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Le blog de Frédéric Delorca

La manif anti-ingérence d'Antioche, le devoir d'information et la gauche

30 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

La gauche de la gauche en France n'aime pas la dictature syrienne. Pensez par exemple au député de Seine-Saint-Denis François Asensi qui dès 2011 demandait à la France de rompre les relations diplomatiques avec Bachar El-Assad. On la comprend. Elle estime, non sans raison, que les peuples de langue arabe méritent mieux que des dictatures. Il y a des exceptions : certains communistes "old school" par exemple, qui se rappellent que la Syrie baassiste avait quand même quelque chose de non-aligné et de pro-Palestinien (au moins par intermittence), et surtout qui se disent qu'entre le baassisme (éventuellement un peu "démocratisé") et l'éclatement du pays (façon Somalie) ou la guerre civile larvée ou ouverte (façon Irak) le choix devait plutôt pencher pour la première option. Les mêmes divisions se rencontrent un peu partout. Apparemment en Syrie aussi il y a des communistes bacharistes et d'autres anti.

Moi je n'ai pas d'opinion très tranchée sur la Syrie, si ce n'est que je suis résolument contre les ingérences occidentales. Je suis prêt à reconnaître face aux fanatiques du "regime change" que le bacharisme est réformable par des moyens plus "soft", et face aux amis du régime syrien que l'ASL n'est pas la bande de fous intégristes qu'ils prétendent (mais l'ASL pèse-t-elle encore ? ou est-elle déjà hors circuit face à Al-Nosra comme la LDK kosovare de Rugova l'était déjà au printemps 1999 face à l'UCK de Thaci ?).

Je regrette seulement que la position plutôt inconsistante des appareils politiques à gauche de la gauche soit aujourd'hui un obstacle à l'information des citoyens. Par exemple la position plutôt anti-Baas du Parti communiste français ne permet pas au lecteur moyen de l'Humanité ou de l'Humanité Dimanche de savoir que la gauche de la gauche turque (ou grecque, ou portugaise) est beaucoup plus radicalement anti-ingérence occidentale que le PCF. Et elle ne permet pas à ce lecteur de savoir, par exemple, qu'il y a eu une grande manifestation à Antioche dimanche dernier contre l'ingérence occidentale organisée par le PC turc, en collaboration avec le PC syrien. De même qu'elle ne permettait pas en 2012 à ses lecteurs "de base" de savoir que les dernières tribus kadhafistes étaient liquidées vraisemblablement à l'arme chimique à Syrte et à Bani Walid en Libye - une information qui aurait pourtant pu être utile au lecteur-citoyen, quoi que l'on pense, par ailleurs, du kadhafisme (d'autant que cette liquidation est loin de n'avoir fait que des victimes militaires).

Cela a pour inconvénient de faire peser sur de simples individus le devoir de "contre-information", ce qui est lourd à porter pour lesdits individus (je songe à ce site français d'information bachariste dont je n'approuvais pas le contenu, mais dont la fermeture pour cause de lassitude de son auteur me paraît très révélatrice des limites de ce type de diffusion d'info, alors qu'il était pourtant très lu), touche un public limité et prête à caution sur le plan de la fiabilité (car les initiatives individuelles peuvent facilement glisser vers le n'importe quoi).

Tout pourrait être très différent si la gauche de la gauche était plus pluraliste en son sein et moins intimidée par ceux qui la somment de s'aligner sur les dominants. Par exemple cette gauche de la gauche au lieu de chanter la louange d'Aung San Su Kyi, prix Nobel de la paix birmane, au seul motif que son père était un socialiste marxisant, aurait prêté un oreille attentive l'an dernier aux Rohingyas, minorité birmane cruellement massacrée par les extrémistes boudhistes dans l'indifférence générale des occidentaux (et d'Aung San Su Kyi), sans laisser l'Iran se faire leur principal avocat.

