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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #le monde autour de nous tag

Trump chez les Séoud, socialistes recyclés et reins en vente

21 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #La gauche, #Le monde autour de nous

Quelqu'un se souvient-il du temps où Trump accusait Romney d'être soumis aux saoudiens ?

 

Ca c'était avant comme disait l'autre... Le jour de la visite de Trump près d'une dizaine d'exécutions barbares ont eu lieu en Arabie saoudite, et le Yémen est toujours massacré.

Dans la série "à gerber" aussi, la député socialiste de ma circonscription qui sort un dépliant orange pâle (couleur centriste) "Pour une majorité présidentielle plurielle" (beau détournement d'un slogan qui s'appliquait du temps où le PS était plus à gauche, mais qui cette fois laisse croire qu'elle est dans la majorité de Macron), en reléguant le sigle PS en quatrième de couv', en tout petit, bien discret. Comment les ripoux tentent lamentablement de se recycler en trompant les électeurs.La nana ramenait sa tête de Muppet dans les kermesses scolaires de la ville la semaine dernière. Et évidemment il y a des gogos pour lui trouver des circonstances atténuantes : "oui mais quand même, elle est honnête, elle pique pas dans la caisse, elle est appliquée, et faire de la politique c'est dur". Honnête comme les Gauleiters de toutes les époques, bien cons, et subordonnés, fourbes dans les limites de la fourberie ordinaire. Rassurez vous, personne n'ira lui rappeler qu'elle a soutenu un gouvernement qui a écartelé la Syrie, appuyé ceux qui ont fait éclater l'Ukraine, joué la carte des lobbies bancaires, pharmaceutiques, etc. Nooooon. Puisqu'on vous dit qu'elle est honnête not' députée sortante. D'ailleurs, elle est souriante et modeste... Alooors...

Dans la série nouvelles glauques : 85 % du commerce illicite de reins vient du Pakistan. En 2012 il y avait 10 000 opérations de vente d'organes chaque année pour quelques dizaines de milliers d'euros chacune. Les trois quarts sur des reins.

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L'impeachment de Trump, les impostures de W. Walker, Macron, le millénarisme congolais

18 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Le monde autour de nous, #Revue de presse, #Grundlegung zur Metaphysik

Les grands médias impérialistes et leurs divers mentors de l'Establishment veulent la peau de Trump. L'auront-ils ? En tout cas la dernière accusation en date censée déclencher un impeachment est particulièrement ridicule : Trump aurait eu le tort de dire à la Lavrov dans quelle ville Syrie un espion américain a eu des informations, ce qui mettrait en péril la sécurité du système de renseignement sur place... Comme si les grands de ce monde ne laissaient jamais glisser ce genre d'élément dans leurs conversations !

Le combat politique ne cesse jamais. Le Brésil se prépare à recevoir des réfugiés vénézuéliens parce que la logique de guerre civile paraît très avancée dans ce pays. Mais les coups n'atteignent pas que les résistants, car au Brésil, c'est le putchiste Temer qui pourrait avoir bientôt des problèmes avec la justice de son pays.

Dans les Balkans la Serbie s'évertue à répéter que la prétexte de son bombardement (le faux massacre de Racak) en 1999 était un "fake", ce que moi même je n'ai cessé d'écrire of course, mais ça ne sert à rien. Racak avait été monté par le diplomate américain William Walker et l'affaire ressort aujourd'hui alors que celui-ci plaide ouvertement pour la création d'une "Grande Albanie" Tandis que la Macédoine se dote d'un premier ministre pro-OTAN soutenu par la minorité albanaise...

En France, Bayrou, malgré les accusations de l'ex-collaborateur de son groupe Nicolas Grégoire, va plastronner à la Justice. Dans la bonne vieille logique dictatoriale de la Ve République confirmée par Jospin (qui refusa en son temps de placer la présidentielle après la législative), 32 % des Français s'apprêtent à donner une majorité parlementaire à Macron tandis que les médias rivalisent de flagornerie et d'unanimisme (c'est la seule chose qu'ils sachent faire).

L'Afrique, elle, vit toujours à l'heure de l'entrelacement entre politique et spirituel. Hier Ne Muanda Nsemi, patron du groupe Bundu dia Kongo (Union des Ba Kongo), s'est évadé avec 50 personnes d'une prison de Kinshasa. Son groupe (un de ceux qui se battent avec des bâtons contre les mitraillettes de la police), fondé en 1969 veut restaurer l'ancien royaume du Kongo sur l'Afrique de l'Ouest. Nkazi Bazola fut un de ses théoriciens dans les années 80. Le groupe a sur son logo une étoile de David, mais il pense que le dieu d'Israël est propre à ce peuple, de même que Jésus ("Jésus-Christ fils de Dieu, c’est sûrement vrai, mais il n’est que l’enfant des dieux de son peuple circonscrit à sa terre d’Israël, c’est-à-dire qu’il fait partie des grands esprits qui veillent sur ce peuple comme l’est Mfumu Kimbangu pour le peuple Kongo en particulier et Négro-africain en général, parce que si Jésus avait été envoyé pour le monde entier, il ne se serait pas arrêté au Moyen Orient" écrit-un de ses partisans) et recommande de prier et d'invoquer les bisimbi (sirènes, les esprits) et les mbasi (anges). lls s'estiment capables à travers leurs "makesa" de "transformer les grains de mais se transforment en armes redoutables" en réitérant ce qu’ont fait les "chérubins" pour l’ABAKO de Kasa-Vubu le 4 Janvier 1959 en mettant en échec les forces coloniales belges et obtenir l’indépendance du Congo.

Ne Muanda Nsemi est présenté par les médias comme un "chimio-physicien" qui a été deux fois député et par ses adeptes comme la réincarnation d’un esprit supérieur du peuple Kongo qui a été envoyé sur terre pour accomplir une mission. Il aurait été établi "nlongi" (enseignant spirituel) en vision par Simon Kimbangu, guérisseur inspiré capable dans les années 1920 de ressusciter les morts, fondateur du kimbanguisme (mais le kimbanguisme, lui est chrétien), qui avait annoncé le 10 septembre 1921 qu'un instructeur viendra pour écrire un livre sacré (makongo) et préparer, malgré les persécutions auxquelles il fera face, la venue d'un roi (Mfumu)... Ambiance millénariste qui rappelle le XVIIe siècle français...

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Corée, Venezuela, Balkans et Proche-Orient

14 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Le monde autour de nous

Alors, à votre avis, est-ce que Trump ira ou n'ira pas à la confrontation avec la Corée du Nord ? Personnellement je ne le pense pas. Parce que la guerre,avec usage des armes chimiques voire nucléaires (si elles sont opérationnelles) nord-coréennes ferait un million de morts, et qu'aucun pays de la région (surtout pas la Corée du Sud qui vient d'élire un président de gauche après la folle corrompue ultralibérale) n'est prêt à l'accepter. Or les Etats-Unis ne peuvent pas engager l'intervention des soldats stationnés sur leur sol sans leur accord. Et je ne pense pas que Washington ait un plan sous la main pour neutraliser les armes de destruction massive de Pyongyang ou renverser son régime en un clin d'oeil. Comme on ne cesse de le répéter s'ils n'avaient pas éliminé Kadhafi après l'avoir convaincu de renoncer à son programme nucléaire ils auraient quelque chose à négocier avec la Corée communiste. Mais là, ils ne peuvent ni attaquer ni négocier, on ne pouvait pas imaginer pire cas de figure pour eux. Encore un conflit gelé ad vitam aeternam, comme chez les Abkhazes et les Transnistriens...

Au Venezuela un type nu affronte la police bible à la main, un St François d'Assise moderne, c'était le 20 avril dernier. Le type, Hans Weurich Larios, étudiant en com', connaît les ficelles du métier. Dans la foulée des femmes ont dénudé leur torse (rien à voir avec les "tetazos" d'Argentine vantés par Telesur en février) tandis que d'autres lançaient des "cacatov" ("puputov") sur la police. La très antiprogressiste Euronews en fait ses choux gras tous les jours.

Aporrea.org qui défend un chavisme "critique" reproche à Maduro de convoquer sa constituante sans référendum préalable. Encore une confrontation où la troisième voie fait cruellement défaut...

Dans les Balkans Haradinaj lamentable absous par nos juges menace d'annexer "un tiers" de la Serbie au Kosovo (qui arrêtera les fantasmes nationalistes albanais ?). Les Moldaves, plus rationnels, choisissent la Russie contre l'OTAN...

Au Proche-Orient, Trump, toujours étrange, parle d'autodétermination des Palestiniens après avoir laissé entendre que la solution à deux Etats n'avait plus de sens. Pas sûr que son secrétaire d'Etat Tillerson, qui déclare se battre chaque jour pour gagner la confiance du boss, y retrouve son latin.

En Irak les troupes gouvernementales à la demande de Washington se pressent vers la frontière syrienne, histoire d'éviter que le régime de Damas et ses alliés iraniens ne la franchissent en venant de l'Ouest. Lavrov est allé demander à Trump une coordination des actions. Toujours le même jeu de bascule de Bagdad : un coup pour les USA, un coup pour l'Iran.

Le pape prie publiquement pour les Yézidis. Nadia Mourad l'a salué. Vieux souvenir du temps où, au XIXe siècle, les Yézides déjà attendaient leur salut des chrétiens européens... En tout cas la commission des droits de l'homme du parlement irakien ne leur a pas accordé un siège qui revient finalement aux Kurdes.

