daniel Balavoine qui fait encore parler de lui à travers les médiums. Le philosophe marxiste Henri Lefebvre y organisait des retraites intellectuelles avec ses pairs où l'on planifiait le soutien au Nicaragua. Agatha Christie et Sommerset Maugham y ont écrit. Ce sont des choses que les Béarnais eux-mêmes ne savent pas, des canards boiteux comme la République des Pyrénées se gardant bien de le leur apprendre.

Lors de mon dernier séjour là-bas je m'émerveillais encore de ce fait météorologique étrange caractéristique de la région : les Pyrénées y apparaissent ou disparaissent d'un jour sur l'autre suivant que le temps va virer à la pluie ou pas. A ma grande surprise, en regardant l'interview d'Emmanuel Berl devant la caméra de Boutang en 1971 diffusé par une chaîne de télévision ce soir, j'entends Berl citer ce phénomène (*), et évoquer le temps où, juste après la première guerre mondiale, il fréquentait à Pau Francis Jammes et Drieu La Rochelle. J'aurai dû attendre mes 46 ans pour apprendre que Berl avait vécu dans ma région natale.

J'ai toujours éprouvé de la sympathie pour Berl malgré son parcours erratique qui fit de lui à un moment la plume de Pétain. Bien sûr ce n'est pas l'aspect du personnage que je préfère. J'aime mieux évidemment le collaborateur de la revue Europe (la revue de Romain Rolland) qu'il fut auparavant. Il était le cerveau du parti radical socialiste, et un vrai dilettante, une "nature passive" dit-il dans son interview en se référant aux catégories de Sartre dans son livre sur Flaubert, comme je le suis aussi à bien des égards. Je pense que j'éprouve une attirance instinctive pour sa génération d'écrivains qui fut broyée par la guerre et en conçut une mélancolie incurable, plus que pour la génération d'enfants gâtés des 30 glorieuses façon Philippe Sollers qui a transformé la France en parc zoologique d'électeurs d'Hollande et Macron.

En lisant "Europe" en 2014 j'avais relevé qu'il citait Epaminondas au moment où cette référence pythagoricienne croisait mon chemin d'une manière inattendue. "Il y aura beaucoup d'Epaminondas" aurait dit Apollonios de Tyane à propos de l'Aquitaine romaine où se préparait une insurrection contre Néron. J'ignore si l'anecdote est authentique, et, à part Joseph Bonaparte dont l'acolyte en Provence se surnommait Epaminondas, je pense que Berl fut le seul à se soucier de ce héros thébain... Mais Berl a souvent eu un regard juste sur les sujets vraiment importants. Et il l'a eu sur les Pyrénées béarnaises... Il mérite encore sans aucun doute d'être lu...

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Il l'avait fait dans "Sylvia" paru dans "La Nouvelle revue française" de Gallimard en 1953 :

" Le Béarn favorise les confusions du réel et de l'imaginaire ; les Pyrénées surgissent ou s'effacent selon les sautes du vent, tantôt si proches qu'elle font corps, indissolublement avec le paysage, tantôt si bien cachées qu'on n'ose plus parler d'elles aux touristes ; soi-même, on les oublie, jusqu'à ce qu'elles reviennent, véhémentes, vous reprocher votre manque de foi."

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Les "Psaumes de David" en béarnais d'Arnaud de Salette

6 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik

En tant que béarnais, la question du protestantisme a souvent croisé mon parcours évidemment. La trace la plus ancienne de mes interrogations à ce sujet remonte, dans mon journal personnel, au 10 novembre 1986 (j'avais 16 ans) où j'écrivais sur un ton qui se voulait humoristique : "Cet après midi, après deux heures de brasse papillon en maths, j'étais assis à une table du café le Verlaine (à Pau) avec mon camarade Régis et six jeunes filles, dont deux protestantes, ce qui démontre une fois de plus mon extraordinaire tolérance à l'égard des suppôts de Satan qui, il y a quatre siècles, asservissaient le Béarn. A une des deux calvinistes je déclarai que j'aimais bien les protestants et qualifiai mon attitude d' "oecuménique". Celle-ci me rétorqua que l'oecuménisme n'était pas cela. Selon elle, il s'agissait de l'adhésion simultanée à deux religions chrétiennes. J'écoutai religieusement sa thèse, la remerciant de son cours de catéchisme. Naturellement, je savais sa définition erronée et l'assurance avec laquelle elle définissait un concept qu'elle ignorait me fit sourire". J'ai retrouvé ce passage cet été alors que je regardais des vidéos de prédicateurs sur You Tube. Un paragraphe qui montre au passage tout ce que ma personnalité de lycéen arrogant avait de pire. Je n'ai bien sûr gardé aucun souvenir de cette conversation ni des deux camarades de classe auxquelles je fais allusion...

Au grand l'oral de l'ENA en 1992 le journaliste Philippe Meyer m'avait beaucoup cuisiné sur la réforme, et dans cette école à Strabourg je côtoyais de temps à autre un calviniste militant. J'ai cherché dans ce blog en 2011 et en 2012, parfois un peu maladroitement, à cerner les mérites et désavantages de la "petite Genève" constituée à Pau avant l'abjuration d'Henri IV...

J'ai examiné d'un point de vue "anthropologique" la révolution calviniste en Béarn, avec des prohibitions des jeux et de la danse, dignes des talibans de notre époque. J'ai été sensible aux récriminations de Marguerite de Valois, la reine Margot, dans ses mémoires que l'on peut lire sur Gallica contre l'intolérance de cette révolution.

Aujourd'hui je suis devenu assez sceptique sur l'intégrité morale des deux femmes à l'origine de la victoire (provisoire) de la Réforme : Marguerite de Navarre et sa fille Jeanne d'Albret. La première, la Marguerite des Marguerites des poètes de la Pléiade, ne fut pas vraiment protestante mais elle protégea beaucoup de calvinistes dans le clergé local. Ses propos au capitaine Bourdeille relatés dans les Dames Galantes, sur cette tombe (peut-être dans le parc du château de Pau) de Mademoiselle de la Roche (Un bulletin historique et littéraire de la société d'histoire du protestantisme français du siècle dernier accessible sur Gallica précise que c'était une de ses dames, veuve et sans enfant, que la reine de Navarra envoya comme dame d'honneur à la duchesse de Ferrare en 1545 et qui allait être considérée en Italie comme une"créature méchante et de la pire espèce" avant de revenir à Pau pour y mourir) qui vibre quand son ancien amant marche dessus pue le spiritisme et l'occultisme à cent kilomètres (il est vrai que c'était à la mode : le frère de Marguerite de Navarre, François Ier, portait toujours sur lui de la poudre de momie égyptienne et fut fasciné par l'art "isiaque" de Léonard de Vinci). La fille de Marguerite, Jeanne d'Albret, fut moins élégante et plus intègre religieusement, mais sa manière de chanter un cantique à Notre Dame du Bout du Pont quand elle accouche de son fils Henri n'est pas à l'honneur de son calvinisme...

Pour me faire une meilleure opinion sur l'histoire de ma région, je me suis récemment penché dans ce classique de la littérature en langue béarnaise dont je connais l'existence depuis 1991 (cela fait partie des livres qu'on vend bon marché dans les festivals occitanistes) que sont les Psaumes de David traduits par Arnaud de Salette (les cours du Rav Dynovisz sur les psaumes sur You Tube avait excité ma curiosité à ce sujet à l'automne dernier).

Arnaud de Salette, qu'on croit né vers 1540 à Pau, est fils naturel d'un membre du conseil de Navarre, président du Conseil souverain en 1567 (il présida donc l'assemblée extraordinaire qui mit le Béarn en état de guerre contre la France en 1568 pour la défense de Navarrenx), qui l'a cependant reconnu et fait héritier par testament. D'abord avocat puis pasteur, il est reçu au ministère lors du synode de Pau en 1567, la même année que Jean de Liçarrague (1506-1601). La comparaison avec Jean de Liçarrague est intéressante. Puisqu'il est le traducteur du Nouveau Testament en langue basque imprimé sur ordre de la reine de Navarre à La Rochelle en 1571, livre dédicacé à Jeanne d'Albret (le conseil de Navarre lui accorda en 1573 50 écus Soleil - somme importante pour l'époque dit-on - pour cette opération selon l'Histoire de Béarn et Navarre composée par le pasteur de Nay Bordenave). En 1582 il était né à Briscous et pasteur à Labastide-Clairence, village basque du canton de Bidache, parlait français, béarnais et basque, et peut-être ancien prêtre catholique. En tout cas il fut emprisonné pour ses opinions. Il publia aussi le catéchisme de Calvin en baque. En 1874 il ne restait plus que 13 exemplaires connus de son Nouveau Testament dont 6 dans les bibliothèques publiques en Europe.

