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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #bearn tag

Béarnité irlandaise

12 Août 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

"J'ai découvert peu à peu, surtout peut-être à travers le regard des autres, les particularités de mon habitus qui, comme certaine propension à la fierté et à l'ostentation masculines, un goût avéré de la querelle, le plus souvent un peu jouée, la propension à s'indigner 'pour peu de choses', me paraissent aujourd'hui être liées aux particularités culturelles de ma région d'origine que j'ai mieux perçues et comprises par analogie avec ce que je lisais à propos du 'tempérament' de minorités culturelles ou linguistiques comme les Irlandais. Ce n'est en effet que très lentement que j'ai compris que certaines de mes réactions les plus banales étaient souvent mal interprétées, c'était peut-être parce que la manière - le ton, la voix, les gestes, les mimiques, etc. - dont je les exprimais parfois, mélange de timidité agressive et de brutalité grondeuse, voire furieuse, pouvait être prise pour argent comptant, c'est-à-dire, en un sens, trop au sérieux, et qu'elle contrastait tant avec l'assurance distante des bien-nés parisiens." ("Esquisse pour une auto-analyse" p. 115)

L' "irlandité" de Bourdieu qui était peut-être celle de toutes les classes dominées en Béarn n'est certainement pas celle qui aura fait rêver Montalembert et Ozanam.

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Expériences sociales incommunicables

12 Août 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Cinéma, #La gauche, #Lectures

Vous savez que j'ai eu des échanges jadis avec le sociologue Pierre Bourdieu. J'ai revu encore l'an dernier un de ses amis d'enfance qui me reparlait de lui. Tout à l'heure je m'amusais à relire un morceau de son "Esquisse pour une auto-analyse" où ça parle du Béarn, de l'Algérie, de Paris. Dans le premier paragraphe je lis cette phrase "en raison de l'amplitude de mon parcours dans l'espace social et de l'incompatibilité pratique des mondes sociaux qu'il relie sans les réconcilier, je ne puis pas gager - étant loin d'être sûr d'y parvenir moi-même avec les instruments de la sociologie - que le lecteur saura porter sur les expériences que je serai amené à évoquer le regard qui convient, selon moi".

Le propos est fort : il parle de mondes sociaux "incompatibles". Entre le village béarnais et le collège de France, il n'y a pas de compatibilité. Du temps où je faisais les allers-retours entre Sciences Po Paris et la maison de mes parents ouvriers en Béarn, je ressentais les choses comme lui.

Tout à l'heure quand j'entendais dans cette vidéo un amateur d'armes à feu régler ses comptes avec Mediapart qui l'attaquait, j'avais aussi le même sentiment : des mondes incompatibles, qui ne peuvent pas communiquer, même dans la polémique. Chacun a ses mots clés, ses mots valises, pour tenter d'exprimer quelque chose. Mais au fond il n'y a rien à communiquer. Tout est faux.

Quand Ruffin parle du peuple, quand Soral en parle, quand Zemmour en parle, cela sonne faux. Tout comme cela sonnerait faux si j'en parlais moi qui suis maintenant un bourgeois. Mes cousins chasseurs n'auraient rien à dire à une youtubeuse pseudo-intello façon Tatiana Ventôse, et celle-ci peut toujours faire semblant de s'intéresser au petit peuple, à ceux d'en bas, elle ne le fait que dans un combat contre les petits bourgeois de sa trempe, en usurpant la prétention de parler en son nom. Ils feraient mieux de dire, comme Pasolini dans cette interview en français de 1966 : "Je hais la petite bourgeoisie et je me hais comme petit bourgeois" et se mettre à filmer plutôt que de parler. Le petit bourgeois trahit les classes populaires dès qu'il veut parler à leur place. Et pour cette raison Bourdieu les a trahies aussi en finissant par défendre la political correctness de plus bas étage, que maintenant Soros finance à coup de milliards.

Mais voilà, dans les années 60-70 au moins, on devait faire semblant de s'intéresser aux classes populaires. On ne se sentait pas autorisé à les gaver de malbouffe, de vaccins, et de musique de merde en le traitant de "sans-dents" et en lui tirant dessus au LBD s'il venait occuper les places des centres-villes. On ne se sentait pas encore en mesure de lui dire ouvertement qu'il polluait trop la planète et qu'il était temps de le stériliser. On avait la petite touche paternaliste, toujours humiliante, toujours détestable, mais qui au moins permet encore de laisser entrevoir quelque chose de l'indécente vérité de ce monde. Tenez, prenez les conférences d'Henri Guillemin, ce fils de petit fonctionnaire comme Bourdieu devenu chrétien social. Installé à titre posthume sur You Tube devant son joli mobilier d'intellectuel, il se sent obligé de rappeler, en 1970, que la canaille girondine de 1792 n'était qu'une bande de vautours assoiffés d'argent tandis que l'on doit reconnaître à Robespierre (comme aux frères Gracques à l'époque romaine) le mérite d'avoir au moins un peu quand même essayé de porter atteinte au dogme de la "propriété sacrée", pour limiter les injustices. Mes profs de Sciences Po quand ils parlaient de la Révolution n'avaient pas cette délicatesse. Dans les années 60, on ne pouvait pas penser l'humanité et la morale sans songer aux classes humiliées. Il en allait de même dans les années 1840. Je repense au père Lacordaire quand il soulignait la phrase de Jésus selon laquelle la preuve que le Messie était là c'est que "les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres." (Matt 11:5). " Etre auprès des pauvres compte plus que de faire des miracles", estimait-il, et il ajoutait : "un jour peut-être l’Antéchrist ressuscitera des morts ; mais ce qu’à coup sûr il ne fera pas, c’est que les pauvres soient évangélisés". C'était du paternalisme chrétien, mais un paternalisme qui, au moment des barricades de 1830 et 1848, ne pouvait pas faire l'économie de la question sociale comme on la fait cyniquement aujourd'hui.

Aujourd'hui il n'est plus question de s'intéresser aux classes opprimées. Ni aux affamés qui se cachent pour se rendre à la banque alimentaire, ni à ceux qui sortent leurs fusils pour essayer de défendre ce qu'il reste de la "douce France cher pays de leur enfance" ou de leur "doux villages". Tout le monde est devenu du bétail, étiqueté, de la marchandise pour l'élevage des "grands initiés", de l' "élite mondiale"...

