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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #abkhazie tag

Abkhazie, Proche-Orient, état d'urgence, runes de Kensington, Phebus

2 Août 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Colonialisme-impérialisme, #Béarn, #Abkhazie

Abkhazie, Proche-Orient, état d'urgence, runes de Kensington, Phebus

La situation se tend en Abkhazie : référendum avec 1 % seulement de participation, émeutes, comme l'explique Lenta.ru, le pays n'a pas de ressources à part le tourisme, les élites sont divisées, on n'est plus dans l'ambiance de 2009 quand j'avais participé au contrôle électoral du scrutin qui avait débouché sur la réelection de feu le président Bagapch...

Je ne suis guère d'humeur à commenter l'actualité internationale. Si tout le monde a raison d'être contre Daech, notre ardeur à aller bombarder ces extrémistes pourrait bien nous attirer l'hostilité des populations locales en Syrie et en Irak. On a souligné en juillet les morts civils provoqués par l'armée française en Syrie. Notre grande presse aurait dû en parler plus. De même qu'elle aurait dû se faire l'écho de la condamnation de l'ingérence française en Libye par les autorités de ce pays. Je ne parle pas de l'ingérence de 2011-2012, mais de celle de nos forces spéciales en ce moment même. Pas sûr non plus que l'initiative des Etats-Unis de bombarder Daech en Libye soit si positive que cela, même s'il faut bien admettre que face à ce groupe de fous furieux on ne sait pas trop quoi faire d'autre...

Le Monde toujours dans son rôle habituel dénonce l'emploi de gaz toxiques en Syrie au moment même où l'opposition essaie de desserrer l'étau militaire que le gouvernement légal lui impose à Alep. Cela s'appelle de la propagande de guerre de bas étage comme toujours.

En ce qui concerne la Turquie, pensez vous qu'Erdogan a lui-même organisé le coup d'Etat d'opérette dont il a été victime ? Je vous laisse juge...

L'actualité française non plus n'est pas gaie. Attentat de Nice, assassinat d'un prêtre en Normandie... Voilà qui nous place dans un état d'urgence permanent - l'Etat de droit devient chimérique, on va même s'habituer à organiser des élections sous le coup de l'état d'urgence, ce qui est contraire aux principes fondamentaux de la République. Pas étonnant que dans ce contexte sordide la loi El Khomri finalement soit passée comme une lettre à la Poste, et on doute que le mouvement social puisse se redresser à la rentrée. Ce sont les grévistes qui ont sacrifié leur salaire, ceux qui ont pris une balle en caoutchouc dans le bras, les étudiants qui ont été condamnés en justice pour avoir tenté d'aider un camarade tabassé qui doivent l'avoir amère... Qui arrêtera l'ubérisation de la société en marche ? Un Mélenchon qui fera 12 % au premier tour alors que Juppé fera 60 % au second ? Le régime est en crise, mais les alternatives font défaut.

Voulez vous que je vous raconte une jolie petite histoire pour finir ? Un monsieur, Olof Ohman, a trouvé une pierre garnie d'écritures sacrées scandinaves (les runes) dans son jardin en 1898 dans le Minnesota aux Etats-Unis. Le texte était daté de 1362, laissant entendre que des hommes du Nord l'avaient laissé là un siècle avant la découverte officielle du continent. On a accusé Ohmann d'avoir lui-même gravé la pierre. Aujourd'hui on en reconnait l'authenticité et l'on s'interroge sur un mystérieux X croché qui y figure, commun aux Templiers et à la signature de Christophe Colomb. Quoi, ça ne vous fait pas rêver ? Bon, alors couchez vous en regardant la série des années 1970 "Gaston Phebus le lion des Pyrénées" en 6 parties ci dessous. Les auteurs y inventent un peu n'importe quoi quant aux relations entre Agnès de Navarre et le comte de Foix-Béarn - je me demande en particulier d'où leur est venue l'idée de les faire se marier dans une ancienne église de Templiers - mais cela fait réfléchir à un des mystères du XIVe siècle : la montée en puissance de cet étrange chevalier qui a failli bâtir un royaume pyrénéen indépendant...

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Une grande guerre byzantine en Géorgie

16 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Une grande guerre byzantine en Géorgie

Gustave-Léon Schlumberger dans son Épopée byzantine à la fin du dixième siècle en trois volumes (1896-1905) raconte comment le dernier grand empereur byzantin Basile II le Bulgaroctone avant de mourir combattit en 1021 Georges Ier (Keorki Ier) "souverain pagratide des Aphkases" qui, pour récupérer la région de Tao s’était allié au caliphe fatimide du Caire contre Byzance. Le royaume d’Abkhazie et celui de Kartli s'étaient réunis quelques années plus tôt sous la houlette prudente de Bagrat III). Les Grecs crurent mourir de froid dans le Caucase et y eurent leur retraite de Russie, non sans y avoir commis beaucoup de massacres, aux dires de Samuel d’Ani, dans toute la portion du royaume d’Aphkasie sise au sud du Kour (ou la Koura) qui se jette dans la Caspienne, soit toute la Géorgie sauf la partie au nord de la rivière infranchissable. « Les dames nobles trainées sur les places publiques, la tête dépouillée de leur voile, furent exposées, dans une honteuse nudité, à la face du soleil », écrit Schlumberger citant Samuel d'Ani. « Celles qui, auparavant, pouvaient à peine trouver assez de forces pour visiter à pied les malades ou les lieux saints de pèlerinage, aujourd’hui tête et pieds nus, marchaient devant leurs vainqueurs insolents, privées de leurs parures, déshonorées, livrées à mille sortes d’outrages ». Les enfants furent exterminés. Les soldats russes de l'empire byzantin et les mercenaires étrangers furent particulièrement sanguinaires. Jamais depuis Justinien l’empire byzantin n’avait été aussi puissant. Mais dans les 30 ans qui allaient suivre la mort de Basile II en 1025 toute la grandeur de Constantinople allait s'effondrer.

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L'Abkhazie antique

7 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

juillet-2006-099.jpgJ'ai évoqué ici la prégnance de l'image des Argonautes chez les Ibères selon Tacite. Revenons d'un mot sur l'Abkhazie antique du temps où elle était la Colchide.

 

Du point de vue de la légende, dans le cadre de l'expédition des Argonautes, les Dioscures fondèrent une ville en Colchide, sur la mer Noire : Dioscurias (ou Iskouriah, Isgaur, Sebastopolis, aujourd'hui Soukhoumi), qui devint un grand centre commercial. Du point de vue historique Dioscurias était une vieille colonie milésienne, comme Phasis (Poti) en Mingrélie.