Une pensée pour la ville martyr de Mossoul encore sous les bombes... On n'en parle pas autant qu'on avait parlé du siège d'Alep récemment... Une pensée pour le Yémen anéanti avec nos bombes fournies aux Saoudiens... 17 millions de personnes menacées par la famine et les épidémies. Des enfants non scolarisés... N'oubliez pas que M. Hollande qui vient de quitter le pouvoir a donné la légion d'honneur à un oligarque saoudien l'an dernier... D'Alep à Aden il avait clairement pris parti pour les pyromanes. Nos médias ne lui en tiennent pas rigueur. Ils saluent au contraire l'homme grâce à qui une "petite reprise économique" a été possible... soupir !

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L'actu des 10 derniers jours

3 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse, #Le monde autour de nous, #Ecrire pour qui pour quoi

La dynamique de ce blog est complètement en panne. Moitié moins de lecteurs par rapport à l'an dernier (et en plus les stats sont artificiellement dopées par le fait qu'un quart de mes lecteurs ont cherché "Mehlang Chang" sur Google, comme lors de la présidentielle 2012). Même si j'ai gagné deux abonnés en 6 mois, on est loin du nombre de lecteurs cumulés (Atlas alternatif + Delorca) que j'avais par exemple il y a 7 ans quand je travaillais à Brosseville, une époque où pourtant je me plaignais de ma faible audience sur le Web.

Je n'en suis pas encore tout à fait à fermer ce blog comme l'a fait le type qui tenait le blog "La lettre volée" (et qui avait parlé de mes bouquins) ou comme je l'ai fait avec le blog "atlas alternatif", mais je n'en suis pas loin.

De toute façon, vu l'état de décrépitude de la mouvance anti-impérialiste (qui, finalement, n'aura connu son apogée idéologique qu'au tour des années 2009-2010, au moment du retrait américain d'Irak, apogée toute relative car on était fort éparpillés et médiocres malgré tout), et des dix feuilles de chou qu'elle véhicule sur le Web ou dans "la vraie vie", rien de surprenant à l'asthénie qui nous gagne tous. C'est juste la bouteille à la mer. On écrit pour une personne ou deux qui, peut-être, un jour feront quelque chose pour elles-mêmes de tout cela. Faire ça ou peigner la girafe...

Bon, on épluche un peu la presse des huit derniers jours comme on l'a fait le mois dernier ?

Minable décision d'une Cour d'Appel française (dans l'Est de la France) qui refuse d'extrader Haradinaj et provoque une crise diplomatique avec la Serbie.L'Arabie saoudite intègre la Commission de la condition de la femme des Nations unies avec douze autres pays pour 2018-2022 (ha ha ha, bon faut avouer que ça discrédite un peu l'ONU).

Trump fait un pas en arrière plutôt que d'attaquer la Corée du Nord. Quant à la bombe MOAB en Afghanistan, son usage aurait fait flop... L'art de la gesticulation...

Sur l'état de l'impérialisme américain je vous conseille cet article d'Antiwar.com sur les bases secrètes américaines en Afrique avec une carte très confidentielle dévoilée.

Sur les armes chimiques utilisées à Khan Cheikhoun (Syrie) le 4 avril, Ayrault sort un rapport bidon de 5 pages s'appuyant sur des "échantillons" que les Français ont soit prélevé dans des zones contrôlées par les djihadistes d'Al-Nosra (donc avec leur complicité) soit à l'étranger (et dans ce cas ça ne vaut rien). Que ce gouvernement français indigne et les médias à sa botte disparaissent vite de notre horizon (mais le Deep State français a déjà son remplaçant hélas...). Seule bonne nouvelle du début mai sur le front syrien : la décision de Trump d'envoyer des troupes pour protéger les Kurdes des attaques turques.

Côté latino-américain je n'ai rien compris à la décision de Maduro de convoquer une constituante, mais je manque de temps pour creuser ce sujet. Sans doute y a t il une logique intrinsèque à ce choix, mais j'attends que Lemoine ou un autre pondent un article un peu élaboré sur le sujet.

Voili voilà.

Bon, je ne voterai pas au second tour de la présidentielle dimanche prochain. J'avais voté blanc au premier. Je vais avoir du mal à reconnaître Macron, un fumiste sans expérience politique, comme président de la République. Mais je ne reconnaissais pas ce titre à Sarkozy non plus ni à Hollande. De toute façon pour être le fondé de pouvoir des grandes banques, n'importe quel lampiste peut faire l'affaire. L'illusion de l'existence de la République française au moins va s'effacer définitivement. Qu'on cesse de nous parler d'Etat. Qu'on nous parle juste de "succursale française de la structure répressive mondialisée", ce sera plus juste.

Un jour il n'y aura peut-être plus dans le monde que  l'état d'urgence ad vitam aeternam, des fondés de pouvoir des banques à la place des hommes et femmes politiques,et des "fourmis cinglées jaunes" (Anoplolepis gracilipes) à la place de leurs rivales (j'ai vu que ça inquiète une certaine presse proche-orientale en ce moment, les fourmis pas les banquiers...). Un scénario parmi d'autres...

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Les deux derniers mois dans le monde

23 Avril 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

Un beau sujet pour commencer : la pourriture du système financier actuel. Avec un reportage cinglant de 2012 diffusé en mars sur LCP car il reste d'actualité. "Argent sale le poison de la finance", qui montre que les grandes banques ne se contentent pas de tolérer l'argent sale mais aussi proposent leurs services aux mafias. Le docu laisse même entendre que la classe politique est éclaboussé. Il est in extenso ici. Chacun doit songer chaque jour à l'abjection criminelle de notre système financier planétaire avant toute autre considération.

A part ça, comme vous avez pu le voir, je suis resté à l'écart de mon ordinateur pendant la dernière ligne droite de la campagne présidentielle. Il n'est pas nécessaire de revenir là dessus.

En politique intérieure je citerai juste la répression des manifestations chinoises à Paris dont nos médias n'ont pas parlé. « Après le meurtre commis par la police (dont les raisons légitimes ont soulevé des doutes parmi la population locale), 150 personnes sont descendues dans la rue. Un cinquième des manifestants ont été interpellés. Outre le ministère chinois des Affaires étrangères, aucune autre diplomatie ne s'est montrée préoccupée du respect des libertés et de la démocratie, aucune déclaration du Foreign Office ou du Département d'État n'a été rendue publique», a écrit la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères sur sa page Facebook. Ca me semblait mériter une mention sur ce blog.

Evoquons maintenant un peu l'actualité internationale des deux derniers mois.

J'ai continué à observer le durcissement dans le sens du bellicisme de la politique de Trump avec l'envoi de forces spéciales en Somalie et en Afrique de l'Ouest, les menaces à l'égard de la Corée du Nord. Les efforts de réduction de l'engagement américain à l'étranger se limitent pour l'heure à des cas ponctuels comme le retrait programmé des forces américaines d'Ouganda où elles combattaient l'Armée de résistance armée du Seigneur de Joseph Kony, qui a fait presque aussi fort au nom de Jésus que Boko Haram au nom de Mahomet dans l'endoctrinement d'enfants-soldats et la réduction des femmes à l'esclavage mais que Trump ne juge pas dangereux pour la sécurité des Etats-Unis.

Le sénateur Mc Cain n'a pas hésité à accuser le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul d'être vendu à Moscou parce qu'il s'oppose à l'entrée du Montenegro dans l'OTAN. Et Trump est même devenu anti-russe en Syrie, avant même l'affaire début avril de la fuite d'armes chimiques à Idlib (Moscou estime que le régime d'Assad n'a pas balancé des gaz mais bombardé une cache d'armes chimiques rebelles). Dès le 3 avril, Washington avait repris les livraisons d'armes à une nouvelle alliance formée par la CIA contre Al-Nosra dont les troupes sont ensuite potentiellement utilisables pour faire pression sur le gouvernement d'Assad. Difficile de savoir ce qu'il s'est réellement passé. Les services secrets israéliens notamment mettent en doute la réalité de la destruction des stocks d'armes chimiques en 2013 et sont persuadés que le bombardement chimique d'un village à  Khan Cheikhoun d'où étaient parties des attaques qui rompaient le cessez le feu depuis 15 jours sont un avertissement barbare de l'armée d'Assad, de sorte que même en Israël des voix s'élèvent pour mener une action militaire contre Damas alors même que l'Etat islamique et Al Nosra ne sont pas encore éradiqués...

Une revanche sur l'amertume d'Israel d'avoir essuyé une représaille du régime syrien après avoir attaqué un convoi d'armes à destination du Hezbollah libanais le 17 mars près de Palmyre (Damas dit que c'était son armée qui était attaquée) et de voir le gouvernement légal reprendre des positions près du Golan ?

Difficile comme toujours de faire la part des choses dans cette guerre où l'intox est là règle de toutes parts et où il n'y a pas les bons d'un côté et les mauvais de l'autre (voir par exemple cet article où Lenta.ru se demande si le Parti socialiste nationaliste syrien allié du Baas dont l'hymne dans les années 30 fut calqué sur "Deutschland über alles" est un parti nazi).

Des experts soulignent quand même que la version russe est arrivée avec 48 h de retard, que si les rebelles avaient eu des gaz toxiques dans la région d'Idlib ils les auraient utilisés et que les gaz toxiques stockés bombardés se seraient répandus dans l'air assez vite sans provoquer autant de dégâts. Même s'il paraît absurde qu'Assad ait commis ce crime de guerre alors même que Trump venait d'explicitement écarter son renversement, il semble qu'il aurait ainsi voulu "tester" la volonté des Américains mais aussi celle des Russes dont la mainmise sur sa politique intérieure l'inquiète.