Je repense encore à Bourdieu quand il écrivait dans Science de la science et Réflexivité que la sociologie anglo-saxonne avait toujours été une forme d'ingénierie sociale. En lisant cela à l'époque (il y a 20 ans), je en pensais pas que cette ingénierie, cet art de gérer le troupeau et de le faire taire (et même d'en éliminer les mauvais éléments) deviendrait un pratique aussi ouvertement assumée par les classes dirigeantes.

J'ai fini pour ma part par estimer comme Wittgenstein que ce qu'on ne pouvait dire il fallait le taire. Et que, puisque cette disparité entre les divers types de classes dominées et la petite, moyenne et grande bourgeoisie était si marquée, et si ineffable, il était vain d'écrire pour en témoigner (et encore plus vain de tenter d'expliquer comment ses diverses strates peuvent s'agencer dans un individu statistiquement improbable qui a connu une ascension sociale elles peuvent s'agencer). Ne parlons pas de ça puisqu'il n'y a pas de mots pour le dire, puisque les mots sont nécessairement pédants, petits bourgeois. L'honnêteté est de se taire sur ce sujet, de parler d'autre chose... Je n'en dis donc rien dans ce blog. Mais je rappelle tout de même ceci : ceux qui prétendent en parler, dans leurs écrits, à la TV, en parlent nécessairement d'une manière fausse. Ce sont des imposteurs.

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Que garder de Pasolini ?

15 Février 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Avortement, #Les rapports hommes-femmes, #Béarn, #Cinéma, #coronavirus-vaccination-big pharma, #Philosophie et philosophes, #Grundlegung zur Metaphysik

Mes 20 ans, malgré tout ce qu'ils comportaient de concessions à l'hédonisme, au cynisme et à l'athéisme, ont été marqués par Pasolini, par son inactualité, par sa façon de filmer les paysans, de filmer Dieu. Encore à 42 ans, perdu dans mon aveuglement spirituel, je saluais quand même la position originale de ce cinéaste révolutionnaire sur l'avortement - voyez ici.

Je pourrais encore citer des phrases fortes dans Ecrits corsaires comme "le résultat d'une liberté sexuelle 'offerte' par le pouvoir est une véritable névrose générale. La facilité a créé l'obsession".

Le publiciste catholique américain E. Michael Jones rappelait encore que "Salo ou les 120 jours de sodome" montrait mieux qu'un sermon que la sexualité libre était un instrument du fascisme et qu'elle conduisait au meurtre.

Mais ce message moral n'est pas l'atout majeur de Pasolini selon moi (notamment parce qu'il n'est pas adossé à une orthodoxie spirituelle, mais c'est une autre affaire). Le centre de sa production est plus sociologique : c'est sa critique de la destruction du monde rural italien par la société de consommation (bourgeoise). "L'univers paysan (auquel se rattachent les cultures sous-prolétariennes urbaines et, jusqu'à il y a quelques années, celles des minorités ouvrières, comme dans la Russie de 1917) est un univers transnational qui ne reconnaît tout bonnement pas les nations (...) Les hommes qui peuplaient cet univers... étaient des consommateurs de biens de toute première nécessité. C'est sans doute cela qui rendait leur vie pauvre et précaire extrêmement nécessaire, tandis qu'il est clair que les biens superflus rendent la vie superflue(...) Du point de vue du langage verbal, on assiste à la réduction de toute langue à une langue communicative, avec un énorme appauvrissement de l'expressivité (...) Aucun gosse des bourgades des environs de Rome ne serait capable, par exemple, de comprendre l'argot de mes romans d'il y a dix-quinze ans et, ironie du sort ! il lui faudrait consulter le glossaire comme un bon bourgeois du Nord !" (article du 8 juillet 1974 p. 87).

En ce moment beaucoup d'esprits qui résistent à la dictature sanitaire mondiale demandent qu'on rende aux nations leur indépendance pour que des expérimentations à la suédoise ou à la biélorusse puissent être menées, loin de la corruption de Big Pharma. Même parmi les religieux j'entendais hier le Rav Dynovisz déclarer en tandem avec un sien interlocuteur que le mondialisme du Veau d'Or cherchait à détruire l'humanité en détruisant les 70 nations...

Certes les nations sont peut-être maintenant le dernier outil pragmatique pour échapper à la réduction mondiale en esclavage, mais il faut voir que les nationalismes "défensifs" d'aujourd'hui sont sur le point d'être laminés et annexés par l'Empire de Nemrod uniquement parce qu'ils ont, dans un premier temps, été les niveleurs du monde paysan primitif, les auteurs de son asservissement à travers le processus d'industrialisation et de consommation. Bref : le nationalisme n'a été qu'une étape du chemin de l'enfer qui mène aujourd'hui à la Nouvelle Babylone unificatrice hygiéniste, dématérialisatrice et transhumaniste.

Il y a peu, une lectrice de ce blog d'origine béarnaise me disait tout le bien qu'elle pensait de cet article que j'ai écrit il y a neuf ans à propos des mots gascons que ma mère glisse dans sa conversation en français (un article qui est encore parmi les plus lus de ce blog tous les mois). Mais le langage de ma mère - et dans une certaine mesure aussi celui de mon grand père - ne portait déjà plus, dans la seconde moitié du XXe siècle, son dialecte ancestral dans ses locutions quotidiennes qu'à l'état de vestige fantomatique, peut-être dans un effort désespéré de conserver quelque chose du réel, dans un monde déjà envahi par les émissions de Michel Drücker et la présence obligatoire devant l'écran du JT de 20 heures.

Ce que je garde donc du cinéma de Pasolini c'est surtout cela. Cette ultime tentative de porter à l'écran le réel de la Terre, à travers les regards des paysans, qu'il filme la Colchide de Médée, la Judée de l'Evangile selon Saint Mathieu, ou les Mille et Une nuits au Maroc. Il est si difficile aujourd'hui de percevoir ce qu'était ce monde là. Dans son article de 1974 que je citais plus haut, Pasolini disait en trouver encore des traces dans le Tiers-Monde, mais sur un mode là encore de plus en plus évanescent. Je ne suis même plus sûr qu'on puisse l'y trouver aujourd'hui. Et je ne vois plus ce qu'il peut rester de l'humanité, lorsque la Terre en elle a été aussi systématiquement éliminée, pour n'être réduite qu'au statut de slogan totalitaire, alibi de sa destruction complète.

