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Le blog de Frédéric Delorca

Bailando

29 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'intervenais hier sur la Côte d'Azur dans un colloque organisé par le département de danse d'une université régionale dont la plupart des membres sont des danseurs et chorégraphes qui essaient de théoriser leur activité. Les professionnels d'une activité qui se mettent à la théorie sont généralement très appliqués à adopter le vocabulaire dominant des autres disciplines mais aussi souvent frustrés par les limites de l'apport de ces disciplines appliqué à leur domaie de pratique, et donc toujours ouverts à de nouveaux apports théoriques pour combler ce manque. C'est ce qui m'a permis de placer dans cet espace mes théories liées à la psychologie évolutionniste. Ma thèse selon laquelle la culture n'est qu'un sous-ensemble de la nature, et le mot qu'on applique finalement à la partie des interactions et représentations naturelles les plus complexes et les plus difficiles à expliquer par la seule méthode des sciences naturelles ordinaires a intéressé, bien que l'auditoire fût loin de pouvoir en tirer toutes les conséquences (seule une partie était prête à accepter l'idée que les singes dansent aussi, par exemple, mais une partie c'est déjà bien. On m'a invité à revenir ce qui est bon signe.

Dans la journée j'avais assisté à des sessions de recherche appliquée, notamment une dans laquelle un directeur de département chorégraphique déployait toutes ses installations techniques (informatiques) pour "capter" la présence sensorielle du danseur au delà de son enveloppe charnelle et la faire exister dans l'espace simultanément à sa performance.

L'idée est intéressante (c'est presque de la métaphysique appliquée, ou du Eric Olson appliqué, bien que le théoricien n'eût pas du tout ce genre de référence en tête), mais il est étonnant de constater que des gens consacrent des mois, des années de leur vie à cela, en balançant du Spinoza et du Deleuze pour le justifier (d'ailleurs pourquoi depuis quarante ans tout le monde est il resté sur ce vocabulaire et ces références, y compris chez les plus jeune ? n'est-ce pas le signe d'une "panne" intellectuelle de la philosophie française ?).

Quel rôle ces gens jouent-ils dans la société ? J'ai songé à ces prêtres que toutes les sociétés ont nourris pour remplir des rituels, c'est à dire des actes quotidiens de préservation d'un ordre symbolique. Maintenant que l'ordre (religieux) de nos valeurs s'est inversé, que l'innovation a remplacé la préservation comme dogme qui fonde l'ordre social, les nouveaux prêtres (ou une partie des nouveaux prêtres car il y a plusieurs congragations) sont cette caste de théoriciens qui branchent des percepteurs sensoriels sur le corps de leurs danseuses, ou tentent de faire de la peinture en équilibre au dessus du vide ou que sais je encore. Toutes sortes d'organismes nationaux et régionaux les paient pour cela, ils courent d'un colloque à l'autre, pour exposer leur activité et les conséquences théoriques qu'ils en tirent. Le profit cognitif (et même le gain philosophique) de leur activité est faible mais ils participent d'un rituel, et à ce titre, confortent la solidité symbolique d'une société qui veut se penser comme perpétuellement en mouvement, en recherche, en création, autant que les sociétés anciennes se voulaient attachées à la conservation de ce que Dieu ou les dieux leur avaient donné.
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Le Guernika sans Picasso et revue de presse

25 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

En 2005 Bricmont avait qualifié Foulloujah en Irak de "Guernika sans Picasso" pour souligner combien dans le monde actuel les pires crimes pouvaient être commis dans l'indifférence et même l'ignorance générales. L'article http://www.rebelion.org/noticia.php?id=95588 sur les bébés difformes qui naissent dans cette ville à cause des armes américaines qui ...y ont été utilisées ne fait que confirmer cette triste réalité. Si vous ne lisez pas l'espagnol, utilisez le traducteur Altavista. Un jour vos enfants vous demanderont ce que vous avez fait pour dénoncer les crimes américains en Irak.

A part cela notons en vrac des articles intéressants sur les divisions du monde arabe révélées par le dernier match de foot Algérie-Egypte, et un non moins intéressant article de Ian Hamel sur le dernier livre d'Esther Benbassa "Comment peut-on être juif après Gaza ?"

A noter aussi (parce que nous commémorons les 30 ans de la chute de Pol Pot), cet article de Pilger sur les liens entre l'Occident et les Khmers rouges et le rôle libérateur (toujours minimisé) des communistes vietnamiens au Cambodge.

