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Le blog de Frédéric Delorca

Mort du président abkhaze Serguei Bagapch

30 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020569Le président de la République autoproclamée d'Abkhazie Sergueï Bagapch (62 ans) est décédé suite au cancer du poumon à l'âge de 62 ans.

 

Je l'avais interviewé avec d'autres journalistes en décembre dernier. Il nous avait fait l'effet d'un homme très raisonnable. Il avait d'ailleurs été réélu brillamment au premier tour à l'élection présidentielle, et avec un fort taux de participation, à une époque, où, comme je l'expliquais dans mon livre Abkhazie, la population avait besoin de manifester son unité après la reconnaissance par la Russie et trois autres pays. Bagapch avait, au début, incarné une certaine méfiance à l'égard de la Russie mais il était devenu ensuite le candidat consensuel pour "gérer l'indépendance" en partenariat avec Moscou.

 

Les Abkhazes n'ont pas de chance car l'an dernier ils enterraient le père fondateur de leur Etat, Ardzimba. Le risque n'est pas mince qu'ils peinent à faire émerger une personnalité fédératrice et que de nouvelles divisions apparaissent dans ce pays comme ça avait été le cas aux élections présidentielles de 2004 dont l'issue avait débouché sur des échanges de coups de feu...

 

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L'affaire Tron et l'Eros municipal

29 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Après "Eros au FMI" avec l'affaire DSK voici "Eros dans le municipalités" avec l'affaire Tron.

 

Pas triste non plus. Il y a l'accusation contre M. Tron autour de sa supposée "podophilie" qui nourrit toutes sortes de fantasmes en rapport avec une scène de Pulp Fiction, mais il y a aussi les plaignantes, à laquelle la défense s'attaque maintenant en ressortant des détails fort croustillants.

 

Du genre à propos de la première des deux : "Dans une lettre à charge datée de juin 2010, Florence Fernandez de Ruidiaz, adjointe chargée des Affaires scolaires et du personnel communal, relate un incident survenu lors des voeux du maire, en janvier 2010. "Elle s'est couchée sur une table, à soulever ses vêtements, et a eu des gestes très déplacés envers un adjoint", raconte cette élue dans un courrier qu'a pu consulter LEXPRESS.fr. 

Quelques jours plus tard, Virginie Faux adresse une lettre à "Georges". Loin d'y réfuter la scène, elle s'excuse de son comportement. " On avait tous un peu bu. Quelqu'un m'a poussée et je suis tombée à plat ventre sur la table, on a vu ma culotte sous mes collants, c'est tout " " Ce sont là des informations que je me contente de pêcher dans l'Express. Pas besoin d'aller enquêter bien loin.

 

J'ai vaguement connu Draveil pour y avoir présenté "La Révolution des montagnes" dans un festival du premier roman organisé par la mairie. Mr Tron, à l'époque Villepiniste, avait fait un discours juste avant M. de Villepin himself (cf vidéo ci dessous). Aucun des deux n'avait parlé de réflexologie. Dommage car cela aurait cadré avec le sujet de mon roman...

 



 

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Interview de M. André Crétier sur la résistance à Sevran

29 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Un livre épuisé sur D. Albert

visuel couvertureM. André Crétier qui fut un partenaire de résistance Denise Albert dans le premier triangle OS (Organisation spéciale) créé à Sevran ayant émis quelques réserves sur la version des faits relatés dans le livre "Denise Albert", j'ai recueilli son témoignage par téléphone le 13 avril dernier. La qualité du son n'est pas très bonne, et je n'ai pas pu faire de montage, pour des raisons techniques, mais je pense que ce témoignage est utile pour contrebalancer certaines pages du livre.

 

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Le débat islandais

27 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Le militant d'Attac Islande Bjarni Gudbjornsson  nous ayant fait l'honneur de s'abonner au blog de l'Atlas alternatif, j'en profite pour mentionner ici son courrier public repris notamment sur ATTAC 78 en février dernier et qui avait le mérite de relativiser une trop rapide idéalisation des réformes politiques sur son île. Une manière aussi de rappeler qu'un débat approfondi existe sur ce qu'il se passe dans ce pays, même si, on s'en doute, ce débat ne passera jamais le filtre de nos grands médias.


iceland.png"J'aurais préféré pouvoir répondre "oui" à la thèse qu‘il y a  en Islande une "révolution non-médiatisée anti-capitaliste et démocratique"  mais, malheureusement, la conclusion  de Pascal Riché est plus proche de la réalité si l’on ignore sa mauvaise foi et ses simplifications : "On est donc  loin du conte de fée qui circule sur le net. L'Islande ne vit pas une alternative réussie et harmonieuse au capitalisme, mais une suite de tâtonnements confus, douloureux et résignés… en restant dans les rails du FMI. "

 

Nous sommes en pleine crise économique, politique, sociale, financière sous la tutelle du FMI qui en Islande, comme partout ailleurs, suit son orientation néolibérale et ne fait qu’approfondir la crise.

 

Après la révolte on a voté à gauche, mais le nouveau gouvernement est resté bon élève du FMI et fait la politique de droite.

 

Deux des trois banques nationalisées d'urgences ont  été reprivatisées sans réforme; le taux de chômage tourne autour de 9 %, et autant de monde a émigré ; augmentation des impôts ; baisse du pouvoir d’achat ; les dettes insupportables ; des scandales infinis liés à la finance et la politique; les mouvements sociaux désorientés...

 

L'un des objectifs du plan FMI-gouvernement est de ramener le déficit public à zéro en trois ans durant l’année  2013, ce qui entraînera d’énormes coupes dans les dépenses les plus indispensables que sont l’éducation, la santé publique, la sécurité sociale ; et de finir la dispute sur IceSave, le troisième version de l’accord est en discussion à l’Assemblée ces jours-ci.

 

Le patronat et la confédération des syndicats font pression pour qu'on ouvre les portes aux investisseurs étrangers pour nous sauver de la crise...

