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Le blog de Frédéric Delorca

Rencontres

30 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Jeudi prochain je fais se rencontrer M. Tonneau et des jeunes rebelles de banlieue. Je pressens l'échec. En fait, j'ai à l'esprit chaque séquence du film de l'échec de cette rencontre, aussi clairement que j'avais à l'esprit, il y a un mois, quand nous avons planifié tout cela, le film du succès : cette success story qui aurait pu annoncer des recompositions pour le prochaines élections.

 

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Il n'est pas facile de provoquer des rencontres, de fédérer des énergies, même quand on perçoit des dénominateurs communs potentiels.

 

Dans mes fonctions en banlieue, j'apprends beaucoup de choses sur la rhétorique politique, mais aussi sur le fait de travailler au quotidien avec les gens, de cultiver la confiance avec eux. C'est un rythme très différent de celui des intellectuels (universitaires, journalistes). L'engagement politique dont j'ai témoigné jusqu'ici était celui d'un intello, et spécialement d'un intello qui prèche souvent dans le désert. Je ne suis pas sûr que c'est sur ce mode là qu'on fait le mieux avancer les choses.

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La guerre d'Indochine de Choron

30 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1950-75 : Auteurs et personnalités

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La ley del deseo

29 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

habana-club.jpgJe ne sais pas pourquoi quand j'ai cliqué sur mon blog, la barre en haut me proposait des blogs que j'étais susceptible "d'aimer aussi". Le premier blog de la liste était celui-ci, "le blog de Ludivine". Rien à voir pourtant avec le présent blog. Pourquoi Overblog le propose-t-il ? J'en ai lu les premières pages. Je l'ai trouvé horrible. Je trouve atroce que des gens puissent s'infliger pendant 15 ans ce que cette femme raconte. Certains passages me rappellent quelques souvenirs personnels. Mais heureusement je ne suis jamais allé aussi loin que ce qui nous est raconté là. En même temps on ne peut pas dire que ça n'arrive qu'aux autres, que ce ne sont pas que des histoires de paumés. Nous sommes nombreux à pouvoir être hapés dans les engrenages décrits là, à ne pas pouvoir dire "ce ne sera jamais moi". Le plus étrange est que beaucoup vous diront qu'on n'a pas "vraiment vécu" si l'on n'a pas connu au moins une part de la folie que ce blog raconte. Et pourtant je connais beaucoup de gens qui vivent très bien sans ça, qui ne comprendraient même pas qu'on puisse se torturer dans des schémas de cette sorte. Affaire d'hormones, de construction de l'enfance. Qui est le plus homme ? Celui qui collectionne des maitresses sur fond de mensonge ou celui qui élève tranquillement ses gosses en allant bricoler au fond de son jardin quand la vie de famille lui pèse un peu trop ? Qui est le plus femme ? La bonne mère sans histoire ? La croqueuse d'hommes qui collectionne les vîts ? L'éternelle maîtresse de l'homme éternellement fuyant comme cette Ludivine et ses fantômes atroces ? "Tout est dans la nature, même l'anti-nature" comme disait le divin Marquis. Certains destins humains font quand même froid dans le dos.

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Les nuances, le sens de la stratégie

28 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Audrey Pulvar est bonne quand elle attaque Guerlain, nulle quand elle défend Pujadas contre Mélenchon.
Mélenchon est bon quand il défend le dossier des retraites, mauvais quand il joue la laïcardise contre le droit de porter le voile.
Les Verts sont bons quand ils prennent fait et cause pour la Palestine (ceux qui l'osent encore), mauvais quand ils nomment Eva Joly (naguère proche du Modem) candidate à leur élection présidentielle.

Les Pro-Palestiniens sont bons quand ils défendent Gaza, mauvais quand leur anti-sionisme prend des tournures obsessionnelles.

