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Le blog de Frédéric Delorca

L'impasse catalane

22 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne

Finalement la Catalogne aura donné une courte majorité en sièges aux indépendantistes (alors qu'ils sont sous les 50 % en voix), avec des villes côtières fidèles aux partis constitutionnalistes, et l'intérieur des terres sécessionniste. Ciudadanos (le parti de Rivera et Arrimadas), devenu le premier parti de Catalogne, aura pâti de son image de mouvement récent qui n'a pas l'expérience de la gestion des villes, et il rate l'occasion de former le gouvernement à cause du recul du Parti populaire. ERC a capitalisé sur la popularité de ses prisonniers. Le parti de Puigdemont (Junts per Catalunya) s'en sort bien. Va-t-il commettre la folie de relancer le processus sécessionniste ou va-t-il simplement  agiter cette menace pour négocier un nouveau statut où la région n'aura plus à verser d'argent aux culs-terreux d'Andalousie et d'Extrémadoure ?

Apparemment cela peut dépendre de la question de savoir si le petit parti national-communiste CUP sera inclus dans la majorité ou pas. Ce groupe est passé de 11 élus à 8, malgré le soutien actif et révolutionnaire des "Putes indignées de Catalogne" (sic) - voir l'article ici.

Et la justice espagnole, va-t-elle relâcher les députés indépendantistes pour leur permettre d'élire leur nouveau président ? La séparation des pouvoirs interdit à l'exécutif d'imposer une pareille mesure... Il ne semble pas y avoir de suppléants dans cette assemblée. Si les prisonniers ne votent pas, c'est le bloc constitutionnaliste qui élira le président...

Je n'aimerais pas vivre en Catalogne : qu'une moitié de la société désire ardemment ce que l'autre moitié rejette absolument, c'est atroce. Aucun Etat en Europe n'a connu cela, sauf peut-être le Montenegro quand il s'est séparé de la Serbie. Les autres pays ex-yougoslaves étaient plus cohérents dans leurs voeux : les Serbes majoritairement yougoslavistes, les Croates très majoritairement sécessionnistes. Le même consensus soudait les Slovaques quand ils se sont séparés des Tchèques, et les Lettons n'avaient qu'un quart de la population (les Russes) contre eux quand ils ont quitté l'URSS. Je sais bien que les sociétés britannique et française sont aussi très divisées dans leur rapport à l'Europe, mais la division sur l'adhésion à une technostructure lointaine est moins dramatique que celle sur l'appartenance à un Etat qui assure votre sécurité et votre définition identitaire au quotidien.

Un commentateur du journal la Vanguardia faisait tantôt cette petite statistique sociologique bien instructive : sur les 66 députés élus du bloc sécessionniste, seuls 2 ont un nom espagnol, et sur les 37 députés de Ciudadanos, seuls 2 ont un nom catalan... Voilà une image claire de la division ethnique de cette région.

Et nous aussi nous aurons bientôt notre négociation d'autonomie, avec la Corse, qui demandera plus d'avantages...

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Catalogne, Ossétie du Sud, Abkhazie, Crimée

20 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne, #Peuples d'Europe et UE

Quand je vous dis que la société catalane sera difficile à réunifier : Arrimadas est accueillie dans un quartier aux cris de "Fuera fascista" ("Dehors fasciste"). Je ne suis pas fan du parti d'Arrimadas (surtout quand elle dit qu'elle aime beaucoup Vargas Llosa et Manuel Valls). Je n'aime pas leur fixette matérialiste libérale et certains disent que si elle est élue présidente de la Generalitat elle sera la marionnette de Rivera. Mais on voit bien que là l'hystérie nationaliste sécessionniste est porteuse de violence si le processus d'indépendance devait reprendre.

Je pense que le scrutin de demain en Catalogne sera serré, parce que le PP est discrédité, de sorte que les loyalistes auront du mal à l'emporter. Et les sécessionnistes ont été affaiblis par leur amateurisme de septembre. Et Podemos joue un jeu trouble comme toujours. On verra si la Catalogne sera encore gouvernable après cela.

En parlant de sécessionnistes, un journaliste parisien m'a demandé de l'aider à trouver des contacts en Abkhazie. Du coup j'ai un peu regardé les nouvelles de ce pays. Pas grand chose de neuf à part que la punaise marbrée ( Halyomorpha halys) venue de Chine y a détruit la moitié des récoltes de mandarines (vitales pour les exportations de cette république) et qu'un businessman influent s'y est fait assassiner début décembre. Ah oui, eux aussi veulent créer leur cryptomonnaie.

A la différence de l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie n'a rien dit sur la Catalogne en octobre dernier. Le ministre des Affaires étrangères de la République d'Ossétie du Sud, D.N. Medoyev, lui s'était rendu à Barcelone, et il a d'ailleurs aussi visité Paris à l'invitation de la présidente de l'Institut ossète "Alania" en France-Alania (Paris VIIe) Laura Djanaeva-Iris.

Si vous suivez les recompositions des frontières en Europe, notez que l'AG de l'ONU a condamné hier l'occupation de la Crimée par la Russie. 70 pays ont voté pour la résolution sur la Crimée (les Occidentaux et leurs clients d'Amérique du Sud ainsi que l'Etat fantôme du Yémen). 76 Etats ont choisi de s'abstenir. Le cartel des 26 représente une forte population et les habituels non-alignés : le Venezuela, l'Iran, l'Inde, la Chine, l'Arménie, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, l'Afrique du Sud, les pays d'Asie centrale,  l'Erythrée, le Cambodge, le Soudan, le Burundi, la Corée du Nord, la Birmanie, la Serbie, les Philippines, la Syrie, l'Ouganda (la présence de ce dernier pays et des Philippines dans ce club est une nouveauté...)

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Nos passions saoudiennes...