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Blogs, définition d'une juste voix, communautarismes, cohésion globale

24 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

J'ai reçu depuis avant-hier divers courriers me reprochant ma décision de suspendre les activités de ce blog. Certains m'ont fait remarquer, à juste titre, que si les blogs enferment auteurs et lecteurs dans le virtuel, supprimer son blog ne fera pas revenir les gens dans le réel pour autant, et laissera plus de latitude à d'autres blogs, moins justes (même si personne ne peut prétendre avoir le "ton juste" par excellence).

J'avoue que je suis sensible à leur argument, et j'admets qu'un abandon pur et simple serait par trop égoïste.

Faire de la politique sur la place publique, définir une position et en témoigner, est un art difficile.Je vous ai parlé il y a quelques mois d'une amie qui dirige un asile d'aliénés (ça ne s'appelle plus comme ça mais peu importe). Elle m'écrivait encore récemment qu'elle ne comprenait rien à la politique même si elle en subissait les conséquences chaque jour en termes de réduction des crédits pour son intitutions et pour le soin des malades. Je ne comprends pas qu'on puisse se vanter de refuser la politique. Car c'est une facilité. En revanche je conçois qu'on la trouve compliquée. Car c'est en effet un exercice délicat. Les questions ne sont jamais simples. On ne peut pas se contenter de dénoncer les crimes qu'on constate chaque jour. Il faut imaginer des alternatives, et concevoir des moyens pour que ces alternatives entraînent "un peu moins de crimes" que le système auquel on s'oppose (la politique n'a rien à voir avec des solutions idéales).

Trouver le ton juste pour des alternatives réellement défendables, ou du moins essayer, est un devoir auquel il est trop facile de se dérober. Et il faut le faire sur Internet aussi, parce que là aussi se rencontrent des errements auxquels il faut savoir résister. Et donc à cause de ça je reprends ce blog.

Ce soir je lisais sur Facebook un commentaire d'un garçon qui disait "Il y a vieil adage algérien qui dit que "Si tu es vraiment détesté, tu le resteras même si tu te tremps dans du miel". Il vaut mieux que Tariq Ramadan cesse de tenter de se faire passer pour une sorte de "fourest compatible"!". C'était une réaction à une citation de Khaled Satour : "Faire montre, donner des gages, voilà d’ailleurs à quoi Tariq Ramadan s’est appliqué sans cesse : il adore la culture et la littérature françaises, il est un défenseur de la laïcité, il aime la France, il voudrait même devenir français. Autant d’aveux qui lui furent arrachés dans un climat de discussion de comptoir tournant parfois à l’interrogatoire de garde à vue où les sommations pleuvaient sur lui de toutes parts. Aura-t-il pour autant convaincu ses détracteurs ? Ne sait-il pas, depuis si longtemps, que ses assauts d’honorabilité télévisuels s’apparentent à l’épreuve de Sisyphe et que son incontestable talent de débatteur ne lui fera jamais remporter que des victoires médiatiques sans lendemain ?"

Je sais que la question de la compromission médiatique est très sérieuse (aussi sérieuse que celle de la compromission internautique). Mais je ne comprends pas la formulation de Satour. Reproche-t-il à Ramadan d'afficher son intérêt pour la culture française ? Personnellement je ne trouve pas que Ramadan se montre "fourest compatible", et il a raison de ne pas se lancer dans des stratégies de rupture stériles. S'il aime la culture française ce n'est pas une honte, et il aurait tort de le renier. Toussaint Louverture aussi a aimé la culture française dans ce qu'elle a de potentiellement universel. Je l'ai aimée aussi bien qu'elle ait interdit à une moitié de ma famille de parler l'occitan et ait placé une autre moitié dans des camps de concentration en 1939 (des réfugiés espagnols) - je précise cela pour ceux qui seraient un peu trop tentés de m'envoyer au diable du fait que j'aurais moins subi les effets négatifs de l'impérialisme français qu'eux. Il est bon de savoir être soi même tout en étant ouvert aux autres, y compris à ses persécuteurs. C'est un signe de force morale. Je vois beaucoup de gens parmi les intellectuels issus de l'immigration postcoloniale (on ne sait plus comment nommer cette catégorie sociale) refuser agressivement l'universalisme. Ce n'est pas la bonne approche. Bien sûr l'universalisme abstrait ne vaut rien, mais dire que seules les femmes violées peuvent dire quelque chose de pertinent sur le viol, seul les noirs issus de famille d'esclaves peuvent parler de la traite etc tout cela n'a pas de sens, et ne mènera à rien. De même que ne mène à rien par exemple cette indignation sélective d'un collectif musulman contre des exécutions d'Ouïgours et de Tibétains en oubliant bizarrement (et dans une logique bien communautariste) de citer aussi les Hans qui ont été exécutés, comme si eux n'étaient pas aussi dignes de solidarité (voir l'intéressant prolongement de cette réflexion sur le blog de Bernard Fischer en terme de vision du rapport entre Chinois et Musulmans). Et voilà le genre de propos qu'il faut tenir sur un blog pour contribuer à garder ce qu'on considère comme un juste cap, et un ton juste, dans le combat anti-impérialiste.