Salette semble d'un milieu social plus élevé que Liçarrague et plus impliqué dans la vie de cour. Pasteur à Orthez (adjoint d'un certain Solon), professeur à l'académie protestante de cette ville, il s'installe à Lescar avec son académie, à cause d'une épidémie de peste à Orthez, puis muté à Lembeye après de mauvaises fiançailles avec la fille d'un pasteur. Aumônier de la régente Catherine de Bourbon à Pau, il meurt vraisemblablement dans les années 1590. Les psaumes commencés en 1568 (quand Liçarrague traduisait son Nouveau Testament) ne sont publiés qu'en 1583 par un imprimeur montalbanais Louis Rabier installé à Orthez en 1578 et qui réalisa sa dernière impression à Montauban en 1582 d'un livre d'Athénagoras d'Athènes traduit par Michel Béraud (pasteur théologien de l'académie de Montauban qui enseigna aussi à Saumur). Il avait déjà publié les 150 psaumes de David en français à Orléans.

Les psaumes de Salette sont une mise en vers béarnaise pour être chantés sur le modèle de ce que Marot et de Bèze avaient fait en français. Selon Robert Darrigrand, reprenant l'hypothèse de l'abbé Bidache, estime que Salette a pu les traduire directement de l'hébreu. Seulement dix exemplaires sont parvenus à nous (moins encore que du Nouveau Testament en basque de Laçarrague) dont trois étaient en Angleterre et en Suisse.

Les Psaumes sont en hébreu les Téhilim. Selon un texte du Midrash (de l'exégèse, dans la Torah orale Torah SheBe'al Pe), le roi David a demandé que ses Psaumes aient autant d'importance que la Torah de Moïse. Dieu (Hachem) l'aurait refusé, alors que David a divisé son livre en 5 livres pour que cela corresponde aux 5 parties de la Torah. La demande de David  selon l'enseignement du Rav Dynovisz aurait permis de faire du judaïsme une religion standard dans laquelle la connexion à Dieu par la prière aurait été fondamentale, sans étude du texte placée au premier plan. David ayant une âme du côté féminin (et de la royauté féminine). Mais ce que David a obtenu c'est que l'on ne puisse être un géant dans la Torah qu'en passant par la prière. Toute réalité se construit à partir de réceptacle et énergie, la Torah est la lumière et la prière en est le réceptacle (comme l'âme et le corps). La prière est le corps. On ne peut donc être homme de Torah sans lecture quotidienne des Psaumes. Dans la Kabbale Moïse représente la tribu de Yesod (celle de la Lune et du fondement de l'arbre de vie), et David celle de Malkuth ou Malchut (la royauté féminine). Déjà la Torah de Moïse cherchait son réceptacle : au début du 2ème livre de la Torah, dans "voici les noms des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte" (Exode 1,1) la fin des mots de cette expression en hébreu donne Tehilim (les Psaumes). David dans ses psaumes a caché des secrets qu'ont approfondi le Zohar et la Kabbale.

Nous allons ici comparer la traduction de quelques psaumes de Salette avec la version française actuelle (nouvelle version Segond révisée 2014) et avec ce qu'en disent les autorités juives. On verra que Salette est souvent plus proche de l'hébreu sur le plan littéral, que de la logique occidentale (française) comme est censé le faire protestantisme par rapport au catholicisme mais que cela ne lui permet pas forcément de rejoindre la visée théologique du point de vue strictement juif de chacune des invocations qu'offrent les Psaumes.

Psaume 2 : "Pourquoi les peuples sont dans l'effervescence, et pourquoi les nations pensent-elles de telles vanités ?" "Pourquoi les nations s'agitent-elles" dans Segond, "Perqué hen brut e tempestejan tas holas gents" : Salette perd la notion de nation sauf si on comprend "gents" comme les nations dans le sens de "droit des gens" et après il parle des peuples mutinés. "Parce que voici que se dressent tous les dirigeants du monde, et tous les conseillers se réunissent dans le secret ensemble pour essayer de s'unir dans un projet contre Hachem et contre son Messie". Segond dit "Les roi de la terre se dressent et les princes se liguent ensemble, contre l'Eternel et contre son Messie". Salette "Les grands rois de la terre se sont levés ensemble et les seigneurs d'un coeur maudit, pour contre Dieu faire la guerre ensemble, et contre Christ son Fils béni". Salette est plus concret ici sur la notion de guerre, mais il en rajoute sur ce Messie "fils de DIeu" qui est absolument absent de l'original juif. Les deux perdent la notion de secret des conseillers.

"Il faut absolument briser ces chaînes" ("brisons leurs liens" écrit Segond, Salette fait juste plus imagé avec des"courroies renforcées") "et on les jettera". "Celui qui est dans le Ciel se mettra à rire" ("se rira de" écrit Salette, et "se moquera" chez Segond). Dans le Talmud, le traité "Avoda Zara" au début du Talmud explique que depuis la destruction du Temple Hachem ne rit plus, et il ne rira à nouveau que pendant la guerre de Gog et Magog, quand Israël sera revenu de l'exil "échappé de l'épée" selon Ezechiel, après le dévoilement du Messie. Pour les commentateur donc le psaume est une vision eschatologique de la guerre de Gog et Magog. Segond perd la dimension du rire que garde Salette.

"Le maître du monde se moquera d'eux et il commencera à leur parler avec colère", en hébreu. Bizarrement Segond écrit ce passage au présent ce qui le vide de toute dimension prophétique. Salette en béarnais le conjugue au futur. "Et il les fera tomber dans une panique inimaginable, elles seront frappées de stupeur" "dans sa fureur il les épouvante" dit Segond, "il les ébranlera" écrit Salette. "Est-ce que vous voulez remettre en cause le fait que j'aie librement choisi mon roi "c'est moi qui ai choisi mon roi" dit Segond (idem chez Salette). Puis le Messie prend la parole : "Et moi je parlerai de la loi" "Et moi, son roi, je conterai tout exprès son saint décret qui jamais ne varie" chez La Salette. "Je publierai le décret de l'Eternel" écrit Segond qui perd complètement le changement de locuteur ! Le mot choisi qui eut vouloir dire décret désigne la loi au dessus de la compréhension humaine. Les nations sont liées par les 7 lois de Noah, et selon le Talmud Dieu en ajoutera 13 aux 7 déjà connues, soit 20 valeur numérique de "keter" couronne qui est la Sephira la plus élevée de l'arbre de vie. Ces 20 sont des têtes de chapitres.

"Du maître du monde qui m'a dit 'tu es mon fils' " (bizarrement Salette ajoute "unique" à mon fils, peut-être pour le rapprocher du credo). Du point de vue juif évidemment pas de référence à Jésus ici. Moïse avait dit d'Israël devant Pharaon au moment de la dixième plaie "Israël est mon fils". Dans le 2ème livre de samuel 7: 14 Hachem dit à David au sujet de son fils qui construira le temple "Je serai son père et il sera mon fils".

"Aujourd'hui je t'ai fait naître" (repris par Salette et Segond) - signe selon les Juifs que cet engendrement est purement métaphorique -. Ce sera le moment où le Messie recevra toute sa force. "Demande moi ce que tu veux, je te le donnerai. Tu veux hériter des peuples, que ton pouvoir s'étende aux extrémités de la Terre, tu l'auras". "Frappe les avec un bâton de fer, pulvérise les comme des pots chez le potier". "Maintenant vous les rois, dit le Messie, prenez garde, vous qui jugez la terre, servez Dieu dans la crainte" (Segond utilise aussi ce mot, Salette dit "en toute révérence". "Et dansez en tremblant"... "Soyez dans l'allégresse en tremblant" dit Segond (Salette fait une longue paraphrase trop constructive "Réjouissez vous d'avoir un tel Seigneur et tremblez devant son excellence". Et pour finir "Embrassez ce qui est pur de peur que Dieu ne se mette en colère, bienheureux ceux qui placent leur confiance en lui" (embrassez le "bar"). "Embrassez le fils de peur qu'il ne se mette en colère" écrit Segond "baisez le fils pour qu'il ne se courrouce pas" écrit Salette. Selon les Juifs, "bar" ne veut dire fils qu'en araméen, mais jamais un mot araméen n'est employé dans les psaumes. Plus haut Dieu dit "ben" pour fils. Chouraqui dit "transparence" et non pas "pur". Le premier psaume comparait les méchants à l'écorce qui vole au vent et les justes au blé sans écorce, et bar peut vouloir dire ici le blé.

On voit que dans ce psaume Salette a le mérite de placer ses verbes au futur ce qui au moins restitue aux versets leur dimension prophétique (par rapport à Segond) et il fait correctement la part entre ce que dit l'Eternel et ce que dit le Messie. Mais il y a une surenchère chrétienne dans les rajouts ("fils unique", mauvaise traduction de "bar" etc) qui conduit à ne pas voir, comme dans Segond, que le psaume annonce une revanche du peuple d'Israël après que les peuples dans le guerre de Gog et Magog se sont entre-détruits.