 

Voici ce que dit Strabon (qui est né sur la côte pontique de la Turquie actuelle) de la Colchide à l'époque d'Auguste :

 

"[Or la Colchide était à cette époque bien déchue de ce qu'elle avait été]. Dans les temps anciens, en effet, elle avait jeté le plus vif éclat, comme on en peut juger par ce que la Fable nous raconte ou plutôt nous laisse deviner de l'expédition de Jason poussée peut-être jusqu'en Médie et de l'expédition antérieure de Phrixus. Mais les rois successeurs de ces héros ayant divisé le pays en plusieurs skeptoukhies n'eurent plus qu'une médiocre puissance, et, quand survint le prodigieux accroissement des états de Mithridate Eupator, toute la Colchide y fut aisément absorbée. Seulement, Mithridate n'envoya jamais pour la gouverner et l'administrer qu'un de ses plus fidèles serviteurs et amis. C'est à ce titre, notamment, qu'il y avait envoyé Moapherne, oncle paternel de ma mère. De son côté la Colchide fut toujours le pays qui fournit le plus de ressources à ce prince pour l'entretien de ses forces navales. Mais, une fois Mithridate renversé, ses états se démembrèrent et furent partagés entre plusieurs princes. Le dernier qu'ait eu la Colchide est Polémon, et sa veuve Pythodoris qui a continué à régner se trouve aujourd'hui réunir à la fois sous son sceptre la Colchilde, Trapézûs, Pharnacie et certains pays barbares de l'intérieur dont nous parlerons plus loin.- La Moschike si célèbre par son temple [de Leucothée] forme trois régions distinctes occupées, la première, par les Colkhes, la seconde par des tribus Ibères, la troisième par des Arméniens. Le souvenir de Phrixus s'est conservé encore dans le nom d'une petite ville d'assiette assez forte qui est située en Ibérie sur les confins de la Colchide, nous voulons parler de Phrixipolis, plus connue actuellement sous le nom d'Ideessa.

19. Au nombre des peuples qui fréquentent l'emporium ou marché de Dioscurias figurent aussi les Phthirophages, ainsi nommés à cause de leur saleté et de la vermine qui les couvre. Leurs voisins, les Soanes, ne valent guère mieux qu'eux sous le rapport de la propreté, mais ils leur sont bien supérieurs en puissance ; on peut même dire qu'ils surpassent en force et en bravoure tous les autres peuples de ces contrées. Aussi exercent-ils une sorte de domination sur les tribus circonvoisines du haut des cimes escarpées du Caucase qu'ils occupent en arrière de Dioscurias. Ils ont pour les gouverner un roi assisté d'un conseil de trois cents guerriers et peuvent mettre sur pied, à ce qu'on assure, jusqu'à des armées de 200 000 hommes. Chez eux, en effet, tout le monde est soldat, [mais] sans pouvoir se plier à la discipline des armées régulières. Un autre fait qu'on nous donne pour certain, c'est que les torrents de leur pays roulent des paillettes d'or que ces Barbares recueillent à l'aide de vans percés de trous et de toisons à longue laine, circonstance qui aurait suggéré, dit-on, le mythe de la Toison d'or. [Quelques auteurs] prétendent aussi à ce propos que, si l'on a donné à un peuple du Caucase le même nom qu'aux peuples de l'extrême Occident, à savoir le nom d'Ibères, c'est parce que les deux pays se trouvent posséder des mines d'or. Les Soanes trempent la pointe de leurs flèches dans des poisons qui ont cela de particulier que leur odeur insupportable aggrave encore, s'il est possible, la blessure faite par les flèches ainsi préparées. En général, les peuples du Caucase voisins de la Colchide habitent des terres arides et de peu d'étendue ; toutefois les deux nations des Albani et des Ibères, qui à elles seules occupent l'isthme presque tout entier, et qu'on peut à la rigueur ranger aussi parmi les nations caucasiennes, se trouvent posséder une région fertile et capable de suffire amplement aux besoins d'une population nombreuse."

 

Plus tard au moment du déclin de l'empire romain (3e siècle de notre ère) extrait de La marine des Ptolémées et la marine des Romains. La marine marchande / par le vice-amiral Jurien de La Gravière -E. Plon, Nourrit et Cie (Paris)-1885

"Les limites des provinces romaines d'Asie, avaient été portées, depuis l'époque où Arrien côtoyait le littoral du Pont-Euxin, de Dioscurias à Pityus, "ville pourvue d'un port et défendue par une forte muraille". Procope compte deux jours de navigation entre Pityus et Dioscurias ; Muller reconnaît l'emplacement de Pityus dans la localité moderne de Pitisounta, située à trente milles envirion de Soukhoum-Kaleh, débuché maritime dont le nom se retrouvera souvent dans l'histoire des lutes que les Russes n'ont cessé de soutenir contre les armées du sultan." (p. 149) De la Gravière raconte comment Successianus ayant été remplacé pour la défense de Pityus, les Goths ravagèrent ensuite la Colchide jusqu'à Trapézont. Une occasion de rappeler le souvenir de cet amiral breton érudit.

 

Dans Études sur le commerce au Moyen Age. Histoire du commerce de la mer Noire et des colonies génoises de la Krimée (Comon Paris 1848) F. Élie de La Primaudaie (qui n'a pas encore sa fiche sur Wikipedia) note que "Dioscurias, où se rassemblaient, dit Strabon, des peuples parlant soixante-dix langues différentes, était le grand dépôt des précieuses marchandises de l'Orient, et ce commerce avait fait de l'Ibérie, pays pauvre et presque désert aujourd'hui, l'une des contrées les plus peuplées et les plus opulentes de l'Asie" (p. 12) et "Phanagoria, Panticapée et Dioscurias étaient les marchés d'esclaves les plus considérables et les plus fameux" (p. 7).

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F. Delorca à l'émission "L'Humeur Vagabonde" sur France Inter

5 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

abkhazieJe ferai en 10 minutes une brève présentation de l'histoire de l'Abkhazie sur France Inter le jeudi 19 mars dans l'émission de Kathleen Evin "L'humeur Vagabonde" consacrée au livre de Dov Lynch "Mer noire" de 20h à 21h, disponible en podcast à la date de l'émission jusqu'en 2017.

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Election présidentielle en Abkhazie

25 Août 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Raoul Khadjimba, l'ancien vice-président de feu-Sergueï Bagapch qui avait démissionné en 2009 pour protester contre les accords douaniers avec la Russie, est donné vainqueur de l'élection présidentielle d'hier, dès le premier tour avec 50,57% contre le chef du Service de sécurité par intérim Aslan Bjania et le ministre de la Défense Mirab Kichmari ont recueilli respectivement 35,91% et 6,4% des suffrages.

 

Khadjimba était présenté comme le candidat de l'opposition. Il succède donc à Alexandre Ankvab démissionnaire. Les Abkhazes semblent avoir pris l'habitude d'élire leur président dès le premier tour pour éviter les déchirements de seconds tours fratricides, armes au poing,comme on en a vus au cours des années 2000, comme on l'avait souligné dans notre livre sur ce pays. C'était, pour Khadjimba, sa quatrième élection présidentielle. Il était le seul politicien professionnel, et bénéficiait de la popularité du mouvement social déclenché en mai qui avait chassé Ankvab du pouvoir. Dans les sondages (qui avaient prévu la victoire de Khadjmba), 60 % de la population se plaignait du chômage, de l'absence de croissance économique, de la criminalité et de la corruption, de la mauvaise qualité des soins de santé. Khadjimba était donné favori.