19 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

Depuis qu'ils inaugurent des musées dans les pays du Golfe où l'on pratique l'esclavage, et qu'ils augmentent les ventes d'armes à ceux qui affament le Yémen, nos gouvernants ont repris le langage de Hollande à l'égard de la Syrie. Macron dans son interview télévisée puérile du 17 décembre qualifiant Assad d' "ennemi de son peuple", et Le Drian expliquant : "quand on a passé son temps à massacrer son peuple, on a généralement un peu plus de discrétion" en réplique au président syrien qui avait juste rappelé cette évidence : que sous Fabius Paris a passé son temps à livrer aux djihadistes d' Al Qaida (Al-Nosra) des armes (dont beaucoup ont fini entre les mains de Daech), tandis que nos bombardiers n'attaquaient que très mollement (beaucoup plus mollement que la Russie - voir encore cette vidéo récente à Hama ci-dessous) l'organisation à l'origine des attentats du Bataclan et de Saint-Denis. Bref, notre pays, qui avait donné des signes de réalisme après l'élection de Macron, est reparti dans ses impostures et ses crimes, pour lequel bien sûr il sera un jour jugé, comme pour le bombardement de la Serbie en 1999 et la destruction de la Libye en 2011.

La question n'est pas de savoir ce que l'on pense du régime d'Assad. Le problème c'est le soutient de notre pays aux terroristes d'Alep et d'Hama il y a peu, ainsi qu'à ceux de Riyad, aujourd'hui. On attend toujours des enquêtes journalistiques ou sociologiques (s'il existait en France une sociologie capable de mener des enquêtes sur les classes dirigeantes ce que n'ont essayé que quelques aventuriers comme le couple Pinson) on comprendrait peut-être un peu mieux cette passion de Le Drian pour la monarchie saoudienne. Quand on pense à ce que Kerviel a enduré face à la Société Générale, on comprend que personne n'ait envie d'aller voir ce qui se cache derrière nos contrats d'armements.

Notons quand même que les choses ne sont pas toujours aussi simples qu'il y paraît. Ainsi il y a deux ans Oumma.com s'en prenait à MM. Lellouche, Myard et Fenech membres du groupe parlementaire d'amitié France-Arabie Saoudite."Pour ces députés la lutte contre le radicalisme s'arrête là ou commence l'amitié de ce triumvirat pour une richissime monarchie dont les pétrodollars sont plus importants que le combat contre des illuminés hirsutes experts dans la manipulation de ceintures explosives." s'emportait le site en 2015. Or, le mois dernier, M. Myard toujours membres de ce groupe critiquait dans un communiqué le tournant pro-Ben Salmane de Macron au Proche-Orient  : "Les déclarations du ministre Le Drian à Riyad selon lesquelles la France est « inquiète » de la « tentation hégémonique » de l'Iran au Moyen-Orient est de nature à entraîner Paris dans un conflit où il n'y a que des coups à prendre ; l'Iran est incontournable pour la stabilité de la région et c'est aussi pour nos entreprises un grand marché. A ce titre la France devrait aussi s'interroger sur les conséquences pour nos entreprises de la volonté du Prince héritier de lutter contre la corruption, une noble cause...Pierre Conesa, très bon connaisseur de l'Arabie Saoudite, souligne à raison les risques de la purge engagée par Ben Salmane Saoud pour les entreprises européennes dont les affaires ont largement prospéré grâce à quelques princes compréhensifs, aujourd'hui en disgrâce...Pour toutes ces raisons Paris devrait plus que jamais garder en mémoire la règle d'or en diplomatie de Talleyrand : "Pas de zèle, Messieurs !" " Un membre du groupe d'amitié France-Arabie Saoudite s'inquiétant de la dégradation possible de nos rapports avec l'Iran... Allez y comprendre quelque chose...

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"De tes yeux seulement tu regarderas"

19 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

L'ex-responsable du blog "La lettre volée", qui m'envoie parfois des mails de sept mots en moyenne (parce que c'est un monsieur très très occupé), m'informait hier du décès d'un lecteur du présent blog (et du sien) à Noël de l'an dernier. Je croyais me souvenir que celui-ci avait notamment commenté un de mes billets de décembre 2012, mais, en relisant ledit billet ce matin, j'observe que son commentaire n'y est pas. L'aurais-je effacé ? ou bien était-ce un commentaire par courriel privé ? Je n'ai pas eu toujours des échanges apaisés avec cet homme, ni avec d'autres de mes lecteurs, donc j'ai bien pu le bazarder. C'était hélas le temps où je n'avais pas la sagesse de me taire quand les serpents gagnaient du terrain.

Je n'en dirai pas plus là dessus, m'étant fixé pour règle de ne pas laisser dans ce blog autant de place que jadis à mon quotidien personnel (car cela importunerait sans doute "Taxi Toulouse" et les diverses personnes qui ont lancé récemment un suivi automatique des actualisations de ce site et en attendent sans doute davantage des revues de presse). En outre, les hommages mortuaires ne sont pas ma tasse de thé.

Je signale donc cela juste pour marquer un jalon dans ma mémoire. Tout comme je pourrais aussi indiquer que j'ai appris récemment qu'un de mes anciens employeurs ne cessait en ce moment de payer pécuniairement ses erreurs des années 2000. Il est heureux que, pour beaucoup de petites choses du quotidien, comme pour de grandes affaires de ce monde, rien ne nous soit demandé sauf d'en prendre acte

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Crypto-monnaie, Equateur, vaccins, Mali, Kenya, Salvator Mundi et affaire Ramadan

16 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Revue de presse

Selon ABC, le Service national de renseignement sud-coréen a découvert que le régime nord-coréen avait été impliqué dans le vol en juin des informations personnelles de quelque 30 000 investisseurs à Bithumb, le plus grand courtier de crypto-monnaie en Corée du Sud et l'un des plus importants du monde. Je peine à me faire une opinion sur ces monnaies virtuelles, leur sécurité etc. J'ai vu que Bercy encore récemment les accusait d'être des sources d'enrichissement de mafias et de terroristes, mais les grandes banques le sont aussi. Le Venezuela en a créé une récemment tout comme la Russie quelques mois plus tôt, pour échapper aux sanctions occidentales.