Psaume 7 : "Il y a quelque chose que j'ai commis sans en avoir la moindre idée, et cette faute je veux maintenant en faire un chant pour Dieu, et cette erreur concerne  Kouch fils de Benjamin". Kouch est un fils de Cham, ancêtre des africains et des Egyptiens. De Kouch sortit Nimrod. Les commentateurs disent que Kouch est Saül et qu'il n'a pas voulu l'appeler Nimrod (fondateur de Ninive) en lui disant qu'il vient de Kouch. "Hachem c'est en toi qu ej'ai placé ma confiance, sauve moi de tous ceux qui me poursuivent, de peur qu'ils ne déchirent mon NEFESH, mon âme, comme le ferait un lion". Salette écrit "de peur que leur guidon ne m'atteigne" (le guidon étant le porte-enseigne) "et comme un lion me prenne". "De peur qu'ils ne me déchirent comme un lion" dit Segond...

David parle souvent de son Nefesh (qu'on traduit aussi parfois par psyché, c'est la partie émotionnelle de l'âme, Chouraqui dans sa Bible traduit par "mon être"). Ici la notion est annulée par Segond et Salette.
"Ai-je fait quelque chose qui le mérite ? Est-ce que je me suis comporté d'une manière qui pervertit les valeurs 'avel' ? Moi je n'ai jamais fait de mal à ceux qui me font du bien, et je n'ai jamais fait du bien à ceux qui me veulent du mal".

Salette traduit par "si j'ai consenti à quelque lâcheté, si celui qui en toute amitié demeurait avec moi ou qui à tort était mon ennemi n'a pas trouvé en moi un bon ami" (sic). Segond choisit "s'il y a de la fraude dans mes mains, si j'ai rendu le mal à celui qui vivait en paix avec moi, si j'ai dépouillé sans raison mon ennemi".

D'un point de vue juif David dit qu'il n'a pas eu de perversion de valeur, il n'a pas aimé son ennemi comme Saül qui refusa de tuer le roi d' Amalec (dont un descendant voudra l'extermination des Juifs à l'époque d'Esther) comme Dieu le lui ordonnait (1 Samuel 15:9) pour venger ce qu'Amalec leur avait fait à la sortie de l'Egypte ("celui qui est bon avec ses ennemis sera cruel avec ses amis" allait lui dire Dieu).

Les deux traductions chrétiennes sont aux antipodes de cette problématique. Mais notons que celle de Chouraqui l'est aussi puisqu'il écrit "si j'ai rétribué mon payeur de mal, ou dépouillé on oppresseur gratuitement".

"Hachem lève toi, dans ta colère " (Salette et Segond traduisent de même) "Et enfin accomplis la justice dont tu es toi même la source" ("réveille toi pour moi toi qui as établi le droit" dit Segond, "selon ton jugement" dit Salette, étonnamment concis cette fois).

Les deux traductions manquent le fait que David, prototype de l'homme poursuivi, accusé d'être un faux juif depuis le départ, de par ses origines, a été placé dans cette situation parce qu'il était jugé au niveau des petites erreurs de ses intentions et non de ses actes ou même pensées. Au niveau de l'action avec Bath-Sheba il n'a pas commis de faute. Son intention était de donner une lignée du roi Salomon le plus vite possible pour accélérer le tikkun. Sa seule erreur fut d'avoir fait tuer son mari avant que Dieu le fasse mourir en première ligne au combat. Comme le rappelle un site sur le Net " Technically, Bathsheba was not a married woman since David's troops always gave their wives conditional divorces, lest a soldier be missing in action leaving his wife unable to remarry " ( Talmud, Shabbat 56b ). David n'aurait jamais existé si Hachem n'avait pas pris au sérieux les intentions (David vient d'une inceste d'un père ancêtre des moabites - Lot - avec ses filles mais où l'intention était de survie du groupe, d'un beau père avec sa belle fille prise pour une prostituée - Juda et Tamar - mais où l'intention de Tamar était d'engendrer les rois d'Israël, de sorte que Dieu valorisa la part de bonne intention, et il fit de même avec les femmes de Moab, le peuple qui malgré son ascendance abrahamique ne nourrit pas Israël à la sortie d'Egypte, mais ce sont les seuls hommes qui sont engagés dans l'interdiction d'échange avec Israël car seuls les hommes allèrent au devant des israélites pour leur refuser le pain, comme le leur confirma la pudeur Ruth la moabite). Chaque cadeau que fait Hachem a un prix. Le prix de la bonne intention fut l'enfer pour David. Dieu a instruit David en lui montrant comment dans la moindre des bonnes intentions on peut trouver l'étincelle de divin (ce que devra faire le messie pour reconstruire le monde, la récupération des étincelles dans la kaballe), mais le revers est d'être jugé aux intentions. C'est pourquoi il est jugé même responsable des fautes de Samuel dont il fut victime parce que celles-ci eurent lieu du fait de son existence (d'où la notion de faute non intentionnelle). David veut protéger son nefesh parce qu'il a peur d'en devenir fou (lui et sa lignée messianique).

Cette attention aux intentions propre à l'ère messianique se retrouve dans le célèbre verset 10 de ce psaume "toi qui sondes les coeurs et les reins, Dieu juste" (d'ailleurs Salette ne parle que du coeur et pas du rein).

Psaume 33 : "Que les justes se mettent à chanter Dieu. Seuls ceux qui sont véritablement droits méritent de le louer. Louez Hachem, avec les harpes, le luth, les instruments à dix cordes. Chantons lui un chant nouveau. Mettez y les meilleurs de vos chants et instruments". "La louange convient aux hommes droits" dit Segond, "Car magnifier sa hauteur est aux justes chose belle et aimable" dit Salette. Ici c'est la traduction de Segond qui rend le mieux compte de l'accord entre intériorité et chant que désigne le fait en hébreu que seul le droit peut louer Dieu par le chant. "Hachem aime la bonté, la justice, la bonté d'Hachem remplit le monde" (Segond dit "la bienveillance", "les biens du Seigneur" dit Salette). "Le ciel a été créé avec la parole d'Hachem, tout ce que tu vois ne tient que sur le souffle de sa bouche". La parole de la Torah est ce qui le monde dit le Zohar, et la Torah du fidèle doit être tournée vers lui. "Toute leur armée est faite par son souffle dit Segond "de son souffle il a fait son armée" dit Salette.

"Hachem a réuni les eaux dans l'océan et ce monde est rempli d'eau" (l'eau de la mer et celle qui est sous terre) "Que tous ceux qui vivent sur terre craignent Dieu et tous ceux qui vivent sur terre doivent le craindre" . Le lien nature-spirituel selon le Malbim met en rapport la nature selon ses lois avec la nature selon la providence. L'énergie négative d'un individu se combine aux autres pour détraquer le monde. D'où le fait qu'il faut s'habituer à louer Dieu du plus profond de soi pour empêcher que le monde n'encourage en soi les penchants négatifs.

"Ce qu'il a dit est ce qu'il y a, ce qu'il a ordonné est ce qui restera. Hachem annule les décisions des nations. Il annule les pensées des peuples." ("il renverse le conseil des nations", dit Segond, "il détruit et corrompt ce qui se décide dans la tête des peuples" écrit Salette sur un mode plus clair)

"La seule chose qui restera c'est ce qu'Hachem a décidé.Le projet de son coeur, s'étend sur des générations"  "le conseil de l'Eternel subsiste à toujours et les projets de son coeur, de génération en génération" dit Segond "le conseil invariable du Seigneur demeure à jamais, ce qui est agréable à son coeur dure d'âge en âge". Segond là dessus est plus près de l'intention avec la notion de "projet".

Un petit plus donc pour Segondsur ce psaume, même si sa traduction comme celle de Salette ne permet pas de comprendre clairement que le Psaume incite à comprendre la réparation de Dieu sur plusieurs génération, quand la parole portée par l'homme n'est pas assez bonne pour le monde.