 

Des fois il est difficile de rester optimiste mais la lutte continue pour que l'Islande ne devient pas le sujet d'un nouveau chapitre dans la réédition du livre de Naomi Klein "La Stratégie du choc" -

le capitalisme de désastre frappe à la porte.

 

Avec mes meilleures salutations.

 

Bjarni            Attac Islande"

Rappelons quand même que depuis lors près de 60%  ont dit "non" par référendum, le samedi 9 avril, à la finance internationale et à leur gouvernement, leur refus de payer les pots cassés de la Grande Crise.Tout n'est pas perdu.
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A propos de la sainteté laïque

27 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Le blogueur Edgar a attiré hier l'attention de ses lecteurs sur la situation du Bahrein. Edgar se rapproche ainsi de ce que je considère être la "sainteté laïque". Et, dans cette sainteté, il entraîne progressivement une petite poignée de lecteurs : un photographe parisien, un Internaute du Loir et Cher etc.

 

Cela fait quelque temps que j'aimerais écrire un livre sur la sainteté, mais je n'en trouverai vraisemblablement pas la force.

 

plato-copie-1.jpg

La sainteté est cet état par lequel l'être humain se rapproche de l'achèvement optimal d'un certain nombre de vertus cardinales (on ne peut pas dire "toutes les vertus", car une vertu se paie nécessairement d'un défaut - la réunion de toutes les vertus impliquant la disparition de tout défaut est impossible chez un être humain). En tant que parachèvement d'un certain nombre de qualités, la sainteté a quelque chose à voir avec l'absolu, et, à ce titre, fait partie de ce que la société de consommation et de médiocrité actuelle ne peut que répudier et ridiculiser. Pour cette raison elle est une force de rupture.

 

Bien sûr chacun peut définir la sainteté et ses vertus cardinales comme bon lui semble.

 

Pour ma part je lui prête les traits suivants (dont, vous le remarquerez, beaucoup sont liées aux vertus de la sagesse antique) :

 

- le courage (physique et intellectuel)

- l'indépendance morale (au risque de la solitude)

- le sens de la vérité objective (ne pas s'abriter derrière un subjectivisme facile ou le relativisme, ce qui implique aussi de savoir reconnaître quand soi même on s'est éloigné de la vérité)

- le goût de la recherche, du cheminement

- le sens de la construction

- la persévérance

- la cohérence intellectuelle

- le désintéressement et le refus de la facilité (ils vont de pair, car la facilité est généralement recherchée pour les profits immédiats et superficiels qu'elle procure)

- le sens du devoir

- la modestie

- l'ouverture à la sensibilité d'autrui, à ses différences, à la cohérence propre du système de représentation qui l'anime (ce qui implique aussi un sens de la charité au sens où Pascal parlait par exemple de "lecture charitable" : c'est à dire, savoir reconnaître qu'autrui ne livre pas d'emblée toute sa logique et toute sa cohérence, et qu'il faut aussi l'aider lui-même à aller au bout de sa cohérence pour construire avec lui un dialogue constructif sans chercher soi-même à se mettre en valeur à tout prix)

- un sens du style et de l'élégance, qui est ce par quoi les vertus d'indépendance, de modestie, d'ouverture etc se cristallisent harmonieusement et font système. Arriver par exemple dans son style à mêler provocation et nuance, humour et sérieux, profondeur et légèreté etc inséparablement...

 

Voilà douze vertus cardinales essentielles à mes yeux. Je pourrais presque juger l'ensemble de la caste des publicistes de notre époque ou des politiciens à l'aune de ces vertus et les classer selon leur degré d'éloignement au regard de ce que je définis comme la sainteté.

 

Aujourd'hui parler du Bahrein, comme autrefois parler de Pancevo ou de Falloudjah, c'est s'approcher de la sainteté, parce que c'est manifester du courage, de l'indépendance, un sens de la vérité, un sens du devoir et une ouverture à ces manifestants que l'arrière-plan (pour parler comme Searle) collectif occidental assimile trop facilement à des "chiites communautaristes" (éventuellement même instrumentalisés) sans même leur faire crédit d'une légitimité possible au même titre que les Tunisiens et les Egyptiens. Encore faut-il que cette sainteté ne soit pas gâchée par des manières tonitruantes, une absence d'humilité, un goût pour la facilité, un absence de cohérence intellectuelle, comme, par exemple, beaucoup de partisans de la Palestine ont fini par discréditer leur combat en versant dans ce genre de défaut.

 

Je crois qu'Edgar n'est pas (encore) tombé dans ce genre de travers, et il faut souhaiter qu'il continue d'entraîner beaucoup de gens dans son sillage.

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Quizz : connaissez-vous vraiment l'époque dans laquelle vous vivez ?

26 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca

On pourrait écrire un petit quizz dans ce genre en donnnt" +1" à ceux qui repondent "oui" et "-1"à ceux qui répondent "non". Le total indiquant quel degré d'intégration au système de pensée dominant chacun totalise. Le chiffre le plus élevé montrant le plus haut degré d'intégration, le chiffre le plus bas le plus grand degré de lucidité...

 

Journaux-3-2.jpg

"- Il est évident à vos yeux que l'OTAN et le FMI veulent le bien des peuples.

 

- Vous pensez que les chiffres des victimes de la répression en Libye sont objectifs.

 

- Vous êtes prêt à jurer que le nouveau président Ouattara était vraiment le vainqueur des élections présidentielles ivoiriennes.

 

- Vous approuvez la sécession du Sud-Soudan et pas celle de l'Abkhazie

 

- Vous êtes sûr que les révolutionnaires syriens ne sont pas des groupes armés.

 

- Il vous paraît clair qu'on peut imposer des changements de régime un peu partout dans le monde sans que ça pose trop de problèmes

 

- Les "concentrations" civiques espagnoles sont plus importantes à vos yeux que le score de la droite aux élections et ceux de l'extrême gauche au pays Basque.

 

- Il est évident selon vous qu'il n'y a plus de classe populaire en Europe, et que les ouvriers sont en Chine, à part une poignée de prolos lepennistes mal odorants du côté de Nancy dont on nous débarrassera bientôt.

