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Le blog de Frédéric Delorca

Un mot de Voltaire

30 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XVIIIe siècle - Auteurs et personnalités

"Qui n'a pas l'esprit de son âge

De son âge a tout le malheur"

 

(Voltaire cité par Schopenhauer)

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Graine d'élite

29 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Discussion avec une diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix (2002) avant hier :

 

csto-copie-1.png

Moi - "L'Abkhazie est un Etat autoproclamé du Caucase qui a été ravagé par une guerre en 1992.

Elle - C'est une conséquence de l'éclatement de la Yougoslavie ?

Moi - Non, c'est dans le Caucase.

Elle - Et ce n'est pas lié à l'éclatement de la Yougoslavie ?

Moi - Ben non, la Yougoslavie c'est dans les Balkans"

 

Elle m'a parlé de la Russie : "Je rêve de m'y rendre. La Russie, c'est une race à part entière. Vous voyez, déjà le fait qu'ils se soient séparés de l'Eglise catholique, c'est bien le signe qu'ils étaient différents.

Moi - Ils n'ont pas trop eu le choix, puisqu'ils ont été évangélisés par les Grecs. Ce ne sont pas les Russes qui ont provoqué le schisme avec Rome. Ce sont les Grecs qui se sont séparés bien avant que les Russes ne soient convertis au christianisme.

Elle - Mais les Grecs sont catholiques pas orthodoxes ! euh... ah oui, non, vous avez raison."

 

Au chapitre sociologie ce fut un petit peu mieux : "Ah vous êtes sociologue ? Vous êtes individualiste ou holiste ? Moi j'ai été terriblement émue à la mort de Bourdieu. Bon, je ne l'ai jamais lu parce que quand même c'est indigeste à lire. Mais j'ai quand même été très émue."

 

Moi "- Vous avez déjà entendu parler de Noam Chomsky ?

Elle - Non, c'est qui ?"

 

Pourtant la fille se disait rationaliste, et prétend préparer l'écriture d'un livre. Vous allez me dire que ce n'est banal : dans le monde actuel tout le monde prépare un livre, estime être à même d'avoir un grade supérieur partout où il est, n'aime pas trop regarder en face ses limites. C'est la règle du jeu social... Pour que ça marche, il suffit juste d'éviter de causer avec des gens qui savent trop de choses, des gens rasoirs. C'est la règle du jeu...

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odium humani generis

29 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

penan.gifUn certain Caleb Irri écrit à propos des théories de la décroissance : "je ne peux me satisfaire d’une théorie qui frustre les désirs et les espoirs d’un monde meilleur, sans lesquels il est vain de vouloir perpétuer l’espèce humaine". L'article ne dit par ailleurs à peu près rien sauf "d'accord il ne faut pas trop exploiter la nature, mais on peut bien arriver à continuer à produire sans surexploiter, abolissons l'argent", et donc j'en déconseille la lecture, mais ce qui m'intéresse c'est la phrase que je viens de citer sur la perpétuation de l'espèce humaine. Voilà au moins un auteur qui dit tout haut ce que l'extrême gauche pense tout bas : l'humanité peut disparaître si elle n'a pas les moyens de réaliser ses utopies. Ca a un côté polpotiste, et cela porte surtout la marque d'un nihilisme profond, d'une haine de la vie, dont je n'avais jusque là jamais remarqué la violence - mais que Nietzsche, lui, avait identifiée dans les utopismes de son époque, quoique lui-même en ait parfois partagé certains traits. L'humanité ne mérite pas de vivre et de se reproduire s'il n'y a pas d'utopie dans son horizon ? Tiens donc ! Veut-on dire par là que l'animal humain est nécessairement inadapté au monde où il vit ? que son évolution darwinienne aurait échoué de sorte que l'humain ne peut plus vivre que dans l'attente angoissée de son propre dépassement ? Quand je vois mon fils grandir j'aurais plutôt le sentiment inverse. Il est extrêmement grave de proférer ce genre d'accusation. Veut-on dire que les trois quarts de l'humanité qui n'ont aucune utopie politique concrète et les neuf dixièmes (voire plus) des humains qui nous ont précédés sont des erreurs de la nature ? On accuse souvent les écologistes conservateurs de détester, au fond, l'humanité et de ne voir en elle qu'un parasite d'une Nature idéalisée. Mais on peut en dire autant des anti-écolos utopistes qui conditionnent leur sympathie pour l'humanité à son adhésion à leurs projets politiques fumeux. Il est au moins un domaine dans lequel l'humain excelle (et notamment ceux des humains qui prétendent expliquer aux autres ce qu'il faut croire et ce qu'il faut pensée) : c'est dans la haine globale de sa propre espèce...

 

 

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Interview de Denise Albert

26 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Interviews-reportages vidéos réalisés par FD

Voici l'extrait d'une interview que j'ai réalisée avec deux camarades en Seine-Saint-Denis en décembre dernier de Denise Albert, ancienne résistante FTP. J'essaie de faire un petit bouquin à partir de cette interview.

 

 

 

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'Ta logo

24 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

sncf.jpgBon, allez, je me casse en weekend. Ne vous fatiguez plus à vous connecter à ce blog, encore moins à le commenter - de toute façon, ça, y a pas grand monde qui s'y essaie, bande de lecteurs ingrats bouffés par le nihilisme du virtuel ! Allez plutôt traîner dans les rues, s'il n'y pleut pas trop, et si les gens ne vous gonflent pas trop avec leurs téléphones portables. Tshaw !