Psaume 39 : "En mi medish èo dit : jo prenerèi guarda a tot ço que jo harei etc" (je prenais garde à tout ce que je ferais), chez Segond "je disais : je garderai mes voies de peur de pêcher par ma langue" en hébreu:  "Je me suis convaincu de toujours faire attention à mon comportement (mais dans Chouraqi c'est "mes routes"), et de ne pas fauter avec ma bouche, j'ai toujours essayé de faire attention de fermer ma bouche lorsque le méchant devant moi me calomnie" (Salette dit "l'inique"). Il a montré que lorsque, poursuivi par son fils Absalom se leva contre lui (2 Samuel 15) il supporta les reproches du chef du Sanhedrin sans rien dire. "Je suis resté muet" en français, puis "et oui même du bien je me suis tu" écrit Salette, le français dit "éloigné du bonheur" (ce qui n'a rien à voir) les interprètes disent "même si on pourrait penser qu'il serait bon de répondre". Salette ici fait un effort supplémentaire par rapport à la Bible de Segond, mais rate quand même le sens juif. "Mon coeur était chaud" en traduction littérale de l'hébreu, "je sentis à mon coeur une grande chaleur" chez Salette, "mon coeur brûlait au dedans de moi" en français (Salette est plus près de l'hébreu). Le Talmud dit que les reproches contre David à propos de Bethsabée glaçaient le sang dans ses veines, mais qu'il se retenait de répondre pour ne pas leur enlever une place une place dans le monde futur (car celui qui fait honte en public à quelqu'un n'a pas de place au monde futur). "Mes pensées étaient pleines de feu" chez Salette comme dans l'hébreu ("dans mon gémissement un feu s'allumait" dit Segond). "Il n'y en a qu'un seul à qui je vais parler Hachem" (Salette "A Dieu ma langue a dit ceci", Segond "Et la parole est venue sur ma langue") : "Dieu, je t'en supplie aide moi à connaître que je suis un mortel" ("connaitre ma fin" dit Segond, "montre moi ma mort" dit Salette). "Aide moi à le ressentir et aide moi à comprendre que ma vie est mesurée" - "quelle est la mesure de mes jours" chez Segond, "que je sache le contenu de mes années" : ici Segond est plus éloigné du texte hébreu où il ne s'agit pas de contenu mais les 2 perdent le "aide moi à le ressentir"... "Aide moi à comprendre à quel point je ne suis pas indispensable ("je reconnaîtrai combien je suis fragile" chez Segond, le vers n'existe pas chez Salette). "Et en vérité combien l'homme devrait se rendre compte que son existence n'est que vanité" - Segond dit "Oui, tout homme debout n'est qu'un souffle"." Certes tout homme est toute vanité" chez Salette (plus près de l'hébreu) "Un homme avance dans l'obscurité" "il passe comme l'ombre" dit Salette "l'homme se promène comme une ombre" dit Segond. Les traductions ensuite se rejoignent sur l'idée que l'homme amasse au profit de quelqu'un d'autre. "Et je n'ai en vérité  qu'une seule demande, tout ce que j'attends de toi, sauve moi de la faute, et ne me laisse pas devenir comme eux une ordure" ("ne m'expose pas au déshonneur de l'insensé" dit Segond "et ne pas m'abandonner à la joie folle de ceux qui n'ont aucun entendement" dit Salette très loin de l'original).

"Aide moi à vivre que je suis mortel". La date de la fin de sa vie l'obsédait au point qu'il a forcé Hachem à lui dire qu'il mourrait un jour de Sabbat et, tous les sabbats il se scotchait à la Torah pour que l'ange de la mort ne puisse pas le prendre, ce qu'il fera à ses 70 ans quand la chute d'un arbre put le distraire de son étude. Pourquoi était-il obsédé par le jour de sa mort ? David avait toujours été refusé par ce monde parce que son âme était trop spéciale ou parce qu'il était chargé de préparer le tikkun du monde (cf  Ari Ha'Kadosh/Isaac Louria). C'est pourquoi il ressentait la vanité de sa vie. Il était prisonnier des klippot (les écorces négatives du monde). Il est dit éternel et plus présent dans le monde depuis 3 000 ans que les prophètes.

Malade pendant six mois après l'affaire de Bath-Sheva quand Dieu l'a frappé et quand tout le monde s'est ligué contre lui.Selon le Sforno (1470-1550) David était un admoni, un rouquin aux yeux pleins de sang (Samuel I, Chap.16, verset 12), né avec une nature qui a effrayé Samuel et exerçait une fonction de roi qui lui interdisait de garder le silence (il aurait dû couper des têtes). Mais comme il était d'essence royale, par delà l'extériorité de la fonction, il pouvait se taire. Donc il n'est rien en tant que David, mais devant Dieu par son essence il est éternel.

Il me semble que sur ce Psaume Salette est souvent plus littéral que Segond, mais manque un peu ce besoin qu'a David de méditer sur la durée de ses jours, et donc manque cette forme de récupération de son essence royale que marquent son choix du silence et son face à face avec la mort.

Il y a donc dans l'ensemble quelques points sur lesquels Salette fait mieux que Segond dans sa traduction, mais d'autres sur lesquels il est plus simple. Beaucoup, à cause de l'arrière plan chrétien, s'éloignent de la connotation eschatologique purement juive que porte le texte hébreu. On peut se demander pourquoi il y a eu un retour aux Psaumes chez les calvinistes de la Renaissance, pourquoi ce succès des psautiers dans la liturgie. Mais je ne connais pas assez bien l'histoire du protestantisme pour répondre à cette question.

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Etre pasteur évangélique en Inde et au Pakistan

17 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

Un témoignage que je trouve très poignant, même d'un point de vue strictement humain (indépendamment même de la question de la foi).

 

Source : Assemblée de Dieu d'Antibes

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Purimfesten

15 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Le quotidien, #Cinéma

Du temps où un type (un médium), à ma table, devina l'année de la mort de mon grand grand père et toutes sortes de détails sur mon enfance "au nom des esprits", c'est-à-dire au printemps 2014, je m'étais livré à des petits jeux de pistes sur ce blog, autour de la "statue de sel" qui avaient conduit certains de mes lecteurs à faire des commentaires spontanés qui avaient eu un impact très étrange sur mes relations avec mon entourage. Peu de temps après, le 30 septembre 2014, j'avais posté un billet sur l'actrice Irène Jacob et la "Double vie de Véronique". Six jours plus tard un fidèle lecteur de ce blog m'avouait qu'il était... le cousin germain d'Irène Jacob...

En ce moment je travaille sur le messianisme juif en lisant entre autres le livre (pas très bon ni très rigoureux, mais instructif pour un Béotien comme moi, car il a des sources intéressantes) d'un certain Youssef Hindi. Et cette semaine... je découvre qu'une jeune dame, cantatrice, qui est donc le double de la Véronique incarnée par Irène Jacob (qui était une histoire de double) s'est abonnée à mon blog (euh, quelle était la probabilité pour qu'une artiste en chant lyrique s'abonne à ce blog bassement politique)... et chante dans un opéra très lié à la thématique de mes lectures. Le nom de famille de la dame est celui d'un saint avec lequel un de mes aïeux espagnols, tertiaire franciscain, avait fait des rituels magiques comme il y en avait hélas trop dans l'Espagne catholique d'autrefois (j'ai découvert cela en septembre dernier)... Et le diminutif de son prénom est celui d'une journaliste qui anime une webTV... sur les médiums...

Et bien sûr, le rationalisme de bon aloi dans la société lettrée me commande de ne voir dans tout cela qu'une série de "coïncidences" amusantes... Mais comme je suis bête et indiscipliné, de mon côté je vais quand même garder mon petit fil conducteur à ce sujet dans un coin de ma tête...

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David Hamilton et la loi du monde

1 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Les rapports hommes-femmes

Quand j'étais devenu le plus rationaliste des rationalistes, une phrase m'avait frappé dans la préface d'un livre d'un historien médiéviste. Cela disait à peu près ceci  : "Quand on n'obéit pas à la loi de Dieu, on est soumis à la loi de monde, et c'est bien pire". J'avais été surpris par cette phrase, parce que je n'avais pas l'impression que le monde ait une loi (à part les lois de la psychologie et de la sociologie, mais on sait toutes les exceptions qu'elles comportent, quant aux lois de la physique, elles sont si immanentes qu'on ne peut pas les considérer comme une norme juridique). Pour moi le monde était au contraire le champ de possibilités et je trouvais fou d'y renoncer pour se soumettre à la loi d'une fiction, d'une vue de l'esprit, le divin, qui avait toutes les chances de ne pas exister.

Mais comme toutes les folies, cette phrase m'a poursuivi. Le raisonnement en terme de lois me faisait penser à Kant, avec sa loi morale pure (l'Inconditionné) et puis le flot des impératifs "hypothétiques" de la vie. Je n'étais pas habitué à opposer dans ma tête le royaume de Dieu et le monde, opposition qui a pourtant structuré les mentalités en Occident pendant des siècles, et qui est au fondement du Nouveau Testament. Peut-être parce que l'Eglise catholique qui m'avait éduqué quand j'étais enfant n'en parlait pas beaucoup. Les évangéliques, eux, en font leur pierre angulaire, comme cette agréable québécoise, Mathilde Spinks, qui, hier, dans une sympathique discussion avec son prédicateur de mari, racontait sur You Tube comment étant ado elle avait voulu "connaître le monde" et sa "liberté" alors que son mari, lui, qui avait eu la chance d'être entouré par des saints qui effectuaient des miracles de guérison tous les jours, s'en était toujours tenu au contact intime avec l'au-delà...