Carle est bon quand il pousse Montebourg à descendre TF1, mauvais quand il cultive son image d'éternel ado utopiste à la Besancenot (ce qui est une forme d'irresponsabilité politique et de trahison de son époque).

Notre époque est meilleure que celle des années 1998-2000 en ceci qu'elle ne se fait plus guère d'illusion sur le néo-libéralisme et sur les chocs des empires qui nous attendent., pire en ceci que les gens sont passés de l'enthousiasme néo-colonial à l'aigreur potentiellement porteuse de toute sorte de fascismes.

Tout n'est jamais monolithique ni dans un sens ni dans l'autre.

 

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Le plus triste de notre temps reste quand même l'absence de sens pratique (stratégique si l'on veut) de nos politiciens et des gens qui, derrière eux, devraient les pousser davantage sur cette voie.

 

Je n'ai pas aimé quand Mélenchon disait l'an dernier "le Front de gauche fait 6% c'est merveilleux !", et je n'aime pas que cette année il dise "on a fait une collecte à Beaubourg, les gens ont donné 6 000 euros pour les grévistes, c'est merveilleux !"
 
6 000 euros ... pourquoi se sont ils contentés de 6 000 euros ? pourquoi personne n'est allé engueuler Mélenchon pour lui dire que c'était trop peu ? Pourquoi l'idée d'une caisse pour les grévistes n'est elle pas née en septembre ? (moi j'en parle depuis plus d'un mois)
 
Parce que les gens ne veulent PAS se donner les moyens collectifs de leurs ambitions. Le gréviste éprouve un petit plaisir narcissique à se dire qu'il a perdu 3 fois 150 euros pour rien. Mélenchon aussi à dire qu'il a fait sa petite collecte. C'est comme le refus d'envisager la sortie de l'Union européenne. Les gens aiment les postures, mais pas les moyens de réussir.

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Kaboul, Abou Grahib, Paris. Histoires de viols et d'impunité

28 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

On reparle beaucoup en ce moment des horreurs commises par les soldats américains en Irak et en Afghanistan, pas seulement à cause de Wikileaks (sur lequel j'ai un avis très réservé). Au passage je découvre cette affirmation "30% of women serving in Iraq are raped". Il y a eu un débat aux USA sur ce phénomène, mais peu d'échos en France : les femmes militaires (surtout les femmes latinos, on est toujours dans le colonialisme, don't forget it !) objets sexuels de leurs collègues. Quelques sites s'essaient à l'exercice de mettre des images sur cette réalité, notamment sur les viols de femmes et d'enfants à Abou Grahib. Exercice périlleux, ambigu. Ne serait-ce que parce qu'elles sont souvent fausses. De toute façon, les images ne servent jamais à rien. On pourrait croire qu'elles ajoutent de la réalité aux mots, mais Baudrillard le soulignait déjà à propos de celles de la guerre du Vietnam : elles paralysent la pensée, et enferment dans leur propre virtualité.

 

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Il y a les viols directs par les soldats. Et puis il y a les violences faites aux femmes qui ne sont que la conséquence indirecte de la militarisation générale de la société. A propos de l'Afghanistan je lis ceci : "There has been a rapid rise in the number of self-immolations ' women burning themselves to death' in Afghanistan in the past three years, to escape the violence that pervades many women's lives under the nine-year US occupation". On ne peut pas innocenter les troupes d'occupation en disant que dans ces pays là le viol est de toute façon habituel. Le viol par un occupant qui ne se comporterait pas de la sorte s'il était chez lui, et qui, de toute façon, n'a rien à faire là, ajoute une dimension particulière au crime.

 

Je l'ai déjà évoqué dans mon commentaire d'Une femme à Berlin en 2008, on peut se demander ce que deviennent ensuite ces sociétés où le viol fut massif, et où le silence sur le crime devient la règle. On peut aussi se demander ce que deviennent nos sociétés qui "oublient" si facilement Abou Grahib, et qui chantent la gloire d'Obama (qui pourtant ne tient aucune de ses promesses sur l'Irak et sur l'Afghanistan).