 

- Vous pensez que le Bahrein ne mérite pas la "une" de nos journaux

 

- Il ne vous arrive pas souvent de penser à l'Irak

 

- Pour vous l'Europe c'est la paix, la France hors de l'Europe c'est la guerre.

 

- Que Bernard Henri Lévy dirige la politique étrangère de la France ne vous inquiète pas

 

- Il vous semble que le Kosovo méritait bien son indépendance pour avoir subi le fascisme de la dictature serbe et un véritable génocide en 1999, même si cet Etat n'est pas tout à fait exemplaire

 

- Vous pensez que le gouvernement thaïlandais, ami du FMI, est un gentil régime démocratique qui ne cause de tort à personne.

 

- Vous n'avez jamais réfléchi aux raisons des guerres civiles au Congo, ni même à leur ampleur

 

- Vous ne pensez pas que l'Afrique pourrait se porter mieux sans ingérences européennes.

 

- Pour vous le parlement européen est une institution sérieuse qu'il faut valoriser

 

- Vous n'avez pas la moindre idée du coût humain des guerres auxquelles la France a participé  depuis douze ans

 

- Selon vous les grands médias privés sont au service du pluralisme, en interdire certains comme le fait Chavez c'est du fascisme pur et simple

 

- Les référendums, à vos yeux, sont  un danger pour la démocratie

 

- Vous aimez la justice internationale

 

- Vous pensez que la privatisation des services publics accroit leur qualité.

 

- Le darwinisme social ne vous pose pas de problème.

 

- Selon vous, il faut reculer l'âge légal de la retraite, et augmenter les retraites par capitalisation pour stabiliser le système financier mondial

 

- L'Europe est le meilleur outil pour stabiliser l'économie mondiale

 

- Pour vous, la nationalisation des médias n'est pas un combat digne d'être mené

 

- Vous n'avez pas envie que des partis politiques nouveaux émergent sur la scène publique"

 

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Chavez, Gombrowicz et les jeunes

24 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Lors de la dernière émission "Alo presidente", Hugo Chavez, convalescent d'une maladie, a parlé de la jeunesse vénézuélienne (cf vidéo ci dessous). Ce n'était pas la première fois. Il a dit que lui travaillait pour cette jeunesse, alors que la droite et les sociaux libéraux ne travaillaient que pour les vieux. Il a cité la jeunesse de certains héros de l'indépendance vénézuélienne et latino-américaine, dont Sucre qui était presque un enfant, a-t-il dit, quand il s'est engagé dans le combat.

 

Comme toujours le président vénézuélien était vêtu d'un blouson aux couleurs du Vénézuela. Cet homme vit une épopée nationale, il est drapé dans cette histoire. Il prolonge une saga, celle de Bolivar, de Sucre. Chaque jour, tous les matins, il l'enfile sur son buste à la fois comme une seconde peau et comme un costume de scène, il entre dans ce scénario, et fait entrer avec lui un bataillon d'acteurs-figurants - par centaines de milliers - dont l'histoire et le générique de fin ne retiendront pas les noms.

 

Bien sûr Chavez, bien que d'âge mûr, est légitime dans son rôle. La jeunesse vénézuélienne croit vraiment en lui. Précisément parce qu'il y a cette épopée de jeunes gens qui remonte à Bolivar en passant par Castro et dont Chavez a su devenir le continuateur d'une façon crédible, en payant de sa personne. Aucun leader politique en Occident ne pourrait prétendre incarner la jeunesse comme lui. Même Obama avec sa bouille de trentenaire ne le peut pas. On le sait sorti d'un mauvais casting d'agence de com'. Nul n'ignore qu'Obama ne vit pas une épopée. Il ne prolonge aucun geste héroïque. Il va juste au bureau le matin dans le costume de l'administrateur : l'administrateur des fonds de pension de son pays et d'un complexe militaro-industriel, en guerre contre la jeunesse de plusieurs pays sur deux ou trois continents.

 

Je ne suis ni jeuniste ni démago. Je sais tout ce que la jeunesse a d'insuffisant, de très con même. Surtout quand je repense à la mienne. "Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait".  La jeunesse peut-être débile, impulsive, stupidement iconoclaste, ce qui en a toujours fait la clientèle parfaite des fascismes en tout genre (et ce sera toujours ainsi). Mais elle garde un atout qui n'est ni éthique ni épistémique, purement ontologique : elle a un avenir, là où les vieux ne l'ont pas. Elle a pour elle un potentiel de vie que les vieux à tout jamais ont perdu.

 

On a réussi sous nos latitudes à instiller auprès de nos jeunes suffisamment de dégoût de la vie pour qu'ils perdent toute conscience de ce privilège injuste dont ils bénéficient. Mais même en soumettant tout le monde à leurs idées morbides nos vieux ne peuvent toujours pas empêcher cette évidence biologique : ils restent, eux, plus proches du néant que les jeunes cons qui leur succèdent.

 

En écoutant Chavez, j'ai repensé à la Pornographie de Gombrowicz qui est un livre étonnant sur la vieillesse et l'immaturité que je lisais à 20 ans. Un livre ou plutôt un grand classique du 20ème siècle. En le parcourant à nouveau tantôt j'ai été moins frappé par son humour, et même par sa profondeur philosophique, qui m'avaient séduits à 20 ans (pour tout dire, le fait qu'un de ses héros s'appelle Frédéric a sans doute tout autant pesé dans le choix de mon pseudo que le faît que ce fût aussi le prénom de Nietzsche), que par son ambition de substituer une métaphysique existentielle du corps aux métaphysiques dominantes (chrétienne et marxiste) qui surplombaient l'Europe des années 30. On sent dans ce roman l'influence de la Nausée de Sartre. Il faudrait d'ailleurs que je relise ce dernier ouvrage (que j'ai lu à 16 ans) pour évaluer le degré précis d'originalité d'un roman par rapport à l'autre.

