Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #divers histoire tag

Recherche lumières sur Catherine de Médicis, Mme de Montespan, le martinisme etcetera

31 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik

Il y a dix ans, les spécialistes de la com' assuraient que grâce aux blogs, les auteurs rencontreraient des tas d'érudits et auraient des échanges fructueux, qu'ils pourraient proposer la publication de leur blog sous forme de livre etc. Vous savez, l'éternel discours irénique des spécialistes de la com', genre "ça ira mieux demain". En fait la vérité c'est que quand on écrit un blog, on rencontre 99,8 % d'indifférence chez les lecteurs, 0,19 % d'insultes ou de flics de la pensée qui veulent vous blacklister, et 0,01 % de gens qu'on est vraiment content de rencontrer. Dans ces 0,01 % il y a parfois des surprises étranges. Il y a deux ans s'était manifestée via mon blog une journaliste à la retraite très bonne connaisseuse du soufisme et de certains aspects (que je ne puis détailler ici) des cultures asiatiques. Donc on garde toujours un petit espoir, quand on écrit, de provoquer une mini-effet papillon qui, pour aussi improbable qu'il soit, peut au moins déboucher sur un dialogue (un seul ce ne serait déjà pas si mal) intéressant. Tenez, deux heures après que j'eusse publié mon billet sur Chateaubriand et Saint Malo lundi dernier, un blogueur de la plateforme apparemment lié à la magie africaine s'est mis à suivre mon blog. Peut-être à cause du billet où j'évoquais le millénarisme congolais... En tout cas, la référence à Chateaubriand ne l'a pas fait reculer. Tout est donc possible, même si peu de choses se passent...

Dans mes rêves les plus fous en ce moment j'aimerais rencontrer des spécialistes de la Renaissance et de l'époque moderne (17e-18e siècle), des gens calés et qui auraient cependant l'esprit assez ouvert pour dialoguer sur des sujets pas vraiment en odeur de sainteté à l'université. Je tourne dans ma tête des tas de questions sans réponses sur ce médaillon où Catherine de Médicis est représentée en Isis avec une tête d'épervier, sur cette Mme de Montespan au sein lourd qui allait s'allonger nue sur l'autel de la Voisin dans le cadre de messes noires dédiées à la perte de ses ennemis. Il y a des tas de choses sur lesquelles je ne comprends rien : par exemple ce philosophe spirite, de Saint-Martin. Chateaubriand a une drôle de façon d'en parler dans les Mémoires d'Outre Tombe. D'abord en une page il dit qu'il n'a pas vraiment pu vérifier ses talents de spirite, parce que, comme avec tous les autres médiums, les expériences de Chateaubriand ont échoué : les phénomènes prodigieux n'ont pas eu lieu (Chateaubriand d'ailleurs n'en est pas fier - par moments il l'impute à la grandeur de son christianisme, mais à d'autres il dit qu'il a une fibre "trop grossière", certains diraient aujourd'hui : un problème de niveau vibratoire...). L'auteur du Génie du christianisme semble traiter l'affaire assez légèrement, puis se ravise, s'excuse auprès du lecteur et de Saint-Martin, précise que celui-ci a une philosophie de la vie très noble, très élevée. Bref, il rétropédale sans raison. Ou peut-être avec raison : Saint-Martin avait une grande renommée de son temps. J'observe qu'un grand critique littéraire et historien comme Augustin Viatte encore cent ans plus tard le plaçait très haut dans son estime (et il était loin d'accorder son estime à tout le monde...). L'embarras de Chateaubriand, les éloges de Viatte, tendent à me faire penser que le martinisme (qui eut en France beaucoup d'adeptes au 19e siècle, comme le swedenborgisme en milieu protestant) n'était pas rien. Sauf que je tombe aussi sur un article du XIXe siècle ordurier contre ce mouvement, qui l'accuse pêle-mêle d'être une imposture, une annexe de la franc-maçonnerie et le nid de serpent de la terreur jacobine... Dans ce domaine de la sociologie et de l'histoire des mouvements spirituels, on lit un peu tout et n'importe quoi : les gens tissent des légendes dorées et des légendes noires, puis les rationalistes croient (à tort) s'élever au dessus de la mêlée en renvoyant tout cela au domaine de l'imagination délirante, jetant ainsi le bébé avec l'eau du bain.

Oui, mais voilà : "Et pourtant elle tourne !"... Et pourtant il y a quelque chose là. Quelque chose dont on aimerait pouvoir parler avec des bons connaisseurs de l'époque. Sauf que de nos jours, où les gens se scotchent aux actualités télévisées plutôt que de prendre du recul et lire des livres d'histoire, les connaisseurs ne sont pas légion. "Je cherche un homme" disait Diogène, une lanterne à la main. Si vous êtes comme ci, téléphonez mi, si vous êtes comme ça, téléphonez moi...

Lire la suite

Histoire : Les Yézidis et l'URSS

13 Février 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire, #Aide aux femmes yezidies

Puisque nous approchons du centenaire de la révolution bolchévique, un extrait du Bulletin périodique de la presse russe 8 septembre 1923 p.6 à propos des Yazidis du Caucase.

Conférence de Yézidis et de Kurdes à Tiflis.

La Pravda (30-8) annonce la clôture d'une conférence organisée par les Yézidis et les Kurdes de Transcaucasie. La Conférence, à laquelle le gouvernement soviétique a donné , tout son appui, s'est ouverte à Tiflis en présence d'une cinquantaine de délégués. Les Yézidis, qu'on désigne encore sous le nom d'Adorateurs du diable en raison des cérémonies bizarres qui accompagnent leur culte, forment avec les tribus kurdes des minorités nationales en Arménie soviétique. Les principaux groupements yézidis habitent le voisinage du mont Alagheuz et forment plusieurs villages le long de la frontière russo-turque.

Au début de la Conférence, les représentants du parti communiste de Russie rappelèrent aux délégués l'état de mépris et d'isolement dans lequel tous les régimes avaient tenu Kurdes et Yézidis. Il leur fut donné l'assurance que le gouvernement soviétique, défenseur des minorités nationales et des peuples opprimés, ferait tous ses efforts pour donner à chacun la possibilité de travailler et de vivre, tout en profitant des bienfaits de la culture soviétique.