 

Le crime est complètement banalisé et le criminel absout dès lors qu'il appartient aux pays riches et dominateurs.

 

Je ne sais pas pourquoi je pense à l'instant au slogan "Le Medef m'encule la CFDT lubrifie", à l'heure où la mobilisation sur les retraites faiblit. Là aussi il est question de viol, même s'il est symbolique. Là aussi le violeur est absout. La fraude, le mensonge, vont sans doute triompher sur ce dossier là, et les gens vont s'en accommoder, en prenant juste un peu plus d'anti-dépresseurs. Pas étonnant qu'après avoir capitulé pour défendre leurs droits sociaux, ils ne se soucient guère des Irakiennes violées. C'est un drôle de monde vraiment. L'atmosphère n'y est guère respirable. Sauf à fermer les yeux. Les gens heureux que je connais ont fait ce choix là. Ils lisent Le Monde et Libé, regardent Canal+ (voire TF1) et ils vont bien.

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Wikileaks et autres news

27 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

De bonnes choses sur Internet aujourd'hui : des articles contre Wikileaks, en français et en espagnol (Wikileaks vu du Venezuela). Voir aussi cet article sur le fait que Wikileaks veut se "racheter" en publiant sur la Chine et la Russie.

 

Intéressante la lettre de Felicity Arbuthnot (une sorte de Diana Johnstone du Proche Orient) pour demander au Pape d'agir contre la pendaison de Tarek Aziz en Irak.

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Les nouvelles tristes : la mort de l'ex-président argentin Nestor Kirchner, l'épidémie de choléra au Nord d'Haïti, les tristes propos de Taguieff sur Hessel. 

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Dîners parisiens

26 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Dîné hier soir (lundi) dans le Marais avec ce garçon, Olivier Nicklaus, un homme vraiment charmant que j'apprécie beaucoup même si nos itinéraires divergent énormément (peut-être parce qu'ils diffèrent justement). Le système français produit aujourd'hui des inspecteurs généraux des finances (quelques uns du moins) et des journalistes branchés GENTILS (pas arrogants, honnêtes, ouverts, intelligents, qui inspirent confiance)... Ce qui eût été impensable il y a 20 ans !

 

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Quelques cartes postales du mouvement social

25 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

La réquisition par la force (illégale) de la raffinerie de Grandpuits

 

 

Les manifestatnts retenus pendant 5 heures et gazés aux lacrymo place Bellecour à Lyon

 

 

 

Sur l'ambiance sur cette place à ce moment-là, voir ceci.

Sur un traquenard à Paris lire ça.

 

Quelques violences à Lorient

 

 




M. Mélenchon accuse la police de jeter des pierres et casser des vitrines

 

 



Le discours de M. Brard (app.PCF) qui ressuscite le patriotisme français autour des grèves (avec un vocabulaire un peu/beaucoup catholique).

 

 
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"The smell of sex" au Liban

24 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

sncf.jpgJ'écoute France culture ce soir. Ca ne m'arrive pas souvent. L'émission s'appelle The smell of sex. Un documentaire de Danielle Arbid, enregistré au Liban. Les jeunes gens décrivent leurs copulations avec des mots très libres. De l'arabe mêlé d'anglais quand il s'agit de dire "doggy style", "blowjob", "taboo". La bourgeoisie de Beyrouth sans doute. Pas grand chose à voir avec le Liban de Genet dans les années 80. Rien à voir non plus avec le Liban résistant du Hezbollah. A moins que... Est-ce que ça se complète ? Cette guerre toujours possible et la sexualité libre ? On ne peut pas trop savoir à travers le flot de mots du documentaire. Je ne pense pas que les sociologues travaillent là-dessus.Mais les mots surprennent venant du Moyen-Orient. Les pratiques qu'ils évoquent aussi.