 

Je crois qu'aujourd'hui le projet de Gombrowicz est tout aussi périmé que celui de Sartre. Parce qu'au fond la seule véritable métaphysique qui se soit imposée in fine est celle de la marchandise - s'il faut parler de métaphysique car c'est peut-être d'une anti-métaphysique qu'il s'agit, une pure polarisation fétichiste sur des images vides de sens (je crois qu'il faudrait confronter la Société du spectacle de Debord et la Société de Consommation de Baudrillard pour parvenir à évaluer le degré de métaphysique ou d'anti-métaphysique dans lequel nous sommes aujourd'hui engagés). Il n'en reste pas moins que l'entreprise de Gombrowicz pour tout réorganiser autour des présences des corps est belle, comme des tableaux d'artistes un peu étranges.

 

Je ne pense pas que l'esthétique de Chavez soit d'aucune manière compatible avec celle de Gombrowicz. Mais il y a dans cet appel du vieil homme à la jeunesse - cet appel crédible, inspiré, qui ne doit rien à de vulgaires montages marketing de vieillard -, dans ce pari sur le potentiel de vie, malgré son lot de maladresse, de futilité, d'aveuglement et de folie prévisibles, quelque chose de commun avec le geste du roman de Gombrowicz : quelque chose qui interroge le degré de foi qu'on peut investir dans le temps et dans la vie, et le vertige qu'une telle foi provoque. Car la Pornographie est un roman très vertigineux, d'un vertige que Chavez lui-même doit parfois éprouver devant sa propre entreprise politique. Réintroduire la jeunesse dans la politique est un projet terriblement risqué. Mais refuser de le faire, comme le font avec une belle obstination nos propres technostructures n'est-il pas proprement suicidaire ?

 

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Actes de contrition

24 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un commentateur régulier de ce blog a lancé deux questions à la suite de la petite vidéo d'hier montrant la réaction de François Mitterrand face à ceux qui demandaient des excuses de la République pour la déportation des Juifs sous le régime de Vichy.

 

Pour que ses questions ne passent pas inaperçues, je les mentionne dans ce billet. Mais c'est pour ajouter aussi vite que je ne me sens pas du tout qualifié pour apporter une réponse. Pire : je crois aussi que 75 % des gens qui ont entrepris d'écrire des bouquins ou des articles sur le thème de la repentance n'étaient pas qualifiés pour le faire. Je veux dire que dans les années 1990 il était très facile pour une petit sociologue ou un petit philosophe sans envergure de se faire mousser en demander des excuses de la République ou au contraire en soutenant que celle-ci n'avait pas d'excuses à donner, comme il était facile de satisfaire son égo en dénonçant toutes sortes de génocides réels ou imaginaires sur la planète, ou le "trou dans la couche d'ozone" etc. Du coup je n'ai pas lu les 25 % de textes qui étaient peut-être pertinents sur le thème, mais perdus dans la masse des arguments dépourvus de tout intérêt, ce qui me rend encore moins compétent pour en parler.

 

Je ne peux que livrer quelques bribes personnelles, qui ne sont que de l'ordre de l'affect, qui témoignent en quelque sorte de "l'évolution de ma perplexité" sur ce sujet comme sur tant d'autres, une évolution qui peut-être croisera celle de beaucoup d'autres personnes.

 

D'abord au début des années 1990 j'ai été très frappé par le film Shoah (que j'ai dû voir en 1993), par le procès Barbie, et très marqué par les travaux de Danièle Lochak en histoire du droit. J'ai été choqué de voir que le Conseil d'Etat, institution qu'à Sciences Po on nous apprenait à vénérer, et les éminents juristes qui gravitaient autour de lui, a continué (sans épuration en 1940 ni en 1944) a produire de la légitimation juridique aussi bien sous le régime qui déportait les Juifs que sous la République, et sur les lois les plus répressives et les plus discriminatoires, imperturbablement. Et j'ai éprouvé le même malaise d'ailleurs en découvrant que cette grande institution de la République avait légitimé les camps d'internement et les lois d'exception contre le FLN en Algérie.

 

Tout cela a beaucoup affecté ma foi dans la République française laquelle d'ailleurs ne croyait plus guère en elle-même puisqu'elle a très vite, sous Jacques Chirac, reconnu les droits des victimes au point non seulement de s'excuser - ce que François Mitterrand refusait - mais aussi d'admettre sa responsabilité civile via celle de la SNCF.

 

Puis nous avons connu cette compétition des mémoires et des demandes indemnitaires qui est d'ailleurs répandue dans tout l'Occident et qui est un grand vecteur de replis communautaires (ce que F. Mitterrand dans sa vidéo appelait "la haine"), et auquel ma propre généalogie n'est pas étrangères (puisque les descendants de Républicains espagnols eux-mêmes ont tendance à unir leurs revendications à celles des Juifs pour obtenir réparation de l'internement de leurs aïeux et de leur déportation).

 

Cet affaiblissement de la République française face à la compétition mémorielle a coïncidé avec sa mise sous tutelle de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et son renoncement à entendre la voix de la souveraineté populaire.

 

Du coup j'ai aussi commencé à écouter d'une oreille différente la voix des défenseurs de la dignité de la République, notamment après que la République française ait pu s'affirmer comme l'unique obstacle sur la scène internationale à la folie impériale étatsunienne en Irak.

 

Aujourd'hui j'entends différemment les mots de François Mitterrand que je ne le faisais en 1993-94. Je remarque leur style, leur intonation. Ils me semblent revêtir une profondeur que je ne percevais pas à l'époque. Ils sont empreint d'une admiration profonde pour les réalisations de la République, et sont un peu plus inspirés que le cynisme à deux balles d'un Eric Zemmour sur le thème "la raison du plus fort est toujours la meilleure".

 

En même temps je n'oublie pas que celui qui les prononce est celui-là même qui a fourvoyé la France dans tous les égarements pour lesquels les victimes réclament des comptes aujourd'hui : le soutien à un régime antisémite, la participation à une guerre coloniale atroce en Algérie, l'alignement de la France sur les Etats-Unis d'Amérique.