Du Venezuela à l'Equateur il n'y a qu'un pas : le successeur de Correa en Equateur (qui est en guerre contre lui) Lenín Moreno déclare dans une interview qu'il a demandé à Assange de ne plus parler de la Catalogne sur Twitter ! Très bonne idée ! Le reste de l'interview parle de la corruption de Correa. Je ne connais pas assez bien le pays pour en juger. Il faudrait demander à Mélenchon ce qu'il en pense lui qui il y a quelques mois vantait moins Caracas que Quito?.

Au Parlement européen, une eurodéputée galicienne du groupe Gauche unie Lindia Senra s'insurge contre les vaccins obligatoires. Son groupe se désolidarise de sa position.

Dans la presse africaine je relève que la 2eme adjointe au maire communiste de Montreuil (première ville malienne de France selon les statistiques) qui est d'origine malienne et a la double nationalité fait l'éloge du président Ibrahim Boubacar Keita en ces termes "Le président IBK connait et aime sincèrement son pays. Je le dis sans parti pris et il a un très bon premier ministre, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut dit-on". Marrant comme les municipalités communistes se réfugient facilement dans la langue de bois quand elles font de la coopération transfrontalière. J'ai connu cela quand je bossais dans une commune du Front Gauche en 2010.

Un blog communiste français "Solidarité internationale communiste" en 2013 publiait pourtant un communiqué du groupe antiimpérialiste SADI qui présentait le président malien en des termes moins élogieux et exposait qu'il a été pendant 5 ans, de l’assemblée nationale sous le dernier président Amadou Toumani Touré (ATT). "Autant le dire tout de suite, notait-il, ce n’est pas un perdreau de l’année. Plus que tout, toutefois, au-delà de son expérience et sa capacité manœuvrière de survie dans le marigot, sa qualité transcendantale qui s’impose à tous et l’impose d’emblée comme le meilleur futur président, sa martingale en somme, est son statut de vice-président de l’internationale socialiste, le parti de François Hollande, le vainqueur de la bataille du Mali;" Dans une déclaration récente, le Réseau des défenseurs des droits humains au Mali  (Rddh) dénonçait la recrudescence des attaques à mains armées, les viols systématiques des femmes sur les axes routiers, la fermeture des écoles, l’impunité des présumés auteurs des graves violations des droits de l’homme, les détentions illégales et les dénis de justice, les attaques contre les symboles de l’État, la prolifération des armes et leur détention illégale. “À ce jour, nous notons plus de 500 écoles fermées dans les régions de Gao, Kidal, Ménaka, Mopti, Ségou et Tombouctou. Cette situation est due principalement à l’insécurité “ Le Mali reste un Etat très faible...

Pour rester en Afrique, Human Rights Watch (financé par Soros) publie un rapport sur des viols collectifs commis par la police contre des femmes et des fils d'opposants lors des dernières élections kényanes. Le gouvernement de Nairobi crie à la calomnie en précisant qu'HRW n'en est pas à sa première accusation gratuite contre les forces de l'ordre. Bien sûr les accusations de viol collectif sont des instruments politiques connus depuis la guerre de Bosnie et laissent volontiers place à la manipulation. En même temps que des forces de polices dans un Etat récemment converti à la démocratie n'est pas surprenant.

Et n'oublions pas les Africains esclaves à travers le monde. Voici un appel d'une Ivoirienne dans cette situation au Koweit ; elle s'adresse à son gouvernement :

Justement puisqu'on évoque le Proche-Orient, sur Strategic-Culture.org, Finian Cunningham dénonce le tandem Mohamed bin Salman-Macron, à l'heure où le prince putschiste s'offre Salvator Mundi de Vinci (vendu par un russe patron de l'AS Monaco) pour 450 millions de dollars (quatre fois plus que le prix escompté et 3 fois plus cher que l'attaquant vedette du club de foot), et où Le Louvre ouvre une annexe à Abu Dhabi. Non content de participer au massacre des Yéménites, Macron soutient Hariri et hausse le ton contre l'Iran au Liban et en Syrie. On continue donc le "hollandisme révolutionnaire" dans ces pays, avec l'excuse cette fois que Bin Salman serait un prince "éclairé" pour autant qu'on puisse être à la fois éclairé et laisser crever un peuple comme les Yéménites à Sanaa...

Et Tariq Ramadan ? Qu'est-ce qu'il pense de l'écrasement du Yémen ? Le battage médiatique autour de lui dans les médias suite aux révélations de "Balance ton porc, balance ta truie" s'est un peu calmé. Je suis tombé récemment sur une vidéo sur You Tube (ci-dessous) qui laisse entendre que les accusations portées contre lui ne seraient pas forcément très crédibles, en tout cas l'affaire est plus complexe qu'il n'y parait.Comme souvent dans le cloaque sexuel des relations fondées simplement sur l'hédonisme, des forces très bizarres sont à l'oeuvre qui ne permettent jamais de trancher dans le vif avec certitude. Ramadan est-il vraiment ce que les journaux en ont dit ces derniers temps ? Allez savoir. D'autres que lui en tout cas risquent de faire les frais d'accusations un peu hâtives. Il semble qu'en ce moment au jeu des dénonciations qui font tout partir en vrille, ce soit le président de la Cour d'assise en charge de l'affaire Tron qui soit sur le point de perdre la tête... Pas très glorieux tout ça...

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Les mensonges de la cause palestinenne : Arafat et les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa

16 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Au coeur des mouvements anti-guerre, #Débats chez les "résistants"

Autant j'ai toujours eu conscience d'avoir raison quand je dénonçais les mensonges de l'OTAN sur le Kosovo, autant la cause palestinienne m'a paru toujours plus... "délicate"... et remplie d'intox...

