Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #bearn tag

Emmanuel Berl et le Béarn

26 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik

C'est un phénomène très étrange : le Béarn est une province française insignifiante et éloignée de tout, et cependant il s'y est passé à divers moment des phénomènes littéraires, politiques et métaphysiques intéressants. Souvent ils furent le fait de personnalités de passage plus que de natifs.

J'ai abondamment parlé sur ce blog de ce phénomène étrange qu'y fut la réforme protestante d'où est né cet apport indéniable quoiqu'ambigu au système politique et social français que fut la royauté d'Henri IV. Mais il y a plus : ont respiré l'air du Béarn Saint John-Perse, ou encore une grande mystique catholique de la fin du XIXe siècle récemment canonisée originaire du Liban, et le cinéaste Robert Bresson, auteur d'un magnifique film sur Jeanne d'Arc qui y tourna "Au hasard Balthazar", ou le chanteur populaire Daniel Balavoine qui fait encore parler de lui à travers les médiums. Le philosophe marxiste Henri Lefebvre y organisait des retraites intellectuelles avec ses pairs où l'on planifiait le soutien au Nicaragua. Agatha Christie et Sommerset Maugham y ont écrit. Ce sont des choses que les Béarnais eux-mêmes ne savent pas, des canards boiteux comme la République des Pyrénées se gardant bien de le leur apprendre.

Lors de mon dernier séjour là-bas je m'émerveillais encore de ce fait météorologique étrange caractéristique de la région : les Pyrénées y apparaissent ou disparaissent d'un jour sur l'autre suivant que le temps va virer à la pluie ou pas. A ma grande surprise, en regardant l'interview d'Emmanuel Berl devant la caméra de Boutang en 1971 diffusé par une chaîne de télévision ce soir, j'entends Berl citer ce phénomène (*), et évoquer le temps où, juste après la première guerre mondiale, il fréquentait à Pau Francis Jammes et Drieu La Rochelle. J'aurai dû attendre mes 46 ans pour apprendre que Berl avait vécu dans ma région natale.

J'ai toujours éprouvé de la sympathie pour Berl malgré son parcours erratique qui fit de lui à un moment la plume de Pétain. Bien sûr ce n'est pas l'aspect du personnage que je préfère. J'aime mieux évidemment le collaborateur de la revue Europe (la revue de Romain Rolland) qu'il fut auparavant. Il était le cerveau du parti radical socialiste, et un vrai dilettante, une "nature passive" dit-il dans son interview en se référant aux catégories de Sartre dans son livre sur Flaubert, comme je le suis aussi à bien des égards. Je pense que j'éprouve une attirance instinctive pour sa génération d'écrivains qui fut broyée par la guerre et en conçut une mélancolie incurable, plus que pour la génération d'enfants gâtés des 30 glorieuses façon Philippe Sollers qui a transformé la France en parc zoologique d'électeurs d'Hollande et Macron.

En lisant "Europe" en 2014 j'avais relevé qu'il citait Epaminondas au moment où cette référence pythagoricienne croisait mon chemin d'une manière inattendue. "Il y aura beaucoup d'Epaminondas" aurait dit Apollonios de Tyane à propos de l'Aquitaine romaine où se préparait une insurrection contre Néron. J'ignore si l'anecdote est authentique, et, à part Joseph Bonaparte dont l'acolyte en Provence se surnommait Epaminondas, je pense que Berl fut le seul à se soucier de ce héros thébain... Mais Berl a souvent eu un regard juste sur les sujets vraiment importants. Et il l'a eu sur les Pyrénées béarnaises... Il mérite encore sans aucun doute d'être lu...

-----

Il l'avait fait dans "Sylvia" paru dans "La Nouvelle revue française" de Gallimard en 1953 :

" Le Béarn favorise les confusions du réel et de l'imaginaire ; les Pyrénées surgissent ou s'effacent selon les sautes du vent, tantôt si proches qu'elle font corps, indissolublement avec le paysage, tantôt si bien cachées qu'on n'ose plus parler d'elles aux touristes ; soi-même, on les oublie, jusqu'à ce qu'elles reviennent, véhémentes, vous reprocher votre manque de foi."

Lire la suite

Les "Psaumes de David" en béarnais d'Arnaud de Salette

6 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik

En tant que béarnais, la question du protestantisme a souvent croisé mon parcours évidemment. La trace la plus ancienne de mes interrogations à ce sujet remonte, dans mon journal personnel, au 10 novembre 1986 (j'avais 16 ans) où j'écrivais sur un ton qui se voulait humoristique : "Cet après midi, après deux heures de brasse papillon en maths, j'étais assis à une table du café le Verlaine (à Pau) avec mon camarade Régis et six jeunes filles, dont deux protestantes, ce qui démontre une fois de plus mon extraordinaire tolérance à l'égard des suppôts de Satan qui, il y a quatre siècles, asservissaient le Béarn. A une des deux calvinistes je déclarai que j'aimais bien les protestants et qualifiai mon attitude d' "oecuménique". Celle-ci me rétorqua que l'oecuménisme n'était pas cela. Selon elle, il s'agissait de l'adhésion simultanée à deux religions chrétiennes. J'écoutai religieusement sa thèse, la remerciant de son cours de catéchisme. Naturellement, je savais sa définition erronée et l'assurance avec laquelle elle définissait un concept qu'elle ignorait me fit sourire". J'ai retrouvé ce passage cet été alors que je regardais des vidéos de prédicateurs sur You Tube. Un paragraphe qui montre au passage tout ce que ma personnalité de lycéen arrogant avait de pire. Je n'ai bien sûr gardé aucun souvenir de cette conversation ni des deux camarades de classe auxquelles je fais allusion...

Au grand l'oral de l'ENA en 1992 le journaliste Philippe Meyer m'avait beaucoup cuisiné sur la réforme, et dans cette école à Strabourg je côtoyais de temps à autre un calviniste militant. J'ai cherché dans ce blog en 2011 et en 2012, parfois un peu maladroitement, à cerner les mérites et désavantages de la "petite Genève" constituée à Pau avant l'abjuration d'Henri IV...

J'ai examiné d'un point de vue "anthropologique" la révolution calviniste en Béarn, avec des prohibitions des jeux et de la danse, dignes des talibans de notre époque. J'ai été sensible aux récriminations de Marguerite de Valois, la reine Margot, dans ses mémoires que l'on peut lire sur Gallica contre l'intolérance de cette révolution.

Aujourd'hui je suis devenu assez sceptique sur l'intégrité morale des deux femmes à l'origine de la victoire (provisoire) de la Réforme : Marguerite de Navarre et sa fille Jeanne d'Albret. La première, la Marguerite des Marguerites des poètes de la Pléiade, ne fut pas vraiment protestante mais elle protégea beaucoup de calvinistes dans le clergé local. Ses propos au capitaine Bourdeille relatés dans les Dames Galantes, sur cette tombe (peut-être dans le parc du château de Pau) de Mademoiselle de la Roche (Un bulletin historique et littéraire de la société d'histoire du protestantisme français du siècle dernier accessible sur Gallica précise que c'était une de ses dames, veuve et sans enfant, que la reine de Navarra envoya comme dame d'honneur à la duchesse de Ferrare en 1545 et qui allait être considérée en Italie comme une"créature méchante et de la pire espèce" avant de revenir à Pau pour y mourir) qui vibre quand son ancien amant marche dessus pue le spiritisme et l'occultisme à cent kilomètres (il est vrai que c'était à la mode : le frère de Marguerite de Navarre, François Ier, portait toujours sur lui de la poudre de momie égyptienne et fut fasciné par l'art "isiaque" de Léonard de Vinci). La fille de Marguerite, Jeanne d'Albret, fut moins élégante et plus intègre religieusement, mais sa manière de chanter un cantique à Notre Dame du Bout du Pont quand elle accouche de son fils Henri n'est pas à l'honneur de son calvinisme...

Pour me faire une meilleure opinion sur l'histoire de ma région, je me suis récemment penché dans ce classique de la littérature en langue béarnaise dont je connais l'existence depuis 1991 (cela fait partie des livres qu'on vend bon marché dans les festivals occitanistes) que sont les Psaumes de David traduits par Arnaud de Salette (les cours du Rav Dynovisz sur les psaumes sur You Tube avait excité ma curiosité à ce sujet à l'automne dernier).