 

Je ne peux pas nier complètement non plus que la défense des individus contre la Raison d'Etat est un grand progrès de notre civilisation, que l'individu soit considéré comme une "victime" ou comme un sujet potentiel de son droit et de son histoire. La "dé-banalisation" du crime et du massacre est un progrès incontestable.

 

La repentance est donc juste un sujet qui me laisse perplexe. Il y a 5 ans je me suis mis tous mes collègues juristes à dos quand j'ai demandé qu'une "salle Napoléon" fût débaptisée et qu'on y introduisit une Marianne à cause du souvenir de la restauration de l'esclavage pas l'Empereur (la fonction spécifique de cette salle dans l'espace institutionnel que je ne puis hélas décrire ici sans quoi je manquerais à mon obligation de réserve, justifiait à mes yeux qu'on effaçât à tout prix le télescopage possible avec le souvenir de l'esclavage). On m'accusa de défendre la "political correctness" et de vouloir une repentance permanente de la France.

 

Gaulois

On pourrait dire que si la Sainte Eglise catholique, dont les dogmes internes impliquaient que son pape fût infaillible (un dogme récent certes) a fait acte de contrition la République pouvait le faire sans perdre son âme. Sauf que par la repentance les institutions chrétiennes se grandissent, l'Evangile elle-même le leur prescrit. En va-t-il de même pour les Etats laïques ?

 

Avant hier je longeais un ancien hôpital à Séville qui est aujourd'hui le siège du parlement d'Andalousie. Le guide nous expliqua que ce bâtiment avait été, sous les Rois Catholiques, un élément d'une vaste politique de regroupement et de rationalisation des hôpitaux du royaume de Castille et d'Aragon. Je ne sais pourquoi j'ai été surpris d'apprendre cela parce que tout le monde nous enseigne depuis 1990 à ne percevoir les Rois Catholiques que comme les auteurs du massacre des Amérindiens, de la conversion forcée des Maures et de l'expulsion des Juifs. Or bien sûr nous savons tous que tous ces grands royaumes à l'avant-garde de la modernité occidentale - ceux de France, d'Angleterre et d'Espagne - qui furent des régimes très répressifs furent aussi par ailleurs les premiers à développer de vrais services publics et sauvèrent peut-être ainsi par ce biais beaucoup plus de vies qu'ils n'en ravirent.

 

Saurons nous trouver la juste approche dans le rapport entre l'institution et l'individu (ou le groupe d'individus coalisés) ? Le ton juste dans la défense de leurs droits et de leur souveraineté respective ? Quand je vois en ce moment les particuliers s'adresser aux tribunaux ou aux municipalités sur le ton infantil de l'injure et du "je veux tout tout de suite", et les fonctionnaires ou les responsables de ces institutions mourir de culpabilité et de timidité face à ces agressions, tandis que, par ailleurs, les institutions, elles, volent aux individus le sens du vote démocratique qu'ils expriment, leur mentent, empiètent effrontément sur leur vie privée, tout en se couchant par ailleurs devant les intérêts des grandes entreprises privées (c'est à dire des mâles alpha des individus coalisés en meute), je me dis que le juste équilibre ne peut être atteint dans le système actuel et que c'est d'une refonte complète, peut-être rousseauiste ou rousseauienne, qu'il nous faudrait rêver. Une manière d'éluder peut-être la problématique de la repentance... ou bien de la placer dans son seul cadre légitime...

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Blogs

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Plus j'écris sur ce blog et plus il m'est impossible de trouver le moindre sens à cette entreprise. Ca ne peut pas être un moyen de faire de la publicité pour les livres, car mes livres ne sont presque pas cités, et donc je ne peux pas constituer ce blog comme une sorte de "pressbook". Ca ne peut pas non plus être le moyen d'une construction collective d'un oeuvre avec les lecteurs compte tenu de l'apathie et de la volatilité du lectorat d'Internet. Ce n'est donc absolument rien : comme 99 % des blogs qu'on trouve sur Internet, du bruit sur lequel tombe une poignée de lecteurs chaque jour au rythme des aléas d'une recherche par mots clés. Par moment je tire la conclusion juste de l'absurdité de cet exercice en cessant purement et simplement d'écrire. A d'autres moments comme aujourd'hui je profite de l'oisiveté pour écrire quelques billets qui prolongent un peu l'esprit, l'atmosphère de ce blog tel qu'il fonctionne depuis 5 ans dans l'espoir que deux ou trois personnes qui y sont encore un peu fidèles y trouvent leur compte. Mais il n'est que trop évident que ça ne sert à rien. Contrairement à ce que m'écrivit un commentateur occasionnel de ce blog quand je l'ai suspendu : "ça ne manquera pas". Les gens qui a un moment ou un autre ont éprouvé un petit enthousiasme pour mes textes décrochent généralement au bout de 6 mois et vivent très bien sans ça après. Donc ça ne manque pas du tout. Mes blogs comme mes livres ne sont pas nécessaires à notre temps (du moins pas ceux que je publie sous ce pseudonyme).

 

On peut penser que c'est parce que les gens d'une manière générale ne ressentent pas la nécessité de grand chose et arrivent à se passer facilement d'à peu près tout (de littérature, de poésie, de bons politiciens). Ils s'habituent à peu près à tous les néants qu'on leur propose en oubliant les choses qu'ils appréciaient davantage quelques années auparavant. Nous sommes peut-être la première civilisation qui s'emploie à rendre superfétatoire la notion même de "manque". Pour le système social, le sentiment du manque est une pathologie. On ne doit pas ressentir que telle personne, telle oeuvre nous manque. Seul le sentiment du besoin consumériste est légitime : il faut vouloir ce qui est disponible à la vente, et le vouloir si possible avec le plus d'avidité possible. Mais il ne faut pas éprouver cette envie comme un manque.

