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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #abkhazie tag

Le douteux protecteur d'un Fonds caritatif abkhaze

31 Mai 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie, #Christianisme, #Espagne, #Le monde autour de nous

Le 12 mai dernier, "International Fund Apsny", une fondation de charité abkhaze, annonçait qu'elle venait de recevoir un don de "B** Petroleum", entreprise espagnole qui investit dans l'industrie du pétrole et du gaz depuis le raffinage jusqu'à la livraison et qui travaille beaucoup avec la Russie.

Le média russe Vigil Journal présentait il y a peu son patron, le multimillionnaire I**.

Celui-ci tient volontiers un discours religieux : " L'argent ne doit pas être un but en lui-même (...) Telle est donc ma position: non pas apprendre aux autres à vivre, mais vivre selon sa conscience. Non, je ne suis pas toujours aussi blanc et cotonneux, en affaires, quelqu'un doit frayer sa route, négocier avec le gouvernement, faire pression sur ses intérêts - c'est une réalité. Mais n'allez pas au-delà de ce qui est permis. Ce que Dieu vous demandera.... (Sur les oeuvres philanthropiques) je 'aime pas en parler. De telles choses sont très intimes, elles ne peuvent pas être montrées. Par conséquent, je répondrai brièvement sans détails inutiles. C'est une tradition familiale. Nous sommes une famille de tradition chrétienne. Mes parents sont religieux. Ils ont toujours fait des dons au profit de l'église, aidé ceux qui en avaient besoin, payé pour l'éducation de jeunes prometteurs. Dans notre société holding, B** Petroleum, il existe une direction qui se consacre exclusivement au travail caritatif. Je suis heureux qu'avec notre aide, les programmes scientifiques soient promus et que des bourses soient versées pour des études et des projets intéressants. Aujourd'hui, dans le monde, il y a beaucoup de malades, de pauvres et d'analphabètes. J'essaie d'investir dans les fonds de ces pays où la population a un besoin particulier d'aide humanitaire. Ce sont principalement les pays d'Amérique latine et d'Asie. Au fur et à mesure que mes revenus augmentent, j'augmente constamment un fonds spécial pour la charité. Cela me réchauffe, me permet de croire que je ne vis pas le monde pour rien."

Le journal argentin "La Tribuna" du 30 avril dernier ne le présentait pourtant pas sous un jour aussi vertueux...

Selon cet article du journaliste Juan Gasparini  qui enquête sur le sujet depuis longtemps, I*** était le prête-nom  du narco-terroriste syrien et vendeur d'armes, Monzer Al Kassar , qui avait obtenu la nationalité argentine en 1992 pour seulement deux ans. I*** a été expulsé d'Argentine vers le Chili en 2019, à la suite d'une condamnation à Buenos Aires pour falsification de documents d'identité. I*** en 2006 avait avoué à la police dans le cadre d'une enquête sur la saisie illégale d'un bien appartenant à un citoyen britannique décédé qu'il résidait dans le palais Mifadil appartenant au truand syrien.

En 2017 le représentant de la société Oro Flash Convert SL a déposé devant un tribunal de Séville, une plainte pour "détournement" contre I*** en raison de l'achat impayé d'un entrepôt industriel de 800 mètres carrés. Le Chilien a affirmé avoir versé 370 000 euros à cet effet sur un compte sans doute conçu par lui, au profit d'un autre des propriétaires de la société propriétaire du navire. Cependant, il a été découvert que le compte susmentionné était virtuel,  une banque  que la Surintendance des banques du Panama a dûment découverte comme fictive le 31 mars 2014. Aujourd'hui I*** est aussi impliqué dans une affaire d'achat illégal d'un yacht (aux côtés de son ami de 25 ans dont il parle dans son interview S*** G**  patron de "** & Salomon I**") à Marbella où il vit à nouveau. Diminué par les séquelles d'un accident vasculaire cérébral, I*** céderait au moins temporairement la gestion de son empire à l'ex-condamné S*** G**. Ce dernier a purgé une peine de prison, dans une affaire espagnole concernant le trafic de drogue de drogues hallucinogènes cultivées au Paraguay et vendues en Espagne, qui a éclaboussé I***.

Quand la spiritualité est le cache-sexe du crime... Pauvre Abkhazie !

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Le sang de Prométhée et la plante magique de Médée

4 Septembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie, #Antiquité - Auteurs et personnalités, #Cinéma, #Divers histoire

Divertissons nous un peu des tristes nouvelles du moment. J'ai appris ceci en travaillant sur les mémoires d'un ancien combattant abkhaze pendant le confinement : non seulement le Caucase était connu pour être la patrie du titan Prométhée, mais il existe en Abkhazie une grotte de Prométhée dans laquelle se passent des phénomènes "spirituels" étranges. Or je regardais tantôt ce film de 1963 qui fit les délices de mes 11 ou de mes 12 ans, "Jason et les Argonautes" - film au demeurant très chrétien car, quoiqu'il mettre en scène très délicatement les jeux des Olympiens, il annonce aussi leur fin prochaine...

J'ai été étonné de voir que ce film à un certain moment évoque subtilement le lien de la Colchide (dont une partie est l'Abkhazie actuelle, ce dont, comme je l'avais évoqué dans mon livre il y a dix ans, même les observateurs russes présents avec moi il y a 10 ans avaient conscience) avec le Titan supplicié. C'est lorsque la sorcière-prêtresse Médée donne au héros Jason un baume magique issu du sang de Prométhée.

Quand on regarde d'où vient cette histoire de baume, on trouve Apollonios de Rhodes, le poète alexandrin exilé par Ptolémée II, qui, à 18 ans (encore un surdoué précoce, un peu comme Lucain sous Néron), composa les Argonautiques. Apollonios y décrit en détail ce remède et explique même comment la magicienne le recueillit "par ses enchantements" du suc d'une fleur née des gouttes du sang de Prométhée dans une coquille, "au bord de la Mer Caspienne". Il précise que pour ce faire elle s'est lavée sept fois dans des eaux "qui ne tarissent jamais" (comme l'âne d'Apulée s'immerge sept fois à la mode pythagoricienne dans la mer pour être sauvé par Isis) et a appelé sept fois sa nourrice d'enfance.