Des représentants comme Tulsi Gabbard (D – HI), Barbara Lee (D – CA) et Walter Jones (R – NC) se battent pour faire obstacle au retour des troupes US en Irak et Syrie et au soutien financier aux djihadistes. Ils ont du boulot. En janvier-février, le nombre de civils tués par les frappes occidentales dépasse à nouveau celui de ceux qui sont écrabouillés par les Russes. Et le 22 mars l'intervention des forces spéciales américaines à Tabqa dans la province de Raqqa a surpris tout le monde, tout comme la réplique à l'affaire des armes chimiques (l'envoi de 59 missiles américains sur Shayrat, une petite base aérienne syrienne) juste au moment où Bannon, le conseiller pro-russe de Trump, est évincé du Conseil national de sécurité. Réplique bizarre car 59 missiles pour une petite base, c'est un marteau pour écraser sur une mouche, de la pure propagande. Propagande maladroite d'ailleurs car juste après le tir Trump soulignait qu'il avait prévenu Poutine au téléphone, puis Tillerson se disait "déçu" par la réaction russe, comme s'ils avaient espéré des félicitations de Moscou ! Une attaque disproportionnée et inefficace car dès le lendemain des avions de guerre syrien redécollaient de la base bombardée. Moins de la moitié des missiles avaient atteint la base dont aucun sur le piste comme le montra un drone russe... Un site auquel j'ai collaboré jadis affirme tenir de source sûre que les missiles de Trump ont été délibérément désarmés avant l'attaque et les Russes ont été informés par l'administration américaine pour pouvoir faire évacuer la base à temps, ce qui explique aussi qu'ils n'aient pas intercepté les Tomahawk. Bref il ne se serait agi que d'une gesticulation théatrale pour impressionner l'opposition interne au parti de Trump, et la Corée du Nord.

L'attaque américaine est en tout cas sur le plan des principes une violation scandaleuse du droit international. Les USA n'ont aucune légitimité morale à intervenir dans les affaires syriennes après avoir anéanti une bonne parti de la population irakienne et soutenu les exactions massives du régime saoudien au Yémen et la famine qu'elles entrainent. Et les diplomates font remarquer que cette politique musclée n'incitera ni Moscou ni Pékin à agir pour le désarmement de la Corée du Nord. J'observe d'ailleurs que beaucoup de supporters de Trump comme Nigel Farage ont exprimé leur désapprobation devant son revirement dans l'affaire syrienne. Paul Joseph Watson dont j'appréciais les chroniques pendant la campagne de Trump dit que son ex-héros était finalement plus la marionnette du Deep State (Etat profond) américain que de Poutine et annonce qu'il quitte définitivement le "train de Trump".

En Extrême-Orient Aung San Suu Kyi fait l'autruche sur le massacre des Rohingyas en laissant l'affaire à l'armée, ce qui lui a permis de gagner quelques sièges encore au Parlement birman début avril. Pour elle, la crise à la frontière du Bangladesh, ce sont des musulmans contre des musulmans, et l'impunité de l'armée est un mythe. Il faut dire que l'Etat birman reste en guerre contre les Kachins au Nord depuis 2011, et que les Karens mettent en garde contre une rupture du cessez-le-feu obtenu en 2012. Le Myanmar-Birmanie va d'ailleurs acheter des armes à la Russie pour ne plus dépendre de la Chine dans la lutte contre les guérillas des minorités. Il est vrai que la Chine arme les Kokang, ressortissants d'une région artificiellement rattachée à la Birmanie par l'empire colonial britannique au 19e siècle. Une Crimée chinoise en quelque sorte. On n'en sort jamais des héritages coloniaux empoisonnés.

En Allemagne Merkel se porte toujours bien. Son parti triomphe en Sarre où la perspective d'alliance entre le SPD et Die Linke a effrayé tout le monde.

Dans les Balkans la situation se tend. Après la livraison de Migs russes à la Serbie, le "gouvernement" de Pristina transforme sa milice en armée nationale, et reçoit un désaveu de l'OTAN pour cela, puis retire son projet. L' "Etat" kosovar nationalise aussi les biens publics serbes de la province en méconnaissance des résolutions de l'ONU. Quatre djihadistes albanais au QI sans doute surdéveloppé en mars ont été arrêtés alors qu'ils avaient projeté de faire sauter le pont Rialto à Venise.Les suspects avaient téléchargé depuis internet « des manuels de combat corps à corps comprenant également les techniques d’utilisation des couteaux »...

Heureusement pour la Serbie, l'élection de Vucic dès le premier tour des présidentielles début avril est un facteur de consolidation de son gouvernement. Selon Freedom House, la Serbie fait partie des démocratie "semi-consolidées" comme la Croatie, le Montenegro, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie (qui vient de revoter pour les pro-européens de droite aux législatives, après que leur président socialiste ait de toute façon abandonné ses promesse pro-russes), mais en déclin par rapport à 2015, tandis que, en dessous, la Bosnie, l'Albanie, le Kosovo et la Macédoine sont des régimes "en transition" ou "hybrides".

Beaucoup disent que la guerre reprendrait entre Serbes et Albanais et entre Serbes et Macédoniens si l'UE n'existait pas. Le vocabulaire guerrier est de mise à l'Ouest aussi puisque le ministre de la défense Michael 
Fallon s'est dit prêt à utiliser tous les moyens pour défendre la souveraineté de Gibraltar. Inquiet de ce vocabulaire qui évoque les Malouines, le gouvernement Madrid annonce qu'en représailles il ne fera pas obstacle à l'entrée de l'Ecosse dans l'UE... Retour au vocabulaire du 17e siècle... Mais là cette fois-ci c'est UE qui est responsable de la montée des tensions (comme dans les Balkans dans les années 1990) en laissant à l'Espagne un droit de blocage de Gibraltar dans le cadre des négociations du Brexit. Au Parlement européen l'Espagne a obtenu que Gibraltar soit exclu de la résolution votée, tandis que les indépendantistes catalans faisaient bloc avec les Britanniques.

Une petite parenthèse latino-américaine : Telesur fin mars a eu raison de rendre hommage au combat d'Evo Morales auprès de la cour internationale de justice pour récupérer la bande de 400 km de littoral dont disposait la Bolivie avant que le Chili l'envahisse en 1879. Toutes les communes de Bolivie sont mobilisées dans ce combat qui est un combat juste qui permettrait à la Bolivie d'avoir 2,5 % de croissance du PNB en plus chaque année. Et bien sûr toutes nos félicitations à Lenin Moreno, qui gagne de justesse mais gagne quand même les élections en Equateur, sauvant ainsi la tête de Julian Assange.

Au Venezuela on a suivi la guerre entre le parlement anti-chaviste et la cour suprême bolivarienne. J'ai été saisi début avril par les belles images que montrait Telesur (mais pas nos médias évidemment) de la marche des chavistes à Caracas : une immense avenue noire de monde, toute la jeunesse vénézuélienne prête à défendre sa révolution, tandis que la droite violente bloquait des autoroutes et lançait un raid contre le bureau du Défenseur du Peuple pour exiger sa démission (à l'appel de Capriles, privé de mandat pour 15 ans).

Pendant ce temps la répression violente des manifestants contre la réforme constitutionnelle au Paraguay n'inspire qu'indifférence à l'OEA obsédée par la seule idée d'exclure Caracas de ses rangs.L'Argentine a été plongée dans la même ambiance que le Paraguay avec la grève générale de la CGT péroniste et les manifs pendant le mois de mars. Sauf que Buenos Aires n'en est pas (encore) à l'heure de la répression, seulement à celle des contre-manifs.

Sur le Zimbabwe une grande agence de presse occidentale s'est répandue en intox sur le prétendu ralliement des anciens combattants de la guerre d'indépendance à l'opposition immédiatement démentie par le journal gouvernemental The Herald.

The Herald se fait aussi l'écho de la démission en Afrique du Sud de Magdalene Moonsamy l'ex-porte-parole des jeunesses de l'ANC et actuelle trésorière des "Bérets rouges" (le parti des combattants de la liberté économique EFF), une dissidence gauchiste de l'ANC, qu'elle accuse de s'être allié à l'Alliance démocratique qualifié de partisan de l'hégémonie économique blanche pour évincer l'ANC de la gestion de certaines grandes municipalités en 2016. Elle explique que comme marxiste léniniste elle ne peut pas cautionner cela. Le cas de l'EFF, nouvelle illustration de la manière dont le gauchisme conduit toujours à la victoire de la droite libérale ?
 

On gagne à lire la presse zimbabwéenne. J'apprends par exemple dans The Herald que la ministre zambienne de la "guidance nationale et des affaires religieuses" (sic) lance une guerre contre les fausses églises protestantes où les prédicateurs demandent de l'argent et des faveurs sexuelles en échange de miracles.

Dans le Donbass la tension persiste. Une division appelée la "Division sorcière" composée de miliciennes baltes et polonaises affiliées à Secteur droit ont été déployées sur la ligne de contact fin mars à Artemovsk. Une division accusée de crimes de guerres, mais on n'en sait guère plus à la lecture d'un communiqué versé en boucle sur le Net... Le 7 avril 10 000 personnes étaient rassemblées sur la place Lénine à Donetsk pour célébrer l'anniversaire de la proclamation de leur indépendance. Deux jours plus tard le gouvernement de Kiev faisait tirer des obus sur les quartiers résidentiels de la rue Lénine à Dokuchayevsk, une des 52 violations du cessez le feu enregistrées ce jour là. Ainsi va le quotidien de cette région courageuse.

En tout cas, depuis que Moscou reconnaît les passeports du Donbass, la Transnistrie demande le même privilège. Un article de la presse transnistrienne début avril rappelait que ce pays avait suivi avec attention les élections législatives récentes d'Abkhazie (un autre territoire de l'ex-URSS sur lequel j'ai fait un livre il y a 7 ans). Il signalait que les deux pays ont en commun (comme d'autres régions de l'ex-URSS) de prévoir dans leur système électoral la possibilité de révoquer tous les candidats qui se présentent, ce qui, en cas de victoire de cette option, obligerait à en organiser de nouvelles avec de nouvelles têtes. Voilà un système que nous devrions adopter en France...