Je songeais à tout cela à mon réveil ce matin autour du sort de ce photographe, David Hamilton, dont les journaux ont relaté le suicide à la fin du mois dernier (je crois le même jour que le décès de Fidel Castro). Il lui était reproché d'avoir violé il y a quelques années une star de la TV. Dans la religion il y a des bourreaux et des victimes, mais ni les bourreaux ni les victimes ne sont innocentes, car tout le monde est complice des mauvaises pensées et mauvaises actions héritées de générations en générations. De ce point de vue là, savoir si Hamilton fut bourreau ou victime est sans importance. Ce qui est intéressant en revanche, c'est cette loi du monde à laquelle le photographe participait.

Beaucoup de gens de ma génération on trouvé "sympa" dans les années 1990 de feuilleter des Penthouse, de regarder de temps en temps un petit film X sur Canal+. Ce n'était pas de l'obsession, juste un petit penchant "esthétique". Nous étions encouragés par le système culturel qui portait notamment au pinacle Helmut Newton. Ce n'était rien, juste de la "licence artistique", un éloge de la beauté féminine (c'est d'ailleurs ainsi que Melania Trump a justifié ses photos de jeunesse...). Elles étaient pourtant hypnotisantes, ces images, mais l'hypnose ne nous faisait pas peur. Il fallait "libérer le corps". D'ailleurs ces nudités étaient partout, dans les films, dans la pub. C'était "chic", "tendance", il fallait être comme ça. C'était la loi du monde. Il n'était plus question de montrer des princesses égyptiennes prenant leur bain tout habillées comme dans le cinéma hollywoodien des années 50.

Ce n'était rien, et c'était tout. Les photographes ne croyaient pas mal faire, les spectateurs non plus. On commence par regarder les photos. Ensuite on a envie d'en faire soi-même etc. Ce n'est rien, juste du jeu.

Et puis un jour un photographe se met à violer. Et ça se déglingue dans sa vie. Il est ruiné, il est seul, et le crime le rattrape dans les souffrances de la vieillesse. J'ai aussi connu le cas, dans les années 2000 d'un maître de conf en sociologie qui étudiait les boites échangistes et dont la carrière a été coulée par une sombre histoire de harcèlement sexuel dénoncée par une de ses étudiantes. Le processus est connu. Il se déploie sur 30 ou 40 ans. On regarde, puis on pratique, puis on harcèle, puis on viole etc. Les philosophes grecs que beaucoup de pères de l'Eglise identifiaient comme leurs précurseurs y ont vu l'engrenage de l'intempérance. Faut-il se contenter d'appeler ainsi ce défaut de la nature humaine qui nous rend insatiables dans le plaisir jusqu'à la destruction ? Ou faut-il l'appeler "pacte avec les démons" comme mon passage par les médiums me l'a enseigné, quand j'ai vu des manifestations très étranges se déployer non seulement en moi mais encore autour de moi, chez des gens que je connaissais à peine qui convergeaient soudain avec moi dans les moindres détails, sur des quarts de phrases, de demi-mots, et tendaient le miroir de ce qui en arrière-plan du réel tirait les ficèles de nos vies ? L'avantage de bien comprendre qu'il y a un monde occulte derrière nos actes, un monde en fait pas si occulte que ça si on prend bien garde aux "hasards" du quotidiens, à ce que nous montrent nos vies éveillées et nos songes nocturnes, c'est quand suite on n'est plus dans le compromis, l'indulgence. On n'est pas dans le "mais non mais non, moi je n'irai pas jusqu'aux extrémités de David Hamilton". On n'est pas dans cet orgueil là. On connaît mieux ses limites.

Ceux qui sont sûrs de ne pas finir comme David Hamilton ont des chances de gagner leur pari, bien sûr, dans la mesure où, c'est vrai, on peut toujours se "retenir". On peut trouver un chemin de modération sans avoir besoin de découvrir le monde occulte et ses démons. On peut se dire "ok, je ne regarde plus d'images et je me mets au footing". Mais pour combien de temps ? Et que valent ces compromis. Sont-ils si équilibrés que cela ? Sont-ils si lucides ? Pendant des années je pensais que mon attachement profond à l'éthique, à l'engagement politique universaliste etc me protègerait des risques de dépendance à l'esthétique d'Helmut Newton. Mais ce chemin de "modération" était tout sauf équilibré. L'engagement politique nourrissait mon orgueil autant que mon désespoir parce qu'il s'avérait inutile et sans impact sur le cours réel des choses. Et, par ailleurs, la fascination pour l' "imago" féminine comme eût dit Lacan restait intacte, et cela me plongeait dans un tel malaise que j'aurais pu engraisser des dizaines de psychanalystes avec cela. La loi du monde, c'est au fond cela. Même quand ça ne mène pas jusqu'au sadisme, jusqu'à la destruction de l'autre et soi-même. C'est cette névrose larvée, le monde de Woody Allen. Celui-ci a fait un film sur les médiums il y a 3 ou 4 ans. Il les a traités comme de vulgaires charlatans, sans chercher à comprendre plus loin. Pas étonnant de la part d'un homme qui a surfé toute sa vie sur la mode freudienne sans vouloir vraiment VOIR ce qu'il peut y avoir au delà. Lui aussi a payé son écot à l'accusation d'agression sexuelle, y compris sur des mineurs, comme Polanski. Non, ce monde de névrose de celui qui évite soigneusement d'aller au bout de sa folie ne vaut guère mieux que celui du destructeur nihiliste. La différence entre le névrosé qui cultive son pessimisme à la petite semaine en jetant un oeil à un film X de temps en temps et le cinglé de Daech qui donne son esclave sexuelle aux chiens après qu'elle se soit suicidée est la même différence qu'entre le banquier de Wallstreet qui spécule sur les usines de fabrication d'armement et le paramilitaire qui massacre au fin fond du Yémen. Une différence de degré, pas de nature. Et c'est toujours la loi du monde.

Vous pouvez vous dire "je garderai les mains propres, je n'irai pas jusque là", au mieux vous resterez dans un marécage de médiocrité triste et déséquilibrée à la François Hollande, dont rien de vraiment beau et généreux ne sortira. Et ce que je dis ne concerne bien sûr pas que les hommes qui aiment les images des femmes. Cela concerne aussi ceux qui sont accros à l'alcool, à la réussite professionnelle ou intellectuelle, les collectionneurs fétichistes, les égocentriques de tout poil, les gens qui s'abrutissent de politique etc. Et cela concerne les femmes, celles qui aiment les hommes, et celles qui ne les aiment pas. Les enthousiastes, les aigries, les amoureuses des chats, celles qui posent nues chez le photographe du quartier, celles qui se donnent bonne conscience en se soûlant de religion (car la piété est une drogue comme les autres quand certains démons s'en mêlent). Je repense à une chanteuse que j'ai connue en 2009, qui ne jurait que par le culte de la terre (la "pachamama"), de l'écologie, de la solidarité internationale, les médecines douces, toutes ces religions immanentes dans lesquels l'humain gonfle son orgueil et parfois s'anéantit. Elle dormait la moitié de ses journées et entretenait l'autre moitié dans le regret amer d'un succès disparu. Le public lui manquait. Le monde lui manquait. Tel est le paradoxe du monde : plus on l'aime plus il se dérobe, pas seulement à cause du temps qui passe, mais parce que, coupé de la force qui est la cause directe de sa cohérence, il n'est que le fantôme évanescent dans lequel tout désir s'abîme. Cette grande défenseure de la cause féminine fut ensuite aux abonnés absents quand je lui ai proposé d'aider les Yézidis. C'est le cas plus généralement de notre pays tout entier. Nareen Shammo, la journaliste irakienne qui témoigne du sort de ce peuple, a été invitée à en parler à Genève, à Bergen, à Bruxelles, à Vittoria, à Barcelone. L'hexagone est comme un immense trou noir qui ne lui accorde aucune tribune. Mme Badinter est-elle entrée en hibernation ?

Le système social glisse une photo de femme nue sur les écrans vingt fois par jour, et vingt fois par jour un éloge de l'éternelle jeunesse du corps, de la Terre-Mère à vénérer et protéger, de l'humanité qui n'a besoin ni de Dieu ni de maître (sauf bien sûr le Dieu-argent), la belle humanité si bienveillante, si attachante, si "hillaryclintonienne" etc. Puis il lynche David Hamilton pour se donner bonne conscience, c'est dans l'ordre des choses. Il faut maintenir le consommateur dans le juste équilibre de la névrose qui déglingue les esprits, mais de manière "soutenable", compatible avec une certaine survie de l'ordre social, sans quoi la loi du marché ne fonctionnerait plus. Ne pas tuer la poule aux oeufs d'or. Juste garder le bon équilibre dans le déséquilibre.

Quatre gamines d'un lycée ("lycéennes engagées" disent-elles) des beaux quartiers de Paris m'écrivent avant-hier pour m'indiquer qu'elles préparent un travail de groupe pour leur bac (elles sont en première) et qu'elles ont choisi dans ce cadre le thème de la nudité publique... "parce qu'il est tabou", disent-elles. Le sujet cadre avec la "loi du monde" : juste assez trash pour perturber les équilibres, mais quand même assez correct (tous les grands journaux en parlent depuis dix ans) pour ne pas risquer de basculer dans le n'importe quoi. Il est donc susceptible d'être validé par leurs parents, par l'institution du lycée, et donc par l'Education nationale. Je ne suis pourtant pas sûr que ce chemin du monde soit tout à fait le meilleur pour elles. Il y a même de fortes chances pour qu'il leur prépare un avenir assez bancal...