J'en avais eu la révélation dès mes premiers pas dans les milieux militants pro-Palestine. Je l'ai raconté dans mon livre "Au coeur des mouvements anti-guerre" :

"Nos médias allaient si loin dans la désinformation, que je me sentais complice de leur cynisme si je ne faisais rien. Le site belge trouvé le 7 décembre, www.solidarite-palestine.org mentionnait une initiative en faveur du député arabe de la Knesset, Azmi Bishara, fondateur de l’Assemblée Nationale Démocratique, menacé d’incarcération en Israël . Grâce aux merveilles d'Internet, en dix minutes je pus accumuler une documentation importante sur ce personnage, de source tant palestinienne qu'israélienne. La justice israélienne reprochait à ce député d'avoir fait l'apologie de la résistance du Hezbollah au Liban, qui, par sa résistance courageuse, avait obligé l’armée israélienne à se retirer de ce pays. Bishara s'en justifiait lui-même dans une interview en déclarant que le mot "résistance" qu'il employait en arabe désignait aussi bien la lutte pacifique que la lutte armée et que lui-même en Israël avait toujours jusque là défendu loyalement la première. Il est vrai que son militantisme antérieur donnait toutes les garanties requises quant à sa loyauté à l'égard des valeurs démocratiques progressistes et humanistes. De même ses origines chrétiensnes de Nazareth le rendaient peu suspect de sympathie pour l'islamisme. En outre et surtout, son parti défendait exactement les valeurs promues par la gauche de la gauche en Occident : la laïcité et l'espoir de créer un Etat judéo-arabe sans référence religieuse en Palestine (si bien que même des Juifs avaient adhéré à son parti). Le seul ennui était la sympathie qu'il manifestait pour le souvenir d'Hafez el-Assad qui n’était pas un personnage à mes yeux très sympathique. Mais il exprimait son opinion sur ce thème en des termes assez mesurés et cela n'était pas de nature à remettre en cause sa propre honnêteté intellectuelle. Dans un sens ce qu'il disait de la Syrie - que les élites dans ce pays n'avaient pas de raison de "copier" le modèle politique occidental - n'était pas totalement faux. Et puis, à supposer même que mon point de vue sur le respect des droits de l'homme en Syrie - voire sur les possibilités de la démocratie au Proche-Orient - ne fût pas exactement conforme à ses propres analyses à ce sujet, cela ne m'empêchait pas de signer un texte pour la libération de cet homme, pour la solidarité avec les arabes des territoires palestiniens et d'Israël, pour le soutien aux courants de gauche non-violents en perte de vitesse dans cette région, contre l'impunité dont le gouvernement Sharon semblait bénéficier sur la scène internationale.

Je pensais à propos de mes contemporains : « La prochaine fois qu'une bombe islamiste éclatera dans vos magasins ou dans vos gares, on vous demandera : qu'avez vous fait pour soulager la souffrance des Palestiniens, vous qui, aujourd'hui pleurez vos propres morts. Vous, vous répondrez "rien" et je ne veux en aucun cas me retrouver dans la même situation que vous à ce moment-là ».

Je donnai donc ma signature.

Le lundi 10 décembre 2001 à 18 h30, j’assistai à la première réunion du comité de soutien à ce député arabe, place des Vosges, précédée par la projection du film "Citoyen Bishara" de Simone Bitton. Une centaine de personnes étaient présentes dans une galerie généreusement prêtée par une grande artiste brune à l'accent étranger qui portait une keffieh. L’ambiance changeait sensiblement des réunions anti-OTAN sur la Serbie. Beaucoup de Juifs et d’Arabes, plutôt des intellectuels, des gens qui s'embrassent avec emphase à l’orientale. On ressentait aussi un côté terriblement parisien, très éloigné de la convivialité provinciale : les activistes à Paris étaient des gens en représentation. Ils représentaient des collectifs minuscules, et plus souvent encore ils ne représentaient qu’eux-mêmes, mais eux-mêmes « en tant qu’auteurs de livres », « en tant qu’artistes », en tant que grands personnage potentiels, qui, dès lors, arborent des mines hautaines de sénateurs. Difficile dans ce contexte de nouer des échanges, d’autant que tous semblaient se connaître. Je reconnus de loin une chercheuse en sociologie – juive antisioniste - qui avait failli diriger une de mes recherches, et qui, après m’avoir vaguement salué, ne chercha guère à discuter avec moi. Ainsi la seule personne que je connaissais dans cette soirée me tournait le dos. Dans le cadre de mes nouvelles fonctions – je venais de changer de travail -, un de mes collègues m’avait dit : « J’hésite à m’engager, j’ai peur d’aller déranger des militants professionnels qui se connaissent tous entre eux ». Je comprenais mieux sa réticence désormais.

Le film était bien fait – quoique probablement trop apologétique. Il me renforça dans l'image que j'avais de Bishara et les commentaires entendus après le film montraient que le comité voulait en faire une sorte de Mandela palestinien laïque et progressiste.

Le combat de Bishara était des plus touchants. En le suivant sur les routes de Galilée et dans ses débats télévisés on saisissait l'ampleur de la tâche de ce gamin des bidonvilles devenu philosophe marxiste (étudiant en RDA grâce à une bourse du PC israélien) puis député démocrate radical. Il y avait de très beaux moments dans ce film. Celui où les vieux arabes israéliens expliquaient : « Les Israéliens ont tous l'électricité pas nous - même leurs poulaillers ont l'électricité, nous on demande le statut de volaille pour avoir l'électricité comme leurs poules ». Ou encore le témoignage de Bishara lui-même sur les humiliations endurées pendant les quelques années qu’il passa à l’université israélienne. Et les entretiens avec les journalistes israéliens du journal  du 20 h, passés maîtres dans l’art du musellement de la dissidence et dont les méthodes d’interview n’avaient rien à envier aux grands prêtres de la pensée unique de notre propre système médiatique.

On découvrait en Bishara un homme résolu et plein d'humour, terriblement intelligent et convaincant. On avait aussi droit à des bribes très suggestives de la vie politique en Israël-Palestine, différente de la nôtre, avec des gens très éloquents, volubiles, orientaux.