Au passage adressons nos félicitations aux Ossètes du sud pour leurs élections à forte participation début avril. Le pays pourrait s'appeler bientôt Alania, même s'ils sont en rivalité avec les Ingouches à ce sujet.

A Minsk, Loukachenko qui s'était rapproché de Kiev, accuse l'Ukraine et la Lituanie d'être derrière une tentative de coup de force armé dans son pays avorté le 21 mars. Puis le 25 une marche anti-Loukachenko a été lourdement réprimée (voir vidéo). Pas de révolution colorée en Biélorussie en perspective.

Les Biélorusses pourront peut-être bientôt utiliser cette nouvelle machine anti-émeutes inventée par une société slovaque.

En tout cas, Poutine et Loukachenko se sont réconciliés au moment-même de l'attaque du métro de St Petersbourg... Et la Biélorussie est le principal fournisseur de figues et d'ananas de la Russie, embargo international oblige...

Plus anecdotique : Dean Burnett, chercheur en neurosciences à la fac de Cardiff, dans le Guardian explique que le porno est la cause de la victoire de Trump. La journaliste russe Anastasia Evtushenko sur Lenta.ru n'est pas d'accord. Peuple américain qui osez demander de récupérer vos emplois liquidés par les multinationales, le porno vous a rendus cons ! Les bobos ne reculent devant aucune insulte contre leurs adversaires. On en viendra peut-être un jour à expliquer le succès de Beppe Grillo en Italie par l'exploitation sexuelle (avec la complicité de leurs maris) des 3 000 ou 4 000 salariées agricoles saisonnières roumaines venues gagner 200 euros par mois du côté de Raguse (Sicile).

Les évangéliques partisans du nouveau président, eux, estiment que c'est un homme providentiel. Certes Trump est un païen, mais comme Nebuchadnezzar avait le prophète Daniel pour le conseiller Trump a des hommes de Dieu comme le gouverneur Pence, Jerry Falwell Jr, Mike Huckabee. Encore Nebuchadnezzar avait-il détruit le premier temple, alors que Trump, lui, n'a rien fait contre le judaïsme.

Pour beaucoup Trump c'est surtout Cyrus, roi des Perses, qui écrasa Babylone en accomplissant la volonté de Dieu et rendit sa terre au peuple juif. Le jour de Nawruz, le nouvel an perse, Trump a cité Cyrus ce qui a électrisé ses partisans (y compris des Juifs orthodoxes qui le comparent aussi à Cyrus. Le prédicateur Lance Wallnau (qui à titre personnel se sentait pourtant plus proche de Ted Cruz, Marco Rubio et Carly Fiorina) raconte dans le Guardian et dans un best seller intitulé "God’s Chaos Candidate" qu'en 2016 juste avant sa rencontre avec Trump Dieu lui a dit que Trump est la "boule de démolition" (wrecking ball) contre le politiquement correct". Juste en écrivant ces lignes je me rends compte que "Wrecking Ball" est le titre d'une chanson de Miley Cyrus... Ce qui renforce étrangement l'image de Trump-Cyrus.

Lance Wallnau témoigne aussi qu'avant sa seconde rencontre avec Trump Dieu lui a dit "Lis Esaïe 45" (Trump est le 45ème président des USA). Et Esaïe 45 commence ainsi : "Ainsi parle l'Eternel à son oint, à Cyrus, Qu'il tient par la main, Pour terrasser les nations devant lui". Selon ses révélations l'élection de Trump relèverait de la "grâce commune" ("common grace") au sens de Charles Colson qui, à la différence de la "grâce qui sauve" ("saving grace") dont parle les Ecritures, se borne à éloigner un peu le Mal et maintenir le monde viable.

Mauvais sort contre prières, des milliers sorciers, néo-païens et wiccans se sont réunis fin mars pour contrer les prières des évangéliques et jeter un sort à Trump qui le fasse quitter prématurément la Maison Blanche.

Leurs gri-gris seront-ils plus efficaces que ceux des villageois partisans de la milice des Kamuina Nsapu (du nom d'un médecin chef coutumier proche de l'opposition tué il y a peu) qui tentent de combattre avec des fétiches l'armée congolaise au Kasaï-Central et que l'armée régulière congolaise abat sans vergogne? Bilan plus de 400 morts pour l'heure (il est vrai inférieur à celui de la répression turque au Kurdistan) et 400 000 déplacés depuis 2016. La guérilla comprend 800 milicien, parmi lesquels des enfants mineurs, baptisés après des rites traditionnels, contraints de traverser le feu, d’avaler vives des fourmis rouges appelées Mankenene et d’ingurgiter quelques gorgés de Tshizaba, un mélange de boissons alcooliques indigènes et des fétiches que leurs encadreurs présentent comme ayant le pouvoir magique de les rendre invulnérables face à la mort. Outre les fusils de fabrication artisanale, les lance-pierres, les machettes, les flèches et les bâtons mystiques, certains disposent quand même d’armes de guerre arrachées aux forces de l’ordre pendant leurs nombreuses expéditions, dit-on...

Si les spéculations sur les raisons "neuronales" du vote pro-Trump restent anecdotiques, le rôle du fait religieux dans le politique ne l'est pas.Par exemple en Uttar Pradesh en Inde, le nouveau gouvernement nationaliste hindou (BJP) vient de renforcer l'interdiction des abattoirs clandestins de boeufs et de la consommation de cette viande, ce qui pénalise surtout la minorité musulmane (le journal Business Standard citait le cas d'une famille musulmans qui s'est vu refuser une dérogation pour un mariage). On peut voir sur la carte à gauche en bleu les derniers Etats où l'abattage de boeufs reste légal. Mais la conviction religieuse s'arrête où l'intérêt électoral commence et le BJP a fait savoir que dans les Etats à majorité chrétienne Mizoram, Meghalaya et Nagaland qui votent l'an prochain il n'y aurait jamais d'interdiction du boeuf si le parti y remportait les élections...

En janvier dernier une vidéo montrait dans un camp irakien une femme yézide de 129 ans (sur une vidéo elle montre une pièce d'identité qui atteste de sa naissance en 1887). Si c'est vraiment le cas, l'info sur le décès d'une doyenne de l'humanité italienne de 117 ans au début de mois d'avril serait fausse. On continue de se perdre en spéculations avec les écrits de Gurdjieff sur le fait que le yézidisme pourrait être la continuation d'un soufisme primitif qui remonterait à Sumer et sur la rapport des yézidis aux cercles magiques, mes je n'ose plus interroger mes contacts dans cette communauté à ce sujet.

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Syrie-Irak, Yémen, Ukraine

23 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient, #Peuples d'Europe et UE, #Le monde autour de nous

On va parler aujourd'hui, comme cela arrive souvent sur ce blog, de trois guerres dans lesquelles nos alliés sont impliquées et dans lesquelles nos silences ne sont pas glorieux.

- Guerre de Syrie-Irak

Les troupes gouvernementales irakiennes ont pris l'aéroport de Mossoul aujourd'hui et les troupes syriennes avancent vers Raqqa.

Oui, mais voilà ... Ce n'est pas une guerre propre...

Comme vient de l'exposer l'ex contributeur de l'Atlas alternatif Vijay Prashad sur Alternet.org, lundi dernier, le 20 février, la coalition occidentale a bombardé la zone résidentielle al-Shefaa, à l'Est de Mossoul. Plusieurs dizaines de civils sont morts. Selon Airwars la coalition occidentale a tué entre 2 400 et 3 500 personnes en Irak et Syrie depuis 2014, deux fois plus que les jets russes (évidemment nos médias achetés par l'industrie de l'armement occidentale ne parle que des dommages provoqués par les Russes).

Vijay Prashad relance à juste titre le débat sur l'utilisation en Syrie des armes à uranium appauvri que l'on avait déjà largement évoquée pendant la guerre de Serbie et celle contre Saddam Hussein, et contre la résistance irakienne à Fallujah (ce Guernica sans Picasso comme avait dit un proche de l'équipe de l'Atlas alternatif) sous la férule de l'actuel secrétaire à la défense de Trump autrefois général James Mattis, car cet usage développe ensuite des cancers dans la population. Prashad souligne que l'utilisaton de bombes incendiaires par les bombardiers A-10 pourrait suffire.

Tout cela est abstrait pour vous qui préférez vous intéresser au soutien de Bayrou à Macron ? Pensez alors à l'artiste Nuha al-Radi morte de leucémie en 2004 qui avait dénoncé les effets cancérigènes des bombes occidentales à Bagdad.
 

La crise de Mossoul a provoqué la fuite de 160 000 personnes qui vivent dans des conditions très précaires, et les 750 000 restées sur place souffrent encore plus.

Erdogan à qui Trump rendra visite prochainement a négocié avec Daech son retrait d'Al-Bab en Syrie, mais son objectif réel y est d'abattre les Kurdes du YPG (qui ont rencontré un adjoint du secrétaire à la défense américain) et installer des zones de sécurité peuplées par des Turkmènes.

La politique d'accueil des réfugiés ne suit pas. Je ne parle pas seulement des réfugiés musulmans qui sont nombreux et pour lesquels certains évoquent le risque qu'il y ait des agents infiltrés de Daech parmi eux, mais aussi d'une petite minorité alliée (d'un point de vue géopolitique) à l'Occident (et aux chrétiens d'Orient) comme les Yézidis. Le Canada en accueille 1 200, l'Allemagne en refoule 2 800 au motif qu'ils sont en sécurité au Kurdistan irakien (sans doute ce jugement correspond-il à des impératifs diplomatiques avec Barzani). Sauf qu'au Kurdistan irakiens on refuse leur retour à Sinjar et ils sont entassés dans des camps du HCR où sévit la leishmaniose. 26 psychiatres seulement y soignent les rescapées de l'esclavage de Daech (le bade Wrutemberg en soigne mille dans de meilleurs conditions semble-t-il) tandis que 3 000 sont encore captives avec leurs enfants.