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Commentaire de M. sur mon roman "La Révolution des Montagnes"

15 Février 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes, #Béarn, #Actualité de mes publications

La sociologue d'origine béarnaise (par sa mère), M., qui enseigne en région parisienne, vient de m'écrire un commentaire aimable sur mon roman paru en 2009, La Révolution des Montagnes. C'est un roman antérieur à ma conversion que je considère aujourd'hui symptomatique des égarements d'une vie sans transcendance, mais qui dit quelque chose aussi de la folie du monde que nous construisons depuis quelques siècles. J'en avais écrit le premier jet il y a 30 ans. Je l'ai profondément remanié ce roman 15 ans plus tard, en 2006 (il y a trois lustres). Il est intéressant que je sois conduit à me pencher à nouveau sur cette histoire tous les 15 ans.

Voici donc ce que M. m'écrit :

"J’ai lu avec grand plaisir votre livre envoyé très vite par votre éditeur.

Vous avez une belle plume, alerte et vive, qui fait sentir les situations. Ce fut un régal de vous lire et j’ai souri ou ri bien souvent.

L’indépendance du Béarn soutenue par une actrice de films pornos, il fallait le faire et la fin avec le projet de bébé shootés à la dopamine,  brrr ! Le tout dans les paysages magiques du Béarn…

L’ensemble est assez loufoque, revigorant et très bien enlevé !

Les seigneurs de la Vicomté du Béarn auraient sans doute apprécié, les différents registres de la vie cohabitaient sans doute plus facilement qu’aujourd’hui à l’époque.

Il y a de plus une réflexion très forte sur le pouvoir : les indépendantistes béarnais de votre livre ne sont pas les seuls à se battre sans grand programme pour une idée assez floue  et à se retrouver au prises avec toutes les embûches, à commencer par le refus de la population  de changer son mode de vie, pas si désagréable au fond. Et que fait Fulgaran une fois devenu président ? Pas grand-chose. Vous l’écrivez de manière implacable pp. 101 – 105 en particulier : « Il était évident qu’il n’y avait plus rien à faire, au sommet de ce nouveau pouvoir, si ce n’est le mettre en scène (…) il était donc inutile de continuer (…)» « en décrochant l’autonomie, leur mouvement était allé aux limites du possible et (qu’) aucun autre projet social ne serait à leur portée ». Tout ça pour ça… Cette réflexion pourrait inspirer bien des dirigeants qui s’accrochent au pouvoir ou cherchent à y accéder.

J’ai beaucoup aimé les pages émouvantes où vous parlez des chants béarnais et de Si canto (p. 44-45). J’ai été saisie par leur beauté et l’émotion qui s’en dégage. Elles me rappellent une rencontre en Béarn entre descendants d’émigrés Pyrénéens en Amérique (nous étions environ 150) où une fois à table, ces chants sont montés spontanément, nous renvoyant tous à notre histoire, nos amours enfouies, comme un fil qui nous unissait les uns aux autres sans nous connaître. Gorge serrée,  larme à l’œil et émotion garanties. C’est curieux la culture, au-delà de l’universel, on a tous un petit village qui nous fait battre le cœur plus que les autres. Cette émotion peut être partagée par des gens qui « n’en sont pas », heureusement, sinon, ça serait clocher contre clocher, cauchemardesque nationalisme. Les Béarnais de Paris accueillent du reste les « amoureux du Béarn », expression large qui écarte toute idée de filiation ethnique au profit d’un intérêt partagé."

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Verrazane et Marguerite de Navarre

19 Août 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Renaissance - Auteurs et personnalités, #Béarn, #Christianisme, #Le quotidien

Il y a si peu de liberté ! Dans les trains des gens vous interpellent dès que vous descendez votre masque sous le nez ! C'était donc une joie pour moi de voir dimanche dernier du haut du pont d'Espagne à Pau un pêcheur exhiber une truite au bout de sa ligne et la montrer à sa petite fille émerveillée. Voilà un plaisir simple et sain que les technofascistes n'ont pu lui voler. C'est devenu si rare.

En longeant le château de Marguerite de Navarre (Marguerite d'Angoulême), la soeur de François Ie, je songeais que c'est à cause d'elle que le pauvre navigateur, toscan de Lyon, Jean de Verrazane, Giovanni da Verrazzano, qui périt tristement dévoré par les cannibales, nomma le site de New-York "Angoulême" ou "Nouvelle Angoulême" en 1524 et la baie de l'Hudson "Baie Ste Marguerite".

S'il a nommé cette baie en l'honneur de la "Marguerite des Marguerites" et non de son frère le roi, c'est qu'elle a dû l'impressionner. Comme je l'ai déjà dit, les dames de la cour à l'époque se devaient d'incarner le sommet du bon goût et tout ce que le royaume très chrétien de France, fille ainée de l'Eglise, avait de plus splendide, et c'est ce que faisait la reine de Navarre en sa propre cour comme à la cour de son frère, si bien qu'il est un peu vain de la décrire seulement comme une "grande intellectuelle" à la Marguerite Yourcenar comme le font nos contemporains. J'ai voulu avoir des renseignements sur la rencontre entre Verrazane et Marguerite.