Toute notre culture collective serait très différente si la gauche de la gauche "officielle" (et ses médias) était plus pluraliste en son sein et plus capable de contrer les vérités officielles. Ainsi, au lieu de connaître par coeur le nom d'Ingrid Betancourt, une grande bourgeoise colombienne faite citoyenne d'honneur de la ville de Paris uniquement parce qu'elle fut prisonnière de la guérilla des FARC, peut-être les lecteurs de gauche connaîtraient-ils celui d'Anhar Kochneva, journaliste ukrainienne qui, après avoir été enlevée par la guérilla syrienne de l'ASL s'est héroïquement libérée elle-même (sans aucun soutien de chef d'Etat occidental). Anhar Kochneva était présente au meeting communiste d'Antioche. Je me suis demandé si cette journaliste avait des affinités avec la gauche de la gauche turque où, d'après le compte-rendu de l'Association pour la paix, elle jouit d'un immense capital émotionnel de sympathie. Les gens de gauche en France n'auront pas le loisir de se poser la question, car il est évident qu'elle ne sera jamais invitée à aucun meeting du Parti de gauche ou du PCF, lesquels pourtant communiaient sans réserve naguère au culte d'Ingrid Betancourt. Ainsi vont les choses...

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La Défense selon les libéraux

29 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

dronesL'ex ministre de la Défense de M. Sarkozy, député UMP de la Meuse Gérard Longuet l'a exposé aujourd'hui à Télématin sur France 2 avec la franchise brute qu'ont toujours les gens de son parti (alors que le PS sur ce sujet pense la même chose, mais suivant un mode d'expression plus confus) : certes la paix que nous avons faite avec l'Allemagne nous dispense d'avoir une armée pléthorique pour défendre notre territoire (je cite ses propos de mémoire, mais on peut facilemet les vérifier ici), oui mais voilà, il y a la globalisation. Dans le contexte de la globalisation nous faisons partie des cinq Etats qui peuvent intervenir hors de leurs frontières. En réalité 2 d'entre eux n'en ont ni les moyens ni la volonté (la Russie et la Chine) et pour les Etats-Unis c'est souvent compliqué, donc la capacité à intervenir militairement dans le monde repose de fait sur le Royaume-Uni et la France.

 

Comme on le voit il s'agit d'un produit, la force armée, reposant sur un savoir-faire spécifique lié à notre histoire : la capacité à aller tuer des gens pour ramener l'ordre ("l'ordre règne à Varsovie"). Nous sommes compétitifs là-dedans, comme nous le sommes sur la production de céréales et de camembert, donc il faut valoriser économiquement cette compétence. Dans le monde ricardien où chacun se spécialise dans ce qu'il fait le mieux pour optimiser la rationalité économique "globale", nous devons assumer le rôle du mercenaire, de celui qui va "casser du bougnoule" pour l'ordre global. Vu que les Russes et les Chinois ne le veulent pas (en fait c'est nous qui ne voulons pas qu'ils le fassent, parce que leur vision de l'ordre n'est pas la même que la nôtre, mais bon on évite de le présenter ainsi...), c'est à nous de le faire.

 

Notons que, dans ce dispositif, les vieux Républicains attachés à la souveraineté nationale et à la défense du territoire contre tout le monde y compris face aux Allemands (M. Bartolone va-t-il rejoindre ce camp ?) sont aujourd'hui les principaux obstacles à cette ambition libérale. Car ils imposent à l'Etat le coût de l'entretien des régiments frontaliers, que M. Longuet et ses amis préfèreraient consacrer à l'entretien de forces d'intervention en Afrique et en Asie, ou à la fabrication de jolis drones "made in France"...

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Une yéménite guévariste adoubée aux Etats-Unis

27 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

malalaLa sollicitude des institutions occidentales pour les militantes marxistes du monde musulman est décidément très visible ces derniers temps. Après l'histoire de la pakistanaise Malala Yousafzai accueillie par la reine d'Angleterre que j'évoquais en octobre dernier (cf photo à gauche), voici un cas semblable.

Bushra Al-Maqtary (Boshra Al-Maqtari, Bouchra Almaqtari suivant les orthographes retenues), née à Taiz en 1975, fille d'un ouvrier membre du Parti socialiste (marxiste léniniste) qui gouvernait à l'époque le Yémen du Sud, et qui elle-même arbore l'effigie du Che, a reçu le prix "Nouvelle Vague" de la Fondation François Giroud (5 000 euros) au MK2 Bibliothèque à Paris, le 17 janvier dernier, en présence de nombreuses personnalités françaises des media (Anne Sinclair par exemple) et de Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, et de l'ambassadeur de France au Yémen. Elle est interviewée par Caroline Fourest ici. Puis, le 11 avril dernier, elle a reçu (avec 3 autres personnes), le 5ème prix des Leaders pour la démocratie à la Fathom Gallery de Washington du Project on Middle East democracy (POMED), une ONG non partisane, mais liée à l'Establishment américain, notamment la Carnegie Endowment for International Peace. 