 

A noter que pour cette élection beaucoup d'Abkhazes de Russie (1 000 sur 131 000) et de Turquie ont pu prendre part au vote - de même que des Géorgiens de Mingrélie, ce qui est mal perçu par les Abkhazes, selon les sondages, mais aussi par les Russes et les Arméniens d'Abkhazie (les Arméniens avaient été courtisés à Moscou par le nouveau président dans le semaine précédent le scrutin). Khadjimba est aujourd'hui l'avocat de l'ouverture des frontières économiques avec la Russie, qui entretient une présence militaire de 4 000 hommes sur le sol abkhaze, ouverture assez largement soutenue par la population.

 

 

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Le coup d’Etat abkhaze et le conflit ukrainien

4 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Mon article publié ce matin sur le site "Esprit Cors@ire" :

 

P1020569En Abkhazie que, la version électronique du Monde du mercredi 28 mai relatant les événements qualifie sottement de « petite région pro-russe et séparatiste de Géorgie » (désignerait-on la France comme une province « pro-américaine » de l’Union européenne ? l’Abkhazie étant alliée des Russes par nécessité économique et militaire, et avec bien plus de nuances que la France ne l’est des Américains), des opposants ont pris d’assaut le palais présidentiel à Soukhoum mardi dernier. Les forces armées sont restées dans un premier temps fidèles au président Alexandre Ankvab, réfugié dans son fief de Goudaouta, mais celui-ci le 1er juin a finalement décidé de démissionner pour éviter tout bain de sang.

 

Le motif du coup de force était la politique gouvernementale d’octroi de passeports (et donc du droit de vote) aux ressortissants de la minorité mingrélienne à l’Est du pays, soupçonnés d’être alliés au gouvernement géorgien - un sujet qui occupait déjà le débat politique local il y a cinq ans (cf "Abkhazie à la découverte d'une 'république' de survivants") – et la gestion de l’aide financière russe, détournée par le clan Ankvab selon ses opposants.

 

A Tbilissi, les analystes qui pendant des années se sont obstinés à ne voir dans les présidents successifs d’Abkhazie que des « marionnettes » de Moscou, s’empressent une fois de plus de discerner dans ce « Maïdan » abkhaze

 

La suite sur le site Esprit Cors@ire  ici (dead link).

 

Article in extenso ici

 

 

 

                                               Le coup d’Etat abkhaze et le conflit ukrainien

 

 

En Abkhazie que, la version électronique du Monde du mercredi 28 mai relatant les événements qualifie sottement de « petite région pro-russe et séparatiste de Géorgie » (désignerait-on la France comme une province « pro-américaine » de l’Union européenne ? l’Abkhazie étant alliée des Russes par nécessité économique et militaire, et avec bien plus de nuances que la France ne l’est des Américains), des opposants ont pris d’assaut le palais présidentiel à Soukhoum mardi dernier. Les forces armées sont restées dans un premier temps fidèles au président Alexandre Ankvab, réfugié dans son fief de Goudaouta, mais celui-ci le 1er juin a finalement décidé de démissionner pour éviter tout bain de sang.

 

Le motif du coup de force était la politique gouvernementale d’octroi de passeports (et donc du droit de vote) aux ressortissants de la minorité mingrélienne à l’Est du pays, soupçonnés d’être alliés au gouvernement géorgien  - un sujet qui occupait déjà le débat politique local il y a cinq ans (1) – et la gestion de l’aide financière russe, détournée par le clan Ankvab selon ses opposants.

 

A Tbilissi, les analystes qui pendant des années se sont obstinés à ne voir dans les présidents successifs d’Abkhazie que des « marionnettes » de Moscou, s’empressent une fois de plus à discerner dans ce « Maïdan » abkhaze une opération téléguidée par Vladimir Poutine en soulignant que son leader Raoul Khadjimba avait été autrefois le candidat malheureux de Moscou contre le président SergueïI Bagapch. Certains notent cependant que Moscou a réagi très tardivement en envoyant l’émissaire du président Vladislav Sourkov à Soukhoum, si bien qu’il se pourrait fort bien que l’élan contestataire soit purement endogène dans ce pays où les conflits politiques se règlent souvent encore à coups de fusil.

 

Quelles que soient les forces à l’œuvre derrière les luttes de faction en Abkhazie, l’influence du conflit ukrainien saute aux yeux. En premier lieu, le fait qu’on parle d’un « Maïdan » abkhaze ne relève pas du hasard : la nouvelle « révolution colorée » ukrainienne, avec rassemblement populaire et renversement du président légalement élu à la clé, applaudie par les Occidentaux, a créé un nouveau précédent dangereux dans tous l’espace post-soviétique et peut-être au-delà. Le message lancé par la révolution de Kiev est « descendez dans la rue, ne respectez plus le verdict des urnes, le coup d’Etat permanent est possible ! » (si l’on ose une référence ici à la terminologie mitterrandienne).

 

Deuxièmement, la crise ukrainienne crée une insécurité dans l’ensemble du bassin de la Mer noire. Les Abkhazes, attachés au souvenir des hauts faits de l’Armée rouge (ils ont été, comme les Transnistriens, fidèles aux valeurs soviétiques jusqu’à la fin du mandat de Gorbatchev), ne voient pas spécialement d’un bon œil des milices d’inspiration néo-nazie donner le coup de poing en plein cœur du parlement de Kiev… ni non plus les navires de guerre américain patrouiller de plus en plus nombreux au large de leurs côtes depuis l’annexion préventive de la Crimée par Moscou.

 

Le président français « pro-américain » François Hollande a d’ailleurs pu attiser les craintes des Abkhazes en se précipitant le 13 mai  à Tbilissi pour assurer la Géorgie du soutien de la France à son « intégrité territoriale ». Malgré les efforts de l’Elysée pour présenter cette démarche comme une sorte de « service minimum » aux côtés des alliés des Occidentaux, les Abkhazes savent ce que signifient ces mots prononcés cinq jours seulement après que le ministre des affaires étrangères de la Géorgie ait annoncé qu’il allait accélérer les efforts pour assurer l’adhésion de son pays à l’OTAN : bientôt l’Abkhazie pourrait être considérée comme un pays sécessionniste au sein d’un Etat membre de l’Alliance atlantique, et le mécanisme des traités pourrait transformer n’importe quel incident frontalier en casus belli impliquant, par la simple mécanique des traités, toute l’Alliance…

 