En réponse, les délégués Yézidis déclarèrent qu'après des siècles d'oppression, d'alarmes et de persécutions, ils ont enfin trouvé de la tranquillité sous le régime soviétique.

Après la lecture de nombreux rapports, les délégués décidèrent de demander au gouvernement soviétique d'Arménie d'ouvrir des écoles nationales dans tous les villages yézidis d'Arménie. Avant de clôturer la Conférence, un rapporteur yézidi attira l'attention des délégués sur le fait que la publication du livre yézide (Chame)  (La Lumière) a été faite pour la première fois sous le régime des Soviets. (1)

(1) Le code de la doctrine des Yézidis contenu dans le « Livre » a été traduit de l'arabe en anglais par MM. Layard et Badger. Ce Livre, qui se réduit à quelques feuillets, paraît avoir été écrit à une époque relativement récente. M. J. Menant, de l'Institut, a donné sur les Yézidis une étude d'ensemble dans le vol. 5 des Annales du Musée Guimet.

Lire la suite

Les "Psaumes de David" en béarnais d'Arnaud de Salette

6 Janvier 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Divers histoire, #Grundlegung zur Metaphysik

En tant que béarnais, la question du protestantisme a souvent croisé mon parcours évidemment. La trace la plus ancienne de mes interrogations à ce sujet remonte, dans mon journal personnel, au 10 novembre 1986 (j'avais 16 ans) où j'écrivais sur un ton qui se voulait humoristique : "Cet après midi, après deux heures de brasse papillon en maths, j'étais assis à une table du café le Verlaine (à Pau) avec mon camarade Régis et six jeunes filles, dont deux protestantes, ce qui démontre une fois de plus mon extraordinaire tolérance à l'égard des suppôts de Satan qui, il y a quatre siècles, asservissaient le Béarn. A une des deux calvinistes je déclarai que j'aimais bien les protestants et qualifiai mon attitude d' "oecuménique". Celle-ci me rétorqua que l'oecuménisme n'était pas cela. Selon elle, il s'agissait de l'adhésion simultanée à deux religions chrétiennes. J'écoutai religieusement sa thèse, la remerciant de son cours de catéchisme. Naturellement, je savais sa définition erronée et l'assurance avec laquelle elle définissait un concept qu'elle ignorait me fit sourire". J'ai retrouvé ce passage cet été alors que je regardais des vidéos de prédicateurs sur You Tube. Un paragraphe qui montre au passage tout ce que ma personnalité de lycéen arrogant avait de pire. Je n'ai bien sûr gardé aucun souvenir de cette conversation ni des deux camarades de classe auxquelles je fais allusion...

Au grand l'oral de l'ENA en 1992 le journaliste Philippe Meyer m'avait beaucoup cuisiné sur la réforme, et dans cette école à Strabourg je côtoyais de temps à autre un calviniste militant. J'ai cherché dans ce blog en 2011 et en 2012, parfois un peu maladroitement, à cerner les mérites et désavantages de la "petite Genève" constituée à Pau avant l'abjuration d'Henri IV...

J'ai examiné d'un point de vue "anthropologique" la révolution calviniste en Béarn, avec des prohibitions des jeux et de la danse, dignes des talibans de notre époque. J'ai été sensible aux récriminations de Marguerite de Valois, la reine Margot, dans ses mémoires que l'on peut lire sur Gallica contre l'intolérance de cette révolution.

Aujourd'hui je suis devenu assez sceptique sur l'intégrité morale des deux femmes à l'origine de la victoire (provisoire) de la Réforme : Marguerite de Navarre et sa fille Jeanne d'Albret. La première, la Marguerite des Marguerites des poètes de la Pléiade, ne fut pas vraiment protestante mais elle protégea beaucoup de calvinistes dans le clergé local. Ses propos au capitaine Bourdeille relatés dans les Dames Galantes, sur cette tombe (peut-être dans le parc du château de Pau) de Mademoiselle de la Roche (Un bulletin historique et littéraire de la société d'histoire du protestantisme français du siècle dernier accessible sur Gallica précise que c'était une de ses dames, veuve et sans enfant, que la reine de Navarra envoya comme dame d'honneur à la duchesse de Ferrare en 1545 et qui allait être considérée en Italie comme une"créature méchante et de la pire espèce" avant de revenir à Pau pour y mourir) qui vibre quand son ancien amant marche dessus pue le spiritisme et l'occultisme à cent kilomètres (il est vrai que c'était à la mode : le frère de Marguerite de Navarre, François Ier, portait toujours sur lui de la poudre de momie égyptienne et fut fasciné par l'art "isiaque" de Léonard de Vinci). La fille de Marguerite, Jeanne d'Albret, fut moins élégante et plus intègre religieusement, mais sa manière de chanter un cantique à Notre Dame du Bout du Pont quand elle accouche de son fils Henri n'est pas à l'honneur de son calvinisme...

Pour me faire une meilleure opinion sur l'histoire de ma région, je me suis récemment penché dans ce classique de la littérature en langue béarnaise dont je connais l'existence depuis 1991 (cela fait partie des livres qu'on vend bon marché dans les festivals occitanistes) que sont les Psaumes de David traduits par Arnaud de Salette (les cours du Rav Dynovisz sur les psaumes sur You Tube avait excité ma curiosité à ce sujet à l'automne dernier).

Arnaud de Salette, qu'on croit né vers 1540 à Pau, est fils naturel d'un membre du conseil de Navarre, président du Conseil souverain en 1567 (il présida donc l'assemblée extraordinaire qui mit le Béarn en état de guerre contre la France en 1568 pour la défense de Navarrenx), qui l'a cependant reconnu et fait héritier par testament. D'abord avocat puis pasteur, il est reçu au ministère lors du synode de Pau en 1567, la même année que Jean de Liçarrague (1506-1601). La comparaison avec Jean de Liçarrague est intéressante. Puisqu'il est le traducteur du Nouveau Testament en langue basque imprimé sur ordre de la reine de Navarre à La Rochelle en 1571, livre dédicacé à Jeanne d'Albret (le conseil de Navarre lui accorda en 1573 50 écus Soleil - somme importante pour l'époque dit-on - pour cette opération selon l'Histoire de Béarn et Navarre composée par le pasteur de Nay Bordenave). En 1582 il était né à Briscous et pasteur à Labastide-Clairence, village basque du canton de Bidache, parlait français, béarnais et basque, et peut-être ancien prêtre catholique. En tout cas il fut emprisonné pour ses opinions. Il publia aussi le catéchisme de Calvin en baque. En 1874 il ne restait plus que 13 exemplaires connus de son Nouveau Testament dont 6 dans les bibliothèques publiques en Europe.