Je me demande comment s'articule chez ces militantes leur inclusion dans un certain star-system occidental avec la poursuite de leur action de terrain auprès des femmes, des classes populaires et des organisations de travailleurs de leur pays. J'observe que Bouchra Al-Maqtari dans son interview avec Caroline Fourest était critique à l'égard du Parti socialiste yéménite. Si quelqu'un connaît la manière dont la presse de ce parti parle de cette militante adoubée à Washington, et le contexte général de la situation de la gauche au Yémen, qu'il/elle n'hésite pas à en parler sur ce blog...

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Les convergences entre J. Attali et JL Mélenchon

27 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

J'écoutais il y a peu un débat entre M. Mélenchon et M. Attali à l'émission Des Paroles et des Actes. Comme toujours je suis à la fois admiratif devant le côté "sportif" des performances de M. Mélenchon à la TV, et agacé par le côté répétitif de certains thèmes depuis la présidentielle, par des approximations (il a affirmé qu'il était porte parole du Front de Gauche, j'avais cru pourtant que le PCF s'y était opposé, approximation grave si elle est avérée), par des contradictions aussi (la plus grave étant sur l'Union européenne).

 

tvoldJ'ai pu constater que le "co-président" du Parti de Gauche était au fond d'accord avec M. Attali pour dire que le socialisme dans un seul pays ne marche pas (vieille antiene trotskyste), argument que M. Attali utilise pour exiger que toute politique soit pensée à l'échelle européenne et seulement à celle-ci, ce à quoi M Mélenchon ne s'opposait pas vraiment, ainsi que pour faire l'éloge des cultures maritimes (la fameuse invention de M. Mélenchon depuis 2012 sur l'avenir maritime de la France) - comme l'a dit M. Attali le monde appartient aux peuples qui ont des ports, manque de chance c'est là de la doxa libérale pur sucre : voyez le livre monumental du très libéral Matt Ridley "The rational optimist" pour qui "mer=commerce=libéralisme=progrès cognitif" contre "continent=Etats agraires= socialisme=barbarie".

 

Peut-être M. Mélenchon y réfléchira-t-il un jour. Pas trop tard j'espère.

 

Sur le plan politique en ce moment j'avoue m'attendre plus à une implosion de l'Union européenne (mais il se peut qu'elle ait lieu plus tard que prévu, et de façon qui nuise à la paix entre les peuples, faute pour nos dirigeants d'avoir planifié les choses en stratèges) qu'à une réorganisation de l'échiquier politique français. Selon toute vraisemblance le Front de gauche ne dépassera pas la Front national et n'attirera pas à lui la gauche du PS (il n'a même pas pu s'allier au POI ou au M'PEP), et ceux qui misent sur un effet Beppe Grillo (aujourd'hui par exemple Frigide Barjot, comme hier M. Asselineau dont le groupe paie à mon sens un défaut de clarté que j'avais déjà pointé en 2010), c'est à dire sur un "tiers parti" qui casse le jeu politique classique, ont peu de chances de gagner leur pari. Mais bon les surprises sont toujours possibles.

 

La Corée du Nord semble toujours obséder les libéraux. Qui veut y aller avec moi en juillet ?

 

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Sur la fabrication des candidats à l'élection présidentielle

25 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

On connaît par coeur ces processus, mais l'embarras a posteriori des pontes devant leur exposition est amusant à voir. C'est fait par l'équipe de Pierre Carle.
 
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Le spécialiste des massages chinois à Paris

25 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Revu aujourd'hui le spécialiste des massages chinois, toujours en verve. Il pestait : "Impossible de vraiment connaître une masseuse. Elles changent trop vite, on ne peut pas tisser des liens de confiance" (il voudrait écrire un bouquins sur ces filles, mais il est condamné à les considérer comme interchangeables...) "Pourtant certaines ont l'air assez ouvertes d'esprit. Il y a quelques jour je me suis fait masser par une fille assez moche qui n'arrêtait pas de rigoler. Avant hier elle était plus jolie et semblait plus austère, mais elle a commencé à rigoler quand j'ai rebandé après la finition. Elle a dit 'vous très fort', et la fin du massage fut très amicale. Elle m'a raconté qu'elle était de père mongol et de mère chinoise, en France depuis quatres ans, qu'elle rêvait de retourner au pays tout ça."