L’équation de sur les bords de la mer noire est simple : l’opération « Euromaïdan » menée pour accélérer par la force l’inclusion de l’Ukraine à la sphère euro-atlantique, et la réaction russe en Crimée qui en a découlé ainsi que les initiatives d’autodéfense dans le Donbass, ont aujourd’hui plongé toute la région dans une logique de guerre froide : qu’on songe par exemple au bras de fer entre la Moldavie et Moscou sur la question de la visite du vice-président du gouvernement russe Dmitri Rogozine en Transnistrie. Cela entraîne un isolement croissant de l’Abkhazie sur la scène internationale, transformée de plus en plus, dans le discours occidental, en simple annexe des intérêts russes dans le Caucase Sud, ce qui compromet les chances pour l’Abkhazie d’élargir le périmètre des Etats qui reconnaissent sont indépendance (au nombre de quatre actuellement), et paradoxalement lie encore plus étroitement le pays à la Russie (au point qu’on débat maintenant d’une possible annexion, comme en Ossétie du Sud). Et cela implique aussi une vulnérabilité croissante à l’égard des tentatives de déstabilisation pro-russe, mais aussi anti-russes (d’où le fait que la question de l’octroi de la citoyenneté à la minorité mingrélienne ressurgisse en des termes de plus en plus sensibles à Soukhoum sans même parler du possible retour des 200 000 réfugiés géorgiens de 1992, de plus en plus relégué aux oubliettes par ce nouveau contexte international).

 

Le moins que l’on puisse dire est que la perpétuation de la crise ukrainienne est ainsi devenue une très mauvaise nouvelle pour les chances de la paix dans cette région du Caucase.

 

F. Delorca

 

 

(1) Cf Frédéric Delorca « Abkhazie, à la découverte d’une ‘république’ de survivants » Paris, Editions du Cygne, 2010

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Interview de F. Delorca dans Altinpost

29 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Ci-dessous la version française de l'interview de Frédéric Delorca qui vient de paraître dans l'e-zine de la diapora abkhaze en Turquie Altinpost (publiée en turc ici).

 

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- Il y a très peu d'intellectuels français qui se sont intéressés à l'Abkhazie et vous êtes un d'entre eux. Nous savons que vous avez écrit un livre important sur ce pays qui s'appelle "Abkhazie A la découverte d'une "République" de survivants". Pourquoi l'Abkhazie? Comment avez vous rencontré ce pays?

 

--- J'ai mené un combat contre l'hégémonisme de l'OTAN à partir de la guerre du Kosovo, et j'ai toujours voulu lutter contre la désinformation à propos des diverses guerres à travers le monde, y compris les "conflits gelés" d'ex-URSS. En 2007 je me suis rendu en Transnistrie, et, en 2009, quand des amis polonais m'ont proposé de faire partie d'une mission de contrôle électoral pour la première élection présidentielle après la reconnaissance par la Russie, j'ai tout de suite accepté de m'y rendre.
 
- Pourquoi est-ce que les pays occidentaux refusent la réalité d'une Abkhazie indépendante ?
 
- La principale raison est que les puissances occidentales ont toujours été réticentes à l'idée de remettre en cause les frontières héritées de la seconde guerre mondiale. Avec l'éclatement de la Yougoslavie et celui de l'Union soviétique, elles ont accepté l'idée de découper les frontières des anciens Etats fédéraux le long des limites des Etats fédérés, mais n'acceptent pas d'aller au delà. La contradiction complète tient bien sûr au cas du Kosovo, dans lequel l'Ouest ne veut voir qu'une exception (mais ça n'a aucun sens). Peut-être l'indépendance de l'Ecosse va-t-elle faire évoluer les mentalités. Mais ce que les Européens acceptent pour l'Ouest du continent, ils ne sont pas prêts à l'accepter pour les pays riverains de la Mer Noire. Toujours le "deux poids deux mesures"... Et puis l'annexion de la Crimée a suscité beaucoup de craintes. Les esprits des milieux gouvernementaux restent crispés et fermés à tout effort de pédagogie. 

- Que devrait faire la diplomatie abkhaze, afin d'obtenir une reconnaissance européenne ou bien celle-ci est-elle impossible avant longtemps ?
 
- Il est toujours utile de développer un travail de lobbying auprès de diverses institutions comme le Conseil de l'Europe ou le Parlement européen. Auprès des médias aussi. Il faut mener un travail pédagogique. expliquer que l'Abkhazie a été rattachée de force à la Géorgie par Staline. Raconter toutes les épreuves traversées par le peuple abkhaze, depuis la déportation au XIXe siècle, jusqu'à la guerre patriotique de 1992-93, mettre l'accent sur le côté multiethnique de l'Abkhazie actuelle, sur ses efforts pour se démocratiser, sur le mérite qu'elle a eu de résister à tous les embargos, casser tous les clichés du pays dangereux, mafieux, base du militarisme russe etc que ses adversaires entretiennent en permanence.

- Quels sont les moyens alternatifs pour l'Abkhazie d'avoir une communication directe avec les gens en Europe, la société civile etc. ? 
 
- Les Européens de l'Ouest (et surtout les Français) ont deux grands défauts : ils ne s'intéressent pas beaucoup à ce qui se passe au delà de leurs frontières (la très grande majorité ignore l'existence de l'Abkhazie), et leur point de vue est conditionné par les grands médias, c'est à dire en fait par quelques journalistes qui répètent ce que disent une dizaine de leurs confères (par exemple en France, l'AFP, le Monde et Radio France internationale qui restent les plus influents sur la politique étrangère). Pour contourner le mur de la désinformation, il faut aller vers des milieux qu, ont des raisons diverses et variées de se méfier des "vérités officielles". Par exemple les milieux souverainistes (hostiles à l'Union européenne), la gauche de la gauche, les écologistes, les partis régionalistes (j'avais moi même tenté d'amener avec moi un élu occitaniste en Abkhazie). Ces mouvances peuvent être intéressées par le point de vue abkhaze. Il est aussi possible de développer une coopération culturelle avec les municipalités, les régions ou les associations quelles que soient leur couleur politique. Le Caucase est si mal connu en France. Je suis sûr par exemple que l'Association des Populations des Montagnes du Monde qui est présidée par un élu de ma région natale pourrait collaborer utilement avec l'Abkhazie.

- De quelle manière la "crise ukrainienne" pourrait-elle affecter l'Abkhazie?

- Principalement, elle crispe les relations Est-Ouest ce qui ne peut que renforcer aux yeux des Occidentaux la volonté d'isoler l'Abkhazie. Le pire serait sans doute si cette logique de guerre froide aboutissait à l'entrée de la Géorgie dans l'OTAN. D'une manière générale il faut souhaiter une stabilisation de la situation ukrainienne autour d'une solution "raisonnable" qui préserve les intérêts à la fois de la partie russophone du pays et ceux de la partie orientale et mette un terme à la logique de militarisation et de déstabilisation de l'ensemble du bassin de la Mer Noire. Cela suppose bien sûr le désarmement des milices de part et d'autre (celui de Secteur de droite et des éventuels mercenaires présents à l'Ouest du Pays, comme celui des groupes d'auto-défense russophones à l'Ouest). Espérons que le réalisme finira par prévaloir de part et d'autre sur ce point.