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Hibernatus

15 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien, #Grundlegung zur Metaphysik

Tous les gens qui me méprisent ou me détestent (et ils sont nombreux parmi ceux que j'ai croisés depuis 20 ans) peuvent se réjouir. Malgré toutes les grandes écoles que j'ai faites, tous les diplômes obtenus, tous les livres écrits, toutes les révolutions intellectuelles accomplies depuis 5 ans, ma vie n'a pas progressé d'un millimètre. Sur tous les plans, professionnel et autre, j'en suis exactement au même point que lorsque je faisais "mes premiers pas sur Internet" en 1999, pour reprendre l'expression en en-tête de ce blog. Les gens qui s'intéressent à mes écrits se comptent sur les doigts des deux mains, personne ne me propose aucun enseignement, il suffit que j'adhère à un parti politique, même minuscule, pour que tous ses membres (que je connaissais avant d'y adhérer) décident de m'ignorer totalement. Quelque projet que je lance je sais qu'il va tomber dans un vide abyssal. Si je décide d'écrire un livre, même sur un sujet populaire (ce qui en soi m'est difficile car je n'aime que les choses un peu rares comme tel récit de voyage en Mésopotamie eu 17e siècle), je suis sûr de ne pouvoir publier qu'aux éditions du Cygne et n'y avoir que 30 lecteurs (quand on voit comment a échoué le projet censé être fédérateur "Atlas alternatif" il y a 12 ans, "grâce à" la complicité d'esprits malveillants bien placés dans mon entourage propre, on a tout compris). Bref c'est une glaciation complète et sans issue.

Certains esprits religieux parlent de "possession par un esprit de mort". Il paraît que cela s'hérite de génération en génération, que cela ressemble à la malédiction des pharaons dans les tombeaux égyptiens, et que cela se soigne par l'exorcisme. Je ne sais pas si je suis censé croire cela vu que je n'ai pas d'exorciste disponible en ce moment dans mon entourage pour régler le problème sur le plan métaphysique. Je peux juste faire l'inventaire du néant autour de moi, de l'apathie générale qu'il a engendrée dans ma façon de percevoir le présent et l'avenir et dans l'attitude des gens que je rencontre.

Un jour j'ai entendu un prédicateur dire qu'il sentait que tout un pays (en l'occurrence Madagascar) était paralysé à l'état d'embryon. Je suppose que ce genre de constat peut s'appliquer à des tas de contrées, et à des millions de gens. Des gens qui, quoi qu'ils fassent, n'arrivent pas à faire bouger leur position. Beaucoup en concluent qu'il vaut mieux renoncer à tout effort intellectuel, moral ou autre. Aller claquer du fric dans un salon de massage, draguer la première paumée qui passe, se cuiter etc. J'ai eu moi-même ce genre de période de "benign neglect" comme on disait en matière de politique économique jadis. Ce n'est pas si bénin que ça, et ça m'a même mené au bord du gouffre. Ce n'est donc pas la solution.

Quand on est dans l'hibernation, dans les 25 ou 40 ans de paralysie, comme Epiménide le chamane crétois qui dormit 57 ans avant de sauver Athènes de la peste (et encore, quand ça se termine à la manière d'Epiménide c'est plutôt bien), on peut juste se dire que si le choix est entre la glaciation et la catastrophe, la glaciation, à tout prendre, vaut mieux (autrement dit "c'est pas plus mal que si c'était pire"). Hier je lisais un récit abominable sur les souffrances de centaines de femmes yazidies qui vivent dans un camp de réfugiés qui leur est consacré dans le sud de l'Allemagne avec leurs enfants, dans le cauchemar chaque jour et chaque nuit renouvelé du souvenir des sévices endurés l'an dernier sous la férule des tarés de Daech. Un de leurs visiteurs dit qu'on ne dort pas pendant trois nuits quand on a entendu leur témoignage. Je veux bien le croire. Ces personnes ont été au coeur de la pire abomination de notre époque, dans le chaudron de ce que notre époque a fabriqué, depuis deux ans, de pire dans l'ordre de la barbarie (et quand je dis "notre époque", je veux dire aussi la pire partie de nous mêmes car cette barbarie là est sang de notre sang, chair de notre chair à tous). Et le malheur de ce peuple à travers l'histoire, comme celui des Juifs - pire encore, car ce fut un malheur sans livres, sans mémoire, sans témoignage, et sans eschatologie rédemptrice -, comme celui de beaucoup d'autres, a toujours été comme le portrait réaliste, "sur le vif", de ce que la condition humaine sur Terre engendre de pire. Evidemment pour ces gens là, qui ne peuvent plus croire en personne, à qui leurs bras et les mains même sont devenus étrangers, la glaciation serait comme une sorte de luxe hors d'atteinte, comme il le fut pour moi-même quand, en janvier 2014 je me battais aux frontières de la mort.

Cette hibernation je l'ai souvent contemplée au miroir de l'apathie de la société française qui, depuis 25 ans (depuis le début de la "globalisation") vit dans l'immobilité craintive et désabusée elle aussi, dans le même scepticisme un peu aigre, la même compulsion de répétition qu'incarne si bien la figure d'Alain Juppé. Ce n'est pas notre pays qui ferait le grand saut dans le vide d'élire un Donald Trump, et ça n'a d'ailleurs pas que des inconvénients, car cela lui épargne les pleurs hystériques dans les rues et les risques du retour du refoulé raciste et sexiste. J'ai eu souvent le grand tort "d'expliquer" ma paralysie par celle de la société. Grande erreur de la sociologie. Si le vrai couvercle sur la vie des individus était purement social il n'y aurait jamais eu de Jeanne d'Arc, ni de Lénine, ni de Mandela, ni de Chavez, ni de Christophe Colomb (qui lui aussi eut sa vie paralysée pendant 15 ans par le bêtise du système politique espagnol de son époque). Je sais que beaucoup de gens attribuent la paralysie de leur vie à des circonstances extérieures : au milieu où ils ont grandi, à l'état des technologies comme Internet (comme si le temps où les gens traînaient leur vide existentiel dans les bistrots plutôt que sur la toile avait été réellement fécond). Je préfère penser que l'extérieur (de nos vies) est le reflet de l'intérieur et le bas est le reflet du haut. Il faut tout tenir ensemble si l'on veut garder la moindre chance, encore une fois, une dernière fois avant le trépas, dans 10 ans, dans 20 ans, de changer la totalité.

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Paul Morand, la littérature

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Lectures, #Grundlegung zur Metaphysik

Il y avait ce soir à la TV sur une chaine de la TNT une longue interview de Paul Morand. Je l'ai écoutée jusqu'au bout.

Je sais que des jeunes gens comme Romain ou Etienne qui m'ont fait l'amabilité de réagir à ce blog naguère ont apprécié que j'y parle d'auteurs du XXe siècle comme Gary ou Werth. J'ai peut-être mieux fait de faire cela que d'y parler de politique. Je ne sais pas...

Ce soir j'écoutais Morand comme on dialoguerait avec un extra-terrestre. J'ai tellement peu de points communs avec cet homme... et pourtant son monde m'a effleuré plusieurs fois dans ma vie. Le monde des peintres surréalistes, de Malraux, de Gide, de Proust. Je l'ai croisé au sortir de l'enfance, au début de ma vie d'adulte, au milieu. On ne sait pas pourquoi ce genre de chose vous atteint, s'éloigne de vous, puis revient à divers moments. On plaint ceux qui n'ont pas la chance de croiser cela sur leur route.

Le monde des surréalistes était encore présent en moi en 2012, je crois, à moins que ce ne fût 2013, à travers Soupault. Et puis l'oeuvre de Morand s'est invitée dans ma vie en 2014 à travers Hécate et ses chiens et à travers son journal de 1968-1970. C'est lui qui m'a donné envie de lire le journal de Simone de Beauvoir de la même époque. Je me demande si je n'ai pas connu Hécate et ses chiens après avoir lu un article du journaliste Labévière. 2014 était une année vraiment épouvantable pour moi et en même temps mêlée de révélations compliquées. Il était étrange que le roman de Morand soit arrivé là, car Hécate et ses chiens est un livre un peu diabolique. Juste un peu. Et cependant moi qui, après toutes mes découvertes, suis devenu allergique aux démons, je ne perçois pas de danger dans le monde de Morand. Peut-être suis je en cela trop naïf. Peut-être à cause de cette espèce d'humilité très sobre du personnage qu'on retrouvait dans son interview ce soir.