 

Symétriquement, puisqu'il n'y a pas de sentiment de manque dans le public, il n'y a pas non plus de sentiment de nécessité (ananké) chez les créateurs. Il n'y a qu'un sentiment de devoir professionnel, à l'égard de son patron, de son éditeur, de son sponsor. Quelque chose qui a plus à voir avec l'instinct bureaucratique qu'avec le souffle de l'inspiration. Ceci explique la médiocrité de la culture européenne actuelle.

 

Donc la disparition de ce blog ou de mes livres des catalogues des éditeurs ne pouvant susciter aucun sentiment de manque chez les lecteurs, leur permanence dans l'espace internautique est aussi absurde que le mouvement d'un astéroïde qui suit son mouvement de chute rectiligne dans l'espace, son impetus comme on disait autrefois, sans autre nécessité que la loi gravitationnelle.

 

Subjectivement je pense avoir l'attitude juste et les mots justes face à un système social assez oppressant et inique, et face à des forces critiques que je trouve inadaptées. Ma recherche stylistique entre esthétique littéraire et conscience politique me paraît féconde et originale, mais force est de constater qu'elle ne rencontre aucune attente véritable en dehors de ma subjectivité, et sans doute cela vaut-il mieux d'ailleurs que les attentes "pour de mauvaises raisons", les attentes fondées sur le malentendu que j'ai trouvées parfois chez tel ou tel lecteur.

 

Il faut juste prendre conscience de cette implacable stérilité historique de mes écrits (sauf quelques cas rarissimes de gens comme le photographe Olyvier qui disent avoir été un jour inspirés par une ou deux de mes phrases, mais notez que c'étaient des phrases de livres plutôt que de blogs et ces gens auraient, je pense, trouvé le même encouragement chez d'autres auteurs) et s'habituer profondément à ce mouvement solitaire d'astéroïde dans l'espace, comme Aristippe à la table de Denys. Parce qu'il n'y a de toute façon aucun autre chemin possible.

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Le patriotisme d'avant

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca

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Encore un mot sur Aristippe de Cyrène

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Le livre de Pierre Gouirand sur Aristippe de Cyrène est un peu étrange. Il se vante d'avoir été relu par beaucoup d'autorités académiques et il est truffé de coquilles. Il est consacré à un philosophe, et il nous assomme avec des chapitres entiers sur l'histoire de la Grèce, celle de la ville de Cyrène en Libye etc.

 

Toutefois, en triant le bon grain de l'ivraie on finit par y trouver des éléments de réflexion intéressants.

 

Au fond qu'est-ce qui nous est présenté là ? Un pur produit de la révolution socratique athénienne : un aristocrate de Cyrène, métèque à Athènes, membre du cercle du génial Socrate, qui, à sa mort, va bénéficier du statut (désormais reconnu dans toute l'Hellade) du philosophe de renom (au même titre que Platon ou Diogène). Et qui va l'utiliser à sa manière à lui, qui serait presque un chemin moyen entre Platon et Diogène : ni aspirant-dictateur d'une société idéale, ni clochard à la marge, mais "étranger partout" qui essaie de jouir des avantages de la compagnie sans en subir les inconvénients (une philosophie de la vie qui me fait un peu penser aux conséquences que Schopenhauer tire de sa vision de l'insociable sociabilité des gens : il faut faire bonne figure, faire semblant, jouer la comédie, tout en préservant intérieurement son autarcie - cela rappelle aussi la phrase du jeune Marx "On ne peut s'isoler que dans la société").

 

A la base de cette philosophie, il y a, comme toujours chez les philosophes, une théorie de la connaissance : chez les Cyrénaïques (l'école créée par Aristippe), c'est le sensualisme, l'empirisme : l'idée que seuls les sens délivrent une vérité intangible, alors que le monde objectif lui reste mystérieux. Une théorie qui eut beaucoup de succès pendant des millénaires, même s'il me semble qu'aujourd'hui le triomphe des technosciences en a complètement ruiné les fondements (et je ne crois pas que l'humanité y retournera).

 

De cette théorie (qui est en un sens beaucoup plus fidèle à Socrate que le platonisme, notamment parce qu'elle est assez utilitaire, et d'ailleurs elle condamne les mathématiques au nom de l'utilitarisme) dérive une éthique du plaisir. Seul le plaisir compte, c'est la boussole absolue de la vie.

 

Ce n'est pas une morale de la dissolution complète des moeurs, puisqu'Aristippe voit bien que le plaisir ne peut être vraiment savouré que par une personnalité forte et indépendante qui se dirige elle-même avec sagesse. Mais c'est en effet une doctrine qui ne va pas s'embarrasser de règles de comportement inutiles.

 

Cette valorisation du plaisir Aristippe va la mettre en pratique en se plaçant délibérément à la cour fastueuse de Denys de Syracuse (Gouirand note finement que ce n'est pas une "soumission" à Denys, mais plutôt une sorte de contrat "d'égal à égal", "gagnant-gagnant" dirait-on aujourd'hui, la protection politique en échange de la caution intellectuelle). Une utilisation du pouvoir plus astucieuse que les tentatives un peu pitoyables de Platon auprès du même tyran.

 

Une autre belle illustration de la théorie cyrénaïque se trouve dans la relation d'Aristippe avec l'hétaïre (la prostituée de luxe) Laïs à Corinthe (une illustre sicilienne ramenée avec l'expédition athénienne). Aristippe paye fort cher pour cette relation, alors que Laïs couche gratuitement avec Diogène le Cynique. Laïs n'aime pas Aristippe et cependant celle-ci aura une place très importante dans sa vie et dans la construction de sa morale du plaisir physique. Au passage notons que Laïs apparaît, dans ce jeu entre les philosophes illustre, comme une véritable héroïne de la condition féminine. Je suis très étonné que sa fiche Wikipedia même en anglais soit si pauvre et qu'il n'apparaisse rien sur Internet à son sujet en lien avec les Female studies (signe d'un regrettable désintérêt ou simplement du fait qu'Internet ne répertorie, quoi qu'on en dise, qu'une toute petite partie de la culture contemporaine ?)