Image très émouvante pour moi : celle de toute la Knesset debout qui chantait l'hymne israélien dont les paroles sont à la gloire de « l’Etat juif », de Sion, du « retour à Jerusalem », entonné par tous les députés (travaillistes et Likoud, on reconnaissait Shimon Péres, Barak, Netanyaou). Un seul homme ne chantait pas et gardait la tête baissée : c'était le député arabe Bishara.

Quand vint l’heure de la discussion, après le film, une chose me scandalisa : personne n’eût le courage de dire honnêtement pourquoi Bishara avait été inculpé. L'organisatrice de la réunion prétendit que la justice israélienne lui reprochait d’avoir appelé, à Damas, les Etats arabes à soutenir les Palestiniens par des actes et non des mots. C’était un mensonge éhonté. Personne ne prononça le mot « Hezbollah » de toute la soirée. Je trouvai cela minable. Mentir aux militants, les traiter comme des moutons, comme le ferait le plus cynique des députés centristes. C’était honteux. Tout cela parce que les Français déjà à ce moment-là avaient intériorisé l’idée qu’on ne peut pas soutenir quelqu’un qui dit du bien de la résistance libanaise."

Mon militantisme pro-palestinien avait donc commencé par une soirée d'activistes fondée sur un mensonge... Aujourd'hui je me rends compte que je me suis trompé aussi sur un personnage essentiel dans l'imaginaire de la cause palestinienne des années 2000 : Yasser Arafat. Comme beaucoup j'ai suivi avec consternation le siège de son fief, la Muqata, était j'étais convaincu qu'il était un très grand homme. Aujourd'hui je découvre les preuves du fait qu'il fut à l'origine de la deuxième Intifada et finança à cette époque un groupe de terroristes très meurtriers. J'avais vaguement entendu parler de la présence de ceinturons d'explosifs dans la Muqata. Mais un homme fournit des éléments bien plus graves. Il s'agit de Mosab Hassan Yousef, le fils d'un grand chef politique du Hamas qui fut agent double de son parti et des services secrets israéliens qui joua un rôle important sur la scène politique palestinienne des années 2000-2002. Dans son livre Le Prince Vert (eds Denoël Impacts) il apporte (p. 181 et suiv) la preuve de ce qu'Arafat finançait et téléguidait les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, un nouveau mouvement terroriste qui ciblait soldats et civils. A l'automne 2000, Hassan Yousef fut chargé par le Shin Bet d'espionner Maher Odeh, cadre du Hamas à Ramallah, il voit plusieurs hommes s'engouffrer dans une Chevrolet verte sans chercher à dissimuler leurs armes. Il prend la voiture en filature, la perd de vue. Le lendemain matin il retrouve la Chevrolet à la station de lavage et distingue mieux leurs occupants : "A leurs costumes élégants, leurs AK-47 et leurs M-16, j'ai immédiatement identifié les hommes de la Force 17, un commando d'élite en activité depuis le début des années 1970. Ces agents assuraient la sécurité personnelle d'Arafat". Il se procure leur adresse. Leur présence chez le responsable du Hamas est illogique de même que leur adresse près de chez parents, loin du QG d'Arafat. Arrivé devant leur résidence, il retrouve la Chevrolet et, en face, sous une bâche, une BMW gris métallisée de 1982 qui avait été associée à tous les attentats commis dans les mois précédents en Cisjordanie.C'était le premier élément de preuve de l'identité entre la garde rapprochée d'Arafat et les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Au moment de la prise de la Muqata l'année suivante les soldats israéliens allaient y retrouver une facture du 16 septembre 2001 adressée par ce groupe au général de brigade Fouad Shoubaki, directeur financier de l'Autorité palestinienne pour les opérations militaires. Il y était question de rembourser des explosifs et de financer du matériel de propagande. Parallèlement Arafat s'efforçait de passer aux yeux de l'opinion publique internationale pour un pacificateur.et

Ce genre de manipulation et de double jeu pour asseoir une autorité personnelle n'est pas digne d'un grand chef d'Etat ni d'un grand chef de mouvement de libération nationale.Le livre d'Hassan Youcef, montre que toute la vie politique palestinienne a hélas été pourrie par ce genre de bassesse. Rachel Corrie, activiste américaine de 24 ans, écrasée par un bulldozer israélien à Gaza, le 16 mars 2003 et tous les jeunes membres des missions civiles de protection partis observer les exactions israéliennes contre les Palestiniens en 2002 et 2003 avaient-ils conscience de toutes les magouilles politiques de cette époque là, et de toutes ces embrouilles planifiées sur le dos du processus de paix, et de la quiétude des populations civiles ?

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Un petit détour par des points de vue de droite (surtout à propos du Honduras)

12 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite, #Débats chez les "résistants", #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Sacré Paul Joseph Watson... j'écoutais sa dernière vidéo cet après midi. OK, son anti-islamisme est obsessionnel, mais sur le fait que Trump ne fait qu'appliquer un acte du congrès en reconnaissant Jérusalem ainsi que la promesse de présidents avant lui (démocrates et républicains) il dit la vérité non ? Il y a quand même des recadrages utiles dans son propos. En revanche y en a t il dans cette autre vidéo de Pascal Boniface qui trouve par avance normal que la décision des Etats-Unis puisse déclencher des violences (minute 1'15). C'est un peu comme si on disait "la reconnaissance de la Palestine par la Chine avec Jérusalem-Est comme capitale est une faute qui va nécessairement pousser Israël à bombarder Gaza". On voit bien ce que ce genre d'imputation automatique de la violence aux décisions des grandes puissances a d'infantilisant pour les acteurs de terrain et même d'indigne, car cela cautionne par avance l'extrémisme. Une fois de plus je ne vois pas en quoi la décision de Trump porte préjudice à l'exercice de la liberté religieuse sur le mont du temple (Boniface insiste sans raison aucune sur le fait que Jérusalem est un lieu saint de l'Islam, ce qui n'a jamais eu rien à voir depuis un siècle et demi avec la question de l'autorité politique qui s'exerce sur elle, dès lors que l'accès de tout les pèlerins est respecté, ce qui fut le cas tant jadis sous l'empire des Turcs qu'aujourd'hui sous celui du gouvernement israélien...).