- Quelle est votre opinion sur le partenariat stratégique russo-abkhaze et sur le rôle de la Russie dans le destin de l'Abkhazie ?

- Je crois que les dirigeants abkhazes ont compris à la fois que l'alliance avec la Russie était à court terme le meilleur moyen de renforcer la sécurité du pays et d'éviter une nouvelle guerre avec la Géorgie, et que cette alliance risquait à plus long terme de les rendre trop dépendants du sort de la Russie dans les relations internationales si elle restait trop "exclusive". D'où l'intérêt pour l'Abkhazie de développer des liens également avec la Turquie, l'Iran, le monde arabe... Mais comment développer des contacts avec ces autres pays si ces derniers ont peur de reconnaître la République abkhaze, et comment lier des contacts avec eux sans devenir un enjeu de leurs rivalités voire sans importer une partie de leurs problèmes internes ? Je suppose que c'est une question assez complexe.
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Coup d'Etat en Abkhazie

29 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020569abkhaziePetite inquiétude : un coup d'Etat en Abkhazie. Je lis ceci dans Ria Novosti : "Mardi après-midi, des milliers de manifestants se sont rassemblés au centre de la capitale abkhaze, Soukhoum, pour réclamer la démission du président Alexandre Ankvab et du gouvernement. Les protestataires ont notamment dénoncé l'octroi massif de passeports aux habitants des régions orientales du pays.Le soir, l'opposition a annoncé avoir pris le siège de l'administration présidentielle."

 

J'ai bien connu ce charmant "siège de l'administration présidentielle" où nous avions nuitamment interviewé feu le président Bagapch (cf vidéo ci dessous) en 2009.

 

 

Aujourd'hui on apprend que le premier ministre a démissionné dansun souci d'apaisement pour éviter qe le sang ne soit versé. Apparemment c'est la politique d'intégration de la minorité mingrèle (toujours soupçonnée d'être pro-géorgienne), qui a mis le feu aux poudres. Poutine a envoyé un médiateur.

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Le 9 mai à Soukhoumi

10 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

10-mai.JPGHier en Abkhazie, on fêtait le 9 mai, anniversaire de la victoire du monde sur le régime national-socialiste allemand. Il y avait une banderole près de la statue du Soldat inconnu qui disait "les héros de cette guerre nous n'oublierons jamais" et des vieux vétérans de la seconde guerre mondiale (dans ce pays du Caucase qui se vante de battre des records de longévité). Il y avait une petite fille à moitié turque qui donnait une fleur aux anciens combattants.

 

A Tbilissi, capitale de la Géorgie qui prétend reconquérir la province sécessionniste abkhaze, le 9 mai fut aussi fêté. Avec plus de ferveur ou moins ? Je ne sais pas.SAM_2467-001.jpg

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Interview sur le livre "Abkhazie" de F. Delorca dans Jineps

23 Janvier 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

jineps.jpgLe mensuel de la diaspora circassienne en langue turque Jineps dans son numéro de janvier publie sur une page et demie l'interview de Frédéric Delorca par Mme Marina Iosifyan à propos de son livre Abkhazie initialement publiée (en version un peu plus courte) dans La Vérité de Chégem (Chegemskaya  Pravda -"Чегемская правда") du 11 abkhaziedécembre 2012 à Soukhoumi et traduit par Mme Canan Baba.

 

 

 

 

 

 

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Interview de Delorca dans le principal journal abkhaze

11 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020576.JPGOn trouvera ci-dessous une photo de la page du journal La Vérité de Chégem (Chegemskaya  Pravda -"Чегемская правда") d'aujourd'hui dans lequel est publié l'interview de F. Delorca, auteur de "Abkhazie, à la découverte d'une 'République' de survivants" (eds du Cygne) par Marina Iosifyan. Comme la version initiale en français était plus longue, la voici in extenso.

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- En Russie et surtout en France j’ai  assez souvent rencontré les gens qui ne connaissent pas l’Abkhazie. Quand vous-mème vous avez entendu quelque chose sur l’Abkhazie la première fois? Pourquoi ce pays vous avez intéressé ?
 
- J’ai dû en entendre parler en 1991-92 au moment des guerres du Caucase, puis dans certains travaux d’anthropologues (je suis docteur en sociologie)s, mais c’est vrai que c’est le genre de pays dont on ne retient pas forcément le nom. Ayant coordonné l’Atlas alternatif en 2005, je me suis intéressé de près aux relations internationales, aux sources de tensions autour de conflits gelés (j’étais en Transnistrie en 2007) et notamment à la guerre entre Russes et Géorgiens en 2008. Donc quand on m’a proposé de faire du contrôle électoral en Abkhazie je n’ai pas pu refuser.

- Comment évaluez vous la couverture de la situation en Abkhazie par les média en France et en général en Europe?

- L’Abkhazie est un pays qui compte peu du point de vue français. La France s’intéresse assez peu à l’espace postsoviétique surtout quand il n’a pas de frontières communes avec l’Union européenne. En outre on sait que le point de vue géorgien sur la question abkhaze est très bien relayé auprès de la classe politique américaine, et aussi auprès des milieux dirigeants européens et français (au Quai d’Orsay par exemple). Nos médias n’ont pas beaucoup  de moyens pour enquêter sur place et n’ont pas d’intérêt économique particulier à se forger leur propre opinion sur l’Abkhazie. Donc ils ont repris largement à leur compte le point de vue géorgien. Je préfèrerais pour ma part qu’ils aient un point de vue plus impartial. Mais hélas c’est un problème qu’on trouve dans beaucoup de conflits

- Est-ce que votre image d’Abkhazie (que vous avez eu avant votre voyage) est changée pendant le temps que vous avez passé en connaissance avec elle ?

- Forcément l’image que j’avais était très sommaire, elle manquait de détails – par exemple j’ignorais tout du climat, de la personnalité des gens (et j’en ignore encore beaucoup). Sur le plan politique je crois que j’avais sousestimé la complexité des rapports des Abkhazes avec leurs voisins. Par exemple, je les croyais aussi pro-russe que les Ossètes du Sud, mais en fait j’ai appris que les choses étaient plus compliquées.