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Le Ciph, Big in Japan

23 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je voulais écrire quelque chose sur l'émission consacrée hier par Arte à Françoise Hardy. Françoise Hardy qui fit rêver Mick Jagger et David Bowie. Cette femme un peu androgyne, ces corps des années 60 qui avaient si peu de courbes comparés à aujourd'hui : le visage, le regard, le style, tout le charme féminin était là-dedans à l'époque. Une époque tellement portée vers la spiritualité quand on y songe, même dans son désir d'amusement. D'autant que je regardais une vidéo de Blondie de 1979. Autre féminité, américaine, qui se veut plus physique, qui joue avec ses cheveux. Mais encore si éloignée de celle que l'on prise aujourd'hui. Il est bon de conjuguer tous ces styles de féminité au pluriel. Et il y faudrait ajouter encore toutes celles qui ont disparu : les marquises du 18ème siècle, les femmes du néolithiques, etc. Mais voilà, au lieu d'écrire là-dessus, je feuillette You Tube. Et qu'est ce que je trouve ? Cette délicieuse bande annonce faite par des Japonais sur le collège international de philo (le Ciph que j'ai tant fréquenté à 20 ans). Ils filment ça comme nous filmons les temples bouddhistes. Regards croisés. Il manque à notre Ciph un Mishima pour écrire un roman dessus. A supposer bien sûr que le Ciph soit notre "Pavillon d'or". Bon allez, pour le plaisir je joins aussi une vidéo que je trouve idiote de Derrida (idiote car la catégorie de l'animal opposée au végétal est bel et bien justifiée, à condition bien sûr qu'on y inclue l'humain).

 

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Philosophie existentielle

21 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Si l'on se situe du point de vue de l'existence sensorielle brute, tout peut exister : Dieu, Satan, les anges, les dieux de tous les panthéons, les âmes errantes, les licornes, les êtres les plus improbables, idem le Paradis, l'Enfer, le Walhala, l'Atlantide etc.

 

Du point de vue de l'expérience rationnelle (de l'empirie corrigée par une réflexion cohérente), toutes ces croyances ne sont qu'illusion. La vie, est un phénomène chimique qui a pu apparaître ici (sur Terre) et en d'autres endroits de l'univers, qui est par essence limité dans ses possibilités (par les lois de la matière) et périssable dans le durée. La vie n'a pas de sens en dehors de son propre entretien et développement (via un usage raisonné du principe de plaisir) et sa reproduction. Chez l'humain la fonction symbolique (notamment le langage) concourt sur un mode spécifique au développement de la vie (avec des inconvénients eux aussi spécifiques).

 

Sur Terre, l'humain est hélas le seul animal qui, du fait de sa complexité, est susceptible de comprendre le mieux ses limites, et la relative absurdité d'une vie ainsi vouée au trépas (trépas individuel et disparition de l'espèce, voire de l'univers lui-même).

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Il n'y a aucune probabilité pour qu'un être surnaturel de quelque sorte éprouve le moindre intérêt pour les animaux nés sur terre (y compris l'humain) ni pour aucun phénomène vivant.

 

Voilà où s'arrête ce qu'on peut dire d'un point de vue rationnel. Après cela, il existe des questions auxquelles notre raison, façonnée par l'interaction avec la nature dans l'évolution darwinienne, est incapable de répondre. Ces questions sont : qu'est-ce que le temps ? pourquoi le temps ? qu'est-ce que l'espace ? pourquoi l'espace ? Pourquoi la matière est-elle apparue ? qu'y avait-il autour du point du bigbang si tout l'espace-temps était au début concentré en un point ? qu'y avait-il avant l'apparition de ce point ? Pourquoi des lois régissent-elles la matière ? Existe-t-il d'autres types de matière constitutives d'autres mondes que nous ne pouvont percevoir ? Voire des mondes qui ne seraient pas matériels ?

 

Aucune de ces questions ne permet de déduire a priori des réponses spiritualistes. Toute réponse spiritualiste est a priori suspecte d'anthropocentrisme (car l'hypothèse de l'existence de phénomèes spirituels est typiquement une production de l'esprit humain par amalgame et confusion de perceptions et de questionnements, comme l'a bien montré Dawkins). Et l'examen de ces questions, aporétique par définition, ne peut fonder aucun espoir pour l'existence humaine, ni aucun sens éthique particulier (sauf peut-être celui de la modestie pour notre espèce). Ces questions sont assez gratuites et n'auront jamais de réponse intelligible par le cerveau humain.

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Journée grise

21 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je corrige mon manuscrit sur le stoïcisme. Vous n'imaginez pas le boulot que c'est. Autrefois une correction c'était reprendre son texte, barrer des mots, en rajouter. Aujourd'hui, c'est faire ça au stylo, puis ensuite sur le traitement de texte rechercher les mots à changer, le faire. On y attrappe un mal de tête. Surtout quand c'est un manuscrit qu'on n'aime pas. Or comment aimer quelque chose sur lequel on travaille depuis 8 ans, et dont on ne parvient pas à se débarrasser ?

 

On est accablé par la naïveté, la prétention, de ce qu'on écrivait à 32 ans. Mais on sait qu'il est trop tard pour tout changer. On édulcore quand c'est possible. On essaie de rendre le texte moins lourd, moins con. Mais on sait que c'est foutu. On n'y parviendra pas. On voudrait tout jeter à la poubelle. On ne peut pas. Et tout ça pour quoi ? Pour trente, quarante lecteurs, qui de toute façon ne vous liront que de travers, avec beaucoup de malentendus à la clé. Pour la vanité de se dire "tiens la bibliothèque publique de Beaubourg a acheté mon bouquin" comme je l'ai remarqué pour mon livre "Abkhazie hier". Tu parles.