J'aurais beaucoup de choses à vous dire en ce moment car ce que je vis au jour le jour est très riche. C'est une des raisons lesquelles d'ailleurs je voulais abandonner ce blog, mais ne le puis. Il y a tous ces paradoxes des identités postcoloniales que j'affronte dans la ville ou je travaille.

Il y a tous ces gens d'origine maghrébine qui me parlent de leurs aïeux morts pour la France et rappellent qu'à cause de cela ils sont "plus français que Sarkozy". Il y a ce responsable d'une association de "hip hop" (ça existe encore) dont je ne connais pas l'origine culturelle (probablement l'Afrique subsaharienne) mais qui rêve de mener une action de coopération avec le Maroc. Quand je lui dis "Nous on voudrait organiser quelque chose sur l'Algérie". Il me répond : "ah oui, l'Algérie, oui pourquoi pas ? j'avoue que nous on a pensé au Maroc principalement à cause des publicités pour le tourisme". N'y a t il pas là une perversion de l'élan de solidarité par le capitalisme ?

Personnellement je n'apprécie guère la coopération nord-sud telle qu'elle existe (car c'est de la charité, et de la charité intéressée). C'est pourquoi je vais peut-être faire prochainement la recension du livre "En finir avec la dépendance à l’aide" de Yash Tandon (http://www.cetim.ch/fr/publications_details.php?pid=172). Mais je dois reconnaître qu'elle est actuellement un moyen essentiel d'initier les jeunes à l'internationalisme et de défragmenter leur imaginaire. Dans l'action concrète on ne peut faire l'économie d'un investissement dans cette dimension. C'est d'ailleurs ce que font aussi les Cubains, qui eux ont inventé semble-t-il une coopération vraiment altruiste, non condescendante, puisqu'ils lui consacrent une part très substantielle de leurs faibles ressources économiques. L'ambassadeur cubain Orlando Requeijo que j'ai rencontré il y a peu décrivait avec lyrisme ces centaines de pauvres descendus des montagnes en Haïti pour se faire soigner à l'hôpital cubain bien que les médias de droite sur les radios privés accusassent les chirurgiens cubains d'être des bouchers et de "casser le marché de la santé".

 

Et l'espace d'action pour la coopération est infini. Une dame hier qui mène un projet dans l'Est du Sénégal parlait de ces contrées horribles où il fait 48 degrés à l'ombre, où des mouches "pisseuses" infligent sur la peau des brûlures au cinquième degré, où seulement 150 enfants sur 500 ont accès à l'école, où les savoirs sont si déstructurés que les lits sont bancals parce qu'on ne sait pas mesurer les planches, et personne ne sait changer une rustine. D'un point de vue philosophique le sens de la vie de cette partie là de l'humanité - et ils sont des centaines de millions - pose autant de questions que celui du type qui a vécu 25 ans dans un état diagnostiqué à tort comme comateux, alors qu'il était conscient de tout mais ne pouvait rien exprimer. Or aucun système politique digne de ce nom ne devrait légitimement ignorer ce "poids mort" de l'humanité, toute cette masse de gens qui vivent dans un état pire que celui de nos bêtes, et ce à quelques kilomètres seulement des quartiers très riches de Dakkar. Des hommes comme Hugo Chavez ont fait de ces pauvres, de ces sans-voix, la boussole de leur politique, au niveau national, mais aussi international (il s'intéresse d'ailleurs de plus en plus à l'Afrique à cause de cela). Tout politicien digne de ce nom devrait faire de même. Et plutôt que de placer le soldat Shalit (voyez la glorieuse visite de Kouchner à sa famille au mépris de celle de Salah Hamouri) ou le bien être de nos banques au centre de leurs préoccupations, c'est à la reconstruction de la cohésion de notre humanité que nos gouvernants devraient travailler en priorité. C'est sur ce critère là que toute la réflexion devrait s'articuler.