Arnaud de Salette, qu'on croit né vers 1540 à Pau, est fils naturel d'un membre du conseil de Navarre, président du Conseil souverain en 1567 (il présida donc l'assemblée extraordinaire qui mit le Béarn en état de guerre contre la France en 1568 pour la défense de Navarrenx), qui l'a cependant reconnu et fait héritier par testament. D'abord avocat puis pasteur, il est reçu au ministère lors du synode de Pau en 1567, la même année que Jean de Liçarrague (1506-1601). La comparaison avec Jean de Liçarrague est intéressante. Puisqu'il est le traducteur du Nouveau Testament en langue basque imprimé sur ordre de la reine de Navarre à La Rochelle en 1571, livre dédicacé à Jeanne d'Albret (le conseil de Navarre lui accorda en 1573 50 écus Soleil - somme importante pour l'époque dit-on - pour cette opération selon l'Histoire de Béarn et Navarre composée par le pasteur de Nay Bordenave). En 1582 il était né à Briscous et pasteur à Labastide-Clairence, village basque du canton de Bidache, parlait français, béarnais et basque, et peut-être ancien prêtre catholique. En tout cas il fut emprisonné pour ses opinions. Il publia aussi le catéchisme de Calvin en baque. En 1874 il ne restait plus que 13 exemplaires connus de son Nouveau Testament dont 6 dans les bibliothèques publiques en Europe.

Salette semble d'un milieu social plus élevé que Liçarrague et plus impliqué dans la vie de cour. Pasteur à Orthez (adjoint d'un certain Solon), professeur à l'académie protestante de cette ville, il s'installe à Lescar avec son académie, à cause d'une épidémie de peste à Orthez, puis muté à Lembeye après de mauvaises fiançailles avec la fille d'un pasteur. Aumônier de la régente Catherine de Bourbon à Pau, il meurt vraisemblablement dans les années 1590. Les psaumes commencés en 1568 (quand Liçarrague traduisait son Nouveau Testament) ne sont publiés qu'en 1583 par un imprimeur montalbanais Louis Rabier installé à Orthez en 1578 et qui réalisa sa dernière impression à Montauban en 1582 d'un livre d'Athénagoras d'Athènes traduit par Michel Béraud (pasteur théologien de l'académie de Montauban qui enseigna aussi à Saumur). Il avait déjà publié les 150 psaumes de David en français à Orléans.

Les psaumes de Salette sont une mise en vers béarnaise pour être chantés sur le modèle de ce que Marot et de Bèze avaient fait en français. Selon Robert Darrigrand, reprenant l'hypothèse de l'abbé Bidache, estime que Salette a pu les traduire directement de l'hébreu. Seulement dix exemplaires sont parvenus à nous (moins encore que du Nouveau Testament en basque de Laçarrague) dont trois étaient en Angleterre et en Suisse.

Les Psaumes sont en hébreu les Téhilim. Selon un texte du Midrash (de l'exégèse, dans la Torah orale Torah SheBe'al Pe), le roi David a demandé que ses Psaumes aient autant d'importance que la Torah de Moïse. Dieu (Hachem) l'aurait refusé, alors que David a divisé son livre en 5 livres pour que cela corresponde aux 5 parties de la Torah. La demande de David  selon l'enseignement du Rav Dynovisz aurait permis de faire du judaïsme une religion standard dans laquelle la connexion à Dieu par la prière aurait été fondamentale, sans étude du texte placée au premier plan. David ayant une âme du côté féminin (et de la royauté féminine). Mais ce que David a obtenu c'est que l'on ne puisse être un géant dans la Torah qu'en passant par la prière. Toute réalité se construit à partir de réceptacle et énergie, la Torah est la lumière et la prière en est le réceptacle (comme l'âme et le corps). La prière est le corps. On ne peut donc être homme de Torah sans lecture quotidienne des Psaumes. Dans la Kabbale Moïse représente la tribu de Yesod (celle de la Lune et du fondement de l'arbre de vie), et David celle de Malkuth ou Malchut (la royauté féminine). Déjà la Torah de Moïse cherchait son réceptacle : au début du 2ème livre de la Torah, dans "voici les noms des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte" (Exode 1,1) la fin des mots de cette expression en hébreu donne Tehilim (les Psaumes). David dans ses psaumes a caché des secrets qu'ont approfondi le Zohar et la Kabbale.

Nous allons ici comparer la traduction de quelques psaumes de Salette avec la version française actuelle (nouvelle version Segond révisée 2014) et avec ce qu'en disent les autorités juives. On verra que Salette est souvent plus proche de l'hébreu sur le plan littéral, que de la logique occidentale (française) comme est censé le faire protestantisme par rapport au catholicisme mais que cela ne lui permet pas forcément de rejoindre la visée théologique du point de vue strictement juif de chacune des invocations qu'offrent les Psaumes.

Psaume 2 : "Pourquoi les peuples sont dans l'effervescence, et pourquoi les nations pensent-elles de telles vanités ?" "Pourquoi les nations s'agitent-elles" dans Segond, "Perqué hen brut e tempestejan tas holas gents" : Salette perd la notion de nation sauf si on comprend "gents" comme les nations dans le sens de "droit des gens" et après il parle des peuples mutinés. "Parce que voici que se dressent tous les dirigeants du monde, et tous les conseillers se réunissent dans le secret ensemble pour essayer de s'unir dans un projet contre Hachem et contre son Messie". Segond dit "Les roi de la terre se dressent et les princes se liguent ensemble, contre l'Eternel et contre son Messie". Salette "Les grands rois de la terre se sont levés ensemble et les seigneurs d'un coeur maudit, pour contre Dieu faire la guerre ensemble, et contre Christ son Fils béni". Salette est plus concret ici sur la notion de guerre, mais il en rajoute sur ce Messie "fils de DIeu" qui est absolument absent de l'original juif. Les deux perdent la notion de secret des conseillers.

"Il faut absolument briser ces chaînes" ("brisons leurs liens" écrit Segond, Salette fait juste plus imagé avec des"courroies renforcées") "et on les jettera". "Celui qui est dans le Ciel se mettra à rire" ("se rira de" écrit Salette, et "se moquera" chez Segond). Dans le Talmud, le traité "Avoda Zara" au début du Talmud explique que depuis la destruction du Temple Hachem ne rit plus, et il ne rira à nouveau que pendant la guerre de Gog et Magog, quand Israël sera revenu de l'exil "échappé de l'épée" selon Ezechiel, après le dévoilement du Messie. Pour les commentateur donc le psaume est une vision eschatologique de la guerre de Gog et Magog. Segond perd la dimension du rire que garde Salette.

"Le maître du monde se moquera d'eux et il commencera à leur parler avec colère", en hébreu. Bizarrement Segond écrit ce passage au présent ce qui le vide de toute dimension prophétique. Salette en béarnais le conjugue au futur. "Et il les fera tomber dans une panique inimaginable, elles seront frappées de stupeur" "dans sa fureur il les épouvante" dit Segond, "il les ébranlera" écrit Salette. "Est-ce que vous voulez remettre en cause le fait que j'aie librement choisi mon roi "c'est moi qui ai choisi mon roi" dit Segond (idem chez Salette). Puis le Messie prend la parole : "Et moi je parlerai de la loi" "Et moi, son roi, je conterai tout exprès son saint décret qui jamais ne varie" chez La Salette. "Je publierai le décret de l'Eternel" écrit Segond qui perd complètement le changement de locuteur ! Le mot choisi qui eut vouloir dire décret désigne la loi au dessus de la compréhension humaine. Les nations sont liées par les 7 lois de Noah, et selon le Talmud Dieu en ajoutera 13 aux 7 déjà connues, soit 20 valeur numérique de "keter" couronne qui est la Sephira la plus élevée de l'arbre de vie. Ces 20 sont des têtes de chapitres.