 

"Amicale ? ai-je demandé... Tu exagères, elles font quand même ce job contre leur gré". "Je ne sais pas, répondit le spécialiste. Peut-être, comme les travailleuses du sexe, jugent-elles que c'est un job comme un autre. J'observe que quand on les traite avec douceur, respect et bonhommie, elles finissent ont des gestes moins mécaniques. Certaines jouent avec le sexe du client. La mongole, elle, inventait des gestes pas canoniques du tout comme plier mon genou et pousser ma fesse avec le pied et elle en riait. Au fond beaucoup d'entre elles n'attendent sans doute que ça : que le client leur donne l'envie de s'investir sur un mode moins stéréotypé, en personnalisant l'échange. Ca rend leur tâche plus facile, comme il est plus facile pour un plombier de se rendre chez un client souriant. Ca leur permet d'être créatives, et donc de vivre mieux le travail. C'est humain".

 

Voilà qui rappelle les propos de Morgane Merteuil...Et rappelons aussi que Ruwen Ogien place sur un même plan kynés et prostituées (cf http://www.franceculture.fr/emission-le-tete-a-tete-ruwen-ogien-2013-04-28) .

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Un "fake" sur Sarah Palin : Tchétchènes et Tchèques

25 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

C'est bien connu, on ne prête qu'aux riches. Depuis quelques jours une nouvelle circule sur le Net : à la suite de l'attentat au marathon de Boston, Sarah Palin aurait appelé sur Fox News (la chaine de droite) à envahir la Répubique tchèque (qu'elle confond avec la Tchétchénie).Des commentateurs français se sont emparés de la nouvelle.
 
Bien sûr cela sentait le "fake" à plein nez dès le début : 1) l'ambassadeur de la République tchèque à Washington la semaine dernière avait regretté que beaucoup d'Américains confondent Tchéquie et Tchétchénie, il était tentant d'attribuer ce genre d'erreur à la conne de droite interventionniste (néoconservatrice) de service, trop tentant même 2) la news est partie d'un site spécialisé dans les "fake" et n'a pas été reprise par des sites plus sérieux 3) il n'y avait pas de traces des déclarations de Palin sur Foxnews
 
Le démenti le plus sérieux est sur cette vidéo (ci dessous). Amis lecteurs gardez cet exemple à l'esprit : ne caricaturez pas vos adversaires (Mme Palin est sans doute un peu bête mais pas assez pour lancer à tout bout de champ des appels à la guerre ni pour commettre TOUTES les confusions des Américains moyens - elle a été quand même gouverneur de l'Etat d'Alaska). Vérifiez vos sources avant de diffuser une nouvelle sur Facebook, et rappelez-vous aussi le précédent de Mehlang Chang !
 
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Le sarkozysme selon Camille Pascal

24 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

sarko.jpgDans mon milieu professionnel de juriste, un de mes chefs à lancé dans un repas il y a quinze jours : "Lisez 'Scènes de la vie quotidienne' à l'Elysée de Camille Pascal, c'est très marrant, et c'est très bien écrit, comme deu Saint-Simon moderne". Par souci de changer mes lectures habituelles, j'ai acheté le livre.

A la différence de mon interlocuteur, je n'ai pas été fan du côté "chronique d'un monde de courtisans", ni de ces tableaux de la vie des conseillers du pouvoir que, personnellement, je préfère lire en BD dans Quai d'Orsay (peut-être d'aileurs cette BD a-t-elle définitivement disqualifié la littérature comme outil de témoignage dans ce domaine allez savoir). 