 

Je ne poursuis ce travail ingrat que pour le plaisir d'envoyer le document "word" en janvier à l'éditeur en me disant" ouf cette fois ci c'est la bonne, tout ce qui comptait est publié". Je sais qu'il n'y a au fond là que l'écho à de veilles croyance. L'écho à cette phrase de mon instit de CM1 qui lisait mes rédactions à sa classe en disant "C'est comme ça que Victor Hugo a commencé". C'était à l'automne 1979, le temps où la "graphosphère" l'emportait encore sur la "vidéosphère" comme disait Régis Debray. Le temps où on s'appliquait quand on parlait au micro, où on racontait des histoires, où les mots étaient importants. C'est peut-être cet imaginaire-là que je prolonge, une dernière fois, en m'astreignant à intégrer sur ce traitement de texte débile les corrections de mon manuscrit indigent.

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Pas de sujet

20 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Bon allez, vous avez raison : mon apologie de la psychologie évolutionniste et du rationalisme sur la question des "genres" n'était pas un bon sujet estival. Mais quoi ? je n'allais pas comme tous les autres vous parler une fois de plus de l'affaire bête-en-court. Surtout pas pour chanter la gloire de M. Plénel cmome certains osent faire. Je n'allais pas non plus vous parler de toutes ces histoires de communautarisation, ségrégation des territoires dont on reparle à propos des violences de Grenoble, ni du projet de loi sur les retraites adopté aujourd'hui devant l'assemblée nationale, ni de la baisse du niveau scolaire des enfants ni de tous ces sujets (toujours les mêmes au bout de 25 ans de néo-libéralisme) qui rendent notre époque déprimante et chargent d'un zeste de nostalgie supplémentaire la nouvelle du décès de Cécile Aubry (non rien à voir avec Martine).

 

 

Bon, il faut se rendre à l'évidence : il n'y a pas de bon sujet à traiter en ce moment. Je ne vous promettrai pas une nouvelle révolution sexuelle comme le fait Michel Onfray spécialiste des plats réchauffés au micro-onde, ni la glorieuse "société de l'information" remplie de vaillants cyber-citoyens "écoresponsables", cools et sympas et tout et tout, ni la fin du monde que prédit Castro. Je vous annonce juste plus d'inégalités, plus de tolérance pour la recherche cyique du fric, plus de haussements d'épaules, plus de fuites du pétrole dans le Golfe du Mexique et de gens qui meurent de faim un peu partout. Et encore plus de gens qui ont déjà oublié qui était président dela République il y a 4 ans, qui sont de plus en plus dans l'inconsistance et l'insignifiance, les velléités, les surréactions hystériques, le besoin de coconner son égo. Bref, vous pouvez partir en vacances tranquilles. Le monde ne fait que poursuivre, à un train de sénateur, son processus d'effilochage auquel nous ne sommes finalement que trop habitués. Rien qui puisse stimuler nos esprits fatigués, rien qui justifie vraiment, au fond que vous allumiez votre ordinateur (ce qui d'ailleurs pollue cette chère planète-qu'il-faut-fétichiser).

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Anarchisme et division sexuelle des rôles

19 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Bon, l'ambiance estivale ne se prête guère à l'écriture de longs billets. Mais puisqu'une blogueuse a bien voulu recommander le présent blog sur le sien, et commenter deux ou trois de mes billets, je dois lui rendre la politesse ici, en signalant son blog que vous retrouverez en cliquant .

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Cette dame est un peu plus anarchiste que moi (question d'âge peut-être), mais son article sur le "salut des femmes : peut-on refuser" dit à peu près ce que j'ai moi-même soutenu dans mes propres billets, sur la burqa par exemple.

 

Je n'émettrai des réserves que sur des formulations comme celle-ci :

 

"Une femme peut vivre seule. Peut élever ses enfants seule sans que ce soit un drame de la vie. Peut assumer sa sexualité sans être ni une frigide ni une chaudasse. Peut choisir d'être religieuse ou de ne pas l'être. Peut n'avoir aucun instinct maternel. Peut être aussi infecte qu'un gars aux mêmes fonctions de responsabilités. Peut être aussi compréhensive qu'un gars aux mêmes fonctions de responsabilités"

 

Ce qui me gêne dans ce genre de formulation, c'est qu'on ne sait jamais quel est le statut de ce "peut". Est-ce une liberté, un droit, inscrits dans un dispositif juridique précis ? ou bien est-on dans l'ordre de recensements : "dans le monde, il y a, il y a, il y a" ? Parle-t-on de normes ou parle-t-on de faits ?

 

Si l'on parle du droit, alors oui, je suis d'accord, les types de comportements décrits ci-dessus ne sauraient être déclarés illégaux.

 

Mais si l'on est dans l'ordre des descriptions, alors ça me fait penser à ce chapitre des Essais de Montaigne où il décrit toutes les coutumes que les Européens ont découvertes en Amérique. Ce genre d'inventaire à la Prévert provoque une sorte de vertige : il y a des gens qui tuent, il y a des gens qui rendent service, il y a des gens qui grimpent aux arbres etc. On en ressort toujours avec une sorte de vertige relativiste, et l'on finit par se demander : mais pourquoi n'y a-t-il pas plus de gens qui tuent, ou pourquoi la moitié des mères n'abandonnent-elles pas leurs enfants dans la rue (puisque la dame évoque les femmes sans instinct maternel) ? Et l'on en vient à se dire que c'est parce qu'un ordre social bien ficelé (et uniquement ça) fait pencher la balance dans l'autre sens, mais qu'après tout, tout pourrait être autrement (de là d'ailleurs à nourrir une vision complotiste dudit ordre social il n'y a qu'un pas).