"Du maître du monde qui m'a dit 'tu es mon fils' " (bizarrement Salette ajoute "unique" à mon fils, peut-être pour le rapprocher du credo). Du point de vue juif évidemment pas de référence à Jésus ici. Moïse avait dit d'Israël devant Pharaon au moment de la dixième plaie "Israël est mon fils". Dans le 2ème livre de samuel 7: 14 Hachem dit à David au sujet de son fils qui construira le temple "Je serai son père et il sera mon fils".

"Aujourd'hui je t'ai fait naître" (repris par Salette et Segond) - signe selon les Juifs que cet engendrement est purement métaphorique -. Ce sera le moment où le Messie recevra toute sa force. "Demande moi ce que tu veux, je te le donnerai. Tu veux hériter des peuples, que ton pouvoir s'étende aux extrémités de la Terre, tu l'auras". "Frappe les avec un bâton de fer, pulvérise les comme des pots chez le potier". "Maintenant vous les rois, dit le Messie, prenez garde, vous qui jugez la terre, servez Dieu dans la crainte" (Segond utilise aussi ce mot, Salette dit "en toute révérence". "Et dansez en tremblant"... "Soyez dans l'allégresse en tremblant" dit Segond (Salette fait une longue paraphrase trop constructive "Réjouissez vous d'avoir un tel Seigneur et tremblez devant son excellence". Et pour finir "Embrassez ce qui est pur de peur que Dieu ne se mette en colère, bienheureux ceux qui placent leur confiance en lui" (embrassez le "bar"). "Embrassez le fils de peur qu'il ne se mette en colère" écrit Segond "baisez le fils pour qu'il ne se courrouce pas" écrit Salette. Selon les Juifs, "bar" ne veut dire fils qu'en araméen, mais jamais un mot araméen n'est employé dans les psaumes. Plus haut Dieu dit "ben" pour fils. Chouraqui dit "transparence" et non pas "pur". Le premier psaume comparait les méchants à l'écorce qui vole au vent et les justes au blé sans écorce, et bar peut vouloir dire ici le blé.

On voit que dans ce psaume Salette a le mérite de placer ses verbes au futur ce qui au moins restitue aux versets leur dimension prophétique (par rapport à Segond) et il fait correctement la part entre ce que dit l'Eternel et ce que dit le Messie. Mais il y a une surenchère chrétienne dans les rajouts ("fils unique", mauvaise traduction de "bar" etc) qui conduit à ne pas voir, comme dans Segond, que le psaume annonce une revanche du peuple d'Israël après que les peuples dans le guerre de Gog et Magog se sont entre-détruits.

Psaume 7 : "Il y a quelque chose que j'ai commis sans en avoir la moindre idée, et cette faute je veux maintenant en faire un chant pour Dieu, et cette erreur concerne  Kouch fils de Benjamin". Kouch est un fils de Cham, ancêtre des africains et des Egyptiens. De Kouch sortit Nimrod. Les commentateurs disent que Kouch est Saül et qu'il n'a pas voulu l'appeler Nimrod (fondateur de Ninive) en lui disant qu'il vient de Kouch. "Hachem c'est en toi qu ej'ai placé ma confiance, sauve moi de tous ceux qui me poursuivent, de peur qu'ils ne déchirent mon NEFESH, mon âme, comme le ferait un lion". Salette écrit "de peur que leur guidon ne m'atteigne" (le guidon étant le porte-enseigne) "et comme un lion me prenne". "De peur qu'ils ne me déchirent comme un lion" dit Segond...

David parle souvent de son Nefesh (qu'on traduit aussi parfois par psyché, c'est la partie émotionnelle de l'âme, Chouraqui dans sa Bible traduit par "mon être"). Ici la notion est annulée par Segond et Salette.
"Ai-je fait quelque chose qui le mérite ? Est-ce que je me suis comporté d'une manière qui pervertit les valeurs 'avel' ? Moi je n'ai jamais fait de mal à ceux qui me font du bien, et je n'ai jamais fait du bien à ceux qui me veulent du mal".

Salette traduit par "si j'ai consenti à quelque lâcheté, si celui qui en toute amitié demeurait avec moi ou qui à tort était mon ennemi n'a pas trouvé en moi un bon ami" (sic). Segond choisit "s'il y a de la fraude dans mes mains, si j'ai rendu le mal à celui qui vivait en paix avec moi, si j'ai dépouillé sans raison mon ennemi".

D'un point de vue juif David dit qu'il n'a pas eu de perversion de valeur, il n'a pas aimé son ennemi comme Saül qui refusa de tuer le roi d' Amalec (dont un descendant voudra l'extermination des Juifs à l'époque d'Esther) comme Dieu le lui ordonnait (1 Samuel 15:9) pour venger ce qu'Amalec leur avait fait à la sortie de l'Egypte ("celui qui est bon avec ses ennemis sera cruel avec ses amis" allait lui dire Dieu).

Les deux traductions chrétiennes sont aux antipodes de cette problématique. Mais notons que celle de Chouraqui l'est aussi puisqu'il écrit "si j'ai rétribué mon payeur de mal, ou dépouillé on oppresseur gratuitement".

"Hachem lève toi, dans ta colère " (Salette et Segond traduisent de même) "Et enfin accomplis la justice dont tu es toi même la source" ("réveille toi pour moi toi qui as établi le droit" dit Segond, "selon ton jugement" dit Salette, étonnamment concis cette fois).

Les deux traductions manquent le fait que David, prototype de l'homme poursuivi, accusé d'être un faux juif depuis le départ, de par ses origines, a été placé dans cette situation parce qu'il était jugé au niveau des petites erreurs de ses intentions et non de ses actes ou même pensées. Au niveau de l'action avec Bath-Sheba il n'a pas commis de faute. Son intention était de donner une lignée du roi Salomon le plus vite possible pour accélérer le tikkun. Sa seule erreur fut d'avoir fait tuer son mari avant que Dieu le fasse mourir en première ligne au combat. Comme le rappelle un site sur le Net " Technically, Bathsheba was not a married woman since David's troops always gave their wives conditional divorces, lest a soldier be missing in action leaving his wife unable to remarry " ( Talmud, Shabbat 56b ). David n'aurait jamais existé si Hachem n'avait pas pris au sérieux les intentions (David vient d'une inceste d'un père ancêtre des moabites - Lot - avec ses filles mais où l'intention était de survie du groupe, d'un beau père avec sa belle fille prise pour une prostituée - Juda et Tamar - mais où l'intention de Tamar était d'engendrer les rois d'Israël, de sorte que Dieu valorisa la part de bonne intention, et il fit de même avec les femmes de Moab, le peuple qui malgré son ascendance abrahamique ne nourrit pas Israël à la sortie d'Egypte, mais ce sont les seuls hommes qui sont engagés dans l'interdiction d'échange avec Israël car seuls les hommes allèrent au devant des israélites pour leur refuser le pain, comme le leur confirma la pudeur Ruth la moabite). Chaque cadeau que fait Hachem a un prix. Le prix de la bonne intention fut l'enfer pour David. Dieu a instruit David en lui montrant comment dans la moindre des bonnes intentions on peut trouver l'étincelle de divin (ce que devra faire le messie pour reconstruire le monde, la récupération des étincelles dans la kaballe), mais le revers est d'être jugé aux intentions. C'est pourquoi il est jugé même responsable des fautes de Samuel dont il fut victime parce que celles-ci eurent lieu du fait de son existence (d'où la notion de faute non intentionnelle). David veut protéger son nefesh parce qu'il a peur d'en devenir fou (lui et sa lignée messianique).

Cette attention aux intentions propre à l'ère messianique se retrouve dans le célèbre verset 10 de ce psaume "toi qui sondes les coeurs et les reins, Dieu juste" (d'ailleurs Salette ne parle que du coeur et pas du rein).