J'ai préféré trouver chez Camille Pascal (ancien prof à l'EHESS qui était une des plumes de Sarko dans le domaine culturel) la vision du sarkozysme que pouvaient avoir les rares intellectuels comme lui et Patrick Buisson placés au coeur de la machine élyséenne. Pas le sarkozysme comme moment de l'exercice du pouvoir présidentiel, mais le sarkozysme comme vision de la France. J'ai combattu la philosophie du président de l'époque dans ce qu'elle avait d'hystériquement néo-libéral, de foncièrement populiste en tant que refus absolu des corps intermédiaires (et de la justice). Et je l'ai dénoncée, qui plus est, comme une trahison du gaullisme et de l'intérêt national avec la réintégration humiliante de la France dans l'OTAN (juste après notre flamboyante opposition à la guerre d'Irak), l'envoi de troupes dans les zones de combat en Afghanistan, et une réhabilitation ubuesque du néocolonialisme (en Guinée, au Burkina, en Cote d'Ivoire, en Iran, en Libye, et en Syrie, juste après le soutien ridicule de Sarko à Ben Ali et Kadhafi) au mépris des règles fixées par l'ONU (notamment la résolution sur la "no-fly zone" en Libye).

Certes sur le volet politique étrangère j'ai aussi su reconnaître quelques timides signes de non alignement dans le rapprochement (en pointillé) avec Poutine, avec Chavez, ou dans son vote de dernière minute à l'UNESCO pour la reconnaissance de la Palestine mais je n'aurais jamais cru quun type comme Camille Pascal pourrait ensuite écrire un livre exposant le sarkozysme comme une authentique expérience gaulliste !

Au fond le gaullisme, ils le trouvent surtout dans la vaine ostentation de l'expérience libyenne (on sait en vérité ce qu'il faut en penser) et plus profondément, dans le "courage" qu'aurait eu Sarkozy de renouver avec les racines chrétiennes de la France en inversant l'idéologie post-soixante-huitarde. La France ne pouvant être sauvée, selon Pascal, comme selon Buisson, qu'en assumant l'héritage catholique que ces auteurs connaissent sur le bout des doigts. Moi cela ne me gène pas qu'il existe une droite catholique, une droite qui ne veut pas faire d'aggiornamento, qui veut lire Bossuet et qui connaît son catéchisme. Moi je ne laisse pas "les morts enterrer les morts" comme dit l'évangile, et je ne décris pas le christianisme comme un simple égarement de l'humanité. Mais que ces proches de Sarko aient cru que, simplement parce qu'ils rappelleraient à la République sa dette culturelle à l'égard de l'Eglise, ils "sauvaient" la France et participaient à son redressement, cela me dépasse complètement. J'ai de ce point de vue préféré Villepin qui plaçait le redressement dans les actes, c'est à dire dans l'opposition à l'hégémonisme atlantiste, davantage que dans les références culturelles. C'était peut-être nietzschéen, mais cela parlait plus au monde. C'était une autre France qui était portée là.

Moi-même j'ai été parolier de politiciens à Brosseville, je sais combien on peut s'enfermer dans les mots qu'on leur fait prononcer et quel fossé ensuite sépare ces mots de ce qu'est leur politique réelle. Pascal est un type qui s'enferme doublement, dans son rôle d'auteur de discours, et dans son rôle d'intellectuel abstrait qui croit poursuivre à l'Elysée ce qu'il faisait à l'EHESS : apprendre à la France son histoire. En pensant transformer Sarko en prof d'histoire il croyait servir le pays et faire du "gaullisme" alors qu'il n'offrait qu'un cache-sexe dérisoire au lâche alignements sur la politique des plus forts et des plus riches. Sa "scholastic view" est une erreur répandue dont bien d'autres aussi, au service d'autres souverains, devront à l'avenir se méfier dans leur propre pratique.

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Agenda

23 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Mon agenda des deux prochains mois comporte des entrées amusantes comme une rencontre avec un député à l'assemblée nationale (je ne vois dirai pas lequel) ou la participation à une réunion abkhaze à Bruxelles. Mais je reste prudent. Rien n'est acquis sur tous ces points (comme mon voyage en Corée qui paraît des plus compromis). Et comme, à la différence de M. Mélenchon, je ne vois aucune révolution venir, je peine à me trouver une utilité dans le débat public actuel si soigneusement verrouillé.