 

Au départ le personnage d'Aristippe ne m'enthousiasmait guère. Mais je lui trouve quelque chose de très attachant, et quelque chose qui peut parler profondément au citoyen du monde contemporain. Son égoïsme (assez lié à son scepticisme épistémologique) a quelque chose de désespérant, ce pour quoi je lui préfère de loin le stoïcisme. Mais son pragmatisme sonne assez juste. Et il n'est pas dépourvu de sentiments. L'affection que Gouirand décrit d'Aristippe pour sa fille Aretè, qui sera son successeur comme scholarque (chef d'école), fait extraordinairement rare dans l'histoire de la philosophie antique.

 

 

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La guerre d'Afghanistan vue par les talibans

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Les Talibans qui autrefois interdisaient Internet, on publié un site en anglais ici. Sans doute pas la "voix de la vérité" mais peut-être un moyen pour nos amis journalistes de diversifier leurs sources.

 

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Séville/Saint-Sébastien

23 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne

Mes amis, j'étais à Séville ce weekend. Quitter l'Espagne est toujours un crève-coeur pour moi depuis 20 ans, bien qu'à chaque fois que je m'y rende en me jurant que je resterai insensible au charme de ce pays.

 

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Qu'est-ce qui me retient donc toujours en Espagne ? Un peu sa résistance apparente au temps : à Séville point de minettes vulgaires aux hanches débordantes de graisse en pantalons taille basse comme à Naples, plutôt des femmes de tous âges très élégamment habillées, et ces moins de 30 ans aux formes sculpturales que m'avait déjà vantées une vieux dans un TGV en 1994. A Séville personne n'est suspendu à son téléphone portable comme si le sens de sa vie en dépendait ainsi qu'on le voit en France et en Italie. La résistance au temps pour le meilleur et pour le pire : ces corridas auxquelles on ne renonce pas, ces cortèges de processions qui battent le tambour le samedi "chrétiens repentez vous", et ces abominables hommage au coup d'Etat du 18 juillet 1936 qui surgissent de l'espace en face-même de la Giralda.

 

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Mensonges du christianisme espagnol construit sur le sang des Arabes, des Indiens et des communistes. Une série de tragédies assumées, dissipées dans l'indolence des bars à tapas et des fontaines de sangria. Quoi ? Une série de colonialismes qui seraient au fond venus à bout de la subjectivité espagnole ? Avec, pour finir, le colonialisme européen, celui des marques de supermarchés français et des hordes de touristes gaulois ? Ou bien une façon de vivre avec le colonialisme, de ne plus se laisser impressionner par lui, d'être au dessus de ça ? La petite lumière du 3 de mayo ?

 

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Les révolutionnaires de pacotille français rêvent en ce moment d'une révolution espagnole qui prolongerait celle des pays arabes avat de franchir les Pyrénées. J'ai vu les appels à se rendre aux "concentrations" pour la "démocratie réelle" place de l'Incarnation (un lieu qui eût plu à Rancière : la démocratie doit toujours s'incarner). Il y en avait sur les murs au milieu des annonces de processions et sur les panneaux de l'université andalouse où Carmen jadis fabriquait ses cigares.

 

Mais aux élections d'hier la droite à fait un tabac au niveau régional et municipal dans toute la péninsule. Séville a basculé du PS au PP comme  beaucoup d'autres capitales régionales. Gauche unie reste assez marginale entre  5 et 10 % à un niveau stable. La participation dépasse les 60 %. On ne peut pas dire que la "révolution", si révolution il doit y avoir, détourne pour l'heure les électeurs du système institutionnel. Un journaliste à la TV parlait des manifestants avec beaucoup plus de mépris encore qu'un Mazerolles ne l'eût fait en 2006 des nonistes du référendum sur l'Europe. C'est dire...

 

Moi, le consulat d'Espagne ne m'a même pas proposé de voter sur la terre de mes ancêtres en Aragon. Les Républicains restent personna non grata.

 

Ca ne fait pas bien de le souligner sous nos latitudes bien pensantes, et ça va encore pousser les gens de l'autre bord à me qualifier d' "universitaire proche de la gauche radicale très hostile au mouvement national" (sic), mais j'ai quand même envie de saluer la victoire de la coalition d'extrême gauche Bildu au Pays Basque qui arrive en tête à Saint-Sébastien et dans toute la Guipuzcoa (vieux fief abertzale) au point qu'elle pourra gouverner 88 municipalités au total sur l'ensemble de l'Euskadi et en Navarre, et pas des moindres, avec la majorité absolue. Quel mouvement révolutionnaire peut afficher une performance semblable en Europe de nos jours à part le parti communiste chypriote (encore que celui-ci, allié aux forces centristes à la tête du gouvernement de Nicosie) soit beaucoup plus '"pro-systémique" et, de ce fait, moins diabolisé par les technostructures occidentales que le courant abertzale ?

 

Beaucoup disent que cette victoire de l'extrême-gauche basque peut signer la fin du terrorisme et le début d'un nouveau programme social pour ce pays. Si toutefois le système occidental leur laisse tenter cette expérience. Notons que déjà il y a trois ans, sous le règne des grands partis traditionnels, le Pays Basque s'était distingué du reste de l'Europe en choisissant le keynésianisme en plein milieu de la crise financière. Le Pays Basque peut-il renouveler l'exploit de l'Islande ? Je suis un peu sceptique, mais au moins l'aspiration populaire est là.

 

 

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Une vibrante déclaration d'amour russe à la Géorgie

18 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

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La Bohème ne tourne pas rond

17 Mai 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Milan Paumer est né le 7 avril 1931 à Kolin, au centre de la Tchécoslovaquie. Il grandit près de Poděbrady station balnéaire à 50 km à l'Est de Prague. Là, il rencontre Ctirad et Josef Mašín les fils d'un général assassiné par les nazis pendant la seconde geurre mondiale (un général qui avait déjà tué beaucoup de Rouges dans la légion tchécoslovaque de Russie entre 1916 et 1921).