Psaume 33 : "Que les justes se mettent à chanter Dieu. Seuls ceux qui sont véritablement droits méritent de le louer. Louez Hachem, avec les harpes, le luth, les instruments à dix cordes. Chantons lui un chant nouveau. Mettez y les meilleurs de vos chants et instruments". "La louange convient aux hommes droits" dit Segond, "Car magnifier sa hauteur est aux justes chose belle et aimable" dit Salette. Ici c'est la traduction de Segond qui rend le mieux compte de l'accord entre intériorité et chant que désigne le fait en hébreu que seul le droit peut louer Dieu par le chant. "Hachem aime la bonté, la justice, la bonté d'Hachem remplit le monde" (Segond dit "la bienveillance", "les biens du Seigneur" dit Salette). "Le ciel a été créé avec la parole d'Hachem, tout ce que tu vois ne tient que sur le souffle de sa bouche". La parole de la Torah est ce qui le monde dit le Zohar, et la Torah du fidèle doit être tournée vers lui. "Toute leur armée est faite par son souffle dit Segond "de son souffle il a fait son armée" dit Salette.

"Hachem a réuni les eaux dans l'océan et ce monde est rempli d'eau" (l'eau de la mer et celle qui est sous terre) "Que tous ceux qui vivent sur terre craignent Dieu et tous ceux qui vivent sur terre doivent le craindre" . Le lien nature-spirituel selon le Malbim met en rapport la nature selon ses lois avec la nature selon la providence. L'énergie négative d'un individu se combine aux autres pour détraquer le monde. D'où le fait qu'il faut s'habituer à louer Dieu du plus profond de soi pour empêcher que le monde n'encourage en soi les penchants négatifs.

"Ce qu'il a dit est ce qu'il y a, ce qu'il a ordonné est ce qui restera. Hachem annule les décisions des nations. Il annule les pensées des peuples." ("il renverse le conseil des nations", dit Segond, "il détruit et corrompt ce qui se décide dans la tête des peuples" écrit Salette sur un mode plus clair)

"La seule chose qui restera c'est ce qu'Hachem a décidé.Le projet de son coeur, s'étend sur des générations"  "le conseil de l'Eternel subsiste à toujours et les projets de son coeur, de génération en génération" dit Segond "le conseil invariable du Seigneur demeure à jamais, ce qui est agréable à son coeur dure d'âge en âge". Segond là dessus est plus près de l'intention avec la notion de "projet".

Un petit plus donc pour Segondsur ce psaume, même si sa traduction comme celle de Salette ne permet pas de comprendre clairement que le Psaume incite à comprendre la réparation de Dieu sur plusieurs génération, quand la parole portée par l'homme n'est pas assez bonne pour le monde.

Psaume 39 : "En mi medish èo dit : jo prenerèi guarda a tot ço que jo harei etc" (je prenais garde à tout ce que je ferais), chez Segond "je disais : je garderai mes voies de peur de pêcher par ma langue" en hébreu:  "Je me suis convaincu de toujours faire attention à mon comportement (mais dans Chouraqi c'est "mes routes"), et de ne pas fauter avec ma bouche, j'ai toujours essayé de faire attention de fermer ma bouche lorsque le méchant devant moi me calomnie" (Salette dit "l'inique"). Il a montré que lorsque, poursuivi par son fils Absalom se leva contre lui (2 Samuel 15) il supporta les reproches du chef du Sanhedrin sans rien dire. "Je suis resté muet" en français, puis "et oui même du bien je me suis tu" écrit Salette, le français dit "éloigné du bonheur" (ce qui n'a rien à voir) les interprètes disent "même si on pourrait penser qu'il serait bon de répondre". Salette ici fait un effort supplémentaire par rapport à la Bible de Segond, mais rate quand même le sens juif. "Mon coeur était chaud" en traduction littérale de l'hébreu, "je sentis à mon coeur une grande chaleur" chez Salette, "mon coeur brûlait au dedans de moi" en français (Salette est plus près de l'hébreu). Le Talmud dit que les reproches contre David à propos de Bethsabée glaçaient le sang dans ses veines, mais qu'il se retenait de répondre pour ne pas leur enlever une place une place dans le monde futur (car celui qui fait honte en public à quelqu'un n'a pas de place au monde futur). "Mes pensées étaient pleines de feu" chez Salette comme dans l'hébreu ("dans mon gémissement un feu s'allumait" dit Segond). "Il n'y en a qu'un seul à qui je vais parler Hachem" (Salette "A Dieu ma langue a dit ceci", Segond "Et la parole est venue sur ma langue") : "Dieu, je t'en supplie aide moi à connaître que je suis un mortel" ("connaitre ma fin" dit Segond, "montre moi ma mort" dit Salette). "Aide moi à le ressentir et aide moi à comprendre que ma vie est mesurée" - "quelle est la mesure de mes jours" chez Segond, "que je sache le contenu de mes années" : ici Segond est plus éloigné du texte hébreu où il ne s'agit pas de contenu mais les 2 perdent le "aide moi à le ressentir"... "Aide moi à comprendre à quel point je ne suis pas indispensable ("je reconnaîtrai combien je suis fragile" chez Segond, le vers n'existe pas chez Salette). "Et en vérité combien l'homme devrait se rendre compte que son existence n'est que vanité" - Segond dit "Oui, tout homme debout n'est qu'un souffle"." Certes tout homme est toute vanité" chez Salette (plus près de l'hébreu) "Un homme avance dans l'obscurité" "il passe comme l'ombre" dit Salette "l'homme se promène comme une ombre" dit Segond. Les traductions ensuite se rejoignent sur l'idée que l'homme amasse au profit de quelqu'un d'autre. "Et je n'ai en vérité  qu'une seule demande, tout ce que j'attends de toi, sauve moi de la faute, et ne me laisse pas devenir comme eux une ordure" ("ne m'expose pas au déshonneur de l'insensé" dit Segond "et ne pas m'abandonner à la joie folle de ceux qui n'ont aucun entendement" dit Salette très loin de l'original).

"Aide moi à vivre que je suis mortel". La date de la fin de sa vie l'obsédait au point qu'il a forcé Hachem à lui dire qu'il mourrait un jour de Sabbat et, tous les sabbats il se scotchait à la Torah pour que l'ange de la mort ne puisse pas le prendre, ce qu'il fera à ses 70 ans quand la chute d'un arbre put le distraire de son étude. Pourquoi était-il obsédé par le jour de sa mort ? David avait toujours été refusé par ce monde parce que son âme était trop spéciale ou parce qu'il était chargé de préparer le tikkun du monde (cf  Ari Ha'Kadosh/Isaac Louria). C'est pourquoi il ressentait la vanité de sa vie. Il était prisonnier des klippot (les écorces négatives du monde). Il est dit éternel et plus présent dans le monde depuis 3 000 ans que les prophètes.

Malade pendant six mois après l'affaire de Bath-Sheva quand Dieu l'a frappé et quand tout le monde s'est ligué contre lui.Selon le Sforno (1470-1550) David était un admoni, un rouquin aux yeux pleins de sang (Samuel I, Chap.16, verset 12), né avec une nature qui a effrayé Samuel et exerçait une fonction de roi qui lui interdisait de garder le silence (il aurait dû couper des têtes). Mais comme il était d'essence royale, par delà l'extériorité de la fonction, il pouvait se taire. Donc il n'est rien en tant que David, mais devant Dieu par son essence il est éternel.

Il me semble que sur ce Psaume Salette est souvent plus littéral que Segond, mais manque un peu ce besoin qu'a David de méditer sur la durée de ses jours, et donc manque cette forme de récupération de son essence royale que marquent son choix du silence et son face à face avec la mort.

Il y a donc dans l'ensemble quelques points sur lesquels Salette fait mieux que Segond dans sa traduction, mais d'autres sur lesquels il est plus simple. Beaucoup, à cause de l'arrière plan chrétien, s'éloignent de la connotation eschatologique purement juive que porte le texte hébreu. On peut se demander pourquoi il y a eu un retour aux Psaumes chez les calvinistes de la Renaissance, pourquoi ce succès des psautiers dans la liturgie. Mais je ne connais pas assez bien l'histoire du protestantisme pour répondre à cette question.

Lire la suite

St Jacques de Compostelle et Rocamadour

14 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik, #Moyen-Age

"Il ne faut pas aller à St Jacques de Compostelle, c'est le royaume des morts", me disait une prédicatrice évangélique spécialiste de la démonologie il y a peu. Pour elle le culte des saints catholiques revient à une abominable invocation des morts prohibée par l'Ancien Testament... Le propos n'est pas si absurde. C'est vrai que St Jacques est d'abord une affaire d'ossements et de reliques. Au IXe siècle l'évêque Théodemir découvrait le squelette de cet apôtre dans un mausolée romain, ce qui allait en faire le plus grand lieu de pèlerinage de la chrétienté médiévale.