 

Ce que j'ai beaucoup apprécié dans la psychologie évolutionniste anglo-saxonne (Helen Fisher, Steven Pinker etc), c'est qu'elle commençait toujours par recenser les comportements de la majorité des sociétés de tous les temps, pour dégager des invariants anthropologiques cohérents avec l'évolution darwinienne de notre espèce. Cette démarche est beaucoup plus rationnelle. Parce qu'elle permet d'expliquer 1) qu'effectivement dans la plupart des sociétés le meurtre et l'abandon d'enfants (par exemple) est vraiment très minoritaire et stigmatisé 2) que ce n'est pas seulement le conservatisme, le machisme, la prédominance d'une bourgeoisie ou que sais-je qui ont entraîné ce fait, mais seulement que, si l'humanité ne s'était pas elle-même sélectionnée pour que l'instinct de meurtre ou d'abandon des enfants n'y soient point minoritaires, l'humanité se serait tout simplement autodétruite, comme ces espèces animales qui avaient, qui des cornes trop lourdes, ou qui des ailes trop longues.

 

Ce retour au constat statistique et rationnel est très important pour avoir une vision "apaisée" tout autant que véridique de la condition humaine, une vision réaliste. Le constructivisme en sciences sociales au 20ème siècle l'a trop souvent ignoré, comme le stalinisme voulait ignorer les montagnes et les cours d'eau difficilement franchissables.

 

Et, sur la base de ce constat, il faut bien dire qu'il y a une division sexuelle des rôles qui fait que certaines femmes ont certaines choses que les hommes n'ont pas, et vice versa. Ce qui ne signifie nullement que la femme doit rester au fourneau à torcher les gosses tandis que l'homme va à la guerre, mais que, si on veut construire une société d'amazones (par exemple), ce qui peut-être un but tout à fait légitime sur quatre ou cinq générations par exemple, il ne faudra pas considérer comme une trop grosse anomalie le fait qu'une bonne partie de ces amazones voudront avoir un enfant passé un certain âge. Ce n'est pas faire preuve d'un' "essentialisme" conservateur que de dire cela, c'est juste envisager l'évolution des espèces sous un angle pragmatique et réaliste : on peut espérer faire vivre des bovins aux cornes trop lourdes, mais il faudra veiller à le faire en symbiose avec une évolution de leur environnement qui ne rende pas cette particularité trop douloureuse.

 

Un bon anarchiste me dira qu'il ne s'agit pas de produire une société d'amazone ni de bovins à six cornes, car la plupart des anarchistes sont trop paresseux pour réfléchir à ce que devrait être l'humain, et se satisfont donc du bonheur narcissique de se battre pour que chacun puisse être à peu près comme il veut - comme si ce "vouloir" là, si superficiel, si influencé par tant d'éléments était fort clair, fort sacré et fort immuable, ce qui est souvent loin d'être le cas) Je suis assez d'accord - je l'ai déjà dit plus haut - pour que chacun puisse faire ce qu'il veut dans la génération d'aujourd'hui. Mais la question est celle du long terme (que les anarchistes en général n'aiment pas aborder ou alors évoquent comme une sorte d'Eden abstrait). Nos enfants ont besoin qu'on leur présente certaines orientations comme bonnes, d'autres comme mauvaises (quitte à se rebeller ensuite contre ces qualificatifs). Contrairement au fantasme rousseauisto-lacaniens, ils ne viennent pas au monde tout armés d'une préscience qui rend leur éducation superflue. Quelle valeur insufflerons-nous à nos petites filles ? d'être de sanguinaires amazones ou des masseuses chinoises soumises et de dociles mères de famille ? Même s'il faut le maximum de nuances, et le maximum de prises en compte non seulement des dispositions individuelles innées, mais aussi des dispositions issues de l'évolution génétique de notre espèce, la question de la valeur ne peut pas être complètement occultée par un simple inventaire : "il y a, il y a, il y a".

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Savoir par le corps, savoir par l'âme : zwei Frauen

16 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Il y a quelque temps je vous ai parlé de Khadidjatou. J'ai rencontré deux femmes sur Paris au cours des derniers mois dans le cadre de me petites investigations sociologiques spontanées - disons qu'il s'agit de rencontres pour tenter de rester en prise avec la réalité sociale, je choisis des cas un peu atypique, l'atypisme révélant pour ainsi dire les "bords" du cadre dans lequel chacun compose le tableau de son existence, dans le slimites de ce qu'une société peut admettre (pour dire tout ça en des termes rapides et fort peu sociologiques).

 

Ces deux femmes, comme Khadidjatou, illustrent, je trouve, le Paris "globalisé" ou le Paris-monde de notre époque (encore du vocabulaire à la mode, j'ai lu que la Seine-Saint-Denis affirme être un département-monde, et Sevran une ville-monde parce que toutes les nationalités sont représentées).