Mais comme nous en sommes loin, et comme les idées restent confuses ! La lectrice de ce blog Catherine attirait mon attention avant hier sur le texte d'un Russe en faveur d'une réorientation de nos économies libérales(http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=16200). La semaine dernière je recevais une délégation chinoise qui voulait copier le système de protection sociale français, mais ils prônaient aussi dans le même temps la privatisation de la gestion des parcs d'activité industrielle au nom du "pragmatisme". Chez beaucoup la cohérence semble très difficile à tenir.

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Fermeture du blog

22 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

L'activité de ce blog est suspendue sine die. Je remercie celles et ceux qui l'ont lu, commenté et soutenu depuis sa date de création le 21 octobre 2006.

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Recalibrage de mes activités

19 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Je m'en excuse auprès des lecteurs de ce blog qui le consultent pour avoir des informations générales sur le monde, mais ce site est censé aussi informer les lecteurs du devenir de mes petits livres et de mon itinéraire.

Je fais donc le point ce soir (ou ce matin, puisqu'il est presqu'1 heure du matin), de retour d'une séance de signatures à laquelle presque personne n'est venu (malgré 50 promesses de visites sur Facebook). Je vais recalibrer mes activités en format très réduit et souterrain. J'ai envoyé à mon éditeur mes deux derniers manuscrits (qu'il ne publiera pas avant longtemps de toute façon, compte tenu de la faible affluence des lecteurs vers mes livres) et renonce pour longtemps à ce travail d'écriture auquel j'avais presque failli croire lors de la publication de "La révolution des montagnes". J'écrirai peut-être à l'occasion sous forme de livre un petit compte rendu de voyage en Abkhazie s'il est confirmé que je m'y rende prochainement (mais ce n'est pas sûr), et rien de plus (seuls ces petits travaux de journaliste sont appréciés par les lecteurs à cause de leur contenu informatif mais je les trouve personnellement assez dépourvus d'intérêt à la longue). De même je continuerai à l'échelle artisanale mon activité anti-impérialiste à Brosseville. Mais très modestement, et avec beaucoup de scepticisme (vu tous les biais que je découvre dans les stratégies et tactiques des groupes de "résistants"). Conséquence de mon recalibrage d'activité à un niveau très humble et invisible, le présent blog devrait prochainement se tarir, de sorte que j'invite d'ores-et-déjà ses rares lecteurs à l'éliminer de leurs signets et se reporter sur des sites plus utiles.
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Retour de la directive Bolkestein et recul du souverainisme du Conseil d'Etat

17 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Pour faire court, je renvoie sur ces deux sujets au billet d'Edgar (http://www.lalettrevolee.net/article-fran-ois-hollande-en-piste-pour-matignon-39519959.html) sur son blog, qui cite une bonne analyse de Mélenchon sur le premier sujet et un blog bruxellois sur le second. Quusque tandem Hollande Sarkozy Royal Bayrou Fillon Cohn-Bendit Lelouche Valls abutere patientia nostra ?
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Self control

17 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je signale aux connaisseurs un débat passionnant sur You Tube sur la question de savoir qui de Raf ou de Laura Branigan a chanté en premier Self Control. Moi je vote pour Raf (je n'ai jamais aimé la version de Laura Branigan)

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Le débat tant attendu

17 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

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Qui cherche trouve

15 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Les jeunes gens s'effraient de cette chose très naturelle qu'est la copulation sexuelle, le mélange des organes au delà de la limite individuelle. Ils se demandent pourquoi, comment, avec qui, quand. Les vieux sont terrifiés par cette autre banalité biologique qu'est la mort : ce grand silence des organes, ce moment où ça se refroidit, où ça se liquéfie. Rien de plus anodin que ce second dépucelage qui peut venir de n'importe où - un pot de fleur qui vous fracasse le crâne, une petite rupture de vaisseau sangin. On appelle ça "trouver la mort" comme si la mort se trouvait comme un porte monnaie. Trouve-t-on la mort aux objets trouvés ?