- Quand vous étes arrivé  en Abkhazie, il me semble que vos représentations sur ce pays restaient comme une « feuille blanche ». Donc ce qui m’intéresse c'est comment les représentations sur l’Abkhazie se sont construites dans votre téte ? Comment vous avez réussi à construire l’avis non contradictoire sur ce pays ? Parce que dans votre livre il y a beaucoup d’avis contradictoires sur les mèmes aspects de la vie en Abkhazie. Par exemple, vos compagnons vous disent que les gens gardent chez eux les armes après la guerre est c’est un vrai problème. En mème temps dans l’un de vos interviews il y a une question : « Est-il vrai que les gens ont des armes chez eux ? » la réponse : « Non. Après la guerre il y avait beaucoup d’armes mais le gouvernement a régulé la situation »

- Etre une « feuille blanche » est une ascèse à laquelle tout journaliste et tout chercheur doivent s’astreindre. Il faut apprendre à ne faire totalement confiance à aucun point de vue, ni non plus les rejeter complètement. Il faut apprendre à hiérarchisée ce qui est important et ce qui ne l’est pas, laisser la porte ouverte aux aspects du réel qui nous échappent et qui peuvent encore nuancer le jugement, sans devenir complètement relativiste. J’ai appris à faire cela en 1999 quand j’ai dû me forger ma propre opinion sur la guerre du Kosovo à l’heure où des mensonges sur ce conflit étaient diffusés en boucle partout.  Sur chacun des sujets que vous évoquez, j’ai voulu laisser les témoignages contradictoires tels que je les ai reçus pour montrer que c’est cela qu’on reçoit quand on enquête sur un pays. Mais on voit bien dans la façon dont je les présente que les témoignages sont plus complémentaires que contradictoires, simplement ils ne parlent pas de la même chose. Pour reprendre l’exemple des armes cela se voit bien. C’est un sujet difficile dans tous les pays même en France où il est très difficile de définir les armes létales et où on parle encore de caches d’armes dans les Pyrénées dont je suis originaire. Quand on demande s’il y a encore des armes, certains interlocuteurs pensent à des kalachnikovs, d’autres à des simples armes de chasse. Je n’ai pas les moyens d’aller faire une enquête poussée là-dessus, mais on peut penser que, quelle que soit la bonne volonté du gouvernement, beaucoup de gens gardent des armes pour leur autodéfense. C’est ce qui s’est passé aussi en France après 1945.

- Je voudrais  préciser les autres points contradictoires pour  savoir votre avis sur eux :
1.     Les conditions des femmes : dans votre livre il  y a les temoignages d’une femme abkhaze qui dit  que les femmes en Abkhazie se sentent complétement égales avec les hommes. En mème temps vous avez les témoignages d’un citoyen de Danemark et une femme française qui disent que ce loin d’être la vérité.

- Sur la question de la liberté des femmes, c’est comme pour les armes tout dépend de quelle liberté on parle : celle qui est garantie par l’Etat d’avoir accès à l’éducation par exemple, ou celle plus privée comme celle de pouvoir imposer une volonté indépendante à ses frères ou à son mari. Au travers des divers témoignages on sent bien que l’héritage soviétique a aidé le développement d’une certaine émancipation, mais que dans le cadre familial les traditions perdurent. Et le poids de ces traditions en soi n’est pas forcément incompatible avec la liberté. Car il y a des femmes qui trouvent que le respect des traditions, l’estime que cela leur vaut auprès des autres femmes ou des hommes, est une source de liberté pour elles. C’est aussi une dimension que certaines féministes découvrent en France (notamment en dialogue avec des femmes musulmanes issues de l’immigration) : la manière de vivre sa féminité et sa liberté en tant que femme peut varier beaucoup d’une femme à l’autre.

2.    Le système de la santé : l’avis de vos témoins dans le livre est aussi contradictoire : certains remarquent que le système de médecine est plus humain en Abkhazie que dans les autres pays, certains disent que ce système a des grands défauts.

- Je n’ai malheureusement pas pu visiter des dispensaires ou des hôpitaux. On sait que dans beaucoup de pays qui ont connu le communisme, il existe encore un système de santé gratuit ou bon marché mais de mauvaise qualité, et qu’il faut payer pour tous les suppléments, parfois même pour pouvoir avoir des médicaments efficaces. Ce surplus à payer peut être d’ailleurs déguisé sous forme de cadeau. Je comprends que des Abkhazes qui restent attachés à des valeurs de solidarité très répandues dans le Caucase aient envie de souligner que quand même ces valeurs existent encore dans leur système médical, même si on se doute que les difficultés économiques ont tendance à susciter l’apparition d’une médecine « à deux vitesses » pour les pauvres et pour les riches. Il est bien aussi qu’une Abkhaze arménienne qui connaît les Etats-Unis rappelle qu’en Occident le principe d’assistance aux malades pauvres est aussi bafoué, et peut-être parfois plus qu’en Abkhazie. Ce n’est pas le genre de sujet sur lequel on peut avoir un point de vue simpliste.

3.    Les relations entre les peuples différents en Abkhazie : il y a les témoins qui disent que il n’y a jamais les problèmes avec la compréhension et restrictions de droits entre les abkhazes et les autres peuples en Abkhazie, certains font des allusions sur le manque de compréhension entre les peuples

- Les différences culturelles sont partout  à la fois des sources d’enrichissement mutuel et de tension suivant les moments. On peut tout à fait comprendre que la composition multiculturelle de l’Abkhazie joue un rôle ambivalent de ce point de vue. Mais beaucoup de gens ne peuvent pas avoir une vue d’ensemble. C’est pourquoi les Abkhazes de  l’ethnie abkhaze majoritaire ont tendance à considérer que la société est tolérante. C’est pourquoi il faut interviewer des minorités, et dans mon livre c’est une Arménienne qui remarque que parfois la culture arménienne suscite de la méfiance. Il est normal que les gens des minorités  ressentent plus profondément les signes d’intolérance, et parfois même les exagèrent à partir d’une ou deux réflexions qu’ils ont entendues. On ne peut évidemment pas en tirer de conclusions trop rapides. Il est très probable que, si l’on faisait une étude plus approfondie, on se rendrait compte que la société abkhaze a des comportements à l’égard des minorités culturelles (je ne parle pas des minorités sexuelles c’est une autre question) plutôt proche de la moyenne des sociétés « ouvertes ». En tout cas il n’y a pas de discrimination dictée par les pouvoirs publics, ce qui est déjà très important. (En laissant de côté celui des Georgiens et des Mingréliens, qui est une question liée à la guerre).

4.    Et bien sur la question sur l’histoire de conflit entre l'Abkhazie et Géorgie. Vous avez montré l’avis géorgien dans votre livre. Le lecteur abkhaze est assez bon informé sur cet avis, mais ce que m’intéresse c’est comment vous avez réagi à cet avis  qui est complétement contradictoire avec l’avis d’autres témoignages dans votre livre.

-    Sur l’avis des Géorgiens, je n’ai pas été très surpris car j’ai déjà vu dans les Balkans par exemple comment, dans un contexte de guerre, chacun des protagonistes est enclin à réécrire l’histoire dans le sens qui arrange ses intérêts politiques, aussi bien l’histoire récente que l’histoire ancienne. Personnellement je ne tranche pas entre les deux versions de l’histoire, je pense que ce n’est pas utile pour déterminer les droits des peuples à l’heure actuelle. Savoir si les Apchouas étaient présents à Soukhoum depuis le Moyen Age ou s’ils font partie d’une « invasion récente » en provenance du Caucase du Nord est un sujet sentimentalement important pour les Abkhazes ou pour les Géorgiens, mais il ne me semble pas déterminant pour savoir de quels droits les Abkhazes peuvent se prévaloir. Ce qui compte davantage, c’est de savoir si oui ou non ils ont constitué un véritable Etat depuis 20 ans, et si oui ou non ils s’identifient à la cause indépendantistes de leurs dirigeants (et là-dessus les élections de 2009 ont apporté une réponse). En ce qui me concerne je suis neutre sur la question de nécessité ou pas d'une indépendance de l'Abkhazie, mais je dis juste que les événements des 30 dernières années fournissent des critères de légitimité plus pertinents que ceux d'il y a trois siècles.