 

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Il y a d'abord Yi, rencontrée par l'intermédiaire de l'Amateur de massages. Yi tient un salon de manucure dans le beaux quartiers. Mais elle fait aussi des massages. Apparemment quand on insiste un peu, on peut obtenir diverses choses : la finition du sexe à la main, bien sûr, mais aussi qu'elle vous masse toute nue. Elle en parle d'ailleur assez librement. Elle a une vraie connaissance des corps de ce qu'ils attendent, elle sait quel point du pied correspond au foie, quel point correspond à la colonne vertébrale. Difficile d'être plus "dans le corps" que cette dame chinoise.

 

Elle est née à Shanghaï en 1970. Avant elle travaillait dans une usine de télévisions à Shanghai, elle vivait avec ses parents, sa soeur, son premier mari chinois, ses enfants. Elle est arrivée il y a 6 ans. Je ne lui demande pas pourquoi elle a choisi la France. Elle n'a pas vu ses enfants depuis 2 ans. Elle les a au téléphone de temps en temps. Il a l'air de faire assez froid dans sa vie. Elle a épousé un Français il y a deux ans. Mais ça n'a pas l'air d'aller très fort entre eux.

 

Lui ne sait pas qu'elle se déshabille sur commande dans son salon. "Il croit que c'est juste massage. Heureusement car lui très jaloux". Elle dit aussi que c'est bien qu'elle parle mal la langue française car ainsi elle ne comprend pas quand son mari la dispute. A un moment, je ne sais plus trop comment, elle parle des sexe des Européens. Elle dit que les grands sexes des hommes européens doivent plaire aux femmes d'ici, mais que elle ça la gêne dans ses rapports physiques avec son mari, ça lui fait mal. Décidément pas terrible comme relation.

 

Elle fait de l'ethnologie comparative spontanée, comme beaucoup de gens dans le monde globalisé. Elle a des mots stéréotypés sur les Asiatiques et les Français. "Toi devoir prendre femme asiatique : parce que femme asiatique plus douce que femme européenne" dit-elle. Je pense qu'elle dit douce en partie dans le sens de discrète et soumise.

 

Elle se considère avant tout comme masseuse. Elle explique que souvent les clients débarquent et s'exclament "allez hop, je veux un massage avec finition". Dans ces cas là elle dit "non ici on ne fait que massage", car "c'est massage plus important" ajoute-t-elle. J'ai l'impression qu'il y a un enjeu de reconnaissance professionnelle derrière ça. Puis elle ajoute, mais comme second argument : "il y a des salons ou presque pas massage, juste tout pour sexe,mais c'est pas bon, c'est interdit et puis vous aller avec une puis autre, attrapper maladie". Les arguments sont pragmatiques. A la fin on ne sait plus trop si c'est la fierté de savoir masser ou la peur des maladies qui lui font considérer la dimension sexuelle de son job comme secondaire voire anecdotique.

 

Elle est à la pointe de la dimension charnelle de notre époque, dans sa version consumériste, mais matinée de traditions asiatiques rassurantes. C'est étrange.

 

galaxy-copie-1.jpgA l'opposé de Yi, il y a Masha (surnommons la ainsi), née en 1977 à Léningrad, arrivée à Paris avec sa petite fille qu'elle a eue avec un Français. Je prends un verre avec elle sur la rive droite. Elle habite le quartier des antiquaires. Elle a étudié l'histoire de l'art en Russie, elle a l'air financièrement aisée, elle fréquente beaucoup les galeries, on a du mal à identifier le milieu social auquel elle est liée, mais ce n'est pas pour ça que je la rencontre. Si j'ai voulu lui parler, c'est parce que sur Internet elle se dit sorcière, c'est son métier : elle est l'intermédiaire avec le monde des esprits. Si Yi est une experte du corps, Masha est experte des âmes. Elle s'est faite initier dans une campagne russe à des rites sibériens. Elle dit qu'elle n'est pas très gradée dans la hiérarchie des jeteurs de sort, que, dans les campagnes russes, une vieille dame peut débarquer dans un village, faire des rituels et tout le monde meurt. Elle connaît le vrai sens du monde. Elle sait que Satan, qui est le frère de Jésus, mais le frère rebelle, est le dieu le plus puissant et que c'est lui qui triomphera à la fin des temps. Et cette fin est proche dit-elle, parce qu'en ce moment des sorciers qui ne se connaissaient pas commencent à se réunir et ça c'est un signe. Satan n'est pas mauvais dit-elle, la preuve c'est que dans la Bible il est dit qu'au moment de la tentation au désert il à dit à Jésus qu'il laisserait tous les peuples qu'il voyait là en paix si Jésus se soumettait à lui. Jésus aurait dû se soumettre. A part ça, la Bible ce ne sont que des arnaques, comme cet Eglise orthodoxe qui cherche à posséder des terres, des immeubles. Elle, elle fait des rituels dans les églises catholiques ou orthodoxes : quand le prêtre lit une prière, elle, elle en lit une à elle. Parfois elle en fait sur des tombes, mais pas la nuit car les cimetières parisiens ferment à partir de 22 h. De temps en temps elle rentre en Russie pour voir sa mère et y faire ce qu'on ne peut pas faire ici : par exemple s'asperger du sang d'un mouton qu'on a égorgé sur les bords d'un lac, parce qu'ici, en France, il est interdit de tuer des bêtes (nos lois nous privent décidément d'une dimension poétique de la vie, quel dommage...)