En attendant j'ai jeté un oeil à son Heptaméron pour voir si elle y parlait des expéditions en Amérique. Il évoque celle de Robertval, "chef par le commandement du Roy son maistre, en l'isles de Canadas" (en 1542) dans sa 67ème nouvelle. C'est une belle histoire qui me rappelle la série de mon enfance "Les robins suisses". Robertval abandonne un homme qui l'avait trahi, ainsi que sa femme sur un littoral inhospitalier. La femme est pieuse et lit beaucoup le Nouveau Testament (notez la petite connotation protestante : on ne dit pas qu'elle récite des Ave Maria et des Pater Noster). Elle assiste loyalement son mari. Ils résistent au milieu hostile. Le mari meurt. La femme survit, défend la dépouille mortelle de son homme qu'elle a enterré profondément, fac aux bêtes et sera finalement ramenée affaiblie mais vivante à la Rochelle par un navire de passage. L'histoire rappelle la question de l'amour au de la mort que j'avais évoqué dans ce billet à propos de Marguerite de Navarre et de Bourdeille. La reine de Navarre l'agrémente in fine de citations des épîtres de Paul en l'honneur des femmes qui comblerait d'aise les chrétiennes de notre époque attachées à la défense à la fois de leur foi et de leur sexe (mais Marguerite de Valois a la prudence de tout rattacher à la bonté de Dieu sans mérite pour l'humain). Une chronique précise que cette femme nommée Marguerite comme la reine était nièce de Robertval et qu'elle avait été déposée sur l'île dite "île à la demoiselle" sur le Saint Laurent (52e degré nord) avec son amant qui s'était montré trop assidu à son égard aux yeux du capitaine. Ce que la reine de Navarre emportée dans la mode italienne du thème galant "amour toujours" (comme dans l'affaire de Bourdeille d'ailleurs), c'est qu'il s'agissait d'une idylle adultérine...

Pour ce qui concerne plus précisément la rencontre de Marguerite avec Verrazane, j'ai pensé aller lire quelques livres à la médiathèque de Dieppe, ville où le marin a un portrait gravé dans le marbre, et où se trouvent quelques livres sur lui. Mais le temps et le courage de reprendre un train avec un masque sur le nez me font un peu défaut pour l'instant...

En y songeant je me dis que peut-être suis-je trop indulgent envers Marguerite de Navarre, dont j'ai montré aussi les faiblesses pour le spiritisme mêlé à la passion charnelle - cf ici - et le libertinage des quintinistes sous couvert de protestantisme. Le marquis de la Franquerie dans son "La vierge Marie dans l'Histoire de France" (1939) fut très sévère pour Marguerite."Malheureusement, écrit-il p. 123, le roi (François Ier) ne resta pas longtemps sous la pieuse influence de la reine Claude de France, il tomba sous celle des libertins et surtout de sa soeur, Marguerite, qui déjà protégeait les hérétiques et, après son mariage avec Henri d'Albret, en 1527, allait faire de sa cour de Nérac le refuge de Calvin. Au lieu de se conduire en Roi très chrétien, François Ier favorisa la Renaissance, qui 'étalera la pourriture païenne' et 'prêchera l'erreur et le vice' ". Il attribue au déclin spirituel du roi sous l'influence de sa soeur sa captivité à Pavie (dont il ne réchappa que grâce à un voeu à la Sainte Vierge), puis la mort de six de ses sept fils

Après tout, qui sait si les accointances de Verrazane pour Marguerite de Valois, ne participent pas de sa dépravation qui le conduisit à finir sous la dents des cannibales dans les Caraïbes ?

En tout cas ces escapades historiques restent un petit plaisir gratuit et innocent que l'on peut encore s'accorder pour fuir une époque pesante. Celle qui précédait les guerres de religion ne valait peut-être pas mieux, mais au moins elle est très lointaine. Se déplacer vers elle par l'esprit suffit à relâcher un peu la pression du présent.

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Les dépopulationnistes volent au secours des ours dans les Pyrénées

25 Juin 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Colonialisme-impérialisme, #Les Stazinis, #Débats chez les "résistants", #Grundlegung zur Metaphysik

Les éleveurs d'Ariège s'indignent (à juste titre) de la promesse de récompense pour la dénonciation de celui qui a tué un ours récemment.

Le journal "La République des Pyrénées" (entre autres) le 24 juin s'en fait l'écho et cite les propos de Philippe Lacube,  président de la chambre d'agriculture : "La délation, ce sont les heures les plus sombres de notre histoire. Ce n’est pas dans notre culture de montagnards". La présidente socialiste du Conseil départemental Christine Tequi va dans le même sens : "La montagne restera certainement muette, écrit-elle. Ce serait alors la meilleure réponse qui peut être apportée à ceux qui pensent que tout s’achète sans se soucier de la haine et de la violence que leur initiative est susceptible d’engendrer".

La promesse de récompense (45 000 euros) est un méthode digne du Far West ("Wanted dead or alive"), que Washington n'a d'ailleurs pas hésité à utiliser récemment à l'encontre du président légitime du Venezuela (entre autres manoeuvres criminelles contre ce pays). Il est triste de voir la France adopter ce type de procédé abject.

A l'origine de cette idée totalitaire, l'ONG Sea Shepherd Global, un groupe dissident de Greenpeace habituellement spécialisé dans la défense des cétacés en mer reconnaître qu'elle collecte des fonds pour financer la prime à la capture du courageux défenseur de l'élevage en montagne qui a tué la bête. Sa directrice pour la France Lamya Essemlali s'affiche avec des chercheurs qui ont des réputations (peut-être usurpées) de francs tireurs comme le collapsologue Pablo Servigne, ou l'adversaire de Monsanto et Bill Gates en Inde Dr Vandana Shiva (quand même conseillère du Prince Charles en matière d’agriculture organique - il a son buste dans sa résidence de Highgrove - dixit The Telegraph). L'ONG dont elle dirige la branche française a un profil un peu "radical" à cause de ses opérations coups de poing qui lui ont valu beaucoup de procès.  Mais elle reste liée au Big Business. Sea Shepherd Global (SSG), selon son patron Paul Watson avait au début des années 2010 un budget de 20 millions de dollars. Watson lui-même a des acquaintances troubles avec le multi-millionaire Pritam Singh (de son vrai nom Paul Arthur Labombard).

Ils avaient déjà offert 10 000 euros en 2019 pour trouver celui qui avait pu décapiter deux phoques en Bretagne.