Salette semble d'un milieu social plus élevé que Liçarrague et plus impliqué dans la vie de cour. Pasteur à Orthez (adjoint d'un certain Solon), professeur à l'académie protestante de cette ville, il s'installe à Lescar avec son académie, à cause d'une épidémie de peste à Orthez, puis muté à Lembeye après de mauvaises fiançailles avec la fille d'un pasteur. Aumônier de la régente Catherine de Bourbon à Pau, il meurt vraisemblablement dans les années 1590. Les psaumes commencés en 1568 (quand Liçarrague traduisait son Nouveau Testament) ne sont publiés qu'en 1583 par un imprimeur montalbanais Louis Rabier installé à Orthez en 1578 et qui réalisa sa dernière impression à Montauban en 1582 d'un livre d'Athénagoras d'Athènes traduit par Michel Béraud (pasteur théologien de l'académie de Montauban qui enseigna aussi à Saumur). Il avait déjà publié les 150 psaumes de David en français à Orléans.

Les psaumes de Salette sont une mise en vers béarnaise pour être chantés sur le modèle de ce que Marot et de Bèze avaient fait en français. Selon Robert Darrigrand, reprenant l'hypothèse de l'abbé Bidache, estime que Salette a pu les traduire directement de l'hébreu. Seulement dix exemplaires sont parvenus à nous (moins encore que du Nouveau Testament en basque de Laçarrague) dont trois étaient en Angleterre et en Suisse.

Les Psaumes sont en hébreu les Téhilim. Selon un texte du Midrash (de l'exégèse, dans la Torah orale Torah SheBe'al Pe), le roi David a demandé que ses Psaumes aient autant d'importance que la Torah de Moïse. Dieu (Hachem) l'aurait refusé, alors que David a divisé son livre en 5 livres pour que cela corresponde aux 5 parties de la Torah. La demande de David  selon l'enseignement du Rav Dynovisz aurait permis de faire du judaïsme une religion standard dans laquelle la connexion à Dieu par la prière aurait été fondamentale, sans étude du texte placée au premier plan. David ayant une âme du côté féminin (et de la royauté féminine). Mais ce que David a obtenu c'est que l'on ne puisse être un géant dans la Torah qu'en passant par la prière. Toute réalité se construit à partir de réceptacle et énergie, la Torah est la lumière et la prière en est le réceptacle (comme l'âme et le corps). La prière est le corps. On ne peut donc être homme de Torah sans lecture quotidienne des Psaumes. Dans la Kabbale Moïse représente la tribu de Yesod (celle de la Lune et du fondement de l'arbre de vie), et David celle de Malkuth ou Malchut (la royauté féminine). Déjà la Torah de Moïse cherchait son réceptacle : au début du 2ème livre de la Torah, dans "voici les noms des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte" (Exode 1,1) la fin des mots de cette expression en hébreu donne Tehilim (les Psaumes). David dans ses psaumes a caché des secrets qu'ont approfondi le Zohar et la Kabbale.

Nous allons ici comparer la traduction de quelques psaumes de Salette avec la version française actuelle (nouvelle version Segond révisée 2014) et avec ce qu'en disent les autorités juives. On verra que Salette est souvent plus proche de l'hébreu sur le plan littéral, que de la logique occidentale (française) comme est censé le faire protestantisme par rapport au catholicisme mais que cela ne lui permet pas forcément de rejoindre la visée théologique du point de vue strictement juif de chacune des invocations qu'offrent les Psaumes.

Psaume 2 : "Pourquoi les peuples sont dans l'effervescence, et pourquoi les nations pensent-elles de telles vanités ?" "Pourquoi les nations s'agitent-elles" dans Segond, "Perqué hen brut e tempestejan tas holas gents" : Salette perd la notion de nation sauf si on comprend "gents" comme les nations dans le sens de "droit des gens" et après il parle des peuples mutinés. "Parce que voici que se dressent tous les dirigeants du monde, et tous les conseillers se réunissent dans le secret ensemble pour essayer de s'unir dans un projet contre Hachem et contre son Messie". Segond dit "Les roi de la terre se dressent et les princes se liguent ensemble, contre l'Eternel et contre son Messie". Salette "Les grands rois de la terre se sont levés ensemble et les seigneurs d'un coeur maudit, pour contre Dieu faire la guerre ensemble, et contre Christ son Fils béni". Salette est plus concret ici sur la notion de guerre, mais il en rajoute sur ce Messie "fils de DIeu" qui est absolument absent de l'original juif. Les deux perdent la notion de secret des conseillers.

"Il faut absolument briser ces chaînes" ("brisons leurs liens" écrit Segond, Salette fait juste plus imagé avec des"courroies renforcées") "et on les jettera". "Celui qui est dans le Ciel se mettra à rire" ("se rira de" écrit Salette, et "se moquera" chez Segond). Dans le Talmud, le traité "Avoda Zara" au début du Talmud explique que depuis la destruction du Temple Hachem ne rit plus, et il ne rira à nouveau que pendant la guerre de Gog et Magog, quand Israël sera revenu de l'exil "échappé de l'épée" selon Ezechiel, après le dévoilement du Messie. Pour les commentateur donc le psaume est une vision eschatologique de la guerre de Gog et Magog. Segond perd la dimension du rire que garde Salette.

"Le maître du monde se moquera d'eux et il commencera à leur parler avec colère", en hébreu. Bizarrement Segond écrit ce passage au présent ce qui le vide de toute dimension prophétique. Salette en béarnais le conjugue au futur. "Et il les fera tomber dans une panique inimaginable, elles seront frappées de stupeur" "dans sa fureur il les épouvante" dit Segond, "il les ébranlera" écrit Salette. "Est-ce que vous voulez remettre en cause le fait que j'aie librement choisi mon roi "c'est moi qui ai choisi mon roi" dit Segond (idem chez Salette). Puis le Messie prend la parole : "Et moi je parlerai de la loi" "Et moi, son roi, je conterai tout exprès son saint décret qui jamais ne varie" chez La Salette. "Je publierai le décret de l'Eternel" écrit Segond qui perd complètement le changement de locuteur ! Le mot choisi qui eut vouloir dire décret désigne la loi au dessus de la compréhension humaine. Les nations sont liées par les 7 lois de Noah, et selon le Talmud Dieu en ajoutera 13 aux 7 déjà connues, soit 20 valeur numérique de "keter" couronne qui est la Sephira la plus élevée de l'arbre de vie. Ces 20 sont des têtes de chapitres.