- Guerre du Yémen

Margaret Ferrier, députée du Parti national écossais, se bat depuis 201- pour instaurer un embargo sur les armes (question : quel député fait cela en France) et se bat contre l'usage par nos "amis" saoudiens des bombes à fragmentations dont on se souvient des méfaits qu'elles causèrent sur le marché de Nis en Serbie (entre autres) en 1999... Le ministre de la défense Michael Fallon lui a répondu cette semaine que son administration enquête sur 257 allégations de crimes de guerre de la coalition saoudienne dans ce pays. Au même moment ont apprend que la Royal Air Force aide les saoudiens à utiliser les missiles Paveway IV qu'elle leur vend, des missiles fabriqués en Ecosse, à Fife. Marché profitable pour la firme britannique qui a signé un contrat de 130 millions de livres avec les Saoudiens pour la livraison de ces miissiles. Une belle vitrine pour l'industrie de l'armement occidentale : les F-15, Tornados et Eurofighter Typhoons vendus à l'Arabie saoudite par les Britanniques et les Américains sont par exemple responsable d'une boucherie de civils survenue dans le quartier résidentiel de Mokha le 24 juillet 2016, selon une enquête d'Amnesty international. Mokha fut le principal port yéménite avant la conquête anglaise, un marché au café qui donna le nom au café mocha chanté par Gotainer...

La France n'est pas complètement en reste d'ailleurs car elle a vendu des chars Leclerc aux Saoudiens à l'initiative de MM. Fabius et Hollande. Un char est censé cibler plus directement les courageuses forces militaires de la résistance nationale yéménite. Cela fait moins laid à l'écran que les massacres de civils... Mais qui sait si nos Leclerc ne pilonnent pas aussi des maisons ?

19 millions de personnes sur les 27 que compte le pays ont besoin de secours humanitaire dans ce pays chaque jour. Le gouvernement pro-américain ayant transféré la banque centrale à Aden, la résistance nationale et les houtis qui tiennent la capitale Sanaa ne peuvent pas aider la population en recourant à des importations.

- Guerre du Donbass/Ukraine

Enfin, si vous voulez comprendre ce que le régime féodal putschiste de Kiev allié à l'Union européenne fait dans le Donbass et dans le reste de l'Ukraine, voyez les vidéos sur You Tube sous-titrées en français tournées par de simples citoyens ou des journalistes ukrainiens en exil ou réprimés comme Arthur Senko, Rouslan Kotsaba ou Anatoly Shary (dont nos "journalistes" n'ont jamais parlé).
Dans une, Shary explique comment l'Ukraine, contre une aide dérisoire de 300 millions d'euros, a dû renoncer à l'interdiction d'exporter le bois de ses forêts vers l'Union européenne : de l'exploitation néo-coloniale pure et simple. Ce n'est pas de la propagande russe : Shary montre la vidéo où Juncker reconnaît que ce renoncement faisait partie de la négociation. Ici Senko dénonce les arrestations abusives sur la base de la loi antiterroriste. Voyez aussi le témoignage de la juriste Tetiana Montian au parlement européen ci-dessous.

Bon maintenant vous savez... N'hésitez pas à interpeler vos élus, vos députés sur ces sujets...

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Le malaise du Biafra et la guerre de religion au Nigéria

29 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

L'apôtre John Suleiman appelle les chrétiens à l'auto-défense armée face à Boko Haram. Les services de sécurité fédéraux l'ont convoqué hier. Un leader spirituel musulman, le sultan de Sokoto avait demandé son arrestation. D'autres prédicateurs chrétiens avaient pourtant eux-aussi tenu le même genre de discours que John Suleiman. Il est vrai que ce Suleiman va peut-être un peu plus loin que les autres. En 2016, quand des villageois chrétiens de l'Etat de Kaduna ont été massacrés par les éleveurs peuls musulmans (fulani), John Suleiman avait prophétisé que le gouverneur Nasir El-Rufai mourrait sous quatre jours.

Le journal biafrais Biafra Telegraph s'indigne de l'impunité des fondamentalistes musulmans au Nigeria, et du refus du premier ministre britannique de s'engager pour les chrétiens persécutés dans ce pays, tandis que les militants du mouvement indépendantiste Peuple indigène du Boafra (IPOB) dont 20 membres furent tués le 20 janvier lors de leur manifestation pro-Trump sont inculpés de complot contre l'Etat devant une cour de Port Harcourt (le grand port pétrolier du Sud-Est); Leur procès a été ajourné jusqu'à demain. Ils sont 38.

Le leader de l'IPOB et directeur de Radio Biafra Mazi Nnamdi Kanu reste emprisonné et encourt la prison à perpétuité. Des médias britanniques ont affirmé que les journalistes étrangers ont été interdit d'accès à son procès qui a eu lieu début janvier devant la cour fédérale d'Abuja. Le Gatestone institute (un think mainstream) avait tenté d'attirer l'attention l'an dernier sur le Biafra, et vanté l'action d'Amnesty International qui serait, selon cet instut, la seule ONG à s'intéresser à la répression anti-biafraise (notamment à l'assassinat de manifestants d l'IPOB en mai 2016 et les arrestations et tortures éxtrajudiciaires).

Conscient de la montée des revendications biafraises, l'ex-président nigérian Obasanjo a reconnu que les Igbos (l'ethnie du Biafra) devraient pouvoir accéder à la présidence du pays en 2019, mais en même temps a soutenu pour cette date la candidature de leur principal ennemi, l'actuel président Muhammadu Buhari. Celui-ci, sympathisant de la charia, n'a cessé depuis deux ans de discriminer les Igbos dans les nominations à la tête de l'Etat comme dans les investissements publics. Une discrimination qui ne fait que favoriser l'indépendantisme.

L'instabilité générale du pays plaide aussi dans ce sens. Certaines régions du Nigéria sont au bord du chaos en ce moment sous l'empire de l'extrémisme des fondamentalistes musulmans. A Kano, au nord du pays, une femme kamikaze qui  portait un bébé sur son dos s'est fait exploser le 13 janvier. Dans cette ville les meurtriers de la commerçante chrétienne igbo (originaire donc du Biafra) Bridget Agbahime, 72 ans (à qui des jeunes musulmans avaient coupé la tête à cette femme de pasteur parce qu'elle avait demandé à un d'entre eux de faire ses ablutions loin de son commerce) ont été libérés...

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Justice ou injustice : des Kurdes au Botswana...

29 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Le monde autour de nous, #La gauche, #Peuples d'Europe et UE

Justice divine, justice terrestre... Moi qui travaille beaucoup sur l'histoire des religions en ce moment, je ne peux manquer de m'interroger sur l'articulation entre les deux. Prenez les Kurdes : du point de vue terrestre leurs cause paraît juste, et d'autant plus depuis qu'ils remportent de belles victoires militaires contre Daech. Pourtant bien des éléments les condamne au regard des textes sacrés. Leurs sites sur Internet à la gloire de Marx ont des liens avec des sites pornos (si si, j'ai vu ça il y a huit jours !). L'activiste Nurcan Baysal (dont on a déjà parlé ici) écrivait la semaine dernière sur le site T24 un billet contre l'atteinte au patrimoine historique de la capitale du Kurdistan turc Dyarbekir / Amed que représenterait le projet d'Erdogan de réaménager la ville à la mode ottomane. L'article défend les statues assyriennes de lions à tête humaine, tout comme beaucoup de sites kurdes irakiens prônent le retour au zoroastrisme. Voilà qui place Erdogan dans le sillage abrahamique et les Kurdes dans le camp de l'idolâtrie... Tout comme la promesse de Mélenchon d'inscrire le droit à l'avortement dans la constitution ne doit pas le placer très haut dans l'échelle de la justice divine, c'est le moins qu'on puisse dire, même si sa défense des pauvres le situe haut dans la justice terrestre... Cela me rappelle les mots de Claudel qui reconnaissait dans son journal que les bolchéviques malgré leurs horreurs anti-chrétiennes avaient au moins rêglé son compte au démon de l'argent comme le catholicisme n'avait jamais pu le faire...

Notez que, du point de vue de la seule justice terrestre elle-même, on peine aussi à faire la part du bon et du mauvais. Prenez la cause sahraouie. Le Maroc qui a quitté l'Union africaine (ou son ancêtre) en 1984 à cause de cette question postule à une réintégration malgré l'hostilité de l'Algérie et de l'Afrique du Sud. Est-ce une cause juste ? Presque tous les Marocains pensent de bonne foi que les Sahraouis ne sont pas un peuple, comme les Israéliens considèrent que les Palestiniens n'en sont pas un. Qu'est-ce qu'un peuple ? Les Californiens allergiques à Trump prétendent de plus en plus en être un et l'on parle de sécession à San Francisco. Le patron de Facebook qui a exproprié des indigènes d'Hawaï avait l'air de ne pas considérés les pactes ancestraux qui régissaient leurs terres comme émanant d'un "peuple" sujet de droit...