 

Masha raconte ça très calmement, avec un fort accent russe, et un léger bégaiement qu'elle semble tenir de son enfance. Elle a des yeux très clairs, c'est une grande fille mince, très slave. Nous buvons deux chablis en terrasse du café. C'est agréable d'être transporté dans son univers. Elle explique que les esprits sont hiérarchisés comme les êtres humains, que chacun a sa spécialité, qu'il faut surtout ne pas avoir peur car sinon l'esprit te joue de mauvais tours pour se moquer de toi. Elle trouve que certaines sorcelleries vaudou marchent bien, mais qu'il faudrait qu'on connaisse mieux la sorcellerie russe à Paris. Evidemment elle critique tous les faux astrologues et voyants qui sont légion. Elle, elle a des gens qui viennent lui demander de faire revenir une épouse qui a divorcé, une attractivité sexuelle disparue etc. Je lui demande quel est le sens de la vie "matérielle", la vie ici-bas, pour quelqu'un comme elle. Elle me dit que c'est comme une campagne électorale. Les esprits te testent, il faut arriver à devancer les autres. Je lui fais remarquer qu'alors cette vie ne doit servir à rien pour des millions de gens qui n'ont même pas conscience d'être testés. Elle répond que l'occasion leur sera donné, un jour ou l'autre. Ca doit être étrange de se sentir, chaque matin qu'on se lève, partie prenante d'une campagne électorale devant les esprits, une élection dont le résultat sera proclamé le jour des funérailles.

 

En parlant avec Yi, j'ai pensé au besoin d'enracinement dans le corps qu'éprouve notre époque. Avec Masha à toutes ces croyances populaires de plus en plus présentes à des endroits où on ne les soupçonnerait guère, dans les beaux quartiers comme dans les banlieues, favorisées peut-être par toutes les défaites des structures rationnalistes, à commencer par celle de l'école publique dont me parlait encore une enseignante hier soir.

 

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Marianne, l'UPR et la juste opposition

14 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Comme c'est son rôle depuis plus de dix ans, Marianne après avoir démontré par A+B que le système ne vaut rient, vous démontre par C+D qu'on ne peut pas le changer. Voyez cet article. Comme ça, les gens de Marianne sont sûrs que leurs lecteurs frustrés continueront de les lire avec l'état d'esprit qui sied à ce magazine : celui du "consommateur de contestation" comme ils disent chez ACRIMED. Notez l'argument en fin d'article : on ne peut rien changer, la preuve, les Grecs qui ont "compris qu'il n'y a pas de réponse nationale à un problème mondial".

 

Le journaliste aurait pu ajouter : "A la différence des Vénézuéliens, des Boliviens, des Equatoriens et autres peuples du Sud qui sont encore assez cons pour miser sur des révolutions dans un seul pays". Tout le monde n'a pas la chance d'être grec.

 

juillet-2006-099.jpg

Enervé par Marianne, je fais un saut sur le site de l'Union populaire républicaine, où je trouve un excellent déboulonnage du mythe de Victor Hugo. Je note dans leur discours général une insistance sur le refus de l'extrémisme et sur le fait que l'extrémisme se trouve, au contraire, du côté du système actuel. Ils ont raison. Aujourd'hui les dissidents sont dans une position socratique. Les seules interrogations qu'ils lancent suffisent à révéler la folie du système social dans lequel ils évoluent (folie qui ne manque en général pas de se marquer par l'obstination des gouvernants à faire boire la ciguë à l'opposant qui a posé les bonnes questions). Plus l'interrogation va au fond des choses (plus elle est radicale, au sens où elle remonte jusqu'aux racines) et plus elle révèle l'hubris des gouvernants. C'est pourquoi d'ailleurs il est très important que les opposants au système eux-mêmes ne versent dans aucune hubris et demeurent sur la ligne de la rigueur et du bon sens.

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L'urgence, le simplisme, et les nuances

13 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'avais dénoncé, dans 10 ans sur la plante résistante, l'étrange tournure d'esprit des pro-palestiniens qui, en 2002 - si je me souviens bien - demandaient aux gens de signer une pétition en faveur du député israéloarabe Azmi Bishara sans oser dire (comme si c'était honteux ?) que Bishara était jugé en Israël pour avoir fait l'apologie du Hezbollah.

 

Cet après-midi je retrouve le même simplisme (pour employer un mot indulgent) dans l'approche des faits sur Facebook à propos d'un autre appel à pétition. Une dame qui habite en Suisse écrit :

 

"Omar Barghouti étudiant palestinien va présenter une thèse sur l'illégitimité d'Israël. Une pétition est organisée pour exiger son renvoi de l'Université d'Israël.200.000 signataires sont nécessaires ils sont déjà 160.000...! Ce n'est pas une blague ! mais c'est la démocratie sioniste !"

 

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Ce qui m'intrigue dans cette affaire, c'est que 200 000 signatures suffisent à expulser un chercheur d'une université. D'où vient cette règle ? Je n'ai pas trouvé confirmation du seuil de 200 000 signatures sur le Net.

 

En outre, fidèle à une habitude que j'ai contractée pendant la guerre du Kosovo, j'ai comparé divers textes sur ce sujet, y compris ceux de médias sionistes. J'observe que la situation en réalité est un peu plus nuancée. En fait le président de l'université de Tel Aviv (où Barghouti est inscrit et non pas l'université "d'Israël" comme l'écrit la dame comme s'il n'y avait qu'une université dans ce pays) semble plutôt favorable à Barghouti et en juin le directoire de l'université cherchait à changer l'article de la "constitution" locale qui permettait effectivement d'expulser Barghouti sur la base d'une pétition.