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Marx, Foucault, Habermas, leurs lecteurs indiens, Darwin

19 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Un collègue me passe, de temps en temps, "Actuel Marx", ce qui a le mérite de m'obliger à revenir un peu à la philosophie - ce que je n'ai guère fait sérieusement depuis la publication de mon livre sur Nietzsche en 2004.

 

J'y retrouve toutes sortes de considérations - de déviations et d'enrichissement - du marxisme contemporain qui va chercher du côté de Gramsci, d'Habermas, de Foucault, de Derrida et même de Banjamin des moyens d'assouplir et de complexifier ce qu'il y eut de trop mécanique dans le léninisme ou d'autres versions de ce courant.

 

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Il faudra un jour que je revienne à la question du marxisme qui ne peut pas être balayée d'un revers de main. Je continue de penser qu'il y a un problème fondamental dans le marxisme, c'est son héritage hegelien. C'est une manière de traiter en des termes métaphysiques l'activité sociale humaine en forgeant des concepts totalisants autour des rapports sociaux comme la métaphysique classique en forgeait sur la nature des choses (sur l' "être" pour parler vite).

 

L'héritage métaphysique est un biais de la pensée, quoique Marx ait tenté de le corriger par la mobilisation de connaissances plus empiriques comme en fournit la science économique par exemple.

 

En même temps, je ne partage pas le radicalisme d'un Bricmont selon lequel faire de la philosophie serait superflu, ou ne servirait à la rigueur qu'à se prémunir de la (mauvaise) philosophie des autres.

 

Or la philosophie peut-elle complètement éviter les totalisation hasardeuses ? Dans Marx il y a sans doute à sauver la valorisation du substrat matériel comme condition de possibilité des représentations et du devenir politique (à condition de corriger Marx par Gramsci, l'Ecole de Francfort, et même Bourdieu pour rendre à la sphère intellectuelle une autonomie partielle), et la problématique de l'aliénation de l'individu dans son travail, celle de la domination de classe, des possibilités d'émancipation par sa subversion, d'une certaine "dialectique" qui se joue dans les dépendances mutuelles entre dominants et dominés (à condition de ne pas sacraliser cette dialectique, et d'éclaircir ces notions floues de dominants et dominés, que j'emprunte d'ailleurs plus à Bourdieu qu'à Marx), peut-être aussi la réflexion sur la fétichisation.

 

Mais il faut ménager dans l'étude des relation sociales des aspects qui transcendent l'historicité des rapports de forces pour s'ancrer dans une historicité plus lente - celle de l'évolution naturelle. Tel est le cas notamment des rapports de genre, du sens de l'éthique et de la justice, de la rationalité théorique ou pragmatique. De ce point de vue là par exemple j'approuve l'effort de l'Allemande Sonja Buckel dans Actuel Marx du premier semestre 2010 pour - à partir de Gramsci et de Luhmann - dégager une autonomie relative de la forme juridique comme espace intellectuel potentiellement disponible pour une appropriation par les dominés (mais alors il faudrait remonter jusqu'à la transcendance du sens de la justice et de l'éthique chez l'humain, transcendance que l'article suivant de Massimiliano Tomba va chercher dans les apories d'une politique abandonnée à ses propres valeurs mais qu'il faut ancrer dans les dispositions neuronales du cerveau comme le fait Dawkins). Je pose ceci en précisant que je reste malgré tout assez réservé devant l'enthousiasme contemporain pour le néo-darwinisme, et d'autant plus sceptique lorsque je lis Fodor. Au fait : Marx a beaucoup aimé les livres de Darwin, paraît-il.

 

Un texte intéressant aussi dans cet Actuel Marx n°47, celui de l'indien Ranabir Samaddar "Lire Foucault à l'ère postcoloniale" qui explique étrangement que les marxistes indiens pouvaient moins adhérer aux théories du dernier Foucault sur la gouvernementalité et la biopolitique parce que cette forme là (non disciplinaire) de la modernité ne fonctionne pas dans les pays du Sud.