Chaque semaine je vois mon fils grandir. Il aura deux ans en avril. Sa mère et moi éduquons son cerveau à coordonner ses organes, pour que le tout soit un organisme autonome dans quelques années, et nous faisons grandir lesdits organes alors qu'il dépériraient sans l'assistance parentale. Evidemment je ne puis m'empêcher de songer que nous faisons cela pour que cela un jour périclite dans 80 ou 90 ans, et qu'entretemps ce garçon aura vécu dans l'angoisse plus ou moins bien refoulée de cette fin inévitable. J'y ai songé dès la fécondation - c'est un luxe donné aux gens de notre époque, avant on ne choisissait même pas "to procreate or not to procreate". Il y a comme une bravade absurde à vouloir avoir un enfant. Une bravade contre laquelle Onfray, Cochez et tant d'autres nihilistes se sont élevés. Et pourtant la capitulation nihiliste ne convainc toujours pas grand monde, de quelque élégance qu'elle se pare. Précisément tout ce qu'il y a d'absurde dans le pari de la vie est séduisant. C'est peut-être la dernière grande folie que l'on puisse s'offrir.

En lisant Internet j'apprends qu'un acteur célèbre a failli trouver le porte-monnaie de la mort sur un quai à Saint Tropez. Un "malaise" à 84 ans. Le patriarche thodoxe de Serbie, lui, a trouvé son porte-monnaie en dormant ce matin. Trois jours de deuil à Belgrade. Du temps où j'allais à Belgrade je ne pensais jamais à la mort. Elle était purement abstraite. Même si je songeais au décès des victimes "collatérales" de nos bombes, la liquéfaction des orgaes ne m'effleuraient pas. Je ne voulais que vivre, découvrir, expérimenter, comprendre, témoigner, me prouver à moi-même des tas de choses, et accomplir des tâches utiles à mon époque. C'est depuis que je ne vais plus au devant des populations en guerre que je pense beaucoup au trépas. Encore une réalité bien normale et somme toute banale. J'ai lu quelque part que presque aucun des atomes qui composaient mon corps il y a 10 ans (dans l'avion pour Belgrade) n'existe encore de nos jours (et a fortiori pour ceux de mon corps d'enfant). Tout est mort (sauf les atomes des os). Un autre individu s'est substitué à celui de 1999, même si les cellules du cerveau (elles aussi renouvelées) par le processus de la mémoire, ont gardé le sentiment d'une continuité du "moi". Le philosophe Eric T. Olson développe toute une analytique un chouia scolastique sur la conservation de l'identité dans le temps. Etrange mécanisme qui touche aussi les animaux. Bizarrerie de tout ce foisonnement biologique à la surface de notre petite sphère bleue.
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Hiérarchies dans les petits salons du livre

14 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Les petits salons se vantent d'échapper aux hiérarchies des prix littéraires. Pourtant l'égalitarisme n'y est que de façade. Exemple de celui où j'étais cet après-midi.

Nous étions 4 à attendre le minibus à la gare RER (sur les 50 auteurs invités). Nous ne nous connaissions pas. Une femme et trois hommes. Dans le minibus, la femme - qui publie chez un petit éditeur, mais diffusé par le Seuil... - me dit "comment ça, vous ne restez pas pour diner ? mais si vous avez le prix ça la fichera mal". Elle a déjà songé au fait qu'on ne peut partir après le prix, ce qui ne m'a pas effleuré - et pour cause : je n'ai jamais pensé avoir el prix.

Nous arrivons au théatre où se passe le salon. Nous nous attendons à ce que les 4 soyons logés à la même enseigne et fassions la visite des lieux ensemble. Mais là, surprise : la femme qui était avec nous est prise à part. On ne la reverra plus. Première entorce à l'égalité : certains sont plus attendus que d'autres.

Deuxième source d'inégalité : dès que nous entrons dans le théatre, quelqu'un interpelle une des personnes parmi les trois qui restions. Il la connaît et lui parle de son livre. Les deux autres (moi et un vieux du minibus dont je n'ai jamais su le nom) seront livrés à eux-mêmes et priés de déjeuner par leurs propres moyens : outsiders d'emblée.

Après le déjeuner j'apprends que certains écrivains seront conviés à des tables rondes pour évoquer leur parcours, ce qui ne sera pas mon cas. On m'indique que les tables rondes ont été constituées par les personnels administratifs de la ville (une ville de droite, je le mentionne à toutes fins utiles quand on sait combien la fonction publique territoriale est politisée).

Au stand où je suis il y a trois écrivains. Une femme qui a publié chez un gros éditeur et qui a déjà fait six ou sept salons (dont celui de Paris). Une autre qui publie chez un petit en province et qui a fait un salon à Lyon (elle a connu cet éditeur en grenouillant dans le milieu littéraire et artistique de sa province).