"Du maître du monde qui m'a dit 'tu es mon fils' " (bizarrement Salette ajoute "unique" à mon fils, peut-être pour le rapprocher du credo). Du point de vue juif évidemment pas de référence à Jésus ici. Moïse avait dit d'Israël devant Pharaon au moment de la dixième plaie "Israël est mon fils". Dans le 2ème livre de samuel 7: 14 Hachem dit à David au sujet de son fils qui construira le temple "Je serai son père et il sera mon fils".

"Aujourd'hui je t'ai fait naître" (repris par Salette et Segond) - signe selon les Juifs que cet engendrement est purement métaphorique -. Ce sera le moment où le Messie recevra toute sa force. "Demande moi ce que tu veux, je te le donnerai. Tu veux hériter des peuples, que ton pouvoir s'étende aux extrémités de la Terre, tu l'auras". "Frappe les avec un bâton de fer, pulvérise les comme des pots chez le potier". "Maintenant vous les rois, dit le Messie, prenez garde, vous qui jugez la terre, servez Dieu dans la crainte" (Segond utilise aussi ce mot, Salette dit "en toute révérence". "Et dansez en tremblant"... "Soyez dans l'allégresse en tremblant" dit Segond (Salette fait une longue paraphrase trop constructive "Réjouissez vous d'avoir un tel Seigneur et tremblez devant son excellence". Et pour finir "Embrassez ce qui est pur de peur que Dieu ne se mette en colère, bienheureux ceux qui placent leur confiance en lui" (embrassez le "bar"). "Embrassez le fils de peur qu'il ne se mette en colère" écrit Segond "baisez le fils pour qu'il ne se courrouce pas" écrit Salette. Selon les Juifs, "bar" ne veut dire fils qu'en araméen, mais jamais un mot araméen n'est employé dans les psaumes. Plus haut Dieu dit "ben" pour fils. Chouraqui dit "transparence" et non pas "pur". Le premier psaume comparait les méchants à l'écorce qui vole au vent et les justes au blé sans écorce, et bar peut vouloir dire ici le blé.

On voit que dans ce psaume Salette a le mérite de placer ses verbes au futur ce qui au moins restitue aux versets leur dimension prophétique (par rapport à Segond) et il fait correctement la part entre ce que dit l'Eternel et ce que dit le Messie. Mais il y a une surenchère chrétienne dans les rajouts ("fils unique", mauvaise traduction de "bar" etc) qui conduit à ne pas voir, comme dans Segond, que le psaume annonce une revanche du peuple d'Israël après que les peuples dans le guerre de Gog et Magog se sont entre-détruits.

Psaume 7 : "Il y a quelque chose que j'ai commis sans en avoir la moindre idée, et cette faute je veux maintenant en faire un chant pour Dieu, et cette erreur concerne  Kouch fils de Benjamin". Kouch est un fils de Cham, ancêtre des africains et des Egyptiens. De Kouch sortit Nimrod. Les commentateurs disent que Kouch est Saül et qu'il n'a pas voulu l'appeler Nimrod (fondateur de Ninive) en lui disant qu'il vient de Kouch. "Hachem c'est en toi qu ej'ai placé ma confiance, sauve moi de tous ceux qui me poursuivent, de peur qu'ils ne déchirent mon NEFESH, mon âme, comme le ferait un lion". Salette écrit "de peur que leur guidon ne m'atteigne" (le guidon étant le porte-enseigne) "et comme un lion me prenne". "De peur qu'ils ne me déchirent comme un lion" dit Segond...

David parle souvent de son Nefesh (qu'on traduit aussi parfois par psyché, c'est la partie émotionnelle de l'âme, Chouraqui dans sa Bible traduit par "mon être"). Ici la notion est annulée par Segond et Salette.
"Ai-je fait quelque chose qui le mérite ? Est-ce que je me suis comporté d'une manière qui pervertit les valeurs 'avel' ? Moi je n'ai jamais fait de mal à ceux qui me font du bien, et je n'ai jamais fait du bien à ceux qui me veulent du mal".

Salette traduit par "si j'ai consenti à quelque lâcheté, si celui qui en toute amitié demeurait avec moi ou qui à tort était mon ennemi n'a pas trouvé en moi un bon ami" (sic). Segond choisit "s'il y a de la fraude dans mes mains, si j'ai rendu le mal à celui qui vivait en paix avec moi, si j'ai dépouillé sans raison mon ennemi".

D'un point de vue juif David dit qu'il n'a pas eu de perversion de valeur, il n'a pas aimé son ennemi comme Saül qui refusa de tuer le roi d' Amalec (dont un descendant voudra l'extermination des Juifs à l'époque d'Esther) comme Dieu le lui ordonnait (1 Samuel 15:9) pour venger ce qu'Amalec leur avait fait à la sortie de l'Egypte ("celui qui est bon avec ses ennemis sera cruel avec ses amis" allait lui dire Dieu).

Les deux traductions chrétiennes sont aux antipodes de cette problématique. Mais notons que celle de Chouraqui l'est aussi puisqu'il écrit "si j'ai rétribué mon payeur de mal, ou dépouillé on oppresseur gratuitement".

"Hachem lève toi, dans ta colère " (Salette et Segond traduisent de même) "Et enfin accomplis la justice dont tu es toi même la source" ("réveille toi pour moi toi qui as établi le droit" dit Segond, "selon ton jugement" dit Salette, étonnamment concis cette fois).