 

Mais l'écriture de ce blog est toujours une source de surprises. Ainsi, la rédaction de deux billets sur l'histoire locale m'a valu hier de recevoir ce mail d'une journaliste de la TV :

 

"Bonjour, je prépare un projet d'émission, mélange de magazine sur le patrimoine, l'architecture et l'histoire., Il s'agit de faire découvrir à une famille l'histoire de leur maison, à travers les habitants précédents de la maison : personnages célèbres, personnages de faits divers..., Par exemple la maison peut avoir abrité un criminel célèbre, un compositeur inspiré par les lieux, caché des résistants, etc..., Je recherche donc des historiens qui pourraient m'aider dans nos recherches : nous souhaitons trouver ces petites histoires pour raconter la grande histoire... Tout en dénichant ces maisons, dont les habitants ne conna issent pas encore les secrets!, , Concrètement les maisons que nous recherchons ne doivent pas porter de plaque et leur histoire ne doit pas être connue du grand public. Elles doivent être restées en l'état d'origine ou au moins certaines parties, et de préférence être situées dans un lieu riche d'histoire., , Notre projet vous intéresse t'il? Avez-vous des idées de lieux qui pourraient correspondre dans votre région?, Si vous souhaitez plus d'informations, n'hésitez pas à me contacter au 01 41 , ou par mail., , Bien cordialement, "

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Les goûts et les couleurs

22 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Une histoire qu'on m'a racontée à propos de Brosseville (dans le 9-3, où j'officiais l'an dernier) : la ville (qui compte beaucoup de musulmans) a mutualisé ses cantines scolaires avec celles de trois autres villes du département. Le maire de gauche a refusé de proposer deux plats au choix, au motif que cela revenait trop cher (ce qui aurait permis aux musulmans d'éviter le porc). Quelques mois après ce refus, il s'est avéré en pratique que les cantines à plat unique de Brosseville s'alignaient désormais sur le régime alimentaire des musulmans. Résultat il n'y a plus de porc à la cantine, et les parents des enfants non musulmans se plaignent du fait qu'il n'y a pas de porc aux repas. "Moralité, me dit la personne qui me racontait l'anecdote, le maire aurait dû être plus souple dès le départ et accepter le principe du double repas. A défaut de cela, il a attisé le racisme".

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Trois ans des Forges de Vulcain

22 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

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J'irai saluer, 2 rue St Médard (Paris 5°) jeudi prochain à 19 h Fernand Bloch-Ladurie, principal animateur en France du mouvement "collectiste" et biographe de Georges-Guy Lamotte, à l'occasion du troisième anniversaire des éditions Les Forges de Vulcain. Si vous êtes parisien ce jour-là, je serai heureux de vous y croiser.

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Histoire des lieux (suite) : Soroca

20 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Soroca la moldave n'est pas en Transnistrie. Tant mieux. J'ai vu assez d'endroits tragiques en Europe de l'Est : Varsovie, Belgrade. Des endroits où il se trouve des gens pour vous raconter : ce quartier fut brûlé par les SS, cette discothèque était une synagogue. Je ne sais pas ce que les nazis ont fait à Tiraspol ou à Bendery. Et je n'ai pas envie de voir Berlin, la Berlin bobo d'aujourd'hui après avoir lu le récit des viols de 1945. J'aurais vu Soroca, puis j'aurais lu quelques années plus tard, la description que Malaparte (dans "Kaputt") fait de ce bordel de prostituées juives en 1941 (en faitun  bordel de jeunes filles ordinaires réquisitionnées pour "servir" aux soldats). Ce bordel qu'il a visité deux jours avant que les filles ne soient fusillées. J'aurais regretté d'avoir vu Soroca sans avoir lu ce passage. Et si je l'avais lu avant de voir Soroca, je me serais senti impuissant, comme je me sens souvent faible face aux rescapés des grandes tragédies de l'histoire.

 

Je sais c'est difficile à comprendre. Peu importe. En tout cas je suis las des lieux chargés de tragédie. Donc tant mieux si j'ai échappé à Soroca (qui n'est qu'à quelques kilomètres de la Transnistrie en amont du Dniestr).

 

On n'est jamais assez juste à l'égard de l'histoire des lieux. Surtout nous, Français, dont les lieux sont depuis presque un siècle moins tragiques que partout ailleurs. Tenez là à l'instant je pense au tableau "Massacre en Corée" de Picasso dont j'ai découvert l'existence par hasard ce matin. Tableau de 1941. Qui rend justice à l'histoire des lieux de Corée ?