En 1961, Christian Lacombrade, helléniste de l'université de Toulouse, soulignait que toute cette affaire révélait "l'engouement du public (d'Apollonios de Rhodes) pour la magie", bien plus intense selon lui à l'époque hellénistique qu'à l'époque classique. Il remarquait aussi que, non seulement Apollonios s'inspirait, dans la description de la plante, de l'herbe magique que Circé donne à Ulysse dans l'Odyssée, mais aussi que le détail du rituel suivi par Médée pour la cueillir ressemble à ceux que Théophraste exposait à propos des fabricants de philtres, et que l'Alexandrin recopiait peut-être dans son poème un grimoire occultiste de son époque (voilà qui intéresserait sans doute les divers naturopathes et aromatothérapeutes qui se mobilisent contre le fascisme sanitaire en ce moment).

Dans ses "Coupeuses de racines" (ouvrage dont ne subsistent que quelques fragments) Sophocle décrivait Médée recueillant le suc des plantes (selon Macrobe). Apollonios a donc repris une longue tradition concernant la magicienne. Le tragédien rattachait-il déjà une plante de Médée au sang de Prométhée ? On ne le saura jamais avec certitude, mais dans une autre tragédie, "Les Colchidiennes", il mentionne Prométhée quand Médée conseille Jason devant une épreuve.

Moi qui vous ai souvent parlé des stoïciens avant ma conversion, y compris dans un billet d'août 2010, huit mois après mon voyage en Abkhazie, où j'abordais leur cas juste après celui des Argonautes (voir ici), je ne puis rester insensible au fait que le stoïcien Cléanthe (330-232 av JC) se serait lui aussi intéressé à la "plante prométhéenne" et aurait écrit selon un fragment analysé par l'exégèse allemande qu' "il pousse sur le Caucase,  une plante que l'on appelle prométhéenne. Médée la recueillit et la réduisit en poudre pour s'en servir contre les antipathies de son père". Lacombrade imagine même la possibilité d'une rencontre entre l'athénien Cléanthe et Apollonios à Alexandrie. En tout cas les deux naviguaient dans le sens des théories des grandes correspondances cosmiques qui allaient exalter le néo-platonisme au IIIe siècle de notre ère et qui connaissent un très grand succès de nos jours.

Pourquoi Sophocle et Cléanthe s'intéressèrent-ils tant à Médée et aux Argonautes ? On l'ignore.

Quoi qu'il en soit, pour ma part, je suis moins surpris de retrouver la sorcellerie des plantes et des astres (Médée est aussi la prêtresse qui fait tomber la Lune du ciel) autour des montagnes abkhazes qui en sont saturées (même le récit de mon ancien combattant en parlait) que de dénicher dans un peplum des années 60 une si grande fidélité érudite à un poème alexandrin des années 270 av JC... En tout cas jetez y un coup d'oeil si vous aimez les mythes et les origines de notre culture. Je le poste en lien ci-dessous.

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Les mémoires d'un guerrier abkhaze

25 Avril 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Abkhazie, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme

Pendant la période du confinement, j'aide un ancien combattant abkhaze à mettre en forme, en français. Ca me rappelle le temps, il y a douze ans, où je traduisais les mémoires de guerre de mon grand-père républicain espagnol.

Le combattant abkhaze a à peu près le même âge que moi. C'est un cadeau de Dieu pour moi d'avoir ce petit travail qui me sort un peu de l'engagement contre Bill Gates et contre le dispositif infernal que certains mondialistes essaient de poser sur nos têtes sous couvert de lutte contre la pandémie, tout ce fascisme soft au quotidien, le flicage généralisé etc - et cela me sort aussi des arguments un peu débiles que beaucoup de leurs adversaires diffusent sur les réseaux sociaux, toute cette nullité petite-bourgeoise des donneurs de leçons internautiques que j'ai déjà connue pendant la guerre du Kosovo.

Ce genre de texte "dépayse" et comporte beaucoup d'enseignements moraux. Moi qui fais beaucoup l'inventaire de toutes les erreurs que j'ai faites entre 1990 et 2000 (entre 20 et 30 ans) qui m'ont conduit, à maints égards, à l'impasse existentielle de ma situation présente, au moins je ne puis me reprocher que des fautes qui n'ont pas fait couler de sang (en tout cas pas dans cette période). L'ancien combattant, lui, se reproche des erreurs ou des demi-erreurs commises dans le feu du combat qui ont coûté la vie à ses deux amis les plus proches. Ça doit être terrible de vivre avec cette culpabilité là.

Dans un de ses chapitres, il évoque un phénomène paranormal : un songe nocturne donné à sa cousine qui le conduisit par des voies surnaturelles avec l'aide d'un chamane à donner un sacrifice dans un endroit précis des montagnes abkhazes. Voilà qui me rappelle comment en 2015 je fus moi-même conduit par une apparition faite à une médium à chercher, guidé à distance, de l'eau à Sainte Baume, pour combattre une malédiction. Je sais de longue date que l'Abkhazie (le "pays de l'âme") baigne dans ce genre de chose, mais c'est toujours touchant d'être aux premières loges pour partager par la lecture ce genre d'expérience, et je ne puis me demander pourquoi le témoignage de l'ancien combattant à ce sujet vient aujourd'hui pour ainsi dire "dans mon assiette", me renvoyer au souvenir de 2015. Je ne sais pas trop quel statut attribuer à ce genre d'expérience spirituelle.

Dans le cas du combattant abkhaze, le rêve a un rapport assez évident avec la déesse-mère compte tenu de l'endroit où il l'a conduit (même s'il était donné au nom de Mahomet). Sainte Baume aussi était liée à cette déesse-là. En tant que chrétien je m'efforce de tenir ce genre de chose à distance. Mais c'est quand même très surprenant que c'est cela qui vous soit donné dans les moments vraiment critiques de votre vie, et pas une aide clairement issue de Dieu le père ou de son fils. Les néo-païens diront que c'est parce que la déesse-mère compte plus, ou qu'il faut garder un équilibre métaphysique dans l'ordre spirituel entre principes féminin et masculin. Les chrétiens diront que c'est un piège qui nous est tendu dans les moments de faiblesse... Voire car c'est quand même un piège qui, dans l'instant, vous sauve. Dans le cas de mon ancien combattant, on peut même se demander si cela n'a pas conféré, outre la protection, pour lui et son frère face aux balles, la victoire à son camp.

L'humilité étant la seule position tenable devant les mystères du monde invisible, je me garderai bien de trancher ce genre de débat. Je prends seulement note que tout cela est mis sous mes yeux dans ce travail de réécriture des mémoires de ce quinquagénaire.