Mais pour mieux comprendre l'envers du décor de SSG, lisez cet article d' "Alerte Environnement" (AE) qui avait montré leur vrai visage en 2016 : celui du malthusianisme, c'est à dire le dépopulationnisme, qui est une idée très en vogue chez les élites maçonniques anglo-saxonnes depuis 150 ans - notamment la famille royale britannique voir par exemple notre billet sur le WWF. Ils pointaient notamment la déclaration de Paul Watson à l'émission On n'est pas couché le 23 janvier 2016 : « Vous parlez de ne pas avoir d’enfants. Si vous êtes suffisamment intelligent pour vous dire “je ne veux pas avoir un enfant afin de ne pas contribuer à cela”, et bien c’est peut-être vous qui devriez avoir des enfants, parce que vous êtes suffisamment intelligent. » Il faut donc, dans le monde idéal de Monsieur Watson, laisser le droit de faire des enfants qu’aux personnes « intelligentes ». "Or l’intelligence, selon lui, observait AE, c’est de ne pas vouloir faire d’enfants. Pour résumer : on interdit de faire des enfants à ceux qui souhaitent en avoir et donne le droit d’en avoir à ceux qui n’en veulent pas. C’est sûr qu’avec ce système, la population descendra rapidement à 1 milliards d’individus !"

Les Georgia Guidestones fixent un objectif de 500 millions...

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Précision : cet article a été censuré par les algorithmes de Facebook comme auparavant celui sur Bill Gates et la luciférase. 

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Tristes vallées

6 Avril 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Béarn, #Lectures

Les Pyrénées manquèrent à Bernadette Soubirous dans son exil à Nevers, comme elles m'ont manqué aussi, toujours, depuis trente ans, sur les bords de la Seine. Il n'y a pas de remède à ce mal là.

En plus ce sont moins les Pyrénées d'aujourd'hui, cartes postales pour bobos en manque de Cop21, que celles, plus vraies, plus nuancées, de mon enfance.

George Sand, si enthousiaste pour ces montagnes, comme le furent tous les romantiques, notait quand même à propos d'une femme gasconne au lavoir de Cauterets (une femme qui aurait pu être de mes aïeules) : "Elle se faisait à peu près entendre en français et se trouvait bien malheureuse d'habiter ce beau pays où je voudrais passer ma vie, mais dont elle ne voit que les horreurs et les rigueurs. Tous ces montagnards parlent de l'hiver avec épouvante. Leur été est si court qu'ils n'ont pas le temps de le prendre en amitié" (Histoire de ma vie, p. 547)

Je ne retrouve plus cette phrase de Céline qui dit que le malheur trouve toujours un moyen de vous rattraper... même dans les plus beaux paysages... 

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Des possessions au collège Gaston Fébus d'Orthez

11 Novembre 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme

Le 10 octobre 2019, il y a un mois, le journal Sud-Ouest, annonçait qu'à la suite de séances de oui-ja (une forme de spiritisme) dans la cour de récréation du collège Gaston Fébus d'Orthez (64) , des parents d'élève avaient dû saisir un médium exorciste pour soigner leurs enfants. L'article, qui se présente d'ailleurs surtout comme une publicité pour ce médium, rend compte du témoignage d'une mère d'une élève de 5ème, qui disait qu'après leur conversation avec "quelques âmes maléfiques",  des adolescentes afficheraient un regard « vide », « agressif », « paraissent comme possédées », « sont paralysées et ne savent plus marcher ». La dame raconte qu'un garçon qui a participé à une  "sous l’emprise d’une vision. Une fille imaginaire habillée en prostituée lui a demandé de se scarifier. Dans la cour, il demandait des couteaux. Elle dit avoir vu ses poignets et ses mollets scarifiés". "D’autres jeunes adeptes du Ouija évoqueraient des incitations au suicide par ces forces d’outre tombe. Des récits également entendus à l’identique par d’autres parents d’élèves du même collège. "

Le médium exorciste auquel ils ont eu recours pose dasn Sud Ouest devant une sainte vierge et un crucifix... Il n'est pas chrétien au sens biblique puisqu'il est tatoué et pratique le spiritisme (il écrit dans sa présentation sur Facebook que les morts lui "laissent des messages"). Les entités avec lesquelles il "chasse les démons" sont donc assez suspectes. Le 10 octobre il a reçu le message d'amener certains de ses clients à Lourdes et donne par ailleurs des cours de pendule, un mélange de spiritualité mariale et d'occultisme assez en vogue (mais rien n'indique qu'il soit en rapport avec la "vraie" vierge Marie)... Chose étrange, il est domicilié dans une clinique de la ville (voir l'adresse de la clinique ici). Et, juste à côté de cette clinique, il y a un cabinet de sophrologie et de massage (la sophrologie aussi est liée à des esprits occultes). Comme beaucoup de médiums, il a eu sa vie marquée par la mort d'un proche (son grand frère, mort à 17 ans en septembre 2002). Bien sûr cette personne est probablement bien intentionnée, mais sa pratique est-elle spirituellement valide ? on peut en douter, et il n'est pas certain que les parents des collégiens aient fait le bon choix en se tournant vers lui. Mais il est vrai qu'ils n'avaient peut-être pas beaucoup de possibilités, l'Eglise catholique ne fournissant plus guère d'exorcisme (malgré la présence théorique d'exorcistes auprès des évêchés) et la capacité des protestants (notamment évangéliques comme Allan Rich) d'effectuer des délivrances sans risques spirituels reste à démontrer - d'une manière générale il faut savoir qu'il n'y a pas d'exorcisme durable sans modification complète des croyances, du comportement moral et du mode de vie...

On notera que le collège porte le nom de Gaston Fébus (autrefois on disait Phoebus), un personnage qui, au XIVe siècle, a beaucoup marqué Orthez et le Béarn mais qui, en son temps, portait une bague mystérieuse, pratiquait des messes noires, et a inspiré de son vivant des phénomènes mystiques également très suspects.

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Jain au Zénith de Pau

11 Mai 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme, #Béarn

Vraiment pas de chance pour le public palois. Après que le magicien hypnotiseur Messmer soit allé leur jeter des sorts le 22 février dernier (on connaît bien des cas de personnes sorties très malades de ses spectacles, je peux vous citer des témoins), c'était le tour de la chanteuse toulousaine d'origine malgache Jain hier vendredi, connue pour le clip bourré de sorcellerie et d'imagerie maçonnique en noir et blanc "Makeba" de prononcer quelques malédictions et envoûtements sur la tête des 5 600 personnes qui sont allées les écouter au Zénith de Pau. 