Question complexe que celle du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Bertrand Russell dans un livre d'histoire des idées, rappelait que Wilson n'avait pas été jusqu'à le reconnaître aux habitants d'un quartier qui prétendaient faire sécession de leur pays pour ne plus y payer d'impôts... Cette semaine le Petit Quotidien, journal pour les enfants, bourre le crâne de nos chères petites têtes blondes en faisant sa "une" sur une info de la plus haute importance "un cerf mange du maïs dans une forêt au Kosovo". Le seul but de l'info apparemment est d'apprendre aux enfants où se trouve le Kosovo et leur faire croire que c'est bien un Etat. Promis si vous m'élisez président un jour j'obligerai le Petit Quotidien à faire se "Une" sur les belettes de Transnistrie...

En parlant de Transnistrie, avez-vous vu que le nouveau président socialiste moldave dont on a déjà parlé dans ces pages, en visite à Moscou cette semaine, laisse entendre qu'il pourrait dénoncer le traité d'association avec l'Union européenne en 2018 après les élections législatives ? La Moldavie regarde vers l'Est, Trump dénonce le traité trans-pacifique et soutient le Brexit, le Kenya s'apprête à emboiter le pas de la Gambie, du Burundi et de l'Afrique du Sud dans le retrait de la cour pénale internationale (CPI). Les institutions transnationales pro-occidentales ont du plomb dans l'aile. Même si Soros arrivait à renverser Trump ou Poutine il n'est pas sûr que cela suffirait à inverser la tendance.

Bien sûr ce n'est pas parce que l'on dynamite ces bureaucraties ou ces clubs inféodés à l'oligarchie que le monde ira mieux. La manie des murs des populistes au pouvoir à Washington et à Budapest n'annonce pas forcément des lendemains meilleurs pour l'humanité, bien au contraire. Mais on ne sait plus à quelle info se fier pour l'évaluation des bienfaits des politiques publiques. Un institut privé cette semaine publie un palmarès de la corruption et prétend que les régimes populistes nationalistes sont plus atteints par ce fléau que les pays sous contrôle des organismes internationaux. Elle explique qu'en Afrique le pays le plus vertueux est le Botswana... Comme par hasard c'est "l'élève" le plus pro-occidental du continent avec le Sénégal (notamment sur la question de la coopération internationale). Pour savoir si le Botswana est vraiment très intègre et si les régimes "populistes" ne le sont pas, il faudrait peut-être savoir si Soros (ou un de ses semblables) a financé ce palmarès. Mais même si le palmarès est acheté (donc corrompu) est-il faux pour autant ? De même un régime réputé corrompu comme celui de la Biélorussie (dont les syndicats étaient en visite à Cuba cette semaine) est-il nécessairement injuste alors qu'il maintient, par exemple, des niveaux de loyer très bas pour les pauvres ?

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Montenegro, Trump, néo-paganisme de droite, douma russe, Biafra

22 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse, #Le monde autour de nous, #Peuples d'Europe et UE, #Colonialisme-impérialisme

Un très bon article, drôle et pertinent, du reaganien Doug Bandow sur l'inutilité d'ajouter la dictature monténégrine (dont l'armée compte 2 000 hommes) à la liste des membres de l' "OTAN obsolète".

Bon à part ça, croyez vous que les "pro-Trump bikers" (ça fait penser aux supporters des clubs de foot autrefois en ex-Yougoslavie) vont affronter les femmes qui manifestent derrière Madonna contre le nouveau président ? Des sites nous disent que les manifestants pro-démocrates sont payés par Soros, ce que je ne crois pas trop, même s'il est vrai que Soros (avec son club d'amis dans les milieux médiatiques) veut la peau de Trump comme il veut celle du Brexit. Et Trump a des problèmes pour trouver des ambassadeurs... et même pour faire accepter son nouveau directeur de la CIA. Dilemme de toutes les révolutions populaires. Si vous ne voulez pas des amis de Jacques Attali à la tête de l'Etat (comme chez nous M. Macron) la pénurie des cadres risque de créer un vide politique...

Entendu sur le Net une interview du chef des jeunes du FN sur Onfray par hasard hier. Déjà s'abaisser à dialoguer avec Onfray n'est pas très bon, et le jeune homme ne le faisait pas brillamment. En se réclamant de Nietzsche il insistait sur le fait que le christianisme ne doit rien au judaïsme. Heum heum... non seulement cela n'est pas vrai, mais en plus on voit bien à quel genre d'héritage chrétien (néo-païen en fait) cela veut nous rattacher. Un héritage a-moraliste qui rêve de brumes scandinaves et brûle les dissidents. Pas terrible. Le versant chrétien et le versant athée du FN doivent se rejoindre quelque part en ce point de néo-paganisme qui n'annonce pas des lendemains qui chantent...

J'ai lu dans L'Humanité hier que la Douma russe venait de "dé-criminaliser" à l'unanimité les violences conjugales à l'initiative de la même présidente de commission qui avait fait passer une loi anti propagande LGBT l'an dernier. J'ai beau trouver beaucoup d'avantages à la famille traditionnelle ainsi que, plus généralement, au classicisme, comme "moindre mal", je ne suis pas sûr que ce coup de pouce à l'alcoolisme des pères de familles violents soit une très bonne idée et je suis triste de voir si bien fonctionner la dialectique entre d'un côté le parti de Wallstreet avec ses causes sociétales, et de l'autre, les résistances nationales avec leur logique machiste. Quel dommage que nous n'ayons pas un troisième parti ! Chavez avait réussi, en défendant son pays tout en promouvant les droits des femmes. Mais le sujet est profondément complexe (et pourri par les démons). La liberté personnelle (l'émancipation des dissidents, des minorités, du sexe opprimé) favorise toutes les violences, l'anarchie, la fin des Etats, sa répression favorise d'autres violences institutionnelles qui minent tout autant l'ordre social. L'humain est un animal politique (zoon politikon) ingérable. Les Turcs en savent quelque chose en ce moment... Et pas seulement eux.

Après les Kurdes, les Biafrais nigérians crient "Vive Trump !" (et se font tirer dessus par l'armée nigériane) - le président nigérian a versé 500 millions de dollars pour la campagne de Mme Clinton. Je doute qu'en France quelque nouveau Malraux rêve de voler à leur secours comme dans les années 60. Peut-être le berger béarnais Jean Lassalle ? Bon, c'était juste pour rire un peu...

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Etre pasteur évangélique en Inde et au Pakistan

17 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

Un témoignage que je trouve très poignant, même d'un point de vue strictement humain (indépendamment même de la question de la foi).

 

Source : Assemblée de Dieu d'Antibes

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Mensonges et racisme

19 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Le quotidien

Parutions.com m'a adressé les mémoires de Nils Andersson, je vais en écrire la recension. Nils est un des rares anti-impérialistes dont je garde un bon souvenir. Un homme vraiment honnête qui ne s'est pas laissé emporter par l'hystérie d'Internet et la vanité de se répondre en interviews prétentieuses sur le Net. Il faut dire qu'il avait derrière lui un background un peu plus important que les causeurs des années 2000, ayant dénoncé la torture et aidé le tiersmondisme à une époque où l'on risquait sa peau quand on le faisait. J'ai toujours apprécié son style que je retrouve dans l'élégance des phrases de son livre. Même si, à l'époque de la guerre du Kosovo il avait plus de sympathie pour la cause albanaise que moi, cela ne fut pas une cause de polémique entre nous, pas plus que ses réflexions ultérieures sur une ONU "démocratique" même si elles étaient à des années lumières de ma défense de la souveraineté des Etats (il a d'ailleurs traité ce sujet dans l'Atlas alternatif). Nils Andersson est un homme avec qui l'on peut toujours discuter agréablement, à la différence des groupusculaires staliniens prêts à vous accuser d'être "de l'autre côté de la barricade", vous accuser de traîtrise, d'être un "ennemi de classe" (alors qu'ils ont eux-mêmes leur petite vie bourgeoise avec résidence secondaire) etc au moindre désaccord.

Du temps où Nils Andersson a développé son activisme politique, le conservatisme était étouffant, et le racisme, contre les Arabes et les Noirs, était la norme. Nous ne sommes plus dans le même monde. L'emprise médiatique a fait progresser les mentalités sur divers points (je le vois sur mes parents qui ont l'âge de Nils Andersson), même si elle a par ailleurs plongé nos intelligences dans la barbarie sur bien d'autres points (en nous faisant accepter l'embargo sur l'Irak, les guerres d'ingérence etc). Avez vous vu ce petit journaliste aussi arrogant que stupide qui, sur une chaîne payée par nos impôts, a accusé un député de droite de manquer de respect pour les téléspectateur parce qu'il refusait de se soumettre au flot de ses questions stupides ? Voilà à quel point la médiacratie nous a conduits : aucun respect pour les élus du suffrage universel, pour les représentants du peuple.

Le racisme aujourd'hui a fortement reculé, mais le globalisme idéologique du centre gauche (et du centre-droit par effet de contamination) risque de lui donner un second souffle. Voilà quel flot la montée du populisme de droite va amener sur nos berges. Mais je crains que même la vraie gauche, celle de Mélenchon créditée de 14 % d'intentions de votes à la présidentielle, ne soit pas armée intellectuellement pour faire face aux vrais problèmes. La novlang idéologique paralyse tout de ce côté là.