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L'Abkhazie agace toujours les Russes

24 Mars 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

L'élection présidentielle en Abkhazie (que les Abkhazes appellent Apsny, le pays de l'âme), qui s'est tenue dimanche (après quand même une tentative de coup d'Etat en janvier), a été remportée par le chef de l'opposition Aslan Bzhaniya avec 56,5% des voix, face au vice-Premier ministre, ministre de l'économie d'Abkhazie, Adgur Ardzinba, 35,42%, et à  l'ancien chef du ministère des Affaires intérieures de l'Abkhazie Leonid Dzapshba - 2,22%. Le taux de participation a dépassé les 71%. Pas d'effet "coronavirus" donc dans ce pays.

Le site russe Pravda.ru donne la parole au député à la Douma et spécialiste des Etats de l'ex-URSS (CEI) Constantin Zatouline, qui critique le fonctionnement clanique persistant du pays qui selon lui y encourage les logiques de vendetta et les lois du silence, et le fait que les Russes ne peuvent toujours pas y acheter des propriétés (la législation réserve le foncier aux locaux, et toutes les entreprises doivent être à 51 % abkhazes, donc pas de place pour les spéculateurs capitalistes venus de l'étranger !).
Sur les réseaux sociaux comme ici les Russes blâment la paresse des Abkhazes, le fait que tout ce qui a été fait dans ce pays est l'oeuvre des Géorgiens avant 1992. Apparemment les Russes apprécient l'air pur de la région, mais pas trop l'attitude des autochtones à leur égard.

Ca rejoint des propos que j'ai entendus sur place en 2009. Dans tous les commentaires les touristes russes disent que les Abkhazes sont paresseux et des voleurs, qu'ils n'ont rien reconstruit chez eux depuis la guerre, qu'ils ne nettoient même pas leurs maisons, qu'ils gaspillent l'argent que Moscou leur donne et ne font rien pour le tourisme. L'Abkhazie malgré sa très belle nature serait vouée à perdre ses visiteurs au profit de la Crimée, qui est aussi très belle et où les gens auraient un esprit plus positif...

Je crois que le jour où les Russes cesseront de voir l'Abkhazie à travers des jolies filles qui se filment en mode selfie sur les bords de la Mer Noire (et il y a des vidéos sur You Tube en tenue plus légère que celle ci-dessous), ils progresseront dans leur compréhension de l'essence de ce pays.

A comparer avec les déclarations du militant circassien de Kardino-Balkarie e( ex héros de la guerre patriotique abkhaze) İbrahim Yağan à la Voix de la Circassie en février 2012 : "Il existe de nombreux conflits, notamment entre clans, dans la société abkhaze. L'administration russe joue un rôle important dans ce dossier... Les activités des bureaucrates russes en Abkhazie sapent la structure étatique non seulement de l'Abkhazie, mais aussi de la Russie... Malgré le potentiel de l'Abkhazie, il n'est pas possible d'offrir aujourd'hui une vie meilleure que la vie dans les campagnes russes. Parce que ce serait un exemple indésirable pour les dirigeants russes."

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Les gens qui me contactent

22 Mars 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie, #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme

Il y a souvent une part de mystère intéressante dans les rencontres que l'on fait, y compris les rencontres sans lendemain.

Il y a quelques semaines j'ai accepté d'aider un ancien combattant abkhaze de la guerre d'indépendance de 1992 à remettre en forme ses mémoires pour une publication en France. Seul mon entourage proche est au courant, et, cependant, sans même que j'écrive aucun article sur l'Abkhazie depuis longtemps, un lecteur qui a voyagé dans ce pays en 2018 m'a écrit la semaine dernière. Comme si un égrégore s'était formé autour de ce thème dans mon quotidien au cours des derniers jours qui "attirerait" à lui des gens qui lui sont liés, à moins que cela ne provienne d'une façon délibérée d'une autorité céleste plus élevée.

Et puis il y a ces échanges un peu improbables qui vous apprennent des choses sur le monde spirituel. Le 1er mars une dame qui appartient à la mouvance de ces chrétiens charismatiques, qui sont souvent d'anciens occultistes qui ont gardé des attaches très sombres, et de ce fait sont peu portés à aimer leur prochain (il est vrai qu'aimer est une chose assez difficile dans le monde actuel, mais il faut quand même essayer). Elle faisait de la guérison de rue et fait probablement partie de ces gens dont le messie dit dans l'Evangile : "Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité." (Matth 7:22-23). La dame m'a souhaité les flammes de l'enfer dès que j'ai eu un désaccord avec elle (c'est à dire au bout de quelques heures d'échange par mail, après qu'elle m'eût raconté sa vie par le menu). Dans l'ordre de la charité du coeur c'était très instructif.

Récemment aussi un responsable d'un blog de promotion des talismans a cru bon de m'envoyer une publicité pour ses activités sans même se demander si c'était compatible avec les valeurs que je défendais. Je lui ai poliment recommandé la prudence dans l'ordre des "énergies". Il n'a pas donné suite puis m'a réexpédié le même mail un peu plus tard. Il faisait partie de ces individus qui ne pensent pas s'adresser à des personnes vivantes quand ils écrivent sur Internet et acceptent eux-mêmes de défendre leurs idées sur un mode robotique, comme des machines, liquidant d'eux-mêmes leur propre âme.

Et puis il y a cette autre personne, une professeure des écoles, qui, le 12 mars, attirait mon attention sur le fait qu'elle venait de publier un roman pour les 8-12 ans racontant une expérience de mort imminente (EMI) - les gens adorent tellement faire connaître ce qu'ils font !

J'ai souligné auprès d'elle qu'il n'y a jamais de façon religieusement neutre de parler d'une EMI, de sorte que son statut de professeur des écoles, avec l'obligation de laïcité qui l'accompagne, la mettrait peut-être un peu en porte à faux.