Continuons d'éplucher la presse étrangère de droite : je tombe sur article profondément troublant d'Emili J. Blasco dans le quotidien espagnol ABC qui explique :

"Quand on regarde les cartes produites par le Commandement Sud des États-Unis avec les traces des vols irréguliers au- dessus des Caraïbes, on découvre une évolution claire. Jusqu'au milieu de la dernière décennie, la plupart des petits avions du narcotrafic opéraient depuis le sol colombien. Lorsque le Plan Colombie - un projet de coopération en matière de sécurité et de lutte contre les stupéfiants conclu en 2000 entre Bogotá et Washington - a commencé à se consolider, Hugo Chávez a ouvert le territoire vénézuélien pour l'expédition des drogues des narco-guérillas.

Depuis lors, le Venezuela est devenu la grande porte d'entrée de la cocaïne colombienne et les routes aériennes étaient principalement dirigées vers la Mosquitia hondurienne,  avec un virage à 45 degrés au-dessus de la mer des Caraïbes pour éviter les radars de l'espace aérien colombien. Du Honduras étaient les liens que les neveux de Nicolás Maduro utilisaient pour introduire de la drogue aux États-Unis, action pour laquelle ils ont été arrêtés en Haïti en 2015 et pour lesquels ils seront probablement condamnés cette semaine dans un tribunal de Manhattan.

C'est ainsi que la deuxième ville du Honduras, San Pedro Sula , située à côté de la côte caraïbe et directement reliée à ce corridor de la drogue, est devenue la ville la plus dangereuse du monde, récemment surpassée par Caracas elle-même.

Ce boum hondurien en tant que «plaque tournante» du trafic de drogue, entre les mains du Venezuela chaviste, a également été transféré dans la sphère de la politique, également entre les mains de Chávez. Le dirigeant vénézuélien a réussi à attirer le président Manuel Zelaya dans ses intérêts . Bien qu'il ait été élu sous l'acronyme du Parti libéral en 2006, Zelaya a abordé la feuille de route du bolivarisme et a tenté d'organiser un plébiscite pour convoquer une assemblée constituante, ce pour quoi il a été renvoyé en 2009.

Aujourd'hui Zelaya est revenu disputer le pouvoir, comme homme fort dans la candidature présidentielle de Salvador Nasralla, quelqu'un avec un certain soutien populaire, mais sans poids politique."

Les accusations sur le narco-trafic vénézuélien ne sont pas nouvelles. J'avoue ne m'être jamais penché dessus sérieusement (je n'ai pas lu de livres ou de rapports là dessus). Si l'on s'impose la règle "Amicus Plato, sed magis amica veritas " (on doit aimer la vérité plus que nos amis, même quand notre ami est Platon) il faut arriver à se faire une opinion sur la responsabilité réelle dans les consommations de stupéfiants en Amérique, et sur le rôle du Honduras dans tout ça. Donc si un lecteur à un avis là dessus, qu'il nous en fasse part. Notamment parlons de cette carte des traces d'avions que publié ABC. Est-elle véridique ou est-ce une intox comme les armes irakiennes de destruction massive de Powell ? Il est clair que l'affaire hondurienne n'a pas la même saveur vue sous cet angle. Tout cela est très sérieux. On ne peut pas accuser à la légère Zelaya d'implication dans d'éventuelles malversations mafieuses. Je sais bien que la droite latino-américaine n'est pas à ce genre de caricature près (il suffit de lire la presse du lobby cubain de Miami pour s'en convaincre), mais qu'en est-il vraiment ? Y a t il de la fumée sans feu ? Emili J. Blasco avait écrit en 2015 "Le boomerang de Chavez". Aujourd'hui sur son compte Twitter il signalait comme preuve de ses assertions l'arrivée au Honduras d'1,3 tonne de cocaïne liquide en provenance du Venezuela par bateau. On parle d'une implication directe d'un fils de Zelaya dans les trafics. Bon, je n'ai pas le temps de creuser tout cela, mais je le signale à l'attention de mes lecteurs. Cela n'enlève rien aux mérites du Venezuela dans la résistance de la gauche bolivarienne aux politiques impérialistes dans les années 2000, mais il faut connaître honnêtement aussi les côtés sombres des phénomènes politiques dont on parle et les prendre en compte dans les grands équilibres mondiaux.

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Jérusalem, Népal, Honduras, Ukraine et relations afro-coréennes

10 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Le monde autour de nous, #Revue de presse, #Proche-Orient, #Donald Trump

J'espère que l'on pardonnera au commentateur indépendant que j'essaie d'être de ne pas verser dans la fièvre anti-Trump qu'a suscitée la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu au cours des derniers jours. On peut, comme le fait l'Europe, vouloir attendre l'issue du processus de paix pour reconnaître cette ville comme capitale à la fois des Etats palestinien et israélien, mais le fait que les USA prennent une initiative unilatérale dès maintenant en faveir d'Israël qui n'a pas forcément vocation d'être très suivie à court terme (à part peut-être par la République tchèque) lèse-t-elle de quelque manière que ce soit les Palestiniens ? Il semble qu'on leur ait laissé entendre que cela pourrait entraîner la démolition de la mosquée d'Al-Aqsa. Voilà une menace bien démagogique destinée à agiter gratuitement les foules, mais jusqu'ici la gestion des lieux saints des trois grandes religions monothéistes par l'armée israélienne n'a pas compromis de façon rédhibitoire la liberté des cultes, et l'installation d'une ambassade états-unienne à Jérusalem n'est pas de nature à remettre en cause le statut d'extraterritorialité du mont du temple dont le sommet reste sous autorité jordanienne.