Comme on ne peut pas compter sur leur journal local au logo qui mêle pic du Midi et pyramides pour aider ces spectateurs, il faut espérer que quelque église chrétienne sur les bords du Gave  aura prié pour eux.

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Henri Genès

11 Janvier 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Béarn

Quand j'étais gosse vers midi ma mère disait souvent "Il n'est pas passé le facteur de Santa Cruz ?". Ca venait d'une chanson que parfois mon père fredonnait parfois (voyez toutes les versions qu'on ne trouve sur YouTube). Quand je disais "Je suis fatigué", mon père me demandait "fatigué de naissance ?". Quand on allait voir sa tante, qu'elle appelait tantine, ma mère ajoutait souvent "la tantina de Burgos". Elle aussi chantait parfois quelques morceaux de la chanson dont venait l'expression, et encore le "tango de Sidi Bel Abès"...

Je ne le savais pas - je l'ai découvert hier - mais toutes ces références renvoient au répertoire du comique Henri Genès, qui était au sommet de sa gloire à la fin des années 1950. Mes parents ne se connaissaient pas encore, ils avaient entre 25 et 30 ans. A l'époque mon père vivait à Laruns en vallée d'Ossau et travaillait comme électricien sur les chantiers de montagne ; ma mère était couturière à domicile près de Pau. Je suppose qu'ils entendaient ce genre de chanson sur leurs postes de radio le soir. Ca faisait partie de ces chansons rigolotes qui détendaient le prolétariat à la sortie du turbin, un peu comme le "Zorro est arrivé" d'Henri Salvador, ou les "Trois bandits de Napoli" d'Annie Cordy. Ca apportait de la fantaisie à leur quotidien assez routinier et ils avaient comme des petites décharges de dopamine dans la tête quand ils ressortaient ces petites allusions là.

Possible aussi qu'Henri Genès, qui était né à Tarbes, avec ses parodies de chansons espagnoles, comme les opérettes de Luis Mariano et de Georges Guétary flattait un peu leur sensibilité latine.

Moi je suis arrivé après tout ça. J'entendais leurs chansons sans trop leur demander de qui elles étaient, et le visage d'Henri Genès, dans mon enfance, était surtout celui d'un second rôle des grandes comédies avec Louis de Funès qu'on regardait à la TV. Pour la génération des années 1990-2000, ces "tubes" des années sont aussi préhistoriques que, pour moi,  l'était le "Viens Poupoule" de Felix Mayol que certains Béarnais dans les années 1930 avaient transformé en "say poupoulo". C'est de l'archéologique musicale...

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"L'énigme de Jurançon"

14 Décembre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Une histoire qui fait la "une" du journal national "Le Journal" du 20 mars 1932 sous le titre "L'ÉNIGME de Jurançon reste impénétrable malgré toutes les enquêtes sur le mort mystérieux"

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL -

PAU, 19 mars. — Depuis ce matin, il y a des gendarmes au cimetière, car, de guerre lasse, M. Pedemenjou, maire de Jurançon, s'est finalement résolu, vendredi soir, à aviser le parquet de Pau en la personne de M. Bogue, substitut de M. Reynaud, procureur de la République.

D'un seul coup, l'apparition des gendarmes a fait passer l'affaire du domaine de la fantaisie à celui des choses sérieuses.

« Diable ! cela devient grave », se sont dit les habitants de Jurançon en apercevant les képis galonnés d'argent des représentants de l'autorité; et ceux qui avaient, jusqu'ici, bavardé en toute liberté, sont maintenant rentrés chez eux.

Pour les faire parler, ce ne sera pas facile. Au reste, que diraient-ils ?

Les plus anciens du bourg, parmi ceux qui l'habitaient en 1917. lorsque la macabre supercherie — s'il y a eu supercherie — fut commise, ne savent rien.

C'est ainsi que la chaisière de l'église, Mlle Iboz, qui, depuis 1916, a assisté à tous les enterrements, se perd en conjectures. Le vieux cantonnier, le père Fontebie, qui, malgré ses 80 ans, connaît son Jurançon sur le bout du doigt, et qui, de plus, avait un parent enterré près de la tombe mystérieuse, n'en connaît pas davantage ; M. Goore, qui était maire à cette époque, est mort. Le fossoyeur est mort également ; les menuisiers qui fournissaient d'ordinaire les cercueils étaient au front. Quant au vieux curé, l'abbé Hourcade, qui habite Jurançon depuis 28 ans et qui a pourtant vu passer par son église tous ceux qui sont enterrés dans le cimetière, il n'est pas mieux renseigné que les autres.

''Après tant d'années écoulées et tant de morts qu'il a pieusement conduits à leur dernière demeure depuis 28 Mis, il a quelque excuse de n'avoir que des souvenirs assez vagues. Paisible et calme, il a ouvert tout grands ses registres pour ces messieurs de la gendarmerie qui les ont longuement consultés. Après quoi, escortés de M. Pedemenjou, qui n'était pas mécontent de n'être plus qu'un curieux, les représentants de l'autorité sont aillés questionner le brave Eyto, lequel n'a pu que leur répéter, avec farce gestes et explications, ce qu'il avait déjà dit cent fois.
D'un grand trou. où elles étaient encore enfouies, le fossoyeur a retiré quelques planches et deux poignées garnies d'une couche de glaise noirâtre: puis il a montré les plumes et la croix.

— Vous êtes absolument certain, lui ont demandé les gendarmes, que le cercueil était vide ?

— Sûr comme Je suis là.

Et. à moins que lui-même et son beau-père n'aient été en même temps victimes d'une hallucination invraisemblable, on ne voit pas pourquoi on pourrait mettre en doute ce qu'ils affirment.

Pour le reste, on en est toujours réduit aux hypothèses, et Dieu sait si l'on peut en faire !. Un point, cependant, semble établi.

"C'est bien une bière du pays". a constaté un vieux menuisier de Jurançon. le père Loustolot, après avoir vu les débris du cercueil. Et-à l'état, il y a longtemps qu'il devait être en terre.