"La personne qui l'a vécue peut être neutre dans la façon qu'elle a de raconter son expérience. Mais le contenu du récit, lui, ne l'est pas, lui ai-je expliqué. Si vous dites : au bout du chemin j'ai vu Jésus, votre expérience témoigne pour le christianisme. Si vous dites "j'ai vu Shiva" vous témoignez pour l'hindouisme. Si vous dites j'ai vu mon grand père mort, vos témoignez pour les religions qui pensent que nos âmes dans l'au-delà vivent encore (catholiques, orthodoxes, musulmans, new age etc), mais vous allez contre les adventistes du 7e jour par exemple qui estiment que les âmes des morts dorment au Sheol et qu'elles ne se réveilleront qu'au moment de l'apocalypse. C'est même plus subtil que ça : si vous dites que vous avez vu Jésus et qu'il vous a accueilli au paradis sans vous juger, vous témoignez pour le New Age, car pour les chrétiens on ne voit Dieu au début que pour le jugement, et si vous dites "j'ai vu Jésus et la Sainte Vierge" vous témoignez en faveur du New Age et du catholicisme (ou de l'orthodoxie), mais pas en faveur des protestants. On ne peut être religieusement neutre que sur des détails (par exemple l'homme qui dit qu'il a pu voir l'inscription de la plaque inscrite sous la table d'opération et la décrire alors qu'il n'avait aucun moyen de la voir avec ses sens "ordinaires") et encore ça prête à beaucoup de discussions."

Il semble qu'elle n'avait pas réfléchi à cet aspect des choses. Les gens croient pouvoir parler des dons de médiumnité ou des EMI d'un point de vue objectif, scientifique. Ils ne voient pas que ces "expériences" sont manipulables par des entités, lesquelles d'ailleurs sont probablement les mêmes que celles qui les empêchent de voir le problème sous cet angle. Ca va avec la grande naïveté de notre époque. Surinformée à maints égards, et cependant complètement aveugle.

J'ai aujourd'hui comme une nostalgie pour les grands confesseurs et grands exorcistes des siècles passés. Des types comme le franciscain italien du XVIIe siècle Ludovic Marie Sinistrari. Ces gens étaient habiles, pertinents, ils se posaient les bonnes questions, et ils avançaient mieux que nous parce que leur but n'était pas de se "faire mousser" ou de défendre un petit égo apeuré par la vie, égo auquel les structures sociales de leur époque (spécialement les structures religieuses) associées au travail de l'Esprit saint, leur avait très tôt fait renoncer.

D'ailleurs j'ai bien conscience que moi-même je ne devrais même pas parler à la première personne dans les billets de ce blog. Je devrais livrer des informations sans "je". Mais si ce matin je m'aventure à vous dire un peu qui m'écrit, ce n'est pas tant pour souligner ce que mon "moi" apprend dans ces échanges, mais plutôt ce qui s'y révèle pour tout le monde. Ce sont des miroirs de notre temps, de nos erreurs à tous, et des leçons pour nous tous sur les chemins à emprunter.

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Non nova sed nove

5 Février 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Abkhazie

Parfois des choses vous arrivent qui en évoquent d'autres que vous avez vécues dix ou vingt ans plus tôt, mais différemment, sur un mode presque parodique. C'est un peu le cas de divers événements de mon quotidien depuis six mois. Ainsi par exemple, je viens de recevoir ce courriel (ci dessous) d'invitation à du contrôle électoral en Azerbaïdjan qui rappelle celle que j'avais reçue en 2009 et qui avait donné lieu à l'écriture de mon livre sur l'Abkhazie. Le programme de la mission est identique, sauf que les conditions de la visite diffèrent totalement : il fait bien froid à Bakou en ce moment, la mission intervient à un moment où je ne peux pas me libérer facilement, ni trouver de bons camarades de voyage, et puis l'Azerbaïdjan est moins "exotique" pour un Européen que cette contrée totalement inaccessible qu'était en 2009 l'Abkhazie. D'ailleurs même si j'étais disponible, je serais moins enthousiaste à l'idée de présenter dans un livre la situation d'un tel pays que celle des Abkhazes, peuple "survivant" qu'à peu près aucun pays de la communauté internationale sauf quatre n'acceptait de voir  indépendant. Ainsi donc, oui, cette invitation que j'ai dû refuser présentait un côté un peu parodique, comme un clin d'oeil au passé, un avorton ou une ombre des processus d'il y a dix ans (d'autant que ça faisait des années que je n'avais pas reçu de propositions de cette sorte). Sûrement des phénomènes du monde invisible expliquent ce genre de bizarreries qui sont assez fréquentes dans mon quotidien actuel.

Voici ce que disait la lettre d'invitation :

"Le 9 février 2020 se tiendront des élections législatives en République d'Azerbaïdjan. Comme toujours à cette occasion, la Commission électorale centrale d'Azerbaïdjan (notre partenaire officiel) invite des politiciens, des journalistes et des experts politiques des pays européens à participer à l'observation du processus électoral. 

Le calendrier général de cette mission d'observation électorale de courte durée est du 7 février au 10 février 2020.

Projet de programme:

 Vendredi 7.02
 Arrivée à Bakou, capitale de la République d'Azerbaïdjan.

 Samedi 8.02
 Réunions avec les autorités azerbaïdjanaises et les dirigeants politiques
 Visite de la ville
 Dîner conjoint avec des invités

 Dimanche 9.02
 Jour des élections. Nous visiterons plusieurs bureaux de vote (environ 8-10) à Bakou et ses environs

 Lundi 10.02 / Mardi 11.02
 Départ des invités

 

L'observation des élections est une activité vitale de la CEDH visant à promouvoir la démocratie, les droits de l'homme et l'État de droit. Il contribue à renforcer les institutions démocratiques, à garantir la transparence des processus électoraux, à contribuer à prévenir la fraude, l'intimidation et la violence.

 Tous les frais de voyage et d'hébergement sont pris en charge par les organisateurs.

En plus de l'observation du processus électoral, ce voyage est une occasion unique d'entrer en contact avec la culture et la société azerbaïdjanaises. Nous prévoyons d'organiser une réunion avec quelques politiciens azerbaïdjanais qui pourraient donner un rapport de première main sur des questions telles que:
 - situation en Azerbaïdjan en ce qui concerne l'activité terroriste en Asie centrale
 - la construction d'un État laïque dans la société musulmane (l'Azerbaïdjan a été un premier pays musulman laïc et protège fortement cette tradition)
 - multiculturalisme et tolérance religieuse en Azerbaïdjan - son modèle et ses expériences

 Si vous souhaitez participer à cet événement, merci de bien vouloir confirmer votre participation dans les plus brefs délais.

Nous avons accueilli des participants de différents pays européens. Le nombre de participants est limité. Dans le cas d'un grand nombre de candidatures, l'ordre de dépôt des candidatures sera déterminant, veuillez donc prendre une décision le plus rapidement possible.

 L'invitation officielle sera envoyée après la clôture de la liste des participants à cet événement.