 

Bien sûr cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas soutenir M. Barghouti. Mais le message initial, surtout les derniers mots "c'est la démocratie sioniste", était quand même un peu mensonger, car visiblement des éléments situés au plus haut de la "démocratie sioniste" de l'université de Tel Aviv sont favorables à M. Barghouti, et, s'il faut mettre en cause quelque chose ici, c'est moins le sionisme que la démocratie directe (pétitionnaire ou référendaire) dont on a connu aussi des ravages en Suisse, en Californie etc.

 

Dès que j'ai versé au débat les éléments précités, la dame m'a répondu : "Et alors ? la pétition est lancée et il y a plus de 160.000 qui ont signé ! il faut 200.000 et il sera expulsé !" Comme si au fond il n'y avait que ça qui comptait : répondre à une situation d'urgence.

 

J'ai toujours pensé qu'on pouvait agir efficacement sans pour autant devenir un abruti. Pendant la guerre du Kosovo, je n'ai cessé de synthétiser des infos que l'OTAN nous cachait, sans pour autant m'abstenir de réfléchir aux rapports ethniques dans les Balkans, au moyen de les améliorer, à la véritable histoire des Serbes et des Albanais au Kosovo etc. Il faut faire de même sur tous les conflits. Si l'on pense qu'un chercheur est victime de la bêtise de 200 000 nationalistes fanatiques qui veulent l'expulser, il faut agir pour lui, mais sans s'obliger à rajouter que c'est un complot de "la démocratie sioniste" contre ce bonhomme, ni qu'il n'existe plus aucune autonomie de pensée dans les universités israéliennes, parce que le détail des infos montre précisément le contraire. Dire que Bishara n'était jugé que parce qu'il avait dit que les pays arabes ne soutenaient pas assez la Palestine, ou laisser entendre que Barghouti est seul en Israël face à une pseudo "démocratie sioniste" incarnée dans son université, c'est toujours prendre les gens pour des idiots, en simplifiant à outrance les données du problèmes, et fabriquer facilement de la haine, là où il faudrait conserver davantage de sens de l'analyse. On a peur que l'analyse conduise au scepticisme, et ainsi ne soit pas adaptée à l'urgence de la situation, mais c'est, de ce fait, fabriquer des bombes à retardement. C'est fabriquer de la dissidence, mais de la dissidence idiote, qui n'aura au fond pas plus de subtilité que n'en avaient Lech Walesa en Pologne ou Gamsakhourdia en Géorgie face au régime auquel ils s'opposaient. Opposer de la bêtise à de la bêtise ne mène à rien.

 

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Objectivation des structures de domination, totalitarisme de la condition humaine

13 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je lis ceci sur le blog "Vie de Meuf"

 

"Je passais mon permis pour la première fois, j'étais très stressée, comme l'immense majorité des candidats. Quand ça a été à moi, l'inspecteur a dit à mon moniteur, bien fort et devant moi, "de toute façon, les femmes, ça sait pas conduire". J'étais en colère, hors de moi. Je me suis plantée. Et j'ai eu droit au regard "Ben je vous l'avais bien dit"."

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Evidemment ça fait penser  à ce que disait Tonton Pierre (Bourdieu) : la domination s'objective dans des structures, que les dominés intègrent à leurs habitus, ce qui provoque des comportements qui finalement confortent les hiérarchies. Je pose que les femmes ne savent pas conduire, ce qui accroît la pression sur la femme, laquelle finit par mal conduire de ce fait et conforte le postulat de départ.

 

Autant que je me souvienne Tonton Pierre n'a jamais trouvé de solution à ça (je me souviens d'un de ses derniers cours au collège de France où il parlait d'une libération par le savoir à la manière stoïcienne : savoir qu'on est conditionné serait la principale liberté qui puisse être conquise), ce qui fait que beaucoup de gens de droite finisse par apprécier le boudieusisme (le disait une enseignante lyonnaise).

 

Sur mes terres de mission dans des zones défavorisées de banlieue, je découvre ces cercles diaboliques un peu partout, et un peu tout le temps. Plus les gens veulent montrer qu'ils ne sont pas aussi nuls que la doxa dominante le laisserait croise et plus ils se tirent des balles dans le pied (comme cette conductrice qui stresse le jour du permis), en choisissant les mauvaises voies pour prouver leur valeur.

 

Un universitaire bourdieusien n'y trouvera rien à redire puisque cela conforte ses hypothèses, et lui permet d'asseoir son autorité académique (à ses propres yeux à tout le moins). Mais quelqu'un qui voudrait agir politiquement pour l'avenir de son pays, au bout d'un moment tirera des conclusions. Il se demandera si cela vaut le coup de passer toute sa vie à vouloir provoquer du "socialisme par en bas", et s'il ne vaut pas mieux revenir au bon vieux principe platonicien de la coalition des philosophes-rois pour mener le troupeau politique (avec bien sûr des nuances de concertation, d'écoute et de maïeutique avec lesdites masses).

 

A part cela mes interrogations du jour : Pourquoi est-ce que Fidel Castro s'obstine à vouloir nous pronostiquer une guerre irano-états-unienne pour cet été ? Est-ce une lubie de vieux monsieur ou a-t-il un intérêt politique à jouer les Cassandre ? Car après tout, même s'il a raison, il pourrait le garder pour lui. Chacun sait que ses articles ne changeront rien, et ne feront pas descendre, à eux seuls, le peuple étatsunien devant les grilles de la Maison blanche. Et s'il a tort, on jugera plutôt déplacée sa prétention a lire dans le marc de café. En tout cas les idolâtro-gauchistes font circuler abondamment ses textes sur le Net. Toujours ce besoin insensé de se trouver des prophètes.