Puis, ayant réfléchi, il a ajouté :

— Un cercueil de chêne, tout de même, il n'y en avait pas tellement. D'habitude, ceux qui sont enterrés dans la fosse commune, ce sont de pauvres gens, et on leur fait des bières en bols blanc.

Peut-être, est-ce là la seule réflexion importante qu'il convient de retenir de cette journée où, du maire au dernier des habitants, tout le monde s'est acharné à Jurançon à mettre un nom sur la tombe anonyme. -

Ce cercueil de chêne, aux poignées nickelées, n'était pas celui d'un pauvre. Et. pourtant, on l'a enfoui là où seuls les indigents sont enterrés. Pourquoi ?

Mais que de questions ne pourrait-on pas poser sans leur donner de réponse?

Jusque très tard dans la nuit, les gendarmes ont enquêté à Jurançon : ils sont allés de porte en porte et se sont efforcés de recueillir quelques indices pour alimenter le rapport qu'ils remettront aujourd'hui sans doute au substitut du procureur de la République.

Le parquet de Pau, qui a pris l'affaire en mains, réussira-t-il à tirer au clair cette histoire que tout semble à plaisir rendre indéchiffrable ? N'assurait-on pas, ce soir, que la croix qu'on avait trouvée sur la tombe avait fort bien pu appartenir à une autre sépulture, et qu'il était aussi vraisemblable qu'elle avait pu être grattée pour qu'un autre nom y fût inscrit.

J. PÉDRON.

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L'espion qui faisait croire que Bismarck voulait acheter un vignoble à Jurançon

13 Décembre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Voici un récit d'Arthur Le Creps, un Normand orléaniste, aventurier, chasseur de lions, qui posséda de 1863 à 1867 un vignoble à Gelos près de Pau dans son livre "Pro patriâ ! Sus aux espions ! : pétition présentée au Parlement".

"En août 1868, après la bataille de Sadowa, arriva à Pau un jeune Hambourgeois de trente-cinq ans environ. Il portait le nom de Jonas, et il était le premier à rire de sa parenté biblique avec la baleine.

C'était un homme séduisant au possible, très instruit, parlant toutes les langues, excellent musicien, et riche' à pouvoir se passer d'avoir de l'esprit ; il n'en manquait pas, cependant.

C'était le fils d'un des plus gros armateurs de Hambourg. Je fis sa connaissance et tout Pau de ce temps l'a connu. Me Cassou, avocat à cette époque du barreau de cette ville, aujourd'hui membre de la Chambre des Députés, ne doit pas avoir oublié sa physionomie très saillante et il ne compte pas les poignées de main qu'il lui a rendues, comme à l'auteur de ces lignes d'ailleurs.

Jonas était venu à Pau, disait-il, parce que la vue d'un uniforme prussien lui donnait des attaques. Il avait en horreur le caporalisme berlinois, et rien ne paraissait plus sincère que sa haine teutonne, qui grattait déjà au bon endroit notre frivolité gauloise.

C'était le temps où M. Garette, membre du barreau de Pau, fondait l'Indépendant des Basses-Pyrénées. J'écrivais à cette époque dans plusieurs journaux et Jonas, qui m'avait ouvert la rédaction du journal la Situation qui se publiait à Paris avec une subvention du roi de Hanovre, venait chez moi lire les manuscrits de mes articles.

Le grand dada à la mode était alors celui du maréchal Niel voulant organiser sérieusement la garde nationale mobile. C'était le thème que je donnais le plus souvent à mes rabâchages, soutenant que la permanence de l'armée active était la cause du dépeuplement de nos communes rurales, où les soldats ayant goûté de la vie des villes ne voulaient plus revenir, peuplant les administrations de gendarmes, de cantonniers, de sergents de ville, tandis que leurs payses, fatiguées d'attendre, bifurquaient vers la prostitution.

On pense si ces articles écrits certes de bonne foi, signalés à Berlin par Jonas, y donnaient une note agréable.

En janvier 1867, je voulus vendre mon domaine de Gélos. J'étais dans le Calvados, mon département d'origine, quand je lus dans l'Indépendant des Basses-Pyrénées le fait-divers suivant :

« Le prince de Bismarck Schauenhausen, malade, veut se retirer de la direction des affaires étrangères de Prusse. On dit qu'il a l'intention d'acheter une propriété dans les environs de Pau. »

C'était immanquablement Jonas qui avait inspiré cette nouvelle.

Tous les ans, MM. de Bismarck et de Gortschakoff venaient à Biarritz ; ils passaient ensuite quelques jours ensemble à Pau, à l'hôtel de France, d'où l'on jouit de la plus belle vue sur la chaîne des Pyrénées, ayant devant les yeux l'élégant et majestueux pic du Midi d'Ossau, recouvert toujours de sa blanche crinière.

Je m'empressai, sur l'annonce des projets que l'on prêtait au chancelier de Prusse, de lui envoyer une description de Batz et je l'engageai à se faire rendre compte de mon petit domaine, d'une contenance de seize hectares. J'avais pour voisin, lui disais-je, le Ministre de la Guerre de Belgique, le général de Chazal, et d'autres grands personnages français et étrangers.

A vrai dire, je ne faisais pas grand fonds sur ma démarche ; aussi mon étonnement fut-il très grand quand je reçus au bout d'une dizaine de jours, à Caen, une longue lettré autographe d'une écriture très serrée, de M. de Goltz, ambassadeur de Prusse à Paris. Il m'écrivait par ordre du prince de Bismarck, et parlait de moi en termes élogieux qui me stupéfièrent. Quel homme charmant que ce M. de Goltz ! Aussi charmant, en vérité, que je fus naïf en ne voyant pas quelle main se cachait sous la sienne. Sa lettre, par ailleurs tournant à l'idylle, vantait le séjour enchanté de Pau, ses prairies en fleurs, ses cours d'eau délicieux, la fraîcheur de son éternel printemps. Le prince de Bismarck viendrait à la belle saison, il ne manquerait pas de faire ma connaissance, et patati et patata. Pour un ambassadeur en rupture de protocole, sa lettre était d'un abandon charmant. Je la montrai à Jonas, qui en attrapa une colère bleue de Prusse, et sacra pendant quinze jours tous ses jurons tudesques contre ces gueux de Prussiens.