 Si vous avez des questions, n'hésitez pas à nous écrire ou à nous appeler"

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Elections en Abkhazie

5 Septembre 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Le premier tour des élections présidentielles en Abkhazie s'est tenu le 25 août dernier. J'ai trouvé instructif de voir que parmi les observateurs, il y avait l'ambassadrice du Nicaragua à Moscou et Soukhoumi Alba Azucena Torres (une poétesse), un ancien premier ministre slovaque Jan Charnogursky, président dans son pays d'une association des Amis de la Crimée, un député du parti de droite de la droite allemande AfD Stefan Keuter (d'Essen), l'Autrichien Patrick Poppel de l'Institut Souvorov, et des représentants de la Biélorussie, de la Russie, de la Chine et du Venezuela. La vice-présidente du Venezuela Delcy Rodriguez avait reçu le président abkhaze en janvier dernier.

J'avais fait partie il y a dix ans d'une équipe d'observateurs des élections présidentielles dans ce pays, mais à l'époque il s'agissait de simples citoyens coachés par une association russe. De cette expérience était né mon livre sur l'Abkhazie publié aux éditions du Cygne..

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Le faux-moine abkhaze du père Tikhon

22 Juin 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie, #Christianisme

Je lisais tantôt dans "Everyday Saints and Other Stories" du père Tikhon (Chevkounov) qu'on dit être le confesseur de Vladimir Poutine, l'histoire vraie d'un brigand qui s'est fait passer pour un orphelin dont la mère - une religieuse - avait été brûlée vive par des brigands en Abkhazie (voir ici). C'était en 1986, le jeune homme a usurpé une identité authentique après avoir volé des richesses dans un monastère à Omsk (en Sibérie), puis s'est réfugié au Monastère des grottes de Pskov (au Nord Ouest de la Russie). Chevkounov l'a démasqué grâce à une révélation divine qui l'a conduit à faire un tournage à Osmk (pour une vidéo qu'il souhaitait présenter en Géorgie) où les méfaits du faux moines lui ont été rapportés, ce qui lui a permis par recoupement de percer les mensonges de son protégé. 

C'est une histoire édifiante sur le thème du risque permanent de retomber dans le péché, puisque, le faux moine s'étant finalement converti pour de bon, finit quand même ses jours assassiné par la mafia en 2001 pour avoir continué de traiter un peu trop avec elle... Un avertissement en ce qui concerne mes propres mauvais penchants. 

Elle a attiré mon attention parce qu'elle révèle que, dans les années 1970-80, il était possible de se déplacer sans papiers particuliers en Abkhazie soviétique, ce qui était rare à l'époque, et qu'il existait une filière permettant à des moines orthodoxes de s'installer dans les montagnes à l'Est de Soukhoumi. L'orphelin Augustin dont le jeune brigand avait usurpé l'identité avait vu sa mère périr par le feu après avoir été couverte de kérosène par des chasseurs éméchés qu'elle avait accueillis dans une scène digne de Viridiana de Buñuel qui en dit long sur la dureté des moeurs caucasiennes.

J'avais croisé en 2013 un photographe, M. Poli, qui avait été impressionné par le monastère de Nouvel-Athos (Novi Athos). Pour ma part, lors de mon voyage dans ce pays en 2009, je n'avais hélas guère pu m'intéresser à cet aspect des choses.

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Derechef : comme c'est chic !

25 Mars 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications, #Abkhazie

Comme c'est chic ! Une phrase du livre de Frédéric Delorca "Abkhazie" est citée par le Wiktionnaire comme illustration de l'emploi du mot "derechef" aux côtés d'Honoré de Balzac, Alexandre Dumas et Paul Nizan...

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Global CST épinglée pour avoir armé les factions du Sud-Soudan

18 Décembre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Colonialisme-impérialisme, #Abkhazie

Après avoir développé son influence en Amérique latine (Pérou-Colombie) et en Afrique (Guinée, Togo) au début des années 2010, le vendeur de mercenaires israélien, ancien général, Israel Ziv fait maintenant l'objet de sanctions du département du Trésor américain (confiscation d'avoirs et interdiction de transaction) pour avoir vendu illégalement des armes au Sud Soudan, tant au gouvernement qu'à l'opposition, pendant la guerre civile de 2013-2017 (qui a fait 400 000 morts) pour un montant de 150 millions de dollars sous couvert de faire de l'agribusiness.

Mawien Makol, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a qualifié ces nouvelles sanctions d'"injustifiées", ajoutant qu'elles avaient en réalité pour but de faire échouer le récent accord de paix signé au Soudan du Sud. Ziv clame son innocence. Mais ce n'est pas la première fois que ses activités troubles sont épinglées. Ainsi l'activiste israélien Eitay Mack  avait déjà dénoncé en 2017 les ventes d'armes d'Israel Ziv via sa société Global CST à la Birmanie où elles ont servi à persécuter les Rohingyas, les Shans et les Kachins. D'une manière générale si vous faites une recherche en tapant "Eitay Mack" sur Google vous aurez une vision générale de l'aide militaire israélienne à différents dictateurs du Tiers-monde.

Global CST avait aussi préalablement encadré les Géorgiens durant l'attaque contre l'Ossétie du Sud en 2008, puis aidé trois ans plus tard l'Abkhazie sécessionniste selon un article d'Haaretz du 5 mai 2011 et selon l'agence abkhaze Apsnipress, qui affirmait que sept membres de cette société, dont Israel Ziv et le major général Meir Klifi l'ancien secrétaire militaire de Netanyahou ont rencontré le premier ministre Sergueï Chamba à Soukhoumi en avril 2011. Ce n'était pas la première fois que cette société était accusée de double jeu, puisqu'en 2008 un interprète de cette société qui travaillait avec le gouvernement colombien, Shai Killman, avait vendu des secrets militaires à la guérilla des FARC.

La firme du général de réserve Israel Ziv n'est pas coupée de l'appareil militaire israélien. Outre Meir Klifi, elle compte aussi parmi ses dirigeants Ephraim Sneh , ancien vice-ministre travailliste de la défense. Il est étrange que, compte tenu de ses liens avec Netanyahou, l'administration Trump ait pris des mesures aussi radicales contre elle aujourd'hui.