Les deux traductions manquent le fait que David, prototype de l'homme poursuivi, accusé d'être un faux juif depuis le départ, de par ses origines, a été placé dans cette situation parce qu'il était jugé au niveau des petites erreurs de ses intentions et non de ses actes ou même pensées. Au niveau de l'action avec Bath-Sheba il n'a pas commis de faute. Son intention était de donner une lignée du roi Salomon le plus vite possible pour accélérer le tikkun. Sa seule erreur fut d'avoir fait tuer son mari avant que Dieu le fasse mourir en première ligne au combat. Comme le rappelle un site sur le Net " Technically, Bathsheba was not a married woman since David's troops always gave their wives conditional divorces, lest a soldier be missing in action leaving his wife unable to remarry " ( Talmud, Shabbat 56b ). David n'aurait jamais existé si Hachem n'avait pas pris au sérieux les intentions (David vient d'une inceste d'un père ancêtre des moabites - Lot - avec ses filles mais où l'intention était de survie du groupe, d'un beau père avec sa belle fille prise pour une prostituée - Juda et Tamar - mais où l'intention de Tamar était d'engendrer les rois d'Israël, de sorte que Dieu valorisa la part de bonne intention, et il fit de même avec les femmes de Moab, le peuple qui malgré son ascendance abrahamique ne nourrit pas Israël à la sortie d'Egypte, mais ce sont les seuls hommes qui sont engagés dans l'interdiction d'échange avec Israël car seuls les hommes allèrent au devant des israélites pour leur refuser le pain, comme le leur confirma la pudeur Ruth la moabite). Chaque cadeau que fait Hachem a un prix. Le prix de la bonne intention fut l'enfer pour David. Dieu a instruit David en lui montrant comment dans la moindre des bonnes intentions on peut trouver l'étincelle de divin (ce que devra faire le messie pour reconstruire le monde, la récupération des étincelles dans la kaballe), mais le revers est d'être jugé aux intentions. C'est pourquoi il est jugé même responsable des fautes de Samuel dont il fut victime parce que celles-ci eurent lieu du fait de son existence (d'où la notion de faute non intentionnelle). David veut protéger son nefesh parce qu'il a peur d'en devenir fou (lui et sa lignée messianique).

Cette attention aux intentions propre à l'ère messianique se retrouve dans le célèbre verset 10 de ce psaume "toi qui sondes les coeurs et les reins, Dieu juste" (d'ailleurs Salette ne parle que du coeur et pas du rein).

Psaume 33 : "Que les justes se mettent à chanter Dieu. Seuls ceux qui sont véritablement droits méritent de le louer. Louez Hachem, avec les harpes, le luth, les instruments à dix cordes. Chantons lui un chant nouveau. Mettez y les meilleurs de vos chants et instruments". "La louange convient aux hommes droits" dit Segond, "Car magnifier sa hauteur est aux justes chose belle et aimable" dit Salette. Ici c'est la traduction de Segond qui rend le mieux compte de l'accord entre intériorité et chant que désigne le fait en hébreu que seul le droit peut louer Dieu par le chant. "Hachem aime la bonté, la justice, la bonté d'Hachem remplit le monde" (Segond dit "la bienveillance", "les biens du Seigneur" dit Salette). "Le ciel a été créé avec la parole d'Hachem, tout ce que tu vois ne tient que sur le souffle de sa bouche". La parole de la Torah est ce qui le monde dit le Zohar, et la Torah du fidèle doit être tournée vers lui. "Toute leur armée est faite par son souffle dit Segond "de son souffle il a fait son armée" dit Salette.

"Hachem a réuni les eaux dans l'océan et ce monde est rempli d'eau" (l'eau de la mer et celle qui est sous terre) "Que tous ceux qui vivent sur terre craignent Dieu et tous ceux qui vivent sur terre doivent le craindre" . Le lien nature-spirituel selon le Malbim met en rapport la nature selon ses lois avec la nature selon la providence. L'énergie négative d'un individu se combine aux autres pour détraquer le monde. D'où le fait qu'il faut s'habituer à louer Dieu du plus profond de soi pour empêcher que le monde n'encourage en soi les penchants négatifs.

"Ce qu'il a dit est ce qu'il y a, ce qu'il a ordonné est ce qui restera. Hachem annule les décisions des nations. Il annule les pensées des peuples." ("il renverse le conseil des nations", dit Segond, "il détruit et corrompt ce qui se décide dans la tête des peuples" écrit Salette sur un mode plus clair)

"La seule chose qui restera c'est ce qu'Hachem a décidé.Le projet de son coeur, s'étend sur des générations"  "le conseil de l'Eternel subsiste à toujours et les projets de son coeur, de génération en génération" dit Segond "le conseil invariable du Seigneur demeure à jamais, ce qui est agréable à son coeur dure d'âge en âge". Segond là dessus est plus près de l'intention avec la notion de "projet".

Un petit plus donc pour Segondsur ce psaume, même si sa traduction comme celle de Salette ne permet pas de comprendre clairement que le Psaume incite à comprendre la réparation de Dieu sur plusieurs génération, quand la parole portée par l'homme n'est pas assez bonne pour le monde.

Psaume 39 : "En mi medish èo dit : jo prenerèi guarda a tot ço que jo harei etc" (je prenais garde à tout ce que je ferais), chez Segond "je disais : je garderai mes voies de peur de pêcher par ma langue" en hébreu:  "Je me suis convaincu de toujours faire attention à mon comportement (mais dans Chouraqi c'est "mes routes"), et de ne pas fauter avec ma bouche, j'ai toujours essayé de faire attention de fermer ma bouche lorsque le méchant devant moi me calomnie" (Salette dit "l'inique"). Il a montré que lorsque, poursuivi par son fils Absalom se leva contre lui (2 Samuel 15) il supporta les reproches du chef du Sanhedrin sans rien dire. "Je suis resté muet" en français, puis "et oui même du bien je me suis tu" écrit Salette, le français dit "éloigné du bonheur" (ce qui n'a rien à voir) les interprètes disent "même si on pourrait penser qu'il serait bon de répondre". Salette ici fait un effort supplémentaire par rapport à la Bible de Segond, mais rate quand même le sens juif. "Mon coeur était chaud" en traduction littérale de l'hébreu, "je sentis à mon coeur une grande chaleur" chez Salette, "mon coeur brûlait au dedans de moi" en français (Salette est plus près de l'hébreu). Le Talmud dit que les reproches contre David à propos de Bethsabée glaçaient le sang dans ses veines, mais qu'il se retenait de répondre pour ne pas leur enlever une place une place dans le monde futur (car celui qui fait honte en public à quelqu'un n'a pas de place au monde futur). "Mes pensées étaient pleines de feu" chez Salette comme dans l'hébreu ("dans mon gémissement un feu s'allumait" dit Segond). "Il n'y en a qu'un seul à qui je vais parler Hachem" (Salette "A Dieu ma langue a dit ceci", Segond "Et la parole est venue sur ma langue") : "Dieu, je t'en supplie aide moi à connaître que je suis un mortel" ("connaitre ma fin" dit Segond, "montre moi ma mort" dit Salette). "Aide moi à le ressentir et aide moi à comprendre que ma vie est mesurée" - "quelle est la mesure de mes jours" chez Segond, "que je sache le contenu de mes années" : ici Segond est plus éloigné du texte hébreu où il ne s'agit pas de contenu mais les 2 perdent le "aide moi à le ressentir"... "Aide moi à comprendre à quel point je ne suis pas indispensable ("je reconnaîtrai combien je suis fragile" chez Segond, le vers n'existe pas chez Salette). "Et en vérité combien l'homme devrait se rendre compte que son existence n'est que vanité" - Segond dit "Oui, tout homme debout n'est qu'un souffle"." Certes tout homme est toute vanité" chez Salette (plus près de l'hébreu) "Un homme avance dans l'obscurité" "il passe comme l'ombre" dit Salette "l'homme se promène comme une ombre" dit Segond. Les traductions ensuite se rejoignent sur l'idée que l'homme amasse au profit de quelqu'un d'autre. "Et je n'ai en vérité  qu'une seule demande, tout ce que j'attends de toi, sauve moi de la faute, et ne me laisse pas devenir comme eux une ordure" ("ne m'expose pas au déshonneur de l'insensé" dit Segond "et ne pas m'abandonner à la joie folle de ceux qui n'ont aucun entendement" dit Salette très loin de l'original).