Pour faire face au racisme, il faut mettre sur la table de façon impartiale tous les éléments factuels, et discuter de tout sans a priori et sans tabou, faire confiance à l'intelligence collective. En ce moment les médias mettent en épingle le cas de telle mairesse d'un bled perdu du Middle West qui a qualifié Mme Obama de "singe à talons hauts". L'idée est de faire croire que l'arrivée au pouvoir de Trump favorise la montée du racisme. La vérité est que ce racisme là existait déjà avant Trump - rappelez vous ce représentant de la Louisiane qui avait dit qu'après la présidence d'Obama il faudrait reprendre le jeu de golf là où le singe a laissé les balles. On nous parle de violences racistes depuis l'élection de Trump, mais on ne nous prouve pas dans quelle proportion elles ont augmenté, on ne nous dit pas que celui-ci les a condamnées, et l'on passe sous silence les violences des partisans de Mme Clinton dont les manifestations ont causé la mort cette semaine du père d'une petite fille de 4 ans, dont l'ambulance a été bloquée à cause des manifestations des démocrates. Comme le disait la juge Jeanine Pirro : "qu'auraient dit les démocrates si nous républicains avions dans la rue brûlé des effigies d'Obama après son élection comme ils le font avec celles de Donald Trump ?"  En favorisant l'hystérie bobo, on risque de provoquer une hystérie de ceux qui se sentent victimes d'un racisme anti-blanc. Il faut présenter objectivement les faits, ne pas avoir peur de répondre aux interrogations des uns et des autres, ne pas craindre la vérité.

Au hasard de mes pérégrinations, je découvre des vérités que de part et d'autres l'on cache. Les souverainistes nous font croire que tous les maux ont débuté avec l'autorisation du regroupement familial par Giscard d'Estaing, alors que celui-ci existant déjà sous de Gaulle et que Giscard avait le projet d'assurer l'expulsion de centaines de milliers de migrants. Disons la vérité là dessus ! La gauche prétend que Daech n'a rien à voir avec le Coran (rappelez vous aussi la chanson idiote sur Al Qaida qui disait "ceux là ont-ils jamais lu le Coran ?"). L'égorgement et la réduction en esclavage des femmes ennemies (comme les femmes yézidies aujourd'hui) figure noir sur blanc dans les sourates. Ayons le courage de la dire ! Cessons de mentir ! Le mensonge est le père du ressentiment et donc de l'hystérie haineuse. Les horreurs de ce monde sont nées de 30 ans de mensonges de la sphère médiatique et de 15 ans de mensonges de faux résistants tout aussi adeptes du star system et des raccourcis intellectuels que les grands "merdias". Sortons de ces spirales ! Retrouvons le goût de la réflexion sereine sans mise en scène !

Cette semaine sur Twitter j'ai été attaqué par un Kurde qui m'accusait d'être potentiellement responsable du prochain massacre de Yazidis quand il aura lieu (rien de moins !). Et cela pourquoi ? Parce que j'ai dit qu'à un chekpoint des Pershmergas kurdes sont prêts à tirer sur des Yazidis qui lorsqu'ils cherchent à ramener leurs biens dans la ville de Sinjar. Mon propos ne repose pourtant pas sur du vent : c'est le témoignage d'une yazidie qui a perdu un sien cousin à ce checkpoint. La vérité blesse. Pourtant je revendique le droit à la fois de saluer la valeur des Peshmergas qui ont libéré la bourgade christiano-yazidie (pour parler vite) de Bachiqua il y a 10 jours et de rappeler le ressentiment des yazidis qui ne peuvent retourner à Sinjar. Même entre ces deux communautés ou sous-ensembles d'une communauté, la vérité est la meilleure arme contre le racisme.

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Encore un mot sur la victoire de Trump

10 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Revue de presse, #Le monde autour de nous, #Grundlegung zur Metaphysik

En France, les grands "merdias" s'appesantissent sur l'amertume que provoque chez eux la victoire de M. Trump. Mais c'est oublier l'espoir que celle-ci provoque à travers le monde parmi les gens qui ont tant souffert des compromissions de Mme Clinton avec le Qatar.

La presse russe par exemple cite un député au parlement syrien et président de la chambre de commerce d'Alep Fares Shehabi qui explique que les habitants de sa ville sont tous heureux de l'élection de Trump car pour eux Mme Clinton (avec son projet de zone d'exclusion aérienne) c'était le soutient américain Al Nosra...

Sur Twitter la directrice de l'Organisation des femmes américaines yézidies écrit sur Twitter "Ma tante chante des prières pour Trump depuis 2 heures dans l'espoir qu'il nous débarrasse de Daech et que les yazidis puissent vivre en paix à nouveau".

Encore un mot sur la victoire de Trump

En Serbie bien sûr on se réjouit, parce que Trump pendant la campagne avait dit que les bombardements de 1999 avaient été une erreur, et parce que sa femme slovène a des amis serbes. Le système clinton (Bill-Hillary) dans les Balkans reste synonyme d'ingérence barbare et de soutien aux mafieux, ce que Nuland l'adjointe de Clinton a renouvelé en Ukraine en 2014.

Diana Johnstone dans Counterpunch intitule son article "Ding Dong la Sorcière est morte", qualifiant Trump de "magicien d'Oz".

Encore un mot sur la victoire de Trump

La manière dont Clinton en fin de campagne s'affichait avec Beyoncé et Jay Z, après avoir eu le soutien de Lady Gaga et Madonna lui donnerait raison...

Et qu'on ne vienne pas nous dire que Trump a eu moins de voix que Clinton. C'était arrivé aussi à GW Bush en 2000. Et surtout, n'oublions pas que les libertariens plus à droite que lui lui ont piqué des voix tout en étant d'accord avec une partie de son programme. Et sans les campagnes de diffamation menées par tous les grands médias (il n'avait que Fox News avec lui) Trump aurait fait beaucoup mieux. Donc sa victoire n'est pas volée.

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La belle victoire de M. Trump

9 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE, #Le monde autour de nous

Bien que je ne partage pas un certain nombre de ses idées (sur la légalisation du port d'armes, sur l'assurance médicale etc), je salue la victoire électorale claire, nette et précise de M. Trump (dont j'ai déjà dit du bien ici et ici notamment), laquelle va apporter un ballon d'oxygène à la démocratie américaine et constitue un meilleur gage de pacification des relations internationales que les projets de la diabolique Mme Clinton. J'espère que cette dernière fera l'objet des poursuites pénales annoncées par son adversaire républicain pendant la campagne du fait des nombreuses forfaitures dont elle s'est rendue coupable. Sa défaite, comme celle des adversaires du Brexit il y a quelques mois, est celle du système médiatique et financier international tout entier qui musèle les peuples depuis trop longtemps, mais je doute que ce système délirant, drogué au mensonge et à l'imposture, se remette en cause... Il est à craindre au contraire qu'il mette beaucoup de bâtons dans les roues de M. Trump, lequel va sans doute peiner à former une équipe performante après avoir été lâché par une bonne part de l'Establishment républicain. Pourvu que les néo-conservateurs n'en profitent pas pour lui remettre le grappin dessus !

Formons des voeux néanmoins pour que la défaite de Mme Clinton augure d'un rapprochement américano-russe, d'une diminution des tensions au Proche-Orient et autour de la Chine, peut-être aussi de la fin du traité de libre-échange transatlantique et du réveil des peuples d'Europe, à l'exemple des peuples américain et britannique, contre la pensée unique dominante.

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Des nouvelles de la guerre froide...

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Revue de presse, #Le monde autour de nous

Paul Craig Roberts (dont j'ai parlé parfois sur ce blog et dans mon livre sur mon engagement) existe encore et attire l'attention des internautes ici sur le fait que la Russie considère désormais l'OTAN comme une menace depuis qu'Obama s'obstine à installer un dispositif anti-missile (en fait lanceur de missiles) à sa frontière. Il s'inquiète du risque de guerre. Pepe Escobar (un autre vétéran des débats géopolitiques des années 2000) est plus rassurant : en cas de guerre nucléaire les Russes sont protégés, Washington le sait, et en Syrie H. Clinton ne pourra pas imposer sa no-fly zone où la Russie a déjà la sienne. L'Espagne menace de ne pas laisser les navires de guerre russes en partance pour la Syrie faire une halte à Ceuta, mais au fond, tout cela ne serait que du bluff... sauf si H. Clinton tente le "regime change " à Moscou, comme l'en accuse Diana Johnstone dans "Counterpunch".

En Bosnie les Serbes font marche arrière après leur référendum pour le 9 janvier fête nationale. Le chef du FSB russe (les services secrets) Nikolai Patrushev en visite à Belgrade offre une collaboration au ministère de l'intérieur serbe. Chacun avance ses pièces. C'est le jeu d'échecs mondial.

Si vous n'avez pas connu les charmes de la guerre froide du XXe siècle, vous allez les découvrir maintenant...

Situation confuse au Vénézuela après que la cour constitutionnelle ait invalidé la première collecte de signatures pour l'éviction de Maduro. Le Parlement de droite lance un procès en trahison contre le président mais l'armée ne suit pas, les menaces de violences dans la rue sont dans les deux camps, le pape offre ses bons offices. Malgré l'inflation, une grande partie du peuple reste mobilisée derrière le chavisme. Une résistance qui compte.

Allez, pour finir la palme de l'ignominie imbécile revient cette semaine à Boris Johnson, ministre des affaires étrangères britannique, pour sa sortie dans The Independent que les yéménites et tous les défenseurs de l'éthique apprécieront à sa juste mesure : "Si nous ne vendons pas d'armes à l'Arabie Saoudite, quelqu'un d'autre le fera à notre place".

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Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Le monde autour de nous, #Ecrire pour qui pour quoi

Il y a un peu plus d'un an, quand, après avoir regardé le reportage de la BBC sur l'action de la journaliste Nareen Shammo auprès des femmes yezidies séquestrées par les fanatiques de Daech, j'ai contacté cette journaliste, j'ai cru que mon geste allait dans le sens de ce que tout le monde pense. Les lecteurs de ce blog savent que je suis plutôt habitué des causes ultra-minoritaires qui n'intéressent personne. Là, j'ai plutôt pensé que je représenterais un millionième, un dix millionième de tous les efforts de la planète pour aider ces femmes rescapées de la pire des ignominies, et qui, ayant perdu leurs maris, leurs frères, vivent aujourd'hui sous des tentes du haut commissariat aux réfugiés. Je serais une goutte d'eau dans un océan de solidarité comme celui qui s'est mobilisé pour les victimes du tsunami il y a douze ans en Asie du Sud-Est.