Peut-être à cause de son absence. Cet homme fut très présent à son époque, et en même temps tellement décalé, évanescent. Pas le genre de type qui vous embrigadera dans une légion criminelle. Il se sera beaucoup trompé, autant je pense quand il aimait Picasso, que quand il se résignait au pétainisme, ou quand il détesta De Gaulle. Mais il s'est trompé de façon intéressante, toujours, d'une façon bizarre, instructive. Peut-être à cause de son espèce d'absence de tout justement D'où ses phrases courtes dans l'interview, et le fait qu'il avoue ne pas aimer parler. Un point commun avec Deleuze.

J'ai la chance de ne pas être un écrivain, de n'avoir pas derrière moi une oeuvre, même si j'ai pondu un roman et quelques témoignages autobiographiques. Je peux donc aborder n'importe quel livre de façon parfaitement désintéressée, candide, désinvolte. Je n'ai même pas, à la différence des profs, à me poser dans le rôle du type "qui s'y connaît", qui doit transmettre, je ne suis même pas dans ce sérieux là. Je suis dans un sérieux, certes, mais un sérieux à moi, un sérieux lié à ma recherche incommunicable, incompréhensible par autrui, donc je tire des livres ce que je veux, j'en dis ce que bon me semble sur ces pages numériques ou ailleurs. Ca a de l'importance, et ça n'en a pas. Dans quelques semaines je serai pour quelques jours à Venise. Je ne l'ai pas choisi. Ca arrive comme ça, alors que Venise évoquait toujours pour moi Sollers et toute une imposture littéraire que je déteste. Une boursoufflure devrais je dire. La ville n'a-t-elle point elle même vécu du vol et de l'imposture depuis le Moyen-Age ? Pour m'y sentir moins seul, j'emmènerai le livre de Morand avec moi, "Venises". Dans l'interview de ce soir, il expliquait que Montaigne, Rousseau et bien d'autres génies ont écrit sur cette ville où lui même a rencontré mille célébrités. Je pense qu'à travers ce livre je retrouverai un peu du monde littéraire, et de l'univers des esthètes, qu'accaparé par ma recherche métaphysique depuis deux ans je néglige un peu trop. J'ignore si j'en parlerai sur ce blog. On verra bien.

Ai-je déjà parlé dans ce blog de Morand ? Je pense que oui. Qu'en ai-je dit ? Je ne sais plus. Est-ce que la littérature cela compte vraiment ou n'est-ce qu'un de ces pièges hédonistes de plus qui nous éloignent de la vérité ? Grave question. Platon voulait chasser les poètes de la Cité. A ma connaissance l'Israël biblique n'a pas eu d'écrivains, même à l'époque hellénistique des Macchabées. Il en a eu un avec Flavius Josèphe, mais ce n'était plus l'époque biblique, en tout cas plus celle de l'Ancien Testament. Il faudrait que je vous parle de Josèphe d'ailleurs car j'ai lu trois chapitres de son récit des guerres juives il y a peu. Passons. Oui, les peuples qui se confrontent sérieusement à la vérité ne pratiquent pas la littérature. Cependant l'auteur de l'Ecclésiaste ou celui du Cantique des cantiques ne sont-ils pas des écrivains ? Le style nous éloigne de la vérité, mais comment peut-il y avoir une vérité sans style ? Surtout une vérité pratique, au quotidien. Comment puis-je manger une pomme avec une certaine vérité dans ma façon d'être si je n'ai pas un regard littéraire sur elle, et sur ma façon de la prendre en main ? Je ne sais pas trop comment vous expliquer cela, mais je crois qu'il y a là un "vrai sujet" comme eût dit un de mes collègues.

Donc il se peut que vous tombiez encore sur des lignes sur Morand, en parcourant ce blog, dans les mois à venir, et sur des lignes sur Venise. Sauf si je me persuade de ce que je perds mon temps à aborder ces sujets là...

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Encore un mot sur la victoire de Trump

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Revue de presse, #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

En France, les grands "merdias" s'appesantissent sur l'amertume que provoque chez eux la victoire de M. Trump. Mais c'est oublier l'espoir que celle-ci provoque à travers le monde parmi les gens qui ont tant souffert des compromissions de Mme Clinton avec le Qatar.

La presse russe par exemple cite un député au parlement syrien et président de la chambre de commerce d'Alep Fares Shehabi qui explique que les habitants de sa ville sont tous heureux de l'élection de Trump car pour eux Mme Clinton (avec son projet de zone d'exclusion aérienne) c'était le soutient américain Al Nosra...

Sur Twitter la directrice de l'Organisation des femmes américaines yézidies écrit sur Twitter "Ma tante chante des prières pour Trump depuis 2 heures dans l'espoir qu'il nous débarrasse de Daech et que les yazidis puissent vivre en paix à nouveau".

Encore un mot sur la victoire de Trump

En Serbie bien sûr on se réjouit, parce que Trump pendant la campagne avait dit que les bombardements de 1999 avaient été une erreur, et parce que sa femme slovène a des amis serbes. Le système clinton (Bill-Hillary) dans les Balkans reste synonyme d'ingérence barbare et de soutien aux mafieux, ce que Nuland l'adjointe de Clinton a renouvelé en Ukraine en 2014.

Diana Johnstone dans Counterpunch intitule son article "Ding Dong la Sorcière est morte", qualifiant Trump de "magicien d'Oz".

Encore un mot sur la victoire de Trump

La manière dont Clinton en fin de campagne s'affichait avec Beyoncé et Jay Z, après avoir eu le soutien de Lady Gaga et Madonna lui donnerait raison...

Et qu'on ne vienne pas nous dire que Trump a eu moins de voix que Clinton. C'était arrivé aussi à GW Bush en 2000. Et surtout, n'oublions pas que les libertariens plus à droite que lui lui ont piqué des voix tout en étant d'accord avec une partie de son programme. Et sans les campagnes de diffamation menées par tous les grands médias (il n'avait que Fox News avec lui) Trump aurait fait beaucoup mieux. Donc sa victoire n'est pas volée.

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St Jacques de Compostelle et Rocamadour

14 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik, #Moyen-Age

"Il ne faut pas aller à St Jacques de Compostelle, c'est le royaume des morts", me disait une prédicatrice évangélique spécialiste de la démonologie il y a peu. Pour elle le culte des saints catholiques revient à une abominable invocation des morts prohibée par l'Ancien Testament... Le propos n'est pas si absurde. C'est vrai que St Jacques est d'abord une affaire d'ossements et de reliques. Au IXe siècle l'évêque Théodemir découvrait le squelette de cet apôtre dans un mausolée romain, ce qui allait en faire le plus grand lieu de pèlerinage de la chrétienté médiévale.

Je trouve que Bunuel dans son film "La voie lactée" rend bien justice à cet aspect des choses quand les deux mendiants sur le chemin de la Galice voient un quidam leur expliquer "Rebroussez chemin, on vient de découvrir que les restes dans le tombeau n'étaient pas ceux de St Jacques le Majeur mais de l'obscur hérétique Pélage, il n'y a plus rien à Compostelle", ce qui est d'autant plus drôle que Pélage dans le film avait été présenté comme une sorte de gnostique libertin.

Je lisais récemment un article qui montrait qu'au Moyen-Age ce haut lieu de culte mortuaire d'un apôtre faisait système avec un autre du même acabit dans le Sud-Ouest de la France : Rocamadour où, en 1166, furent trouvés les ossements d'un Saint Amadour identifié à Zachée, l'agent du fisc chez à qui Jésus avait rendu visite (Luc 19-1 à 10) et qui se serait retiré en Gaule avec son épouse Ste Véronique dans la solitude de Rocamadour comme Ste Marie-Madeleine à Ste Baume.

En 1172 fut établi un récit de 142 miracles survenus autour du sanctuaire de Notre-Dame-de-Rocamadour. Un d'eux fait état d'un jugement de Dieu dont aurait victime la reine (en fait princesse) Sancha, Sancie, épouse de Gaston V de Béarn, mort en 1170 sans postérité, soupçonnée d'avortement criminel, jetée du haut du vieux pont de Sauveterre-de-Béarn, qui fut sauvée du flot du gave en implorant Notre Dame de Rocamadour.

La princesse, fille du roi de Navarre, broda à la gloire de sa libératrice une tapisserie et l'envoya à l'église de Rocamadour par l'intermédiaire de l'abbé Géraud d'Escoraille, abbé du monasyère de Tulle et de Rocamadour, qui revenait de St Jacques de Compostelle.