Vous savez comment on attrape des mouches avec du miel, des merles avec de la glu, et des niais, comme je l'étais, avec de belles paroles !

En mai 1867, je vendis ma propriété à un Brésilien en l'étude de Me Rigoulet, notaire à Pau. Et oncques je n'entendis parler des projets du prince de Bismarck d'acheter un domaine sur les coteaux délicieux de Gélos ou de Jurançon.

Jonas resta dans les Basses-Pyrénées jusque dans les derniers jours qui précédèrent la déclaration de guerre. Il était là-bas la coqueluche de tout le monde, et dans ce milieu cosmopolite si accueillant,' si ouvert, il s'était fait une place à part. Reçu dans l'intimité du Préfet de l'époque, M. d'Auribeau recherché dans tous les salons de la société béarnaise, il ne pouvait pas, disait-il, supporter le désoeuvrement. C'est ainsi qu'il se fit attacher comme employé amateur à la préfecture des Basses-Pyrénées, puis, pendant de longs mois, à la Recette Générale (le Trésorier-Payeur général était alors M. O'Quin) ; enfin, à l'étude de Me Bonnemaison, avoué, près le Tribunal civil.

(...) Si l'on veut savoir ce que fit pour la Prusse ce farouche mangeur de Prussiens, qu'on lise les journaux belges de cette époque.

Le brillant cavalier de Pau, le séduisant meneur de cotillon, le désoeuvré charmant dépensant les loisirs de son temps dans les bureaux de nos administrations publiques, avait fait place à un administrateur ' à la poigne de fer, impitoyable aux vaincus et tenant à leur prouver qu'il ne se souvenait de notre hospitalité que pour avoir profité contre la France de ce qu'il avait appris chez elle."

 

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Ruffin à Mourenx contre le tandem Macron-Sanofi

17 Octobre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Le monde autour de nous, #La droite, #La gauche, #Les régimes populistes, #Béarn

Le député France Insoumise François Ruffin était en Béarn hier, à Mourenx, pour dénoncer les rejets toxiques (bromopropane et valproate de sodium) liés à la production de l'anti-épileptique Dépakine par Sanofi (80 % de la production mondiale de ce produit s'y trouve), ainsi que la mise en danger des usagers (voir l'association Nat Apesac et la lanceuse d'alerte Marine Martin) et le chantage à l'emploi sur les ouvriers.

Le Dr Balasque médecin à Mourenx témoigne des augmentations de l'asthme, du cancer dans le bassin de Lacq.

En 2002 l'Institut ISPED de la faculté de médecine de Bordeaux avait produit une étude qui pointait du des faits significatifs : il existe bien un gradient dans l’espace : plus on se rapproche des usines, et plus la surmortalité augmente, de même que les cancers de l’appareil respiratoire de 34 % chez les moins de 65 ans sur la dernière période étudiée.L’étude ISPED ne concluait pas à des liens de causalité mais ne les excluait pas. La Cour des comptes a regretté en 2015 qu'une suite n'ait pas été donnée à ce rapport.

L'association Sepanso-64 et France Nature environnement ont porté plainte contre Sanofi. Ruffin demande que l'Etat impose la transparence au groupe et dénonce le fait que Macron qui recevait le directeur général de Sanofi Olivier Brandicourt début juillet juste après que son usine eut battu un record de rejet d'émanations cancérigènes n'ait rien exigé de celui-ci ait l'ai même récompensé en lui imposant moins de délais pour les autorisations de mise sur le marché des médicaments, lui accordant des augmentations des prix des médicaments sur trois ans, la mise en place d'un fonds d'investissement soutenu par la banque publique d'investissement (l'Etat ne nous défend plus). L'affaire des onze vaccins obligatoires a aussi été perçue comme un cadeau à Sanofi après une visite en catimini de Philippe sur son site à Ivry. Serge Weinberg président de Weinberg Capital Partners et du conseil d'administration de Sanofi (et membre du Council on foreign relations, un des piliers du projet de gouvernement mondial) est un ami personnel de Macron. Il a siégé avec lui sous Sarkozy dans la Commission pour la libération de la croissance française (Commission Attali) et l'a fait entrer à la banque Rothschild, où il s'est entre autre occupé du rachat de Pfizer par Nestlé. Weinberg conseillait Macron pendant la campagne présidentielle.

Sanofi a versé 6 milliards d'euros à ses actionnaires l'an dernier mais refuse d'indemniser les enfants victimes des rejets toxiques, et de renforcer les investissements. Ils refusent aussi de produire des anti-infectieux bon marché que leur demande d'Organisation mondiale de la Santé. Ces bénéfices pourraient servir aussi à la découverte de nouveaux médicaments.

En 2011 notre "ami" George Soros (lui aussi un des membres du Council on foreign relations comme Weiberg), le financier patron des "révolutions de couleur" dont on parle souvent sur ce blog, avait acheté pour 7 millions de dollars d'actions de Sanofi compte tenu de son fort taux de rentabilité escompté. Soros, allié d'Attali depuis le temps où il était à la BERD, et qui siège avec lui au sein du groupe Bilderberg, avait reçu au sein de ce forum en 2014, aux côtés de Rothschild, Rockefeller, Kissinger et quelques autres, Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de la présidence de la République : ce fut le point de départ de sa conquête de l'Elysée.

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"I feel good" de Benoît Delépine et Gustave Kervern

8 Octobre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Cinéma

Vu hier le sympathique film "I feel good", de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec J. Dujardin et Y. Moreau, qui s'inscrit dans la lignée de "Le Grand Soir". L'action se passe au village d'Emmaüs Lescar, en Béarn, que j'avais visité fin décembre 2012 (voyez mon billet de l'époque, j'avais même déjeuné avec les compagnons là-bas). Le film sorti le 26 septembre dernier a totalisé 200 000 entrées en première semaine.

Le film, dans la série petite comédie sans prétention est assez bien ficelé et tient la route d'un bout à l'autre. On y voit même le joli funiculaire de Pau qui mène à la gare.

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Le marché du vendredi

12 Juin 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #La Révolution des Montagnes

Dans quelle région est-on ? Essayez de deviner. Car il y a un indice...

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