 

Autre question : Mao, pourquoi, comment ? Je lis un vieux bouquin, témoignage d'un journaliste français à Pékin dans les années 50. La période de la création des communes populaires, de la "folie de l'acier" etc. Etonnant comme un groupe d'aventuriers, à un moment donné, ont cru avoir les pleins pouvoirs sur des peuples, en Russie, en Chine. Avec l'assentiment desdits peuples qui, au passage, y trouvaient l'avantage d'un meilleur accès à l'éducation, à la médecine, dans un contexte de foi dans le Progrès dont le marxisme-léninisme n'était qu'un des noms possibles.

 

La notion de "totalitarisme" autour de cette frénésie du progrès qui laminait des millions de gens sur son passage ne me paraît pas pertinente. Les communistes ont raison d'objecter que l'ordre ancien que connaissait ces peuples, qui soumettait le paysan au bon vouloir de son seigneur, était tout aussi violent et sanguinaire, sinon plus, vu qu'il ne débouchait sur aucune perspective existentielle intéressante pour ledit paysan ni pour ses enfants.

 

Pour ma part, le totalitarisme, je le vois dans l'ensemble de la condition humaine : dans ce ressort foncièrement social qui travaille l'animalité humaine comme chez les fourmis. Vous vous souvenez de cette remarque de Patrick Pharo dans "Sociologie de la morale" qui disait que, quand je croise ma voisine dans l'escalier, je ne me dis pas que c'est une vieille primate aux poils blancs, mais que d'emblée je me dis "c'est Mme Dupont, je vais lui dire bonjour". Voilà : le totalitarisme humain est là-dedans : dans cette impossibilité où se trouve, sous peine de se nier lui-même, tout individu de voir en autrui un primate, et l'obligation qui lui incombe de se penser comme une personne saisie dans une série de liens et de rapports de jeu avec d'autres personnes. Toute cette comédie sociale de l'empathie, de la haine, du respect, du mépris, de la jalousie, de la générosité, de l'égoïsme, des coalitions, de l'approbation et du refus, des projets qu'on monte ensemble ou qu'on abandonne, tout ce jeu social auquel l'individu ne peut pas éviter de participer sous peine de devenir fou et de mourir. Voilà, me semble-t-il, ce qu'il y a d'irrémédiablement totalitaire dans notre condition, comme dans celle des abeilles ou des chympanzés (à ceci près que ces animaux, n'ont pas la possibilité d'avoir un regard théorique critique sur l'absurdité de leur sociabilité).

 

 

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Mélenchon et les Balkans

12 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Mélenchon garde un oeil stratégique quand il parle des Balkans, cela mérite d'être soouligné et salué extrait de son blog :

 

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"Jeudi, arrivait en plénière un texte sur l’intégration du Kosovo à l’Union européenne. Argument avancé par la rapporteur, Madame Lunacek des Verts : on ne peut pas discriminer les kosovars alors qu’on négocie avec les autres pays des Balkans. Mais le problème est précisément que le Kosovo n’a pas été reconnu comme étant un Etat par 5 pays  membres de l’UE : l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Slovaquie et la Roumanie ! Les Etats-Unis ont été le principal soutien et instigateur de l’indépendance du Kosovo. Il s’agissait de punir la Serbie et de récompenser les larbins au pouvoir en Albanie. Tout ce que le monde compte de zélés atlantistes s’est retrouvé pour reconnaitre cet état croupion. Parmi ces derniers,  le Président Sarkozy, qui a été parmi les premiers à reconnaître le Kosovo et  le FMI de Dominique Strauss Kahn qui a intégré le Kosovo en Mai 2009. Les Etats-Unis ont installé une de leurs plus grandes bases militaires au Kosovo en 1999. Il s’agit de camp Bondsteel, le « Guantanamo miniature » des Etats-Unis, maintes fois dénoncé pour actes de torture. C’est tout cela qui est en jeu avec l'intégration du Kosovo dans l'UE ! En particulier c'est donc admettre la présence sur le territoire européen d'une des plus grandes bases militaires des Etats-Unis dans le monde! Et pourquoi ces braves amis de la liberté sont-ils là ? Ils assurent la sécurité du projet de pipeline Trans-Balkans AMBO qui doit faire le lien avec les pipelines transportant le gaz et le pétrole de la Mer Noire et du Bassin de la Mer Caspienne. La Serbie, jugée trop proche de la Russie, pouvait mettre en danger la construction de ce pipe-line stratégique. Ce sont des entreprises comme Halliburton, grassement financées par les Etats-Unis, qui construisent ce pipe-line. Et voyez comme le hasard est finaud lui aussi : la base militaire de camp Bondsteel est située à deux pas des chantiers de construction. De tout cela personne ne parle. On entend juste les habituels couplets enchantés sur l’Europe qui protège et les peuples qui gémissent du désir de venir y jouir de ses bienfaits. Pas question pour moi d’accepter l’adhésion de ce qui demeure pour la majeure partie des pays du monde, dont rien de moins que la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil  et l’ONU elle-même, une province de Serbie. Ça n’a pas empêché 455 eurodéputés de se prononcer en faveur de ce rapport provocateur contre 155 et 28 abstentions. Les élus du MODEM, du PS et d’Europe Ecologie ont tous voté pour avec les autres atlantistes du parlement ! Irresponsable et affligeant !  "

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