Je trouve que Bunuel dans son film "La voie lactée" rend bien justice à cet aspect des choses quand les deux mendiants sur le chemin de la Galice voient un quidam leur expliquer "Rebroussez chemin, on vient de découvrir que les restes dans le tombeau n'étaient pas ceux de St Jacques le Majeur mais de l'obscur hérétique Pélage, il n'y a plus rien à Compostelle", ce qui est d'autant plus drôle que Pélage dans le film avait été présenté comme une sorte de gnostique libertin.

Je lisais récemment un article qui montrait qu'au Moyen-Age ce haut lieu de culte mortuaire d'un apôtre faisait système avec un autre du même acabit dans le Sud-Ouest de la France : Rocamadour où, en 1166, furent trouvés les ossements d'un Saint Amadour identifié à Zachée, l'agent du fisc chez à qui Jésus avait rendu visite (Luc 19-1 à 10) et qui se serait retiré en Gaule avec son épouse Ste Véronique dans la solitude de Rocamadour comme Ste Marie-Madeleine à Ste Baume.

En 1172 fut établi un récit de 142 miracles survenus autour du sanctuaire de Notre-Dame-de-Rocamadour. Un d'eux fait état d'un jugement de Dieu dont aurait victime la reine (en fait princesse) Sancha, Sancie, épouse de Gaston V de Béarn, mort en 1170 sans postérité, soupçonnée d'avortement criminel, jetée du haut du vieux pont de Sauveterre-de-Béarn, qui fut sauvée du flot du gave en implorant Notre Dame de Rocamadour.

La princesse, fille du roi de Navarre, broda à la gloire de sa libératrice une tapisserie et l'envoya à l'église de Rocamadour par l'intermédiaire de l'abbé Géraud d'Escoraille, abbé du monasyère de Tulle et de Rocamadour, qui revenait de St Jacques de Compostelle.

Les trois récits connus du miracles divergent sur le nom de l'héroïne et la date de l'événement. Ce jugement de Dieu en Béarn est improbable puisque la princesse est censée avoir été jugée par les navarrais (on estime que la princesse rendant visite à sa mère en Béarn aurait plutôt été menacée de noyade mais non en vertu d'une procédure judiciaire). Tout porte à croie que la légende fut forgée à Rocamadour puis importée à Sauveterre. Sa précision surprend cependant par rapport à celle des autres miracles de la série est les historiens s'accordent à penser que la remise d'une tapisserie à l'abbé Géraud de retour de St Jacques pour Rocamadour est authentique car un des auteur des manuscrits en a été le contemporain et elle figure à l'inventaire des cadeaux au sanctuaire avant que les Huguenots ne saccagent ce repaire du paganisme idolâtre. Etienne Doze, ancien magistrat, dans "Miracles à Sauveterre de Béarn" (Revue de Pau et du Béarn 1997 p. 262 et suiv) note que "le don de Sancie s'inscrit dans un remarquable courant de dévotion des souverains espagnols vis-à-vis de ND de Rocamadour", qu'il attribue à une possible jalousie des navarrais et des castillans à l'égard des rois du Léon qui contrôlaient Compostelle. Les dons des rois espagnols à Rocamadour sont nombreux et Alphonse VIII de Castille avait notamment offert à ND de Rocamadour et à l'abbaye de Tulle en 1181 deux villas sur le chemin de St Jacques. Un étendard offert par le roi de Castille à ND de Rocamadour  avait dû être rapatrié suite à une vision à la veille de la bataille de Las Navas de Tolosa ce qui aurait assuré la victoire aux chrétiens en 1212.

On voit à travers cet exemple l'existence de complémentarités et de rivalités entre des pôles de dévotion et de pèlerinage axés chacun sur leurs propres reliques et qui jouent un rôle important dans la vie spirituelle et politique des familles royales d'Europe occidentale, tout un système qui est peut-être éloigné de la notion biblique de salut à laquelle se réfèrent aujourd'hui (comme leurs ancêtres huguenots) les évangéliques aujourd'hui mais qui était manifestement très ancré dans la socio-anthropologie des XIe et XIIe siècle.

 

Lire la suite

Abkhazie, Proche-Orient, état d'urgence, runes de Kensington, Phebus

2 Août 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Colonialisme-impérialisme, #Béarn, #Abkhazie

Abkhazie, Proche-Orient, état d'urgence, runes de Kensington, Phebus

La situation se tend en Abkhazie : référendum avec 1 % seulement de participation, émeutes, comme l'explique Lenta.ru, le pays n'a pas de ressources à part le tourisme, les élites sont divisées, on n'est plus dans l'ambiance de 2009 quand j'avais participé au contrôle électoral du scrutin qui avait débouché sur la réelection de feu le président Bagapch...

Je ne suis guère d'humeur à commenter l'actualité internationale. Si tout le monde a raison d'être contre Daech, notre ardeur à aller bombarder ces extrémistes pourrait bien nous attirer l'hostilité des populations locales en Syrie et en Irak. On a souligné en juillet les morts civils provoqués par l'armée française en Syrie. Notre grande presse aurait dû en parler plus. De même qu'elle aurait dû se faire l'écho de la condamnation de l'ingérence française en Libye par les autorités de ce pays. Je ne parle pas de l'ingérence de 2011-2012, mais de celle de nos forces spéciales en ce moment même. Pas sûr non plus que l'initiative des Etats-Unis de bombarder Daech en Libye soit si positive que cela, même s'il faut bien admettre que face à ce groupe de fous furieux on ne sait pas trop quoi faire d'autre...

Le Monde toujours dans son rôle habituel dénonce l'emploi de gaz toxiques en Syrie au moment même où l'opposition essaie de desserrer l'étau militaire que le gouvernement légal lui impose à Alep. Cela s'appelle de la propagande de guerre de bas étage comme toujours.

En ce qui concerne la Turquie, pensez vous qu'Erdogan a lui-même organisé le coup d'Etat d'opérette dont il a été victime ? Je vous laisse juge...

L'actualité française non plus n'est pas gaie. Attentat de Nice, assassinat d'un prêtre en Normandie... Voilà qui nous place dans un état d'urgence permanent - l'Etat de droit devient chimérique, on va même s'habituer à organiser des élections sous le coup de l'état d'urgence, ce qui est contraire aux principes fondamentaux de la République. Pas étonnant que dans ce contexte sordide la loi El Khomri finalement soit passée comme une lettre à la Poste, et on doute que le mouvement social puisse se redresser à la rentrée. Ce sont les grévistes qui ont sacrifié leur salaire, ceux qui ont pris une balle en caoutchouc dans le bras, les étudiants qui ont été condamnés en justice pour avoir tenté d'aider un camarade tabassé qui doivent l'avoir amère... Qui arrêtera l'ubérisation de la société en marche ? Un Mélenchon qui fera 12 % au premier tour alors que Juppé fera 60 % au second ? Le régime est en crise, mais les alternatives font défaut.

Voulez vous que je vous raconte une jolie petite histoire pour finir ? Un monsieur, Olof Ohman, a trouvé une pierre garnie d'écritures sacrées scandinaves (les runes) dans son jardin en 1898 dans le Minnesota aux Etats-Unis. Le texte était daté de 1362, laissant entendre que des hommes du Nord l'avaient laissé là un siècle avant la découverte officielle du continent. On a accusé Ohmann d'avoir lui-même gravé la pierre. Aujourd'hui on en reconnait l'authenticité et l'on s'interroge sur un mystérieux X croché qui y figure, commun aux Templiers et à la signature de Christophe Colomb. Quoi, ça ne vous fait pas rêver ? Bon, alors couchez vous en regardant la série des années 1970 "Gaston Phebus le lion des Pyrénées" en 6 parties ci dessous. Les auteurs y inventent un peu n'importe quoi quant aux relations entre Agnès de Navarre et le comte de Foix-Béarn - je me demande en particulier d'où leur est venue l'idée de les faire se marier dans une ancienne église de Templiers - mais cela fait réfléchir à un des mystères du XIVe siècle : la montée en puissance de cet étrange chevalier qui a failli bâtir un royaume pyrénéen indépendant...