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Les réfugiés syriens en Abkhazie

4 Juillet 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie, #Revue de presse

Lors de son voyage en Abkhazie au printemps dernier, Loïc Ramirez, journaliste au Grand Soir, a rencontré Dana Barsbai, une circassienne née en Syrie sur le plateau du Golan, serveuse au restaurant le Barista dont les touristes russes font l'éloge sur le Net, ainsi que Thaer Hagibek, scénographe pour la télévision publique, et son copain Omar.  Il en a fait un article publié dans Courrier de la Russie dans lequel il explique que le gouvernement abkhaze a dépensé 500 000 euros pour les réfugiés de Syrie, et raconte comment les réfugiés en 2012-2013 ont été logés gratuitement à l'hôtel Aïtar à 20 minutes du centre-ville de Soukhoumi. Plus de 500 réfugiés ont bénéficié de ce programme qui ferait rêver beaucoup de "migrants" en Occident. Selon Loïc Ramirez cette politique généreuse serait en partie due au souci de l'Abkhazie de renforcer sa démographie face à la Géorgie.

Je crois me souvenir cependant qu'en 2014 ou 2015 l'Abkhazie avait été aussi généreuse dans son aide aux populations du Donbass. Le souvenir de l'internationalisme prolétarien se conjugue avec le sens de l'hospitalité caucasienne dont j'avais bénéficié aussi sur place (j'en parle dans mon livre). Bien sûr c'est une générosité liée à des intérêts spécifiques, mais tout de même cela représente un effort important pour ce pays pauvre où l'emploi fait défaut et qui dépend du soutien de Moscou, car après tout ces réfugiés ne parlent même pas la langue autochtone.

Voilà qui explique en tout cas que Damas ait emboîté le pas du Venezuela et du Nicaragua pour reconnaître la petite république circassienne autoproclamée..

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"Auction of souls", "L'Arménie martyre" (1919)

1 Juin 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #Abkhazie, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Christianisme

Il est une image qu'on trouve parfois sur des profils de militants chrétiens sur des réseaux sociaux, celle ci-dessous.

Elle est en fait extraite d'un film américain "Auction of souls" (ou "Ravished Armenia"), diffusé en France sous le titre "L'Arménie martyre". Une petite recherche sur Gallica nous en dit un peu plus sur ce film.

Par exemple la Revue Comoedia du 7 décembre 1919 :

Jeudi prochain 11 décembre, à la Salle Gaveau, sera projeté au profit des orphelins de l'Arménie un film qui constitue une noble — et douloureuse — propagande.

Mme la duchesse de Rohan patronne l'œuvre et le film sur lequel on nous donne les renseignements suivants:

Ce drame a déjà été donné sous le titre d'Auction of Souls (Ames vendues aux enchères) en Amérique, et à Londres, et a produit partout une profonde impression ; le martyre de l'Arménie y est représenté de la façon la plus émouvante.

Ce film a été établi d'après les témoignages publiés par lord Bryce et M. Henry Morgenthau, et notamment d'après les souvenirs personnels d'une Jeune Arménienne, Aurora Mardiganian, qui, après avoir fait l'infernal voyage des déportations, enlevée par les Turcs et enfermée dans un harem, a réussi à s'échapper et à se rendre en Amérique. Mlle Aurora Mardiganian est d'ailleurs l'héroïne du film. ALADIN.

La même revue un peu plus tôt 30 oct 1919 regrettait que la diffusion du film ait été interdite au moins jeunes mineurs dans l'Ontario. Paris aimait depuis longtemps, dans le domaine du spectacle, se poser en antithèse des Etats-Unis "puritains".

Sans surprise on notera que la Revue royaliste l'Action française 8 décembre 1919 en p. 4 synthétisait toutes les critiques positives de la presse anglaise à propos de ce film :

"Appréciations dans la presse anglaise, sur le film "L'Arménie martyre", qui sera donné jeudi 11 décembre à huit heures et demie du soir à la salle Gaveau

Bioscope - "ce film est le plus remarquable qui ait jamais été édité en Amérique"
Evening Standard - "Toute femme anglaise devrait se faire un devoir d'assister à la représentation d'Auction of Souls".
Evening News - "La production cinématographique la plus étonnante sous tous rapports que j'aie jamais vue."
Kinematograph Weekly - "Il n'a jamais été présenté sur l'écran de ce pays un film plus puissant,plus convaincant et plus poignant. Cette production est d'une technique et d'une habileté insurpassables"
B. Blais Esq. - "Je ne puis qu'exprimer un désir : c'est que ce film soit vu par chaque homme et chaque femme du monde civilisé"

Je ne sais pas trop si dans les cours d'histoire du cinéma aujourd'hui on parle beaucoup de ce film. La même année sortait à Paris "J'accuse" d'Abel Gance célèbre pour sa scène sur les fantômes des morts de la guerre qui hantent la conscience d'un poilu,et "Une idylle aux champs" de Charlie Chaplin.

Il avait été tourné en Californie, nous apprend la fiche Wikipedia.

Je me suis un peu intéressé à cette duchesse de Rohan qui patronnait la diffusion de l' "Arménie martyre" en France. C'était une poétesse, âgée à ce moment là de 66 ans. Elle venait de recevoir peu la légion d'honneur du maréchal Foch, en mai 1919, au cours d'une cérémonie dans son hôtel particulier près des Invalides, pour y avoir soigné les blessés de guerre (elle l'avait mis à la disposition de la Croix Rouge), et, le même mois, la croix de la reconnaissance italienne "en remerciement des mois passés dans les ambulances du front en Vénétie". Son mari, le duc était député de Ploërmel en Bretagne. Elle était fille d'un marquis du Périgord. Un de ses fils périt dans la Grande guerre à hardecourt.

Comment la duchesse a-t-elle été sensibilisée à la cause arménienne ?

La duchesse connaissait l'Europe de l'Est. En octobre 1909 (source la revue "Les modes") elle avait effectué un voyage dans le Caucase, en Crimée et en Roumanie, en compagnie de une de ses cinq enfants la princesse Marie qui épousa un descendant de Murat l'acolyte de Napoléon (la petite fille de cette dernière fut l'épouse du ministre de Chirac Albin Chalandon, le monde est petit). La presse de l'époque nous apprend qu'elle y avait rendu visite à la reine de Mingrélie SA la princesse Salomé Murat (à propos de la Mingrélie je vous renvoie à mon livre sur l'Abkhazie). Elle avait écrit une partie de son voyage dans son chalet Herminissia dans la montagne de Kuibia. Le récit fut publié en 1910 chez Calmann Lévy sous le titre "Les dévoilées du Caucase". Le journal "Gil Blas" du 17 juillet 1910 ironique le décrit comme "un voyage en famille minutieusement papoté. L'auteur eût oublié quelque part son ombrelle qu'elle n'aurait pas négligé de nous en faire part". La Croix du 22 juillet 1910, plus déférente le qualifiera de "si aimable, si varié de ton, si spirituel sans prétention et si noble de pensée". On peut supposer que ses attaches mingrèles, auprès de sa belle famille les Murat avait sensibilisé la duchesse à la cause arménienne. Mais on n'en sait pas plus au vu des archives disponibles sur le Net sur ce qu'elle en pensa précisément ni le cheminement précis qui permit au public parisien de découvrir "L'Arménie martyre" à la salle Gaveau.