 

1majmumbai.jpgLes marxistes indiens m'intriguent toujours. Cela me fait penser qu'en février dernier (comme le temps passe !) je voulais vous dire un mot de "Can subaltern speak" de Gayatri Chakravorty Spivak, un livre indien qui critique encore plus vertement le foucaldisme. J'avais jeté quelques notes dans le brouillon de ce blog mais n'avais pas pu les publier. Il s'agit d'un ouvrage assez ancien (1988) récemment republié, dans une traduction française d'un certain Jérôme Vidal (le sieur Sébastien-Budgen-de-Cambridge-et-de-la-LCR, que j'ai rencontré en 2006 pour la publication de l'Atlas alternatif en anglais, a aussi trempé dans cette entreprise). Ce genre de texte est une bible des postcolonial studies aux Etats-Unis, et, pour cette raison, il est aussi cité par certains petits bourgeois intellectualisants de la mouvance des Indigènes de la République.

Spivak, qui est une grande lectrice et traductrice de Derrida à Columbia University, commence par une attaque en règle contre les théories de Foucault et de Deleuze qui, selon elle, en introduisant une vision totalisante du désir et du pouvoir, et en refusant l'idée qu'une idéologie de classe; pouvaient tromper les opprimés. Elles réintroduisent, dit-elle, une forme de subjectivité politique homogène, non probématique, qui désarme toute possibilité de révolte collective (Spivak estime même que Foucault et Deleuze de ce fait s'excluent de la gauche, et font le jeu du système capitaliste et colonialiste, tout comme le positivisme scientifique, en s'en remettant à l'expérience des acteurs).

Pour contrer cette vision de l'ordre politique, Spivak fait un retour par Marx, un Marx relu par Derrida dans lequel le "négatif" serait à l'oeuvre dans les consciences de classes au point de défaire toute subjectivité politique possible, au moins au niveau individuel, tandis que la composition de consciences de classes collectives serait une construction artefactuelle à rechercher à travers des procédures discursives.

Spivak reproche ainsi à Foucault d'avoir construit le sujet colonial comme un grand Autre en le dépossédant du coup de toute possibilité de se construire en sujet politique.

Je n'aime pas beaucoup cette inspiration intellectualiste derridienne qui, tout en refusant le logocentrisme, pense le monde comme texte et abuse de métaphore graphologiques : par exemple "le sous-texte du récit palimpsestique de l'impérialisme" (p. 38). Ce n'est pas seulement un problème stylistique : c'est un biais dans la façon de poser le problème lui-même. Il s'agit toujours de réintroduire le maître du texte (les petits intellectuels de la LCR, du PIR ou de Colombia university) dans le rôle des éclaireurs, ce que Foucault et Deleuze avaient au moins eu le mérite de vouloir briser. Mais je pressens aussi bien à travers Spivak qu'à travers Samaddar que les sociétés postcoloniales dans la problématique spécifique de leur émancipation sur fond d'une aliénation radicale - qui est celle de l'oblitération pure et simple de leur passé par le colonisateur - ont en effet de sérieuses objections à adresser au foucaldisme européen et à toute critique sociale qui prétendrait s'en inspirer.

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Quelques vidéos : Woerth-Bettencourt, Minc-Mathieu

18 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

Woerth-Bettencourt, une petite vidéo qui fait rire jaune. Minc-Mathieu c'est carrément glauque : surtout la façon dont Minc interrompt Mathieu (qui ne lui avait pas coupé la parole) et cherche à le prendre de haut jusqu'au bout. Bourdieu toujours d'actualité sur ce coup là. Heureusement le syndicaliste a du répondant.