Lire la suite

Le Béarn dans l'oeuvre de Nostradamus

2 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

8ème centurie 1er Quatrain

PAU , NAY , LORON plus feu qu'à ƒang ƒera ,

Laude nager , fuir grand aux ƒurrez ,

Les agaƒƒas entrée refuƒera ,

Pampon , Durance les tiendra enƒerrez .

Lire la suite

Fête des bergers à Aramits

23 Juillet 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

J'étais hier à Billère, en Béarn, où des commerçants ont lancé il y a peu une monnaie alternative, la "tinda" (prononcer tinde), non spéculative, dont l'AFP a parlé récemment. Le design des billets ne me plait guère, mais c'est une initiative qui mobilise des "énergies positives" comme on dit.

Aujourd'hui, plongée dans l'ambiance de mon roman "La révolution des montagnes" (Editions du Cygne) : j'étais à la fête des bergers d'Aramits (la capitale de la vallée du Barétous, qui a donné son nom au mousquetaire Aramis des Trois mousquetaires.Poutou des bois au menu.

La musique que l'on entend dans la vidéo ci-dessous est une chanson que j'avais apprise à l'école primaire.

Lire la suite

En public

2 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

diogenosHipparchiaIl se passe des choses curieuses en Béarn. Au lavoir qui fait face au château de Pau hier, sous un soleil de Toussaint, sur un banc parmi les platanes je vis un homme entièrement nu à vingt mètres de moi qui forniquait avec une femme allongée qu'on ne voyait pas bien, mais dont les jambes en l'air portaient encore des bas. Ce jardin public à 16h30 de l'après midi était pourtant ouvert à tous, plus loin un type urinait contre un mur. J'ai trouvé bien audacieux ce Cratès de l'époque moderne avec son Hipparchia, et me demande bien si cet étrange couple est coutumier de ces pratiques. PS : Voir aussi ceci.pau.png 

 

PS : En novembre 2016 un scène semblable quoique plus vêtue a été signalée dans le métro de Barcelone par The Mirror. Idem en version naked sur la Costa Blanca en août 2015.

Lire la suite

Marie Dubois

22 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Marie Dubois, second rôle de "Tirez sur le pianiste" de Truffaut (1960) décédée la semaine dernière dans la sainte ville de Lescar (Béarn), où elle vivait (je l'ignorais). Lescar-Beneharnum où est enterrée l'immense soeur du roi de France François Ier et écrivaine, Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre. Deux grandes âmes ont traversé Lescar.

 

Lire la suite

Un bus béarnais à Pancevo

11 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

La République des Pyrénées, journal palois, aujourd'hui s'amuse de trouver un bus du réseau de Pau à Pancevo (Serbie). Elle remarque que "contrairement à ce qui prévaut habituellement, la signalétique des bus n'a pas été modifiée en Serbie. STAP et Idelis s'affichent toujours, dans leurs couleurs, sur les flancs des véhicules. Et, encore plus étonnant, le bandeau "Je ne prends pas de passagers" continue de dérouler, en français, au-dessus du pare-brise...".

1couv_montagnes-copie-1.jpgL'Europe de l'Est reçoit tous nos équipements d'occasions (transport urbain, matériel agricole).

Concernant Pancevo (70 000 habitants), la ville a aussi deux autres particularités : l'OTAN a bombardé sans vergogne son complexe pétrochimique en 1999 au mépris de la santé de ses habitants, et US Steel a longuement asphyxié sa population dans les années 2000 comme l'a noté le journal Libération en 2007 (pas de chance : ils envisagent maintenant de quitter les Balkans et délocaliser en Asie, bien que le gouvernement généreusement en 2011 ait baissé sa taxe sur le droit à polluer). Le Béarn, qui fabrique des bérets pour les troupes de l'OTAN, forme les parachutistes français, et accueille des "Davos de l'armement" devrait aussi s'intéresser à ces "détails" là...

 

Lire la suite

Emmaüs-Lescar vu par TF1

11 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Samedi TF1 consacrait, à une heure de grande écoute, un reportage (voir ici) au village d'Emmaüs-Lescar que j'ai visité en décembre. Attention, en 8 ème minute vous aurez de la pub (TF1 oblige). Je vous rappelle les débats sur Emmaüs -Lescar que nous avons eus sur ce blog ici

Lire la suite

Visite du village d'Emmaüs Pau-Lescar

30 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

fresque.JPGJ'étais hier de passage chez Emmaüs Pau-Lescar, des "compagnons" très engagés dans les luttes sociales qui refusent la "gestion de la pauvreté" et ont transformé, à l'occasion de leurs 30 ans d'existence, leur communauté en un village écologique et égalitaire. A l'entrée la fresque qui alignant Sankara, Che Guevara, Gandhi et Mandela sous le titre "Oser, risquer l'utopie avec et pour l'homme" - fresque autrefois dessinée sur le mur de la mairie de Billère en solidarité avec les sans-papier - en dit long sur l'ampleur du projet. Ici on se donne les armes pour construire une société alternative.

J'ai été accueilli par la chargée de communication Cécile Van Espen et par le directeur Germain Sarhy, 58 ans, qui se considère comme le "préfet" du village (lequel élit par ailleurs un maire et un "conseil municipal"), et nous avons déjeuné ensemble. Il m'a ainsi longuement expliqué le fonctionnement de sa communauté et les principes qui la régissent -formulés dans le journal local le 9 janvier 2012 : "Le compagnon qui vient dans la communauté est nourri, logé, blanchi et il participe à l'activité de la communauté qui est à la base la récupération, en fonction de ses capacités physiques et intellectuelles. Nous ne sommes pas dans une logique de production mais dans une politique participative.Ils perçoivent un "pécule" autour des 450 euros par mois d'argent de poche. Faites le calcul par rapport au smic. On cotise aussi à l'Urssaf et chaque compagnon a droit à la couverture sociale et à la retraite." Le statut est régi par la loi sur l'accueil en organismes communautaires et d'activités solidaires.germain

Germain Sarhy insiste sur le fait que sa structure ne perçoit aucune subvention et ne vit que des ressources de la récupération. Il se sent ainsi libre à l'égard des pouvoirs locaux dont nous parlons en détail (leur attitude en période électorale, en dehors des élections etc, Emmaüs).

 

A notre table un jeune Malien compagnon pour un temps de la communauté : l'occasion d'un échange intéressant avec un homme attaché à d'autres valeurs (l'islam, les hiérarchies aristocratiques du Mali) et qui au nom de ça à quelques problèmes avec certains aspects de la vie du village comme le calendrier de nus et le tutoiement immédiat de tous (mais néanmoins le cadre égalitaire et l'esprit d'accueil du lieu permet de gérer la différence de valeurs sans conflit).

logements

Après le repas je visite avec Germain le village. Il me montre les constructions de pavillons pour les personnes présentes depuis deux mois qui pourront bientôt accueillir environ 80 personnes au total (ce qui fera environ 200 pensionnaires avec la partie réservée aux jeunes visiteurs) . Ces pavillons suivent les normes de l'habitat écologique (écohabitat), autosuffisants en énergie, d'une grande élégance esthétique (car Emmaüs est attaché à ce que la pauvreté n'empêche pas la qualité de vie, l'attachement au beau, alors que le village donne sur la chaîne de montagnes).montagnes.JPG

Emmaüs veut s'ouvrir sur l'extérieur avec une ferme qui met en valeur les espèces locales, l'épicerie qui devrait ouvrir au printemps. il veut aussi se doter d'une école sur le modèle du Colibri. On me montre aussi le champ de blé bio dont le village tire sa farine fabriquée dans un moulin basque de 1885.