Le film est in extenso ci dessous.

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Abkhazie, Proche-Orient, état d'urgence, runes de Kensington, Phebus

2 Août 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Colonialisme-impérialisme, #Béarn, #Abkhazie

Abkhazie, Proche-Orient, état d'urgence, runes de Kensington, Phebus

La situation se tend en Abkhazie : référendum avec 1 % seulement de participation, émeutes, comme l'explique Lenta.ru, le pays n'a pas de ressources à part le tourisme, les élites sont divisées, on n'est plus dans l'ambiance de 2009 quand j'avais participé au contrôle électoral du scrutin qui avait débouché sur la réelection de feu le président Bagapch...

Je ne suis guère d'humeur à commenter l'actualité internationale. Si tout le monde a raison d'être contre Daech, notre ardeur à aller bombarder ces extrémistes pourrait bien nous attirer l'hostilité des populations locales en Syrie et en Irak. On a souligné en juillet les morts civils provoqués par l'armée française en Syrie. Notre grande presse aurait dû en parler plus. De même qu'elle aurait dû se faire l'écho de la condamnation de l'ingérence française en Libye par les autorités de ce pays. Je ne parle pas de l'ingérence de 2011-2012, mais de celle de nos forces spéciales en ce moment même. Pas sûr non plus que l'initiative des Etats-Unis de bombarder Daech en Libye soit si positive que cela, même s'il faut bien admettre que face à ce groupe de fous furieux on ne sait pas trop quoi faire d'autre...

Le Monde toujours dans son rôle habituel dénonce l'emploi de gaz toxiques en Syrie au moment même où l'opposition essaie de desserrer l'étau militaire que le gouvernement légal lui impose à Alep. Cela s'appelle de la propagande de guerre de bas étage comme toujours.

En ce qui concerne la Turquie, pensez vous qu'Erdogan a lui-même organisé le coup d'Etat d'opérette dont il a été victime ? Je vous laisse juge...

L'actualité française non plus n'est pas gaie. Attentat de Nice, assassinat d'un prêtre en Normandie... Voilà qui nous place dans un état d'urgence permanent - l'Etat de droit devient chimérique, on va même s'habituer à organiser des élections sous le coup de l'état d'urgence, ce qui est contraire aux principes fondamentaux de la République. Pas étonnant que dans ce contexte sordide la loi El Khomri finalement soit passée comme une lettre à la Poste, et on doute que le mouvement social puisse se redresser à la rentrée. Ce sont les grévistes qui ont sacrifié leur salaire, ceux qui ont pris une balle en caoutchouc dans le bras, les étudiants qui ont été condamnés en justice pour avoir tenté d'aider un camarade tabassé qui doivent l'avoir amère... Qui arrêtera l'ubérisation de la société en marche ? Un Mélenchon qui fera 12 % au premier tour alors que Juppé fera 60 % au second ? Le régime est en crise, mais les alternatives font défaut.

Voulez vous que je vous raconte une jolie petite histoire pour finir ? Un monsieur, Olof Ohman, a trouvé une pierre garnie d'écritures sacrées scandinaves (les runes) dans son jardin en 1898 dans le Minnesota aux Etats-Unis. Le texte était daté de 1362, laissant entendre que des hommes du Nord l'avaient laissé là un siècle avant la découverte officielle du continent. On a accusé Ohmann d'avoir lui-même gravé la pierre. Aujourd'hui on en reconnait l'authenticité et l'on s'interroge sur un mystérieux X croché qui y figure, commun aux Templiers et à la signature de Christophe Colomb. Quoi, ça ne vous fait pas rêver ? Bon, alors couchez vous en regardant la série des années 1970 "Gaston Phebus le lion des Pyrénées" en 6 parties ci dessous. Les auteurs y inventent un peu n'importe quoi quant aux relations entre Agnès de Navarre et le comte de Foix-Béarn - je me demande en particulier d'où leur est venue l'idée de les faire se marier dans une ancienne église de Templiers - mais cela fait réfléchir à un des mystères du XIVe siècle : la montée en puissance de cet étrange chevalier qui a failli bâtir un royaume pyrénéen indépendant...

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Une grande guerre byzantine en Géorgie

16 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Une grande guerre byzantine en Géorgie

Gustave-Léon Schlumberger dans son Épopée byzantine à la fin du dixième siècle en trois volumes (1896-1905) raconte comment le dernier grand empereur byzantin Basile II le Bulgaroctone avant de mourir combattit en 1021 Georges Ier (Keorki Ier) "souverain pagratide des Aphkases" qui, pour récupérer la région de Tao s’était allié au caliphe fatimide du Caire contre Byzance. Le royaume d’Abkhazie et celui de Kartli s'étaient réunis quelques années plus tôt sous la houlette prudente de Bagrat III). Les Grecs crurent mourir de froid dans le Caucase et y eurent leur retraite de Russie, non sans y avoir commis beaucoup de massacres, aux dires de Samuel d’Ani, dans toute la portion du royaume d’Aphkasie sise au sud du Kour (ou la Koura) qui se jette dans la Caspienne, soit toute la Géorgie sauf la partie au nord de la rivière infranchissable. « Les dames nobles trainées sur les places publiques, la tête dépouillée de leur voile, furent exposées, dans une honteuse nudité, à la face du soleil », écrit Schlumberger citant Samuel d'Ani. « Celles qui, auparavant, pouvaient à peine trouver assez de forces pour visiter à pied les malades ou les lieux saints de pèlerinage, aujourd’hui tête et pieds nus, marchaient devant leurs vainqueurs insolents, privées de leurs parures, déshonorées, livrées à mille sortes d’outrages ». Les enfants furent exterminés. Les soldats russes de l'empire byzantin et les mercenaires étrangers furent particulièrement sanguinaires. Jamais depuis Justinien l’empire byzantin n’avait été aussi puissant. Mais dans les 30 ans qui allaient suivre la mort de Basile II en 1025 toute la grandeur de Constantinople allait s'effondrer.