 

En 1948, le Parti communiste prend le pouvoir à Prague. Les trois jeunes gens montent un groupe de "résistance" qui se livre à divers actes de sabotage. En 1951 ils obtiennent des armes et attaquent deux postes de police, tuent deux policiers. puis volent beaucoup d'argent d'un camion qui transportait le salaire des ouvriers d'une usine. Les communistes disent aussi qu'ils ont brûlé des coopératives. Bref, ce jeunes garçons n'étaient pas spécialement des amis de la classe ouvrière.

 

Le 2 novembre1953 ce groupe s'est enfui à l'Ouest dans l'espoir de revenir un jour vainqueur dans les fourgons de l'armée étatsunienne après la troisième guerre mondiale. Milan Paumer s'engage dans l'armée américaine pour la Corée. Peut-être pour y casser du rouge encore. Pourtant l'armistice a été signé le 27 juillet (le Daily Telegraph se trompe donc quand il affirme que Paumer a "combattu" en Corée, mais passons...). En 2008 le groupe a été décoré à Prague et lors des funérailles de Paumer, le 16 août dernier le premier ministre de droite de la République tchèque Petr Necas a déclaré que celui-ci était un héros.

 

Julius Fučík, lui, est un journaliste communiste tchèque mort à 40 ans dans les geôles de la Gestapo après avoir mené une action héroïque contre les troupes d'occupation. Si on veut lui trouver un équivalent en France, on peut penser à Danielle Casanova, décédée à Auchwitz huit mois avant Fučík, et de quelques années plus jeune que lui (sauf qu'elle a quand même eu un rôle moins prestigieux dans la résistance que Fučík, et que son oeuvre d'écrivain est plus courte).

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Danielle Casanova a bénéficié d'une notoriété constante. Elle a une rue à son nom à Paris, et dans beaucoup de municipalités communistes et ex-communistes. Yves Duteil a chanté au Sénat français pour le centenaire de sa naissance il y a deux ans, sans que l'UMP ne cherche à l'étrangler (si j'en juge par les informations de Wikipédia à ce sujet).

 

Julius Fučík, lui, a connu un destin posthume assez différent. Icône du mouvement communiste dont les statues trônaient en Tchécoslovaquie, en RDA etc, traduit sous le patronage d'Aragon en France, chanté par le jeune Kundera dans ses premiers poèmes,il est devenu un saint de l'Eglise communiste... mais un saint au piédestal fragile à partir de 1989.

 

Après la "révolution de velours", les anti-communistes tchèques se sont lancés dans une campagne anti-Fučík expliquant que le journaliste - qui avait écrit en prison un "Reportage" ("Ecrits sous la potence" en français) sur la répression nazie en le communiquant clandestinement sous forme de petits papiers à un sympathisant déguisé en garde-chourme nazi - était en fait un indicateur, qu´il avait trahi ses camarades, (le même genre d'accusation révisionniste qu'on a retrouvé à propos de Jean Moulin), qu´il n´a pas été exécuté, que les nazis ont pris soin de lui après la guerre et qu´il vit peut-être avec quelques nazis en Amérique latine. En plus, ils ont annoncé que le "Reportage" n´était pas l'oeuvre de Fučík, mais un faux communiste.

 

C´est pourquoi un groupe d´historiens s´est mis à étudier tous les documents accessibles en rapport avec la vie de Fučík, surtout avec son activité dans la clandestinité, en prison et au cours des interrogatoires. Ils ont étudié environ trente mille documents, ils ont interviewé  ceux qui étaient en contact avec Fučík, même avec ses coprisonniers qui ont survécu au nazisme. Et ils ont remis le manuscrit du "Reportage“ au Ministère de l´intérieur pour vérifier l´authenticité de l´écriture de Fučík. Le ministère de l´intérieur d'après 1989 a pu ainsi vérifier que le manuscrit de la dernière oeuvre du journaliste avait bien été écrit de sa propre main. Ce groupe a aussi pu confirmer que Fučík n´avait trahi aucun de ses compatriotes. Bien au contraire, quelques-uns d´entre eux ont témoigné que les dépositions de Fučík au cours des interrogatoires étaient prononcées en faveur de ses coprisonniers. –

 

Evidemment, comme après la désinformation sur Timisoara ou sur le Kosovo, personne ne s'est excusé pour les calomnies répandues mais, entretemps, la statue de Fučík a été enlevée à Prague. Des gens de gauche ont alors créé la "Société Julius Fučík“ qui maintient la mémoire des combattants antifascistes, des penseurs et  des hommes politiques de la gauche tchécoslovaque. Cette société et quelques autres petits groupes ont lancé à l'occasion du 66ème anniversaire de l'écrasement du fascisme le 8 mai 1945 une pétition internationale pour la réhabilitation de cette statue.

 

Certains de ceux qui n'ont pas connu l'époque de Sartre et d'Aragon, ceux que les réhabilitations des divisions SS dans les pays baltes laissent de marbre, et ceux qui pensent que l'histoire du monde a commencé avec l'invention de Google ne comprendront peut-être pas bien de quoi il s'agit. Les autres peuvent écrire à M. Jan Jelinek, anatolsitov@seznam.cz, à Prague, pour signer la pétition.  (Voir aussi la suite de mes considérations sur Fucik ici)

 

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NB : un ami qui me transmet leur pétition ajoute dans son mail "La lutte pour la dignité et la souveraineté tchèque est la même lutte que celle pour la dignité palestinienne, irakienne, afghane, congolaise, grecque, irlandaise, islandaise, coréenne, ivoirienne, haïtienne, égyptienne, tunisienne, lakota, etc, etc. De tous ceux qui croient et tendent avant tout vers l'unité fondamentale de tous avec tous, contre les fabricants de haine, de mensonge, d'inégalité et de divisions" (je lui laisse la responsabilité de ce commentaire, que je n'aurais pas écrit dans ces termes, mais qui éclaire la thématique sous un angle intéressant).

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