La femme qui bosse chez le gros éditeurs en est presque une salariée. Elle vend pas mal, mais toujours avec des contraintes de délais et doit accepter que l'éditeur sabre ses textes (ce qui n'est pas mon cas). Je ne sais même pas si elle a le droit de choisir ses sujets. Celui de son roman est une biographie romancée d'une femme d'artiste (sujet en or, proche de l'essai, et cependant délassant pour le lecteur, qui attire beaucoup de monde). Elle signera beaucoup de livres.

Deux membres du jury successivement passent à notre stand - deux personnes âgées. L'une n'a pas lu mon livre, l'autre dit "c'est politique" en ayant du mal à cacher le mépris que le mot "politique" lui inspire. Il est clair que ce jury - quatre fois dix personnes, dont vingt dit ont ont lu tous les livres - sont des bourgeois retraités.

Le public qui vient au salon présente le même profil. Du coup la petite dame de Nice à ma droite  a un avantage comparatif sur moi parce que son sujet - sur la mémoire des exilés italiens - ne choque pas et même attendrit les vieilles dames qui viennent assez nombreuses (peut être cinq ou six dans l'après-midi) demander des dédicaces. Il va sans dire que personne ne m'en demandera. De toute façon je ne suis pas venu pour ça. L'étude des mécanismes du salon m'intéresse davantage et dès 16 h j'ai quitté mon stand pour aller prendre un verre avec un pote à la buvette.

Le prix sera finalement remis par Dominique de Villepin (un ami du maire) à la jeune femme qui était dans le minibus le matin (et qui avait sans doute été briefée  à ce sujet dès son arrivée). La machine littéraire bourgeoise aura tourné sur elle-même à plein rendement.

J'en ressors avec la conviction qu'il ne faut pas publier de livre (même si j'essaierai encore de caser un ou deux manuscrits qui restent dans mes tiroirs), en tout cas pas de la fiction. Un roman n'est publiquement défendable que s'il s'inscrit dans une thématique acceptable par des publics conservateurs. Les fictions qui sortent de ce créneau sont partout marginalisées. Il faut avoir le sentiment d'une profonde nécessité de ce qui est écrit pour ensuite le soumettre au public (ce qui était mon cas pour le premier roman mais ne le serait sans doute pas pour un second). Aussi bien les jurys que les visiteurs des salons (même des plus petits) sont extrêmement formatés dans leurs goûts. Seule une légitimation forte par un grand éditeur et un fort travail relationnel (par exemple des attachés de presse) avant le salon pourrait aider à infléchir un peu ce formatage, mais il est peu probable qu'aucun grand éditeur fournisse le moindre effort dans ce sens pour des ouvrages qui sortent du goût dominant. Autant dire par conséquent que le système est parfaitement verrouillé. Et qu'il vaut mieux donc soit écrire des essais solides, soit tenir des blogs sur Internet : ces deux voies sont les seuls moyens "d'écrire utile".

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Débats indiens

13 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Vous connaissez mon intérêt pour les débats à gauche à travers le monde. Même s'il est toujours difficile d'en juger depuis la France (par exemple que pouvons-nous savoir de l'effectivité de la résurgence d'une aile gauche au sein du parti communiste chinois dont on nous parle parfois ?). Grâce à un lien de Vijay Prashad, contributeur de l'Atlas alternatif, je suis tombé sur un bon débat sur http://www.pragoti.org/node/3685 à propos du maoïsme en Inde. L'intervention de Jayati Ghosh, une universitaire qui a un délicieux accent de Cambridge, et que le Guardian qualifie de "one of the world's leading female economist", me paraît mériter le détour. Cette dame, membre du PC indien (PCIM), et qui partage sur l'avenir du monde un regard commun à toute la gauche institutionnelle mondiale, pose des questions justes sur le romantisme de la violence maoïste dans le sous-continent indien (les naxaliste, les Tigres du Sri Lanka, les maoïstes népalais), questions qui ont aussi existé en Europe, autour de la gauche révolutionnaire basque par exemple - je me souviens de l'excellent bouquin que j'ai lu il y a presque vingt ans de Joseph Zuleika, Basque Violence: Metaphor and Sacrament (Reno, Las Vegas, University of Nevada Press, 1988. 89).



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With friends like these...

11 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

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En attendant Draveil

11 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Je quitte pour un temps l'uniforme du sociologue, pour endosser celui du romancier dans la perspective du salon de Draveil du 14 novembre. Simplement pour trouver quelque chose à dire aux gens quand je tiendrai mon stand sur ma petite chaise, je relisais ces derniers jours Kundera et Naipaul.