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L'Abkhazie antique

7 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

juillet-2006-099.jpgJ'ai évoqué ici la prégnance de l'image des Argonautes chez les Ibères selon Tacite. Revenons d'un mot sur l'Abkhazie antique du temps où elle était la Colchide.

 

Du point de vue de la légende, dans le cadre de l'expédition des Argonautes, les Dioscures fondèrent une ville en Colchide, sur la mer Noire : Dioscurias (ou Iskouriah, Isgaur, Sebastopolis, aujourd'hui Soukhoumi), qui devint un grand centre commercial. Du point de vue historique Dioscurias était une vieille colonie milésienne, comme Phasis (Poti) en Mingrélie.

 

Voici ce que dit Strabon (qui est né sur la côte pontique de la Turquie actuelle) de la Colchide à l'époque d'Auguste :

 

"[Or la Colchide était à cette époque bien déchue de ce qu'elle avait été]. Dans les temps anciens, en effet, elle avait jeté le plus vif éclat, comme on en peut juger par ce que la Fable nous raconte ou plutôt nous laisse deviner de l'expédition de Jason poussée peut-être jusqu'en Médie et de l'expédition antérieure de Phrixus. Mais les rois successeurs de ces héros ayant divisé le pays en plusieurs skeptoukhies n'eurent plus qu'une médiocre puissance, et, quand survint le prodigieux accroissement des états de Mithridate Eupator, toute la Colchide y fut aisément absorbée. Seulement, Mithridate n'envoya jamais pour la gouverner et l'administrer qu'un de ses plus fidèles serviteurs et amis. C'est à ce titre, notamment, qu'il y avait envoyé Moapherne, oncle paternel de ma mère. De son côté la Colchide fut toujours le pays qui fournit le plus de ressources à ce prince pour l'entretien de ses forces navales. Mais, une fois Mithridate renversé, ses états se démembrèrent et furent partagés entre plusieurs princes. Le dernier qu'ait eu la Colchide est Polémon, et sa veuve Pythodoris qui a continué à régner se trouve aujourd'hui réunir à la fois sous son sceptre la Colchilde, Trapézûs, Pharnacie et certains pays barbares de l'intérieur dont nous parlerons plus loin.- La Moschike si célèbre par son temple [de Leucothée] forme trois régions distinctes occupées, la première, par les Colkhes, la seconde par des tribus Ibères, la troisième par des Arméniens. Le souvenir de Phrixus s'est conservé encore dans le nom d'une petite ville d'assiette assez forte qui est située en Ibérie sur les confins de la Colchide, nous voulons parler de Phrixipolis, plus connue actuellement sous le nom d'Ideessa.

19. Au nombre des peuples qui fréquentent l'emporium ou marché de Dioscurias figurent aussi les Phthirophages, ainsi nommés à cause de leur saleté et de la vermine qui les couvre. Leurs voisins, les Soanes, ne valent guère mieux qu'eux sous le rapport de la propreté, mais ils leur sont bien supérieurs en puissance ; on peut même dire qu'ils surpassent en force et en bravoure tous les autres peuples de ces contrées. Aussi exercent-ils une sorte de domination sur les tribus circonvoisines du haut des cimes escarpées du Caucase qu'ils occupent en arrière de Dioscurias. Ils ont pour les gouverner un roi assisté d'un conseil de trois cents guerriers et peuvent mettre sur pied, à ce qu'on assure, jusqu'à des armées de 200 000 hommes. Chez eux, en effet, tout le monde est soldat, [mais] sans pouvoir se plier à la discipline des armées régulières. Un autre fait qu'on nous donne pour certain, c'est que les torrents de leur pays roulent des paillettes d'or que ces Barbares recueillent à l'aide de vans percés de trous et de toisons à longue laine, circonstance qui aurait suggéré, dit-on, le mythe de la Toison d'or. [Quelques auteurs] prétendent aussi à ce propos que, si l'on a donné à un peuple du Caucase le même nom qu'aux peuples de l'extrême Occident, à savoir le nom d'Ibères, c'est parce que les deux pays se trouvent posséder des mines d'or. Les Soanes trempent la pointe de leurs flèches dans des poisons qui ont cela de particulier que leur odeur insupportable aggrave encore, s'il est possible, la blessure faite par les flèches ainsi préparées. En général, les peuples du Caucase voisins de la Colchide habitent des terres arides et de peu d'étendue ; toutefois les deux nations des Albani et des Ibères, qui à elles seules occupent l'isthme presque tout entier, et qu'on peut à la rigueur ranger aussi parmi les nations caucasiennes, se trouvent posséder une région fertile et capable de suffire amplement aux besoins d'une population nombreuse."

 

Plus tard au moment du déclin de l'empire romain (3e siècle de notre ère) extrait de La marine des Ptolémées et la marine des Romains. La marine marchande / par le vice-amiral Jurien de La Gravière -E. Plon, Nourrit et Cie (Paris)-1885

"Les limites des provinces romaines d'Asie, avaient été portées, depuis l'époque où Arrien côtoyait le littoral du Pont-Euxin, de Dioscurias à Pityus, "ville pourvue d'un port et défendue par une forte muraille". Procope compte deux jours de navigation entre Pityus et Dioscurias ; Muller reconnaît l'emplacement de Pityus dans la localité moderne de Pitisounta, située à trente milles envirion de Soukhoum-Kaleh, débuché maritime dont le nom se retrouvera souvent dans l'histoire des lutes que les Russes n'ont cessé de soutenir contre les armées du sultan." (p. 149) De la Gravière raconte comment Successianus ayant été remplacé pour la défense de Pityus, les Goths ravagèrent ensuite la Colchide jusqu'à Trapézont. Une occasion de rappeler le souvenir de cet amiral breton érudit.

 

Dans Études sur le commerce au Moyen Age. Histoire du commerce de la mer Noire et des colonies génoises de la Krimée (Comon Paris 1848) F. Élie de La Primaudaie (qui n'a pas encore sa fiche sur Wikipedia) note que "Dioscurias, où se rassemblaient, dit Strabon, des peuples parlant soixante-dix langues différentes, était le grand dépôt des précieuses marchandises de l'Orient, et ce commerce avait fait de l'Ibérie, pays pauvre et presque désert aujourd'hui, l'une des contrées les plus peuplées et les plus opulentes de l'Asie" (p. 12) et "Phanagoria, Panticapée et Dioscurias étaient les marchés d'esclaves les plus considérables et les plus fameux" (p. 7).

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