"Aide moi à vivre que je suis mortel". La date de la fin de sa vie l'obsédait au point qu'il a forcé Hachem à lui dire qu'il mourrait un jour de Sabbat et, tous les sabbats il se scotchait à la Torah pour que l'ange de la mort ne puisse pas le prendre, ce qu'il fera à ses 70 ans quand la chute d'un arbre put le distraire de son étude. Pourquoi était-il obsédé par le jour de sa mort ? David avait toujours été refusé par ce monde parce que son âme était trop spéciale ou parce qu'il était chargé de préparer le tikkun du monde (cf  Ari Ha'Kadosh/Isaac Louria). C'est pourquoi il ressentait la vanité de sa vie. Il était prisonnier des klippot (les écorces négatives du monde). Il est dit éternel et plus présent dans le monde depuis 3 000 ans que les prophètes.

Malade pendant six mois après l'affaire de Bath-Sheva quand Dieu l'a frappé et quand tout le monde s'est ligué contre lui.Selon le Sforno (1470-1550) David était un admoni, un rouquin aux yeux pleins de sang (Samuel I, Chap.16, verset 12), né avec une nature qui a effrayé Samuel et exerçait une fonction de roi qui lui interdisait de garder le silence (il aurait dû couper des têtes). Mais comme il était d'essence royale, par delà l'extériorité de la fonction, il pouvait se taire. Donc il n'est rien en tant que David, mais devant Dieu par son essence il est éternel.

Il me semble que sur ce Psaume Salette est souvent plus littéral que Segond, mais manque un peu ce besoin qu'a David de méditer sur la durée de ses jours, et donc manque cette forme de récupération de son essence royale que marquent son choix du silence et son face à face avec la mort.

Il y a donc dans l'ensemble quelques points sur lesquels Salette fait mieux que Segond dans sa traduction, mais d'autres sur lesquels il est plus simple. Beaucoup, à cause de l'arrière plan chrétien, s'éloignent de la connotation eschatologique purement juive que porte le texte hébreu. On peut se demander pourquoi il y a eu un retour aux Psaumes chez les calvinistes de la Renaissance, pourquoi ce succès des psautiers dans la liturgie. Mais je ne connais pas assez bien l'histoire du protestantisme pour répondre à cette question.

Lire la suite

Petit retour sur la révolution sexuelle russe, les intox de V. Poutine et de Mme Le Pen

22 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Du temps où j'étais moralement un peu paumé (en 2012), j'ai pondu quelques billets sur Alexandra Kollontaï et la révolution sexuelle russe, notamment ici et ici.

Le journal Lenta fait un retour intéressant sur cette question qui a été largement explorée par W. Reich. Il interviewe à ce sujet l'historien Alexander Rozhkov qui souligne que les sentiments résistaient dans les communes estudiantines où le dévouement sexuel le plus dépourvu de sentiments était imposé comme mot d'ordre, de sorte que les couples amoureux étaient expulsés, et que dans les années 20 le viol est devenu un phénomène de masse. Rien qui puisse rendre sympathiques ces expérimentations.

de mon côté, je trouve des mots justes sous la plume de la journaliste libertaire Marcelle Capy dans la revue La Femme de France du 26 août 1934 qui analyse la position de Kollontaï pour l'amour libre comme correspondant à la phase négative de la révolution, celle de la guerre civile où l'on ne pense qu'à détruire. A ce moment là l'idée que "faire l'amour pouvait être aussi facile que prendre un verre d'eau", avait du succès, mais Lénine lui-même avait remarqué que, dans des conditions normales, on ne boit pas dans "un verre dont le bord a été sali par de nombreuses bouches". La stabilisation était inévitable, note-t-elle, et la "militarisation du travail" sous Staline devait y contribuer.

Voilà qui devrait rassurer les conservateurs qui redoutent aujourd'hui que l'Occident bascule dans la pire licence sexuelle. J'observe qu'en ce moment le président russe Vladimir Poutine lui-même contribue à ce procès des mœurs occidentales.  Lors d'une réunion du Conseil pour les relations interethniques dans la ville russe d’Astrakhan, le 31 octobre dernier, il a condamné le fait qu'en avril, un faux réfugié (en fait migrant économique, son père est businessman en Suède) irakien de 20 ans, qui a été accusé d’avoir violé un garçon de 10 ans dans le vestiaire d'une piscine le 2 décembre 2015 à Vienne, aurait été partiellement relaxé à cause d’informations incomplètes sur l’incident. « Le tribunal l’a acquitté pour deux raisons: il ne parle pas la langue du pays et n’a pas compris que le garçon ne voulait pas (d’être violé) ». Or il s'agit largement d'une intox : le type avait prétendu ne pas avoir compris, mais il a bien été condamné à six ans de prison en première instance, et la condamnation en appel le 14 décembre dernier a porté la peine à 7 ans, de sorte que l'argumentation du criminel n'a pas du tout été retenue par les juges. L'intox de Poutine est digne de la propagande soviétique sur l'Occident il y a 50 ans. Ce qui n'empêche pas la presse conservatrice de reprendre sur YouTube les déclarations de Poutine sur cette affaire.