Naipaul m'a inspiré au milieu de années 2000. Je crois que j'avais envie de tranposer à mon propre univers (celui du Béarn) son analyse très perspicace de la dépossession coloniale, du vide. J'avais envie de montrer que cela existait aussi dans le sud de la France, chez les ouvriers. Et puis finalement j'ai renoncé à singer Naipaul. Le vide béarnais, le vide des pauvres (un certain vide, d'ailleurs parfois compensé par du trop plein) les esprits perspicaces le décèleront peut-être dans certaines réminiscences qui  travaillent Fulgaran dans son aventure révolutionnaire. Je crois que cela suffit largement. Rien d'appuyé. A côté il y aura ma petite biographie factuelle, celle qui vient de sortir, qui ne dit peut-être rien d'essentiel, mais peu importe. Elle aidera à compéter ma fiche très formelle (et lacunaire) élaborée par la stagiaire de la bibliothèque nationale de France sur laquelle je suis tombé par hasard ce matin (la fiche sur mon grand père est mieux fournie).

Kundera c'est encore plus éloigné de moi. Son analyse "existentielle" (qui sent beaucoup l'heideggerianisme) de l'art du roman est éloignée de mes préoccupations, tout autant que sa "philosophie de l'histoire de la littérature" (elle aussi copiée de la philosophie de l'histoire de la métaphysique de Heidegger). Je pense que tous les auteurs de romans aujourd'hui se situent dans une "fin de l'histoire" au regard de ces catégories "historiales". Nous sommes au delà. Oui, peut-être sommes-nous tous dans la simple culture du dérivatif. Comment Irene Delse appelait-elle cela ? les "maniaques de l'écriture" ? les "graphomanes" ? Comme les collectionneurs de timbres. C'est d'ailleurs pourquoi je me rends à ce salon avec plus de sérénité que je ne l'eusse fait il y a 20 ans. Je ne risque pas d'y trouver des bourgeois prétentieux qui croient porter sur leurs épaules les grands enjeux d'une Culture millénaire. Il suffit de regarder cette vidéo pour se rendre compte qu'il ne s'agit que de gamins qui font des pâtés de sable.


Je ne dis pas que lorsque j'écrivais ce livre, aux deux étapes (en 1990 et 2007) des ambitions plus profondes ne le travaillaient pas, mais il faut être réaliste. Au final j'ai surtout cherché à créer un univers qui me ressemblait, un univers où je me sente à l'aise pour y faire évoluer mes personnages. Un univers, c'est à dire un style et des événements. Avec une contrainte seulement : que l'histoire soit crédible, que tout soit vérifiable.

Maintenant il faut le montrer comme un chateau de sable. Et faire face aux problèmes de mon éditeur qui se dit que j'ai décidément publié trop de livres en 6 ans et qui ne sait pas comment s'en dépatouiller pour ma séance de signatures du 19.

Je n'attends rien de grand du petit business qui tourne autour de la littérature. Pour moi, si je devais trouver quelque chose de grand quelque part, ce serait encore et malgré tout dans la politique : dans cette image de l'ambassadeur de Cuba, hier, parlant de l'embargo et d'Obama dans le petit local de la section PCF de Brosseville, pour le plus grand plaisir du secrétaire de la section qui lisait mon discours intimidé et d'un vieux résistant de 45 qui s'y trouvait ; dans le pot de l'amitié après où un élu communiste arabe me disait "Sarkozy est moins français que moi, car moi mon grand père est mort pour la France". La grandeur est dans ce réel, ou dans les romans qui le prennent en charge. Mais ce réel a-t-il encore besoin de romans ?
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La religion unanimiste des puissants

9 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Il n'y a pas d'un côté un monde réel avec des pauvres gens qui souffrent et qui seraient tous en puissance de bons pacifistes, et de bonnes personnes attachées à la solidarité, au service public, et à l'intérêt général, et, de l'autre, une bulle politico-médiatique néo-libérale qui veut la guerre de tous contre tous, les inégalités, le choc des civilisations.