A part ça, petite revue de presse : il n'est pas sûr que cela serve à grand chose vu la faible souveraineté économique de ce pays mais signalons tout de même que le parti communiste népalais a gagné 28 sièges aux élections législatives du 9 décembre. Avec les 12 pour les maoïstes cela fait une majorité confortable sur les 49 sièges au total. C'est un cas de figure intéressant de persistance communiste qui n'a d'équivalent que dans des points assez rares du globe.

Dans la presse internationale non-alignée sur Wall Street, on commence à reconnaître que les troubles au Honduras (où la gauche demande désespérément le recompte des voix de l'élection présidentielle), sont la bombe à retardement généreusement léguée par Hillary Clinton à ce pays, puisque c'est elle qui avait favorisé un putsch contre le président Zelaya à Tegucigalpa en 2009.

Autre cadeau empoisonné celui des démocrates américains au peuple ukrainien : le président Porochenko et son allié le procureur général Lousenko sont en guerre ouverte contre le bureau national anti-corruption (soutenu par Washington) - pas question de ramener le pays à la probité. Le peuple paie cher : le pays a remboursé au FMI 270 millions de dollars de plus qu'il n'en a reçu et la croissance reste plafonnée à 2 %. Mais tant que le magnat du chocolat tiendra un discours anti-russe, les USA lui fourniront des armes. Donc tout va bien. On se consolera en voyant l'aventure Sakachvili finir dans un fourgon de police. C'est déjà ça.

Sur la Corée du Nord un article bizarre de l'AFP hier expliquait " les statues ou palais staliniens dessinés par les architectes nord-coréens écrasent l'horizon à Windhoek, Dakar, Maputo et Kinshasa. "  L'agence en charge de la Propaganda Staffel de notre pays sur les cinq continents explique qu'un rapport onusien publié en septembre pointe du doigt onze pays africains soupçonnés de poursuivre un partenariat militaire avec le régime de Kim Jong-Un, avec à a clé des livraisons d'armes légères à l'Erythrée et à la République démocratique du Congo (RDC), des missiles sol-air au Mozambique, des modernisations de missiles et radars en Tanzanie, l'entrainement de soldats en Angola et en Ouganda, tandis que deux sociétés nord-coréennes, Mansudae Overseas Project et Komid, ont construit le siège des services de renseignements et une usine de fabrication de munitions en Namibie. Le papier pointe avec dégoût cette collusion entre Pyongyang et les régimes d'inspiration marxiste qui ont gardé une petite fibre anti-impérialiste sur le continent noir. L'internationalisme prolétarien, nos médias n'ont jamais apprécié cela...

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Qui suis-je (bis)

9 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca

Né dans une famille ouvrière béarnaise en 1970, petit fils de républicain espagnol, j'ai fait Sciences Po (IEP de Paris), et une autre grande école que, par respect de l'obligation de réserve, j'évite de citer habituellement, puis décroché un doctorat de sociologie, j'ai aussi une maîtrise de philo. Après avoir exercé des fonctions juridiques dont pendant quatre ans dans une structure ministérielle française (que par respect de mon obligation de réserve encore une fois je me garderai de citer), j'ai oeuvré au cabinet d'un maire divers gauche en région parisienne.


Politiquement je me suis engagé sur Internet contre l'ingérence de l'OTAN en RF de Yougoslavie en 1998-99, puis, j’ai organisé la publication de l’Atlas alternatif dans la mouvance « gauche de la gauche » autour du Temps des Cerises, et le blog qui actualise ce livre collectif. J'ai aussi publié divers ouvrages (éditions L'Harmattan, éditions du Cygne) sous mon nom d'état civil et sous pseudonyme, dont un roman.

Après avoir connu une expérience forte et périlleuse dans les milieux occultistes en 2014-2015, j'ai survécu en suivant la voie chrétienne, ce qui cependant ne change rien politiquement à mon attachement aux vérités factuelles et à la dissidence.

 

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Le déchirement de la société catalane depuis le coup de Puigdemont

9 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne

Pour ceux qui comprennent l'espagnol.

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D'Ormesson, Johnny Hallyday, Custine et Trump

6 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme, #Revue de presse

Hommage unanime à d'Ormesson. Jack Lang sort sa petite tirade hédoniste sur tous les chaînes : "c'était un amoureux des mots et de la vie" (comme Pierre Bergé sans doute). Macron trouve l'expression la plus conne : "le prince des lettres". Reprise en boucle. Comme un unanimisme doit renvoyer à un autre, on passe les images de l'hommage rendu il y a peu par d'Ormesson à la mère Veil pas merveilleuse. Le totalitarisme unanimiste. Cela seul compte. De toute façon qu'est-ce que les journalistes pourraient bien dire sur l'univers littéraire de d'Ormesson ? Pour eux ce monde là est autant terra incognita que les recherches d'un mathématicien dont il faudrait annoncer l'accession au prix Nobel.

Je n'ai pas voulu participer aux fanfares d'hier en signalant que d'Ormesson m'a fait connaître Custine il y a quelques années (voyez ce billet de 2012 sur ce blog). Mais voilà qu'une nouvelle louche d'unanimisme se déverse à nouveau sur nous aujourd'hui à l'annonce du décès du chanteur Johnny Hallyday. Grand hommage aux démons du rock, américain et français (l' "Elvis français"). Même la RATP y va de sa tirade stupide en rebaptisant la station Duroc ("Durock Johnny"). Pour une fois je suis d'accord avec les ricanements de Libé : ils feraient mieux de faire arriver leurs métros à l'heure (il n'y a que quand il parle de Paris intra muros que Libé parvient à coller à la réalité du monde).

Encore une fois Macron trouve la formule la plus idiote en référence à une chanson de 1985 : "on a tous en nous quelque chose de Johnny"...  Bah voui, faut bien qu'on ait tous en nous la puce électronique du conditionnement universel qui nous fait aimer le rock'n'roll, non ? Vous n'êtes pas d'accord ? Un de ces jours les potes de Macron vous le feront accepter. Y en a qui parlent de "charagma" à ce sujet... Ah le grec ancien !