- Avec vos savoirs sur la vie en Abkhazie (le système politique, sociale, les relations internationales) comment estimez vous son avenir ? Surtout la reconaissance mondiale de l’indépendance de pays.

- C’est un avenir qui dépend beaucoup de rapports de force internationaux, rapports de forces économiques, mais aussi symboliques. Jusqu’où les pays émergents comme la Russie ou la Chine sont-ils en mesure de faire avancer une vision « non occidentale » de l’avenir du monde au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies. C’est une question très complexe qui ne dépend pas seulement des rapports économiques (même s’il est possible que les Etats-Unis et l’Union européenne usent du chantage économique sur cette question).  On sait que des pays d’Amérique latine, ou d’ex URSS sont hésitants. Parce que le discours selon lequel seul l’Occident est légitime à définir  l’exception à l’intangibilité des frontières reste largement accepté.

Cette question implique aussi les opinions publiques. Si j’étais à la place des autorités de la République autoproclamée d’Abkhazie, j’essaierais de faire du lobbying auprès des députés ou des maires issus de partis politiques qui nourrissent une vision des réalités internationales différente de celle que soutiennent les grands partis. Par exemple, en France, des mouvements comme le Front de gauche, Debout la République, ou encore les partis régionalistes, les Verts qui contrôlent des municipalités seraient sans doute intéressés à connaître la situation abkhaze et la faire connaître.

Mais évidemment en dehors de la question de la reconnaissance, on voit bien que ce qui compte aussi et surtout, c’est celle des relations avec la Géorgie. Peut-il y a avoir un rétablissement des relations économiques, une réconciliation entre les peuples, un retour des civils géorgiens expulsés ? On peut espérer que la récente défaite électorale de M. Saakachvili ouvre des perspectives sur ces dossiers.

- La réaction d’une de  certains de vos  interviewers n’avez pas vous étonné? J’ai remarqué la méfiance de certains à vous donner son accord pour l’interview. Pourquoi vos interviews ont décidé de prendre les pseudonymes ?

 

- Ils n’ont pas décidé. C’est moi qui le leur ai proposé, afin qu’ils puissent parler librement et en détail de leur vie (les détails sont souvent plus vrais que les généralités, surtout quand on choisit d’interroger des gens ordinaires). Il me semble assez normal que des gens qui vivent dans un pays en guerre larvée avec leur voisin, et qui savent que les médias occidentaux ne défendent pas leur point de vue se méfient.

- Les événements en Abkhazie sont éclairés sur un certain jour dans les médias européens et américains. Le citoyen d’Abkhazie a senti l’effet de la «guerre d'information ». Comment est-ce que le citoyen ordinaire qui n’a pas la possibilté de venir en Abkhazie pour voir la réalité avec ses propres yeux, peut-il éviter le destin d’une victime de la guerre d'information ?

-    C’est très compliqué. Il y a dix ans, je vous aurais répondu qu’Internet peut devenir un moyen de mieux comprendre le monde indépendamment des grands canaux d’information. Mais ce n’est pas vrai. Même sur Internet la majorité des gens vont lire les  sites des grands journaux, qui contiennent beaucoup de contrevérités, et les sites « alternatifs » racontent souvent un peu n’importe quoi aussi… Il est clair que les 60 millions de Français ou les 80 millions d’Allemands n’auront pas chacun un contact personnel avec les 200 000 Abkhazes pour se faire une opinion sur ce pays. Comme je le disais plus haut, il y a des moyens « locaux » de contrer la désinformation dominante, par exemple en  établissant des coopératons au niveau des municipalités, des associations etc, mais il n’est pas sûr que cela pèse très lourd. Paradoxalement dans un monde surinformé, c’est toujours le mensonge qui a le plus de chances de prédominer quand il sert les intérêts des plus puissants.

- J’ai remarqué que dans les interviews donnés par les abkhazes dans votre livre la réalité de la vie en Abkhazie est un peu enjolivée. Comment vous pouvez l’expliquer ? Par le désir de montrer son propre pays d’un meilleur coté ?  Si par exemple je ne savais rien de France et je voulu prendre l’ interview avec vous pour ce que vous me parler de la France, quelle image vous allez me donner ? Plutot réaliste ou plutot romantique ? Pourquoi ?


- Sans doute une réponse réaliste. Mais réaliste ne veut pas dire seulement négatif, il faut tenir compte des circonstances politiques. Il y a quinze ans, j’aurais parlé plutôt négativement de la France (et ça reste la tonalité dominante de nos médias) : parce que nous étions engagés dans l’approfondissement de l’Union européenne, parce que des travaux universitaires sortaient sur l’histoire de l’antisémitisme en France, sur les crimes du colonialisme etc. Aujourd’hui que la construction européenne a surtout aidé à l’application de politiques néolibérales et que l’ouverture internationale de la France rime surtout avec sa soumission à l’idéologie atlantiste, je suis plus enclin a valoriser ce que la France a de positif. Il est normal que les citoyens d’un pays en guerre, non reconnu, et isolé, ait tendance à embellir la réalité. L’observateur étranger doit à la fois respecter cela,  et en même temps garder une dose de scepticisme à ce sujet.

- Et finalement, la question importante pour le lecteur abkhaze : Qu’est-ce que c’est , le patriotisme pour vous ?


- En français, en anglais, et dans beaucoup de langues européennes, le mot patriotisme garde la racine latine « pater ». C’est la fidélité à la terre des pères, à ce qu’ils y ont fait. C’est un sentiment qui existe depuis le Néolithique, bien avant que le mot n’existe. Et c’est une dimension importante de la vie, quelque chose qui peut lui donner un sens plus profond et lui servir de repère dans un monde où la technologie modifie très profondément les êtres humains et les rapports qu’ils nouent entre eux. Mais en même temps c’est quelque chose qui peut être compliqué à vivre. Par exemple quand on a une double origine comme moi (qui suis à la fois français et espagnol). Je crois qu’il est très important de la combiner avec la liberté. La liberté implique qu’on soit ouvert à l’avenir, et donc à tout ce que l’avenir peut nous offrir : le changement de pays, la rencontre d’autres cultures. L’attachement à la liberté est ce qui empêche le patriotisme de devenir un culte morbide du passé et des morts. Cela oblige le patriotisme à se réactualiser, à se redéfinir en permanence dans le dialogue avec les autres, et avec les circonstances nouvelles que nous donne le monde à chaque instant.