Intox comparable, Mme Le Pen il y a un an dans la vidéo ici qui, en minute 8'48 à 8'54 introduit avec une rhétorique d'avocate une confusion pour prouver que le chiffre de l'immigration économique légale n'est pas de 30 000 par ans. Est-il possible de faire de la politique sans intox ?

 

Lire la suite

Monismes

1 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Chers lecteurs, il semble que la fin du mode "Premium" m'ait fait perdre 75 % de mon public. Voilà qui dans un sens m'ôte en partie une obligation de sérieux inhérente aux blogs trop lus.

 

Bizarrement moi-même je n'accède à mon blog que par Explorer et plus par Firefox. Je vous confirme en tout cas que ce blog a retrouvé son adresse d'avant février 2014.

 

3d

Nous entrons dans le mois de la guerre. Chaque mois de cette année fait écho à son homologue de l'an dernier, année de tant de révélations, et de tant de non-sens. Je continue à me débarrasser des choses au niveau de l'écriture : j'ai envoyé deux manuscrits à deux éditeurs, et je prépare mon voyage au Proche-Orient.

 

cerbyPour le reste je me distrais. Rien que de la distraction. Par exemple je lis "Médium" de Sollers, vingt ans et quelques après avoir lu "Portrait du Joueur". J'y retrouve le même univers, les mêmes idées, mais qui ont pris deux décennies de rides. Le monde d'un vieil homme, pas excessivement doué, mais pas pire que les autres membres de l'intelligentsia parisienne de sa génération. Il évolue au milieu de ses fantômes - Venise, les maoïstes, le pape, Montaigne - et les jeunes femmes des années 1980 sont remplacées par des masseuses que, bizarrement, il qualifie assez spontanément de "médiums". Miroir d'une époque ? A chaque ligne c'est la lassitude devant un monde qu'il ne comprend pas, n'aime pas, qui s'exprime, qui soupire. Livre d'un vieil homme.

 

Autre distraction : le tantrisme. Je ne pratique pas (sauf un peu sous forme de massages justement, mais fort peu). J'essaie de comprendre. J'ai eu un petit dialogue avec Diane Bellego qui en a fait son métier. La personne a du charme, mais son propos ne m'a pas convaincu. Alors j'ai plongé dans des livres "sérieux" sur le shivaïsme du Cachemire. On ne sait jamais dans le domaine asiatique si les lecteurs occidentaux font de l'exégèse rigoureuse ou de la libre interprétation. Vous savez, c'est un peu comme ces gens qui nous expliquent que le Raja Yoga de Patanjali est une création de la théosophie et du New Age. Allez savoir. En tout cas, il faut se méfier et ne pas se méfier de ceux qui nous disent "telle pratique remonte à la nuit des temps". Ils ont raison en général, et tort sur le détail. Mais le diable est dans les détails. Alors je lis que le shivaïsme du Cachemire est un monisme, donc potentiellement un acte révolutionnaire contre les castes (les brahmanes tirent leur légitimité de leur rapport à l'au-delà). Deus sive natura. On nous dit qu'il a fécondé le bouddhisme tibétain, le zen japonais, le soufisme musulman. Soit. On lui prête des origines chamaniques.

 

Ah ! les chamanes ! mot clé de notre époque. On en voit partout. Dans la civilisation dravidienne d'il y a cinq mille ans, dans l'Egypte de Ramsès II. Quel bel hommage Peter Kingsley lui rend en retrouvant dans le pythagorisme, chez Empédocle et Parménide tout le charme du chamanisme, de la flêche d'Abaris à l'Apollon Hyperboréen ! Des blocs entiers du passé archaïque de l'Europe ressurgissent à travers ce mot, des morceaux de notre inconscient refoulé aussi. Vous allez voir : bientôt les gens iront tout nus ithyphalliques dans  ce qu'il restera de forêts et de montages du Portugal à la Laponie.

 

Kingsley m'amuse comme tous les gens qui ont des convictions. Il s'énerve contre Platon, contre l'arrogance et la mauvaise foi des Athéniens, comme jadis on s'exaspérait du stalinisme. "Et pourtant, s'obstine-t-il à penser, le détournement de la pensée de Parménide par un rationalisme fasciste a dû être voulu par la Providence". Cela a des accents heideggériens : le retrait de l'être comme mouvement interne à celui-ci. Un peu comme la procession plotinienne des êtres comme on l'enseigne à Kinshasa.

 

Mes amis, tout le monde essaie de s'asiatiser en ce moment. Mais n'est pas asiatique qui veut. Et même si le premier ministre indien a réussi à imposer à l'ONU une année internationale du yoga, nous serons toujours des sortes de visiteurs anglais dans ce dispositif-là, un peu comme la Canadienne Alexandra Stewart qui racontait hier à la radio ses souvenirs de la corrida espagnole et de la Nouvelle Vague française. Elle en parlait fort bien d'ailleurs et il est doux d'entendre ses évocations bienveillantes  de mondes que les "unes" de nos médias condamnent toutes implicitement mais nécessairement. Dernier coup d'oeil à ce siècle qui vénérait le cinéma, l'alcool et la cigarette. Le monde d'avant l'hygiénisme, avant le consensualisme frileux, avant les prêches enflammés des imams de Mossoul, des idéologues médiatiques occidentaux, des médecins et thérapeutes de tout poil. Entendre parler de ces mondes-là, comme lire Sollers peut faire partie des distractions légitimes, pour préserver son indépendance d'esprit. Même si ce n'est pas une fin en soi.

Lire la suite

Péril rouge

18 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Il est très étonnant de voir combien en 1968-69 les gens de droite étaient persuadés que le communisme risquait de l'emporter dans le monde (remarquez j'ai constaté cela aussi en 1982). Je me souviens des images d'archives d'Edgar Faure tentant de justifier à l'assemblée nationale la constitution de l'université de Vincennes et disant aux gaullistes "certains d'entre vous pensent que le communisme va conquérir la génération qui vient - si c'est le cas ni vous ni moi n'y pouvons rien".