 

Je ne sais pas pourquoi ça me fait penser au film "Hors la loi" que j'ai vu récemment et qui a beaucoup de qualités mais un défaut : il place sur un pied d'égalité la violence de la police française en 1960 et celle du FLN. Or il y avait une hiérarchie du mépris entre la France et les Algériens de l'époque, qui condamnait les dominés à la violence. Les dominants eux, avaient d'autant moins le droit d'entrer dans la spirale - par le biais de paramilitaires - que leur police était justement censée être gardienne de la loi... Tenir la balance égale entre le FLN et la police française est aussi peu correct que le "ni ni" appliqué à la Palestine et à tant d'autres situations d'injustice dans le monde...

 

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Les vérités de Mélenchon et le fonds de solidarité avec les grévistes

14 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Quelques vérités bonnes à entendre :

 

 

 

Notez aussi la proposition d'un fonds de solidarité avec les grévistes sur http://www.retraites-enjeux-debats.org/spip.php?article411

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A propos des manifs (suite)

13 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Programme pour une gauche décomplexée

Un ami marxiste m'écrit : "Dans la situation actuelle, je ne vois que deux aboutissements à terme : l'effilochement ou la grève générale et totale, genre mai 1968, ...qui permettrait d'annuler aussi toutes les dettes (qui aujourd'hui vont paralyser le mouvement : les gens sont étranglés par les rembourements de crédits). Grève insurrectionnelle de fait donc, "illégale", pour défaire le droit bourgeois au moins à cette étape, sur la question des dettes. Exiger de renflouer les surendettés comme le gouvernement a renfloué les banques.
 
Je pense que le prochain cheval de bataille de la lutte de classes devrait être le combat contre le crédit, l'usure et le surendettement. D'abord sur le terrains des aides auprès des personnes concernées, concrètement, puis de leur mobilisation pour une annulation des dettes et une suppression des taux de crédit usuraires ...bref une lutte contre l'essence même du capitalisme .."

 

L'argument est intéressant. On peut admettre, même sans être marxiste (je ne le suis guère pour ma part), que la base matérielle joue un rôle très important dans les grèves, même si elle n'est pas l'unique facteur.

 

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Pour ma part, je maintiens comme je le disais hier qu'on est à un point intéressant de la dramaturgie de l'histoire du peuple français. C'est sans doute une des dernières fois (une des dernières avant un hypothétique grand effondrement financier, mais ça nul ne sait s'il arrivera) où les Français peuvent tenter d'agir sur leur destin collectif par une action de masse, avant de tomber complètement dans le désespoir capitaliste (les dettes, la marchandisation de tout, l'atomisation, le cynisme généralisé).

 

Je crois qu'ils en ont obscurément conscience. Cette mobilisation ils ne peuvent pas se permettre de se la faire voler. En même temps leurs "élites" (à gauche) sont incapables de donner une forme quelconque à leur combat (même pas l'option "chaviste" de Mélenchon, qui est pourtant la moins mauvaise à gauche).

 

Ca ne peut basculer dans l'insurrection (la grève générale) que si la violence s'installe : contre les manifestants, contre les policiers etc, et surtout si la violence d'Etat empêche les classes moyennes de se coaliser derrière Sarkozy contre les "radicaux". L'entrée en lice des jeunes peut être un facteur d'introduction de cette violence. A condition que ceux-ci soient motivés pour faire payer à Sarko, à travers la question des retraites, tous les mauvais coups qui leur ont été infligés depuis des années (autonomie des universités et autre "réformes" anti-jeunes). Mais la retraite, sujet très éloigné des préoccupations d'un jeune de 20 ans, n'est pas forcément le meilleur thème... Heureusement Ségolène, toujours plus atypique que les caciques du PS, sait les remobiliser (cf ci-dessous).