 

La culture ici n'est pas considérée comme un luxe, et on l'a place au centre du devenir des compagnons. Déjà le site accueille en juillet le principal festival musical de la région (10 000 personnes chaque année). En marge du festival l'an dernier ils organisaient des conférences dans le cadre du forum mondial de la pauvreté, en partenariat avec Paul Ariès et le journal « Le Sarkophage ». Cette année ce sera sur le "buen vivir" (good living/bien vivre). Je parviens sans peine à convaincre Germain de lancer un salon du livre des éditeurs indépendants comme cela existe à Paris où il n'y aurait pas à engager des sommes pour louer les stands. Il envisage aussi la mise en place d'une librairie permanente.

 

Sensible à la solidarité internationale, Emmaüs Lescar est en contact avec la Bolivie, et le Burkina Faso (via l'association AIDIMIR) sur des projets de reboisement. De ce côté là aussi il y aurait des choses intéressantes à envisager.

 

Evidemment ce genre de visite vous redonne de confiance dans l'aventure humaine. A Emmaüs-Lescar vie au grand air, liberté anti-conformiste et sens de la solidarité et de la justice se conjuguent à un point d'harmonie qu'on n'aurait plus cru guère possible sous la dictature des banques, des multinationales, et de la bêtise lâche et égoïste de nos contemporains. Un autre quotidien est possible !

 

 

Lire la suite

Le conseil général du 64 n'oublie pas Aurore Martin

1 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Aujourd'hui dans un communiqué de presse, le conseil général des Pyrénées-Atlantiques a fait savoir qu'il avait voté à l'unanimité hier une motion suite à l'incarcération de la militante basque Aurore Martin s'adressant "aux autorités de l'Union européenne, au président du Conseil et à la Commission européenne, afin qu'ils interviennent face aux disparités d'application" du MAE et "remédient aux situations d'injustice engendrées".

 

Déjà le 2 novembre le président du Conseil général socialiste avait  à propos de l'arrestation d'Aurore Marton "regretté une telle décision précipitée au moment où beaucoup de citoyennes et de citoyens et de leurs représentant (e) s mettent tout en œuvre pour trouver les voies pacifiques d’un règlement définitif."

 

On rappellera qu'il y a quinze jours une sénatrice écologiste de Seine et Marne avait interrogé le gouvernement à ce sujet. Le texte de sa question est ici. La réponse est très langue de bois. On peut se demander notamment si la protection consulaire promise a été effectivement mis en oeuvre (la sénatrice Mme Lipietz laissait entendre qu'il n'en était rien à la date du 15 novembre dernier).

 

Lire la suite

Shows très chauds en Béarn...

4 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Discussion digne de l'ambiance de mon roman "La révolution des montagnes" aujourd'hui. Un DJ me racontait une prise de bec entre deux gogo dancers dans une boite connue de Pau : "L'une d'elle avait pris le melon, disait-il, elle disait 'moi je touche 1 800 euros au black, je fais des soirées privées pour le PDG de telle grosse boîte. Ici c'est de la merde de danser pour un public ordinaire' - c'est clair qu'elle avait bu un peu trop et qu'elle avait pris de la coke, ça s'est terminé en crise de larmes entre les danseuses dans les loges". Bon bien sûr il m'a dit le nom de la boîte (très connue) mais je serai discret !

 

Et vous saviez vous que Chris Anderson était à El Palacio à Pau récemment ? et vous saviez vous qu'il avait produit Keen'v ? Oui bien sûr vous saviez, bon moi je ne savais pas... Plus difficile : vous saviez vous que Gizane y était aussi (un autre jour)  avec ses serpents (cf la vidéo ci dessous) ? Le DJ en question eut la lourde tâche de porter ses pythons... dur dur d'être un DJ...

 

 

Lire la suite

Sand et les Pyrénées

1 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

vall-e-d-ossau.jpgQuels écrivains romantiques n'ont pas vanté les Pyrénées ? Les gamins de nos écoles béarnaise dans les années 70 chantaient le poême de Vigny "Le cor" ("Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées") qui semble avoir été fort célèbre au XIXe siècle, au point que Flaubert le paraphrase sur un ton plaisant dans sa correspondance en disant qu'il n'est pas comme Vigny, et se plaignant du son du cor sous ses fenêtres à Croissy.

 

Je ne sais plus trop pourquoi George Sand s'est rendue à Tarbes et Luz-Saint-Sauveur en 1825 (qui pour nous béarnais sont les "Pyrénées des voisins" en quelque sorte...). J'ai cru comprendre que son mari était gascon.

 

Voici deux extraits de son journal de voyage (elle avait 21 ans).

 

038--1996--31.1.96-10.4.96--201.jpg

038- 1996 (31.1.96-10.4.96) 202

 

A côté des élans enthousiastes devant la beauté de la nature, il y a tous les agacements de devoir supporter la compagnie des crétins avec qui la jeune Aurore Dupin/George Sand voyage. La solitude de l'artiste en compagnie d'idiots. Un problème bien connu...

Lire la suite

Dictionnaire français-béarnais (d'un parler populaire mélangé)

19 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

P1000061Vous vous souvenez de "Ce que parler veut" dire de Bourdieu ? La langue. La langue concrète. Quand j'ai lu mon premier dictionnaire français-béarnais en 1990 j'y ai trouvé des tas de mots que ma famille ne connaissait pas. C'était de l'artificiel comme en produisent à tour de bras les milieux lettrés (surtout les milieux hors-sols comme les occitanistes qui parlent une langue essentiellement pratiquée dans les écoles et oubliée dans la vie réelle). Même quand ils ressortent des mots connus, les auteurs de dictionnaires ne savent pas forcément quelle signification ils avaient, dans quelle intention on les employait, et qui n'est pas la même d'une langue à l'autre, ni même d'un milieu à l'autre (voire d'une famille à l'autre).

 

Comme je sais que personne ne prendra la peine de le faire, jai envie de signaler ici quelques termes que j'ai beaucoup entendus dans la bouche de ma mère dans les années 1970 et qui étaient une survivance de mots qu'elle avait entendus dans la bouche de ses propres parents autour de 1945-50, parents qui eux faisaient des conversations entières en béarnais, alors que me mère n'en prononçait plus que des bouts de phrases en forme de clins d'oeils ou de signes de reconnaissance familiale. N'ayant pas appris l'orthographe occitane "rénovée" en vogue dans les milieux savants. Je restitue les mots dans une orthographe française approximative. Je pense que cela fait aussi partie de mon devoir de témoin de mon époque, s'agissant de réalités que les autres témoins (dans les milieux populaires) n'ont jamais été enclins à juger digne d'être transposée dans l'espace de l'écriture.

 

Voici la liste de mots :

 

drapeau-b-arn.png

Hèro : Foire. Terme extrèmement vague que j'ai beaucoup entendu dans l'expression "quino hèro aquo !" On pourrait être tenté de la traduire par "quel bazar" voire "quel bordel". Mais la notion me semble plus vaste que bazar. "Quino hèro" peut désigner aussi un pétrain, quand des gens se sont fourés dans une situation inextriquable, un imbroglio, un ensemble de problèmes liés à une série de fautes, et une position globalement coupable au vu des normes sociales.

 

Menin : petit enfant (comme les Ménines de Velazquez). Utilisé dans l'expression affectueuse : "Hé lou petit menin". Le petit enfant à sa maman. Sans aucune connotation ironique.

 

Hum : fumée - qu'ey partit a hum - il est parti à toute vitesse 

 

Praubin : pauvret. S'utilise dans l'expression : "praubin des petit" qu'utilisait déjà la mère de ma mère. "Pauvre petit" est utilisé sans que cela signifie qu'on plaint l'enfant.

 

Camat : qui a des jambes. S'emploie pour dire qu'une fille a de jolies jambes : "Qu'ey pla camadola gouyato". Phrase un peu passe-partout qu'employaient les hommes pour montrer qu'ils avaient remarqué qu'une fille était belle.

 

Mascouyonatquanteybis (Tumascouillonnéquandjetaivu). Expression toute faite pour désigner quelqu'un qu'on ne connait pas : "Quin s'apero ? - Mascouyonatquanteybis" Comment il s'appelle ? - Mascouyonatquanteybis . Variante : Quin s'apero ? Capdestero" (comment s'appelle-t-il ? Premièrebûcheduntasdebois, en béarnais ça rime). L'équivalent se trouvait un peu dans l'armée française dans les années 1990 quand pour désigner un quidam on l'appelait "Machproduguidon" (promule toute faite que sortaient tous les soldats comme un automatisme). idem : Trucoli Labatmalo

 

Cabèco : chouette. Mot qu'on utilisait pour désigner une vieille dame usée, aigrie, pas sympathique, une vieille sorcière : uo bieillo cabeco.