Pour la version russ cliquer ici

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Vote favorable à la Géorgie à l'ONU

3 Juillet 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

abkhazieL'assemblée générale des Nations Unies a voté aujourd'hui malgré les protestations de Moscou une résolution favorable à la Géorgie sur le droit au retour des réfugiés géorgiens en Abkhazie et en Ossétie du Sud.

 

Ont voté contre l'Arménie, Cuba, la République populaire démocratique de Corée, la République démocratique du peuple lao, le Myanmar (pas encore complètement aligné sur l'Occident), Nauru (qui a reconnu l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud), le Nicaragua (idem), la Fédération de Russie, la Serbie (alors que le Monténégro ardent candidat à l'entrée dans l'OTAN a voté "pour"), le Sri Lanka, le Soudan, la Syrie (qui comptait encore récemment beaucoup d'Abkhazes sur son sol), le Venezuela (qui s'en est expliqué à la tribune), le Viet Nam, et le Zimbabwe (éternel adversaire des ingérences, comme Cuba, et la Corée du Nord).

 

La Biélorussie (dont on a cru pendant un temps qu'elle reconnaîtrait l'Abkhazie) a clairement pris ses distances avec Moscou en ne prenant pas part au vote (et en le justifiant à la tribune). La Turquie a choisi l'abstention, de même que l'Algerie, l'Angola, l'Argentine, le Bahrein, le Bangladesh, la Barbade, le Bénin, le Bhoutan, la Bolivie (pas solidaire du reste de l'ALBA cette fois-ci, tout comme l'Equateur), la Bosnie-Herzegovine, le Botswana, le Brésil, Brunei Darussalam, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Chili, la Chine, la Colombie, le Congo, le Costa Rica, la Côte d’Ivoire, Chyre, la République Dominicaine, l'Equateur, l'Egypte, El Salvador, l'Erythrée, l'Ethiopie, Fidji, le Guatemala, la Guinée, le Guyana, Haiti, le Honduras, l'Inde (avec la Chine ça fait quand même de gros pays abstentionnistes), l'Indonésie, Israël (qui s'en est expliqué à la tribune malgré sa grande sympathie pour le régime géorgien), la Jamaique, la Jordanie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, le Liban (qui n'a pas voté comme la Syrie), le Libye, Madagascar, la Malaisie, le Mali, le Mexique, la Mongolie, le Maroc, le Mozambique, la Namibie, le Népal, le Nigéria, Oman, le Pakistan, le Panama, la Papouasie Nouvelle Guinée, le Paraguay, le Pérou, les Philippines, le Qatar, la République de Corée, Samoa, l'Arabie saoudite, Singapour, les Iles Salomon, l'Afrique du Sud, le Surinam, la Suisse (où se tiennent les négociations que cette résolution pourrait gêner), le Tadjikistan, la Thailande, l'ancienne République yougoslave de Macédoine, le Timor oriental, Trinidad and Tobago, la Tunisie,  l'Ouganda, les Emirats arabes unis, la République unie de Tanzanie, l'Uruguay, et la Zambie. Des pays comme l'Irak, l'Iran, le Sénégal, la Grèce, le Kenya, le Congo, l'Ukraine, le Koweit et l'Afghanistan ont fait comme la Biélorussie.

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Les Hibères caucasiens et le souvenir de Jason

9 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020509gagra.JPGPlutôt que de vous perdre dans les méandres de la fiche Wikipédia sur l'histoire de l'Ibérie (que Pierre Grimal en 1990 orthographiait Hibérie) dans la Caucase, voici un extrait des Annales (livre VI, chapitre XXXIV) qui en dit long sur l'importance du souvenir de Jason et de l'épopée de la Toison d'Or dans l'image que les Hibères avaient d'eux-mêmes en 35 après JC.

 

"Enfin les Parthes, peu faits à souffrir l'outrage, entourent leur roi et lui demandent le combat. Toute leur force consistait en cavalerie. Pour Pharasmanès, il avait aussi des gens de pied. (2) Car les Ibériens et les Albaniens, habitant un pays de montagnes, supportent mieux une vie dure et des travaux pénibles. Ils se disent issus de ces Thessaliens qui suivirent Jason, lorsque après avoir enlevé Médée et en avoir eu des enfants il revint, à la mort d'Éétès, occuper son palais désert et donner un maître à Colchos. Le nom de ce héros se retrouve partout dans le pays, et l'oracle de Phrixus y est révéré. On n'oserait y sacrifier un bélier, animal sur lequel ils croient que Phrixus passa la mer, ou dont peut-être l'image décorait son vaisseau. (3) Les deux armées rangées en bataille, le Parthe vante à ses guerriers l'éclat des Arsacides, et demande ce que peuvent, contre une nation maîtresse de l'Orient, l'Ibérien sans gloire et ses vils mercenaires. Pharasmanès rappelle aux siens qu'ils n'ont jamais subi le joug des Parthes; que, plus leur entreprise est grande, plus elle offre de gloire au vainqueur, de honte et de péril au lâche qui fuirait. Et il leur montre, de son côté, des bataillons hérissés de fer, du côté de l'ennemi, des Mèdes chamarrés d'or; ici des soldats, là une proie à saisir. "

 

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Le livre sur l'Abkhazie qui éclipsera le mien

15 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020569J'informe mes lecteurs de la présentation de l'ouvrage "Voyage au pays des Abkhazes" (éditions Cartouche) du correspondant du Figaro et de RFI Régis Genté à la Maison d'Europe et d'Orient dans le 12ème arrondissement de Paris lundi prochain à 19 h 30. M. Genté disposant d'un meilleur réseau que moi (en ce qui me concerne je n'ai même pas fait une présentation publique de mon livre), il ne fait aucun doute que son travail fera oublier l'existence du mien sur le même sujet (voire de celui de Léon Colm dont je ne sais pas trop quel écho il a reçu à Paris lors de sa publication en 2009). Il s'agit là d'un simple constat bien sûr, qui n'est assorti d'aucun regret car les mondanités intellectuelles parisiennes tout comme le devenir de mes livres me laissent assez indifférent.

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Les îles du Pacifique et l'Abkhazie

17 Avril 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

abkhazieA signaler (et c'est d'une importance capitale pour la France !!!!!) une interview du ministre des affaires étrangères d'Abkhazie dans Ria Novosti aujourd'hui.

 

On y aP1020569pprend que Nauru, Tuvalu et Vanuatu ont reconnu l'Abkhazie et que les îels Fidji pourraient suivre (notez que l'évolution de ces pays est très étrange, Fidji en ce moment fait l'objet de très forts investissements chinois, je me demande si l'Oncle Sam n'est pas en train de perdre le Pacifique). On y apprend aussi que les négociations sont plus difficiles avec les pays de l'Alba (seuls le Venezuela et le Nicaragua avaient franchi le cap en 2009)

 

Bon qui est volontaire pour aller mener une expérience politique utopique  au Vanuatu ou à Nauru ?

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