Il y a, c'est vrai, d'un côté une religion officielle néo-libérale, avec ses grandes messes (autour de la guerre de Yougoslavie, de la mort de Michael Jackson, de celle de Claude Lévi-Strauss, ou des commémorations de la chute du mur de Berlin) avec ses grands prêtres (Bernard-Henry Lévy, Claire Chazal, Elie Wiezel, Vlaclav Havel etc). Mais cette religion n'est pas une bulle. Elle compte des tas d'adeptes ardents hypnotisés par la TV ou les grands journaux, arrogants, agressifs, prêts à fliquer les dissidents. Et cette masse (peut-être 20 % de la population - dans les pays du Nord, mais aussi du Sud), bien qu'hallucinée, est une composante à part entière de la réalité de ce monde, une force politique, pas simplement une superstructure.

Et puis, face à ces 20 %, il y en a peut-être 10 ou 20 % qui sont prêts à heurter de front les dogmes les plus sacrés de la religion politico-médiatique. 10 ou 20 % de gens comme Sahra Wagenknecht, Allemande de l'Est qui ne renie pas le passé de son pays et se sent prête à se battre pour le socialisme, comme Chavez prêt à donner sa vie pour combattre le néo-libéralisme, comme ces femmes voilées qui refusent de montrer leur visage à la Sainte Laïcité, comme ces Palestiniens qui ne rendent pas les armes.

Entre les deux il y a 60 à 70 % qui n'ont pas vraiment d'opinion fixe sur quoi que ce soit. Qu'on peut pousser à voter "non" au traité constitutionnel européen une année sans que ça les empêche de voter Sarkozy l'année suivante, qui se méfient des mass médias, tout en les adorant, qui sont prêts à toutes sortes de petits arrangements, dans un sens ou dans l'autre, dans le sens du voile, dans celui de la laïcité, dans le sens du néo-libéralisme, dans celui du socialisme, suivant le jour, suivant l'humeur, suivant l'évolution de la fiche de paye, suivant la dose de courage ou de lâcheté accumulée (et de ce point de vue là n'importe qui est susceptible de faire partie des 60 à 70 % un jour).

Ce qui exaspère les 20 % de tenants de la religion dominante, ce sont les 10 ou 20 % d'opposants motivés. Il est insupportable à leurs yeux qu'il y ait encore dans ce monde des réalités comme le gouvernement cubain, comme le Hezbollah, comme la gauche révolutionnaire basque etc (on pourrait multiplier les exemples d'organisations ou d'actes individuels anti-systémiques, dont tous ne sont pas également vertueux ni recommandables, mais qui ont en commun de heurter de plein fouet les dogmes libéraux). L'existence de ces opposants n'est pas seulement susceptible de faire basculer les 60 à 70 % d'esprits flottants dans une direction opposée aux intérêts des gouvernants. Elle est surtout, par elle-même, la preuve que le dogme n'est pas intangible. Puisqu'il y a des esprits humains qui peuvent les contredire de front, leur solidité laisse à désirer. Et donc il faut toujours plus, dans le camp des croyants, s'autoconvaincre par le matraquage (qui n'est pas seulement matraquage des opposants, mais d'abord auto-matraquage). Il faut toujours réinviter sur les plateaux TV Finkielkraut, BHL, Rupnik, Adler, toujours plus publier des livres dans leur sillage, toujours plus répéter sans cesse les mêmes inepties. Et bien sûr plus on ressace, plus on éveille des vocations à l'opposition dans le camp d'en face (en ce moment beaucoup de mes amis sont très remontés contre le matraquage sur le Mur de Berlin).

On peut se demander pourquoi tant de dogmatisme chez les 20 % du camp dominant, pourquoi tant de religiosité, et pourquoi ce besoin d'unanimisme sans lequel la "fête" officielle paraîtrait terriblement gâchée. Pourquoi, alors qu'il n'y a plus de parole divine révélée dont il faudrait être le témoin ? N'est-ce pas justement, paradoxalement, parce qu'il n'y a plus de Dieu dans ce camp dominant ? Puisqu'aucun Dieu ne vient valider le discours, il faudrait de l'unanimité humaine pour compenser. Cette nouvelle forme de religiosité politique, et la véritable hystérie unanimiste qu'elle provoque, mériterait une analyse anthropologique sérieuse. Je crois qu'il n'y a pas eu de précédent dans l'histoire.
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Frédéric Delorca au salon du Premier roman à Draveil

9 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Frédéric Delorca sera au salon du Premier roman à Draveil avec "La Révolution des Montagnes" (Editions du Cygne)

samedi 14 novembre 2009
Heure : 14 h à 18 h

Théâtre Donald Cardwell
1   allée de Villiers 
91210  DRAVEIL
Tel: 01 69 40 95 00
Fax: 01 69 03 10 67

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