 

l_nine.jpg

Dans le journal de Paul Morand du 1er septembre 1969 je lis à propos de la prise du pouvoir par Kadhafi en Libye : "Révolution en Libye. Cela va faire, tôt ou tard, sauter la Tunisie et les communistes arriveront à Tanger. Faire sauter l'Espagne ne semble qu'un jeu. La flotte russe d'une Méditerranée russe appuiera. "Nous ciendrons à bout de l'Occident par l'Orient" (Lénine)" "

 

Et dire que Morand a été diplomate ! Cette analyse ressemble aux propos d'un chauffeur de taxi...

 

Aujourd'hui, à part quelques exaltés d'extrême droite, personne ne fait sur les djihadistes les pronostics que les conservateurs d'il y a 40 ou 50 faisaient sur les communistes, c'est déjà un progrès. L'ennemi est ramené à une plus juste proportion.

Lire la suite

Les murs de Thèbes

18 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je ne sais presque rien sur Thèbes. "The first cut won't hurt at all" : j'apprends qu'Epaminondas assura l'hégémonie à Thèbes en réfléchissant sur les mains dans le pythagorisme. "The second only makes you wonder" : je lis quelque part qu'un historien dont j'ai oublié le nom a écrit que Thèbes était une ville diffamée et je me souviens que la courtisane Phryné, traduite en justice à Athènes, avait proposé de financer seule la reconstruction des murailles de cette cité détruites par Alexandre le Grand. "The third will have you on your knees"... Bon, pas envie de finir déçu, donc je ne cherche pas à en savoir plus sur cette ville. Mais il y a sûrement quelque chose de très étrange autour de tout cela. Il paraît que les touristes ne s'y arrêtent pas, nos livres d'histoire non plus. Probablement une bonne raison pour que des esprits plus malins que moi, plus forts, plus courageux, moins crétins que je ne le suis, se penchent sur cette question...

Lire la suite

Les gaullistes étaient-ils des fascistes ?

7 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Au milieu de tant de traits profondément antipathiques dans le journal de Morand, quelques saillies vraiment drôles, comme celle-ci, le 15 septembre 1969 :
de-gaulle-copie-1.jpg
"Le syndicalisme a pris, samedi, l'offensive. Le Parti communiste est le seul parti : il va essayer de faire sauter le gouvernement. Mais chez les gaullistes, les durs (style "Debré") vont prendre la tête de la résistance (à cet égard, très dangereux d'avoir confié l'armée à Debré). Ce sont des fous ; ils sont très capables de se démasquer fascistes et de casser le Parti communiste syndicaliste avec leurs groupes d'action civique, troupes d'Allemagne, etc. Retour de de Gaulle, Malraux compris, etc. Bref, je pense qu'on est fort près de l'affrontement."

L'amateur d'histoire fiction (de "what if history") que je suis est comblé.

Morand n'aimait pas Debré qu'il trouvait idiot. J'aime aussi quand il se moque de la bouche "en cul de poule" de De Gaulle, de ses airs bonnasses, de sa manière de récupérer les idées à la mode, de flatter la vanité des Français tout en détruisant le pays tout autant qu'il le construit (comme Louis XIV, Napoléon et Clemenceau dit-il). Morand comme Céline fut un vichyssois anti-patriote, une curiosité pour entomologiste.
Epaminondas.png
Pour ma part plus j'y pense plus je crois que la grandeur de Bonaparte tint à son côté Epaminondas, et seulement à cela : c'est à dire que comme Auguste il tenait sa puissance d'ailleurs, d'un prodige. Chateaubriand l'a très bien senti.

Lire la suite

Regards croisés

17 Février 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je n'aime pas connaître les grands hommes à travers les historiens, car ceux-ci ne sont la plupart du temps que des archivistes médiocres. Je préfère les découvrir à travers le regard qu'un autre grand homme, de préférence contemporain, porte sur eux. Par exemple j'aime découvrir Caton d'Utique à travers Cicéron, Napoléon à travers Châteaubriand, Gandhi ou Zweig à travers Romain Rolland. Parce que le grand auteur a toujours des raisons plus intéressantes que l'historien d'aimer ou détester un de ses contemporains, en outre il baigne plus dans l'ambiance de l'époque, et en connaît mieux les enjeux même inconscients, et puis, même si ce grand auteur se trompe, ses erreurs et les raisons de ses erreurs sont toujours plus intéressantes dans leur visée philosophique que celles de l'historien.

Lire la suite

Francisco Primero

13 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

L'Amérique latine pleure encore Hugo Rafael Chavez Frias. Mais peut-être trouvera-t-elle un semblant de réconfort dans le spectacle des gestes simples de ce nouveau pape argentin qui choisit le nom du saint qui parle aux oiseaux et, au balcon de la place Saint Pierre, commence son pontificat par un humble Pater Noster, la plus sobre des prières, celle de la modestie. Je ne connais rien de ce pape. Mais ces premiers gestes me plaisent.

 

Bon, au fait, pour les moins de 25 ans qui tombent sur ce blog et n'ont aucune formation religieuse (et pour la traductrice de TF1 qui visiblement n'a jamais récité aucune des grandes prières catholiques, cf ci dessous), voici un cours de rattrapage en images, qui résume en 15 mn les Evangiles, signé Olaf Encke et Claudia Romero... (après on dira que je ne fais pas d'efforts pour éduquer la jeunesse...). Bon on n'est pas obligé d'aimer cette histoire de l'agnus dei dont Marie de Magdala est la véritable héroïne, bien-pensance féministe oblige (un des auteurs allemands du court-métrage s'en explique ici)... Moi personnellement dans le genre romanesque je préfère les évangiles apocryphes, chacun son truc...

 

   
Lire la suite

Suite de la visite de l'histoire de France à travers les yeux de la droite

16 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Est-il vrai que, comme le soutient Bernanos sur la base d'une interview de Werlé, maire de Ferrières, dans Le Figaro Bismarck n'aurait pris à la France que 5 km le long du Rhin et Strasbourg si celle-ci avait accepté l'armistice plus tôt en 1870 ? Bernanos a en tout cas des mots intéressants - un peu les mêmes que Flaubert - quand il décrit cette fièvre