Les trois récits connus du miracles divergent sur le nom de l'héroïne et la date de l'événement. Ce jugement de Dieu en Béarn est improbable puisque la princesse est censée avoir été jugée par les navarrais (on estime que la princesse rendant visite à sa mère en Béarn aurait plutôt été menacée de noyade mais non en vertu d'une procédure judiciaire). Tout porte à croie que la légende fut forgée à Rocamadour puis importée à Sauveterre. Sa précision surprend cependant par rapport à celle des autres miracles de la série est les historiens s'accordent à penser que la remise d'une tapisserie à l'abbé Géraud de retour de St Jacques pour Rocamadour est authentique car un des auteur des manuscrits en a été le contemporain et elle figure à l'inventaire des cadeaux au sanctuaire avant que les Huguenots ne saccagent ce repaire du paganisme idolâtre. Etienne Doze, ancien magistrat, dans "Miracles à Sauveterre de Béarn" (Revue de Pau et du Béarn 1997 p. 262 et suiv) note que "le don de Sancie s'inscrit dans un remarquable courant de dévotion des souverains espagnols vis-à-vis de ND de Rocamadour", qu'il attribue à une possible jalousie des navarrais et des castillans à l'égard des rois du Léon qui contrôlaient Compostelle. Les dons des rois espagnols à Rocamadour sont nombreux et Alphonse VIII de Castille avait notamment offert à ND de Rocamadour et à l'abbaye de Tulle en 1181 deux villas sur le chemin de St Jacques. Un étendard offert par le roi de Castille à ND de Rocamadour  avait dû être rapatrié suite à une vision à la veille de la bataille de Las Navas de Tolosa ce qui aurait assuré la victoire aux chrétiens en 1212.

On voit à travers cet exemple l'existence de complémentarités et de rivalités entre des pôles de dévotion et de pèlerinage axés chacun sur leurs propres reliques et qui jouent un rôle important dans la vie spirituelle et politique des familles royales d'Europe occidentale, tout un système qui est peut-être éloigné de la notion biblique de salut à laquelle se réfèrent aujourd'hui (comme leurs ancêtres huguenots) les évangéliques aujourd'hui mais qui était manifestement très ancré dans la socio-anthropologie des XIe et XIIe siècle.

 

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Les pythonisses dans le Paris mondain du XIXe siècle

9 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Les pythonisses dans le Paris mondain du XIXe siècle

Je suis tombé aujourd'hui sur cette lettre ci-contre datée de 1850 dans laquelle trois magnétiseurs parisiens se plaignaient des poursuites du Parquet à leur encontre. C'était du temps où Victor Hugo faisait tourner les tables. On est frappé par le succès des voyants dans le "tout-Paris" du XIXe siècle, spécialement sous la Restauration, du reste, et l'on peut supposer que, sans les persécutions judiciaires, et sans l'interdit religieux catholique pesant sur les médiums (interdit largement oublié de nos jours, mais qui restait intransigeant à l'époque) le phénomène eût pris des proportions bien plus grandes, comme dans le monde païen antique.

La Comtesse Dash (Gabrielle de Cisternes) raconte dans ses mémoires (p. 200 du tome 4) qu'elle s'était rendue "en troupe" consulter une vieille femme pythonisse qui exerçait "dans un bouge de la place de la Borde" à Paris, à la fin du règne de Louis-Philippe et qui accueillait ses clients avec dix roquets méchants et laids qui les mordaient aux chevilles. "Elle avait en outre un chat noir qui trônait sur le lit et que les chiens respectaient". La vieille sorcière mourut trahie par un carabin qui feignait de l'aimer pour avoir son magot. En 1847, "le neveu d'un prince régnant" alla consulter uen autre voyante Mme Lacombe en tenue ordinaire, et celle-ci vit dans les cartes qu'il avait un parent sur le trône et lui déclara qu'il n'y serait pas plus de 18 mois encore, ce qui se réalisa. Elle annonça à un autre qu'il serait roi ce qui se vérifia aussi. On apprend grâce à elle qu'il y avait aussi rue Fontaine-Saint-Georges un "nécromacien", Edmond, que ses proches consultaient aussi, et qui disparut mystérieusement. "Quelques fervents notent très sérieusement que le diable l'a emporté" dit-elle. Il s'était fait une fortune.

Pour la période précédente, celle de l'Empire, la comtesse Potocka pour sa part (p. 249 de ses mémoires) évoque le souvenir de la voyante Mlle Lenormand dont une prédiction à l'impératrice Joséphine s'était réalisée "à moitié". Au 5 rue de Tournon elle avait aussi annoncé à Bonaparte sa chute. La revue "La mode, revue du monde élégant" de 1835 cite encore (mais sans mentionner le nom de la pythonisse pour ne pas lui faire de publicité, cependant les initiales et les allusions sont claires) les sommités qui continuent de la consulter sous la Restauration et sous Louis-Philippe.

Pour revenir aux mémoires de la comtesse Potocka, celle-ci raconte que la romancière Mme de Souza l'entraîna chez une pythonisse "bien supérieure encore", assez jeune encore, de langage fort simple, dont elle ne se souvient cependant plus où elle habitait. Les aristocrates s'y rendirent "bien fagotées, bien déguisées", montèrent "un peu honteuses" les quatre étages raides. La petite "sorcière" comme dit la comtesse Potocka au lieu de visiter l'avenir commença par aborder avec les cartes le passé ancien scabreux de Mme de Souza, dans son passé récent à propos d'un orage qui venait de mettre son fils en péril. La comtesse Potocka demande les cartes et le marc "tout en me disant qu'il faudrait me confesser de cette infraction aux lois de l'Eglise"(p. 253). Sans deviner de quel pays vient la comtesse, la voyante décèle que son fils y sera chef de parti mais qu'il affrontera des guerres. Elle lui annonça aussi sa grossesse prochaine, l'accident sans gravité qu'elle subirait à ce moment-là, et que son fils naîtrait coiffé (elle ne s'en est ressouvenue qu'à la naissance de l'enfant, comme si un rideau d'oubli avait dû s'installer dans l'intervalle).

Dans les années 1830, la rouennaise Caroline Delestre fait d'une expérience qu'elle a vécue avec une voyante à Paris un roman "Une pythonisse contemporaine" (pour éviter les ennuis judiciaires, car l'apologie des voyants y est encore une source possible de poursuites).

Le 5 octobre 1845 la revue "La mode, revue du monde élégant" toujours elle nous apprend que la comédienne Mlle Dobré joue à l'opéra dans "Le roi David" (celui de Mermet ?) la pythonisse dans la scène biblique de l'apparition du spectre de Samuel au roi Saül.

Soixante ans plus tard il y avait encore Mme Maya au 22 rue de Chabro dont nous parle le Paris-Musical de 1908 et à qui de grands artistes rendent visite. Elle est très exacte pour raconter aux gens leurs passé... mais elle leur annonce la guerre et la révolution en France pour 1908...

C'est l'époque où Clemenceau s'amuse dans son courrier de la prolifération du théâtre nu. Les dames allaient chez les voyantes comme les hommes allaient "aux putes".

Paris ne fut pas la seule grande ville bien sûr à faire la fortune des voyants et médiums au XIXe siècle. Boston par exemple avait sa Mlle Piper dans le dernier quart du siècle.

Tout cela était clandestin. Aujourd'hui ce "business" a pignon sur rue. Et sera sans doute même bientôt porté au pinacle, hélas, dans nos écoles où déjà l'on fait travailler nos "chères têtes blondes", comme on disait naguère, sur des masques africains et autres objets de sorcellerie...

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Des choses moches...

4 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Des choses moches...

Le témoignage de cette Canadienne m'a rappelé les diverses femmes possédées que j'ai croisées au cours des cinq dernières années et grâce auxquelles, en plus de mes lectures des pythagoriciens et néo-platoniciens (façon Apollonios, Apulée, Ovide, Lucain, Plutarque), des chamaniques (façon Blavatsky), des admirateurs de la magie (façon Pauwels) et de divers livres d'historiens (sans oublier les médiums rencontrés, et les vidéos vues sur You Tube), j'ai pu commencer à comprendre quelque chose à la démonologie. Pas étonnant, remarquez, que cette jeune femme ait vécu son histoire à Cuba, quand on sait où en est le spiritisme de la santeria dans ce pays - euh, ouaih les amis du "Grand soir" la santeria n'est pas un sujet aussi "cool" que vous ne le pensez...

Bon, au nombre des autres trucs moches, il y a aussi la commémoration des massacres de septembre 1792, celui des prêtres du couvent des Carmes de Paris, que les églises lutéciennes évoquaient vendredi dernier, celui de la princesse de Lamballe, qui m'a toujours révulsé - un blog d'overblog en rappelle le souvenir en ce moment - , choses aussi fort démoniaques, même si sans aucun doute la monarchie française et l'Eglise à ce moment-là s'étaient elles-mêmes chargées de tant de noirceur qu'elles n'avaient pu que mériter en retour d'être aussi éprouvées par les Ténèbres.

Au nombre des mets vomitifs du petit monde humain voyez aussi ce sondage d'Odoxa qui sert la soupe à Macron. Quousque tandem, Catilina, abutere patientia nostra ? Dans le système hystérico-médiatique le droit à se moquer de la sottise des gens a l'air d'être complètement illimité.

Bon, promis : dans mes prochains billets je tenterai d'évoquer des sujets plus réjouissants.

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