 

Guito : canne. Se dit d'une dame ou d'une fille à qui l'on en veut, qu'on déteste. "Aquero guito". Le mot est moins insultant et haineux que "salope" (ou "connasse") en français et pourtant de nos jours dans ce genre de situation c'est le mot qui vient le plus à la bouche des gens, peuve que nous sommes dans une société où les sentiments sont plus violents que dans les provinces éloignées des années 50 (voir Renaud Camus là dessus).

 

Purnacho : punaise. Dans le même sens que Guito, mais avec la connotation d'une femme un peu libérée, qui s'affirme beaucoup (qui par exemple a une grosse voix et ne s'en laisse pas compter), et qu'on déteste à cause de ça.

 

Piguèto : chipie. Mais peut-être le mot est-il moins bien délimité que chipie en français.

 

Esparbè : maladroit. Mais dans les milieux populaires ça évoque surtout le fait d'être maladroit avec ses mains, ce qui inspire beaucoup d'exaspération et peut-être parfois un brin d'indulgence.

 

Coun : con. D'un usage aussi répandu qu'en français. "Quin coun aqueth" Quel con celui là. "Gran Coun de la Cana" (ça je n'ai jamais su ce que ça peut dire). Mais je ne sais pas pourquoi j'ai toujours trouvé "coun" moins froidement haineux que "con", ce pourquoi d'abord il fallait le combiner avec d'autres insultes pour lui donner du poids : "aqueth hilh de puto de gran coun", "aqueth hilh de puto de macareu de gran coun"...

 

Tarabastè : turbulent. Se dit d'un enfant qui fait le fou et casse tout. Mais c'est beaucoup moins recherché que turbulent..

 

Pèlo : pèle. Classique dans "qué hè un hret que pèlo" - il fait très froid ("un froid qui pèle"). En français les jeunes de mon collège en Béarn disaient "ça pèle".

 

Guit : canard. Spécialité du coin. Employé par exemple dans "Hé l'has hicat la camiso de mindia guit ?" (tu as mis ta chemise du dimanche - mot à mot "ta chemise pour manger du canard")

 

Arregoulic : frileux. Mais comme le mot est plus long qu'en français, ça lui donne plus de volume et d'importance. Etre arregoulic devient ainsi presque une faute morale.

 

Mico : restes. Entre dans l'expression "plouro mico" : pleurnichard (mais c'est moins laid que le suffixe en "ard" donc le mot est plus doux).

 

Lénièro : remise à bois. "A la lanièro tout aquo !" : "A la remise à bois tout ça". Expression toute faite poru dire qu'on va se débarrasser d'une série de vieilles choses qu'on a en trop (dans une armoire, sur la table).

 

Bugado : Lessive, lavage du linge. Se dit aussi du fait de boire de l'eau quand on a trop bu d'alcool "que cau ha la bugado adaro" (il faut faire la lessive, boire de l'eau maintenant)

 

Pelut : Pubis velu. S'utilise bizarrement entre hommes pour qualifier un bon vin "quey dou pelut aqueth".

 

Hart : repus (ou ivre). "Qué souy hart" j'en ai assez (ou encore "quen ey hartero" : j'en ai marre). Avec le proverbe "au harts la hartèro" (à ceux qui sont repus va la nourriture) équivalent de "l'argent va à l'argent".

 

Chichangue : dans maigre comme une chichange, esmagrat.

 

Lè : laid - qué canto lè : il chante mal. Lou lè sapou : l'affreux jojo (mot à mot : le crapaux laid)

 

"Toupi de habos é tistet de desos !" (pot de fèves et panier de petits pois) - pour évoquer quelque chose dont on se vante mais qui n'existe pas

 

"arrir tistet douman qué hérar beth" - ris panier demain il fera beau (dicton)

 

"qu'ey claro l'estelllo" "l'étoile est clair" quand on voit les étoiles la nuit et qu'il fait beau

 

"et hougna !' quand on doit pousser et bousculer (bully around)

 

Abisot : attention ! par exemple "abisot de cadé" ("attention tu vas tomber") quand quelqu'un trébuche.

 

Estadit : fatigué. "Qu'èro tout estadit"

 

Bourouys : dans "Qué plau a bourouys" (il pleut à verse) ou "né's harto pas de plabé" - ça n'arrête pas de pleuvoir"

 

Camaligos : des histoires des petits merdes, des petits problèmes - cercar camaligos, cherchez des histoires. "Camaligs toustem" : toujours des histoires ! "Camaligos, ven !"

 

Douçament : doucement "Paousoli douçament !" (pose le doucement) apostrophe ironique à quelqu'un qui travaille sans énergie

 

Prega (prier) : Paga etprega (payer et prier) se dit quand on doit demander trop longtemps quelque chose "oh hé paga e prega"

 

"Ben qué t'en prey" (bah, je t'en prie) expression de lassitude devant quelque chose qui ne tient pas debout

 

Saoumo : anesse - en has poupat leit de saumo (tu en as têté du lait d'ânesse - signifie : tu es un idiot)

 

>Per diu : par Dieu ! (juron) expression étonnante : "a la gim quoi per diu" ("n'importe comment" - "qu'ei heit a la gim quoi perdiu - c'est fait n'importe comment"

 

Pèc, pégot, pégoto. Idiots du village." Aqueth qu'ey drin pèc".

 

hestahagna : bourrer - qu'esthanho aqueth roustit. Il bourre ce rôti

 

pus : cuite ou derrière - aquth qu'a la pus (celui-là est saoul), la pus de Clèro (le derrière de Claire - expression consacrée)

 

attente : attends ! (attente drin - attend un peu)

 

é push qué mey ! : et puis quoi plus!

 

cabeillat - monté (une salade par exemple)

 

sanctous ("saint saint saint" cantique), se balancer sur sa chaise comme quand on dit "sanctus sanctus" à l'église, se dit des vieux

 

desbesar : vomir - qu ey bou ta ha desbesar lous cans

 

bestiesos : bêtises - bestiesos ben -bah des bêtises

 

qué t'en prey - je t'en prie (ex : ben que t'en prey que cau escouta tout - en traduction non mittérale mais juste on dirait bah, ne m'en parle pas, il vaut mieux laisser dire)

 

abisoth' : attention (abisot' dé cadé : fait attention à ne pas tomber - on dit souvent cela quand on a trébuché ou quand on est déjà tombé, ironiquement)

 

Matapipos : Machpro Duguidon (comme Mascouyonat cuan t'ey bis). Qui s'apèro, Matapipos de Laseubo ? (ou Matapipos Dus)

 

Estello : étoile : qu'ey claro l'estello - on voit bien des étoiles  (signe de beau temps)

 

"blous" : sans rien d'autre - "drin de pan tout blous". Pan qu'ey tousttem pan

 

mourgagna : marmoner : qué mourganos ? (se dit aussi d'un mal, qui taraude un membre)

 

esbrigaillèros : débris (par exemple des miettes de pain) - en has deishat esbrigaillèros asiu

 

biroulets : tournants - "tan qué biro ha lou tour" "tant que tu tournes fais le tour" disait mon grand père dans les tournants

poupous : lolos (vient de poupar sucer)

heit  : fait - plà heit - bien fait pour toi

gai :  joie - frotti lou cuu dap ai quem'héras gai

sapou : crapeau - ouh lou lè sapou ! : affreux jojo !

Toco : touche - dio de sainto toco. Jour de paie (en français du 19e siècle aussi on disait Sainte Touche, voir souvenirs d'un parisien de Coppée p. 19)

Estadit : fatigué - que souy tout estadit houey

cueilhar : chercher - qué souy anat cueilhar lou paa. Beth a cueilho (va te faire cuire un oeuf)

 

Lire la suite
1 2 3 > >>