 

L'Europe de l'Est n'a rien su faire de ses tragédies, sauf les renvoyer à la tronche des autres. En 2002, elle a soutenu la croisade de Bush. Histoire d'exporter les destructions endurées dans les années 1940 plus à l'Est, en Irak... Drôle de façon d'enterrer le passé. Rumsfeld appelait ça "la Nouvelle Europe". Une nouveauté qui se construit sur autant de cadavres, même pas sur des cadavres, sur du vide, le vide abomindable qu'a laissé leur disparition silencieuse, sans fleur ni couronne et même sans sépulture, voilà qui ne dit rien qui vaille. Il fallait être Rumsfeld pour vouloir faire des cadavres avec des cadavres, avec une telle bonne conscience. Et il fallait être con et lâche comme notre grande presse pour regretter que Chirac ne soit pas de cette fête macabre. Le néant qui hante l'histoire récente de l'Europe de l'Est est effrayant. Il fallait être Kusturica pour trouver à en rire. Je comprends mieux ce soir pourquoi le Caucase m'a paru mille fois plus peuplé que la Transnistrie, mille fois plus vrai. En Transnistrie, il n'y avait que des ouvriers et des fonctionnaires soviétiques (c'est à dire Russes, Ukrainiens, Kazakhs etc) venus occuper du vide avec leur travail. Il y a trop de vide dans ces coins là. Trop de balles et d'éclats d'obus dans la terre. Plus encore que dans notre Picardie. Trop de fantômes en vérité. Des fantômes sans noms. Ce sont des pays qui vous glacent le sang.

 

Au fait, encore un mot sur le bordel de Soroca. Il devrait passionner tous les gens qui s'intéressent au féminisme, et à ce qui réfléchissent sur les métiers de prostitution. On ne réfléchit jamais assez aux bordels de campagne..

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Le fou du roi des milieux financiers

19 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

(Bon ce garçon en avril 2012 annonçait un cac40 à 2000 en décembre et il s'est planté, mais il doit avoir raison sur "the dark side of the moon" même s'il oublie peut-être quelques facteurs) 

 

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Un grand moment d'ouverture au débat et de discussion rationnelle

18 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Michel Onfray et Michael Paraire. Comment peut-on sortir le débat intellectuel des pièges de l'égo ?

 

 

 

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Habitus de classe et diplomatie révolutionnaire

18 Avril 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Il y a quelque chose d'étrange, je l'admets, dans le fait qu'aux deux premières ambassadrices de l'histoire on ait reproché leurs dépenses somptuaires (pourtant habituelles dans ce milieu), et spécialement leur investissement dans les robes. Ce fut le cas pour Alexandra Kollontai, la Russe, en 1926, et pour Rosika Schwimmer, la Hongroise, en 1918. C'est du moins ce qui ressort de publications occidentales des années 1920. Il se peut que j'accorde trop de crédit à ces publications mais je ne leur trouve pour l'instant pas de démenti circonstancié dans le camp opposé.

 

La question m'intéresse, parce que je trouve étrange que l'historiographie récente la dissimule. Pour moi il n'est pas anormal que des diplomates (femmes ou hommes) des années 1910-1920 aient gardé des éléments de leur "habitus de classe" (so to speak). Et il est possible que, à la base de cet habitus (qui peut ensuite évoluer vers d'autres imaginaires), des détermations génétiques aient poussé les femmes à aimer un peu trop les robes et les hommes un peu trop les chevaux, ce qui pourrait se discuter sur le terrain des sciences sociales et des sciences naturelles. Je ne vois pas pourquoi l'idéologie conduirait à occulter ce fait (si ce fait est vraiment confirmé, car je ne le trouve pas non plus dans les fiches biographiques de Rosika Schwimmer sur Internet).

 

Elle m'intéresse aussi parce qu'il y a là tout le problème de rapport de femmes aux révolutions menées dans des imaginaires patriarcaux, un peu comme celui que pose le livre de Roudinesco sur l'histoire de Théroigne de Méricourt en 1789-1793. La difficulté est flagrante pour Alexandra Kollontaï. C'est moins clair pour Rosika Schwimmer, qui n'était pas révolutionnaire (quoiqu'indubitablement pacifiste, suffragette et pacifiste). A-t-elle été suspendue de ses fonctions par la révolution soviétique de Bela Kun à Budapest ? Pas de réponse claire sur Wikipedia. Il faudrait reconstituer le puzzle.

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