Au fil des douze derniers mois, il m'est arrivé quatre ou cinq fois d'envoyer un peu de mes économies à l'organisation qui, en Irak, s'occupe de ces femmes. Un tout petit peu d'argent, vraiment trois fois rien. En retour cette association m'a envoyé des photos de femmes à qui cet argent était parvenu, celles que j'ai publiées ensuite sur ce blog pour inciter les gens à donner aussi de l'argent.

Aussi, l'été dernier, quand Nareen Shammo m'a écrit que j'étais "le meilleur ami au monde" du peuple yézidi, j'ai vraiment cru qu'elle manifestait là un penchant "marseillais" pour l'exagération... Elle, qui a été reçue par tant de médias occidentaux, qui a reçu des prix internationaux, qui a serré la main de Ban Ki-Moon et de tant de sommités et qui a accompagné à l'ONU Nadia Murad aujourd'hui lauréate du prix des droits de l'Homme «Vaclav Havel» du Conseil de l'Europe et "ambassadrice de bonne volonté pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains par l'ONU", comment peut-elle dire qu'il n'y a pas de meilleur ami des réfugiées qu'un Français très moyen comme moi qui n'a donné que quelques euros de sa poche ?

Je n'ai vraiment pas pris cela au sérieux. Mais en même temps, j'ai trouvé bizarre que Nareen m'écrive : "Frédéric, il y a une dame en France qui a promis de donner cent euros et nous n'avons toujours rien reçu pour l'heure, pourrais tu lui téléphoner stp ?"... Hé, quoi ? en était-elle à 100 euros près ? Etonnant aussi le récit que Nareen faisait sur Facebook de son passage à Genève : on avait l'impression qu'elle s'était rendue au comité des droits de l'hommes de l'ONU avec Nadia Murad un peu par ses propres moyens, ça ne sentait pas l'accueil "first class" des grandes causes de charité mondiale patronnées par Bill Gates et la Carnegie Foundation... Sur Twitter, Nareen multipliait les appels aux dons, et laissait un peu transparaître son désarroi... Il y a huit jours elle écrivait sur Twitter "Je suis vraiment fatiguée et désespérée, depuis le premier jour du génocide yezidi, nous demandons de l'aide et nous attendons des actes. Nous n'avons plus besoin de mots."

Hier, comme je lui confiais ma tristesse de ne pas pouvoir l'aider plus, Nareen m'a répondu ceci : "Tu  es un des meilleurs amis des yézidis. Tu as fait ce que personne n'a fait. C'est vrai. C'est une honte de le dire, mais vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde" (You are one of best Yazidi friends, you did what nobody did.This is true, it is shame to say this but really there is no more humanity in our world.)

Je ne sais pas comment vous expliquer. Etre une goutte d'eau dans l'océan, c'est une chose. Mais agir juste un peu, en se disant qu'on ne sera qu'une goutte, et, à l'arrivée, se rendre compte qu'il n'y a pas d'océan autour de soi, qu'on a été la seule goutte, alors qu'en face, les milliers de femmes réfugiées meurent de soif, soif de ce minimum de reconnaissance auquel elles auraient pu prétendre après l'horreur qui s'est abattue sur elles - une reconnaissance qui aurait pu se manifester par quelques billets de dix euros - c'est absolument terrifiant !

"Vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde". Cette phrase me poursuit depuis hier soir. Non seulement personne en Europe n'a agi pour empêcher l'éclatement communautaire de l'Irak après l'invasion américaine criminelle, personne n'est descendu dans la rue pour protester contre la montée en puissance des bailleurs de fonds de Daech, l'Arabie Saoudite et le Qatar, au moment des Printemps arabes, mais aujourd'hui tout le monde hausse les épaules devant le martyr de ces femmes yézidies en se disant qu'il y aura bien quelqu'un à l'ONU pour s'occuper d'elles...

Oui, bien sûr, le haut commissariat aux réfugiés assure le minimum : il fournit des tentes, et de la nourriture. Mais est-ce que ça nous dispense de faire plus ?

On voit bien les illusions d'optique dans lesquelles on se laisse prendre. Le système médiatique nous fait croire que parce qu'une femme est félicitée par l'ONU, cela suffit, que derrière un charity business va se mettre en place. Mais c'est faux. Cela n'a rien d'automatique. Et d'ailleurs, même si ça avait été le cas, qu'est-ce qui nous empêchait nous, à titre individuel, nous qui sommes si fiers de défendre nos valeurs contre l'intégrisme de Daech, de faire aussi à notre tour, à titre personnel, un petit geste concret en direction de ces femmes ?

Oui, certes, il y a d'autres calamités ailleurs. L'ouragan à Haïti, le nombre incroyable de morts et de réfugiés au Sud Soudan etc. Mais en quoi ces calamités là nous dispensent-elles de nous poser la question "pourquoi ne donnerais-je pas 50 euros pour les femmes yézidies ?". Nous avions là une cause facile à cerner, qui ne touchait pas des millions de gens comme le tsunami d'il y a douze ans. Une cause directement liée aux erreurs de notre politique étrangère, et directement en rapport avec les attentats perpétrés sur notre sol. Ceux qui attaquaient la France, la Belgique, l'Europe sont aussi ceux qui ont massacré ce groupe ethno-religieux irakien et réduisent ses femmes aux pires abominations. Quand bien même des milliards d'euros afflueraient vers ces femmes rescapées (ce qui n'est hélas pas du tout le cas), qu'est-ce qui nous empêchait de dire "moi aussi je veux vous dire que je connais votre martyr et que je vous soutiens" ?

Je me suis repassé le film des derniers mois. Cet été, alors que mes billets sur les yezidis ne suscitaient que quelques "likages" sur Facebook, une femme médecin m'a écrit qu'elle voulait aider les femmes outragées. Je lui ai donné les coordonnées de Nareen, et puis plus rien, la dame s'est volatilisée dans la nature. Sans doute dépassée par ses activités quotidiennes. Dépassée surtout par l'idéologie du zapping des mails, et le principe que, de toute façon, personne n'est obligé de respecter ses engagements (vive la consommation des rapports humains !). A cette occasion, Nareen m'avait dit : "on a un fort besoin de psychologues sur place dans les camps pour aider les femmes". J'ai écrit à une copine psychologue. Elle m'a répondu : "Je réfléchissais mais je ne vois personne autour de moi susceptible de partir. d'autant que la mission demande des compétences bien précises sur les traumatismes et les syndromes afférents au stress post-trauma.Je te conseille de tenter une annonce au Journal des Psychologues, à la FFPP, fédération française des psychologues et de la psychologie, ou encore de voir avec les labos dans les facs de psycho.Si je pense à d'autres pistes, je te tiendrai au courant. En tout cas, je te félicite pour ton engagement !"

Féliciter, réfléchir. Ils sont tous bons pour cela. Mais elle ne m'a pas demandé les coordonnées pour envoyer 50 euros par Western Union. C'est à ça que faisait référence le tweet de Nareen sur le fait qu'il lui faut des actes...

J'ai écrit à une amie prédicatrice protestante. Elle m'a répondu le 1er octobre : "Non, je n’ai pas de psycho sous la main, capable d‘un tel travail d’aide. J’ai eu à traiter spirituellement beaucoup de femmes violées (c’est épouvantable, leur nombre, y compris dans les meilleurs familles. Mais aujourd’hui dans beaucoup d’endroit, ex Caraïbes, toutes les fillettes sont violées par un membre de leur famille… c’est devenu la norme !). Il faut un miracle divin pour le pardon (pas facile car elles sont souvent dans le déni), l’abandon de la colère,. Mais c’est Jésus seul qui peut guérir les coeurs brisés (Es 61 - Lu 5)." Dix jours plus tôt je lui avais parlé de la possibilité de verser de l'argent par Western Union et je lui avais envoyé les articles de mon blog. Elle m'avait répondu : "Dieu nous donne des fardeaux, le coeur pour agir, et les moyens pour le faire ! C’est très bien, votre action: que de souffrances horribles  !"

Des paroles intéressantes, des félicitations, mais il manquait toujours ce réflexe de dire "Allez, donnez moi un contact en Irak que je puisse verser un peu d'argent" ou même l'idée de publier sur son blog (elle a des centaines de lecteurs) un appel au don. Qu'est-ce que ça lui aurait coûté ?

Je ne laisse pas de m'interroger sur cette culture des mots que nous avons et cette difficulté que nous éprouvons pour aller au bureau de poste à côté de chez nous envoyer un peu d'argent. Or cela seul peut être qualifié d' "acte". Les mots, les mots... Alors moi, je suis un très mauvais "fund raiser". Je ne sais pas dire "madame, allez y postez un billet pour les femmes yézidies sur votre blog" ou "ma chère camarade psychologue, plutôt que de réfléchir aux moyens idéaux d'aider ces femmes pourquoi n'irais tu pas à ton bureau de poste toi aussi ?" J'attends que ça vienne spontanément des gens. Et apparemment ça ne vient pas. Ca se perd dans les tuyaux de l'abstraction. Nous sommes un peuple terriblement abstrait...

Enfin, voilà, au moins maintenant vous savez. Vous savez que, si les chrétiens orientaux bénéficient de réseaux d'entraide dans les paroisses et les évêchés d'Europe occidentale, les yazidis, bien qu'ils aient des porte-paroles invités sur nos plateaux de télévision et au conseil des droits de l'homme de l'ONU, ne reçoivent rien sur le terrain, sauf un soutien minimal du HCR. Donc si vous pensez pouvoir faire quelque chose n'hésitez pas. 

Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?
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