En parlant de Custine, celui-ci doit se retourner dans sa tombe en voyant Trump reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël Si l'on en croit Haaretz ça a l'air d'embarrasser Netanyahu... Moi, ça ne me surprend guère. Trump sous l'influence de son gendre Kushner déroule le programme de fin du monde des évangéliques, avec ce qu'il a de bon (la résistance à Soros) et ce qu'il a de plus contestable (la reconstruction du Temple étape requise pour la manifestation de l'Antéchrist).

Je dis que Custine n'aurait pas apprécié parce que Custine était monarchiste et que la royauté française prétend (comme celle d'Angleterre) être l'héritière de la dynastie de David en partenariat avec la Papauté... Donc dans cette logique du grand remplacement (dynastique, pas démographique !) le nouvel Israël c'est le catholicisme, donc pas besoin de jouer la carte sioniste comme le font les protestants. Notez que Notre Dame de la Salette avait même dit, du vivant de Custine, que l'Antéchrist officierait à Rome et non à Jérusalem (il doit y avoir des subtilités impénétrables dans cette prophétie, ça fait partie de la loi du genre). "Hérésie antibiblique !" s'exclameront les protestants. Euh, calmez vous : je n'arbitre pas ici entre les diverses options chrétiennes - j'en serais bien incapable. Je trace juste une ou deux pistes de réflexion sur l'arrière plan religieux de tout ce qui se trame autour du sort de la Palestine. Car je sais que beaucoup de mes lecteurs athées n'ont pas appris cela à l'école laïque où moi aussi j'ai été formé (celle qui périclite dans les classements du PIRLS en ce moment)...

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Tribunal pour l'ex-Yougoslavie, Yémen, news diverses

4 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #Le monde autour de nous, #La gauche

Un commandant croate se suicide au TPIY en séance - comme le font remarquer les Serbes : quand un Croate est condamné par cette juridiction, c'est pour avoir massacré des Musulmans, quand un Musulman est condamné c'est pour avoir massacré des Croates, mais les chefs qui ont massacré des Serbes sont relaxés (comme Nasser Oric) ou non poursuivis (comme Gotovina).

Le contributeur de l'Atlas alternatif et ex avocat au TPI Rwanda Chris Black, dans un article récent liste les spécialistes présentés comme "indépendants" qui ont été entendus lors du procès caricatural du général bosno-serbe Mladic le mois dernier dont nos journaux pro-OTAN ont fait la "une" comme aux pires heures de la propagande des années 1990 : Richard Butler, membre de la National security agency, Reynaud Theunens, officier de renseignement belge. Seuls les témoignages à charge sont entendus, les témoignages à décharge sont ignorés. Cette parodie de jugement révulse toute la Serbie pourtant désireuse de tourner la page des guerres civiles et d'intégrer l'Union européenne.

Au Yémen le conseiller médiatique auprès du haut conseil politique, Ahmad al-Hobeichi, a fait état de la mort de l'ex président Ali Abdallah Saleh dans une région contrôlée par les forces aériennes émiraties, à Maareb. Selon  le quotidien libanais AlAkhbar, encouragé par les Emirats arabes unis (son neveu, Ammar, gérait la relation entre Saleh et le prince héritier émirati Mohammad ben Zayed dont les troupes sont déployées dans le sud du Yémen) et la France, Saleh était sur le point de tenter d'installer son fils au pouvoir à Sanaa pour faire la paix avec les Saoudiens (il est vrai qu'il avait proposé récemment à Riyad de passer l'éponge sur les crimes de la sale guerre qu'elle mène dans ce pays). En temps de guerre la trahison se paie au prix fort...

Pour finir une bonne nouvelle : dans deux pays importants la gauche anti-impérialiste est en progression : au Royaume Uni le parti travailliste de Corbyn (heureusement gauchisé par rapport à celui de Tony Blair) devance de loin le parti de Theresa May dans les sondages ; idem Lula au Brésil donné gagnant du premier tour pour 2018...

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Tintin à Ouagadougou

1 Décembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Après Macron prenant des selfies rigolards dans les Restos du Coeur, Macron affirmant à Ouagadougou, trente ans après la mort de Sankara (autour de laquelle il a tenté une petite opération de com' qui a fait flop) que le franc CFA est un "non sujet" et que n'importe quel pays africain peut en sortir ("par ici la sortie" en quelque sorte), ironisant quand on l'interroge sur les problèmes économiques comme ceux que rencontre une université et lançant "il est parti réparer la climatisation" quand le président hôte indigné par tant de désinvolture s'éclipse. Macron minable, dérisoire, mais nos compatriotes ont trop perdu leurs repères politiques et leur conscience historique pour en avoir la moindre conscience. Un économiste togolais dans Le Monde rappelle que "le franc CFA est le produit de la création de la Banque du Sénégal en 1855, banque créée grâce aux ressources versées par la métropole française aux esclavagistes en guise de réparations après l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848". Macron se lave les mains du sang des Africains qui meurent encore chaque jour (29 000 enfants au Burkina meurent de faim chaque année) parce que leurs dirigeants exfiltrent les richesses du pays grâce au franc CFA, dont la rigidité par ailleurs bloque les exportations et paralyse la croissance. Ce n'est pas son problème, pas plus que les Restos du Coeur résultat de l'incapacité de l'Etat français (riche pourtant) à nourrir sa population. Tout ce qui compte pour Macron, c'est faire des selfies, paraître moderne, se marrer avec ses potes, et faire semblant d'encourager ici et là les créations d'entreprise comme panacée universelle. Au même moment, la France annonce la livraison d’hélicoptères au dictateur togolais Gnassingbé pour tirer sur la foule (en deux mois, au moins 16 personnes ont été tuées, des dizaines de personnes blessées et arbitrai­rement arrêtées)...

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