 

Donc pour ma part je pense que la balance penche plutôt du côté d'un pourrissement de la situation à la grecque (avec tous les effets de désagrégation du lien social à long terme que ça impliquera) plutôt que de "re-gauchisation" même timide de la société (sans même parler d'insurrection) telle qu'on l'avait connue à la fin des années 1990. Mais il ne faut jamais parier sur le négatif. Donc voyons ce qui va "s'inventer" dans les semaines qui viennent.

 

 

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Jour de mobilisation

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

3 millions et demi de personnes étaient mobilisées aujourd'hui. La jeunesse commence à être au rendez-vous. Quelle Forme va prendre ce mouvement ? Les leaders de l'opposition sont-ils capables d'en faire une alternative poltique ? Ou tout cela va-t-il couler lamentablement dans le cynisme globalisé, comme il y a deux ans la révolte de la gauche alternative grecque ?

 

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Les gens qui descendent dans la rue aujourd'hui jouent leurs dernières cartouches, surmontent pour la dernière fois peut-être le lavage de cerveau ambiant qui les rive à une logique de survie et de fascination pour la trivialité, suspendus à leurs crédits bancaires, au mélange de peur du lendemain (peur de perdre son emploi, peur de la dégradation de l'éducation et des services publics pour ses enfants), de peur de l'autre, de ses voiles, de ses particularismes, de la violence (qui n'est pas qu'un épouvantail médiatique) et de dépendance à la consommation, aux technologies, à la fuite en avant. Une dernière fois peut-être les gens s'indignent, pointent vers la possibilité d'une société plus juste, plus vraie, plus solidaire.

 

Trop de "culture du larbin" (comme dit le pseudo-professeur Mehlang Chang), trop de magouilles, de tours de passe-passe, de foutage de gueule généralisé éveillent en eux ce dernier réflexe. Tout le monde pressent que quelque chose peut se passer, là, dans les semaines qui viennent. Quelque chose. Et peut-être aussi rien du tout. Un Strauss-Kahn, un FMI ex-machina peut juste venir calmer tout le monde, comme l'avait fait la "gauche plurielle" sans idée en 1997 après le grand mouvement de 95. Des choses peuvent bouger... ou bien tout le monde peut rentrer bredouille dans ses chaumières, embobiné,  floué, une fois de plus. C'est quitte ou double. Le grand Jeu de l'Histoire, une fois de plus.

 

Les boues toxiques de Hongrie, les grandes envolées pour la liberté d'expression en Chine ou en Iran ne peuvent plus détourner l'attention des Français de ce qu'il se passe à leur porte : de ces employés des raffineries et des ports autonomes qui arrêtent le travail, des lycéens qui descendent dans la rue. Ils peuvent aujourd'hui changer quelque chose dans leur société, cesser de jouir du fatalisme obscène, de la résignation, se réapproprier quelque chose de leur liberté collective spoliée. Le coulées de boue en Hongrie ne le leur fera pas oublier.

 

Que vont-ils faire ? Que peuvent-ils faire pour tracer leur sillon sans que les élites les trahissent ? Quel sera ce sillon ? Qui va le dessiner ? Ces questions sont derrière toutes le têtes ce soir. Et bizarrement personne n'ose les poser explicitement. On se demande juste s'il y aura des incidents, si le gouvernement remettra la réforme des retraites dans le circuit de la négociation sur des bases plus saines. Comme si renégocier la réforme était l'oméga, non l'alpha, comme si cela n'impliquait pas, aussi, une remise en cause profonde du mode de fonctionnement mondial, européen et national d'un modèle néo-libéral imposé systématiquement "par en haut". Quel chemin l'audace et l'imagination peuvent maintenant se frayer dans le choeur de mécontentements qui commence à faire boule de neige ? Et quel sens des responsabilités et du réel peut donner à ce chemin les moyens d'aboutir à une inversion durable dans notre pays, du rapport capital/travail, entourloupe/honnêteté, mépris/respect des gens, asservissement/liberté ? Voilà comment il faut maintenant formuler les questions pour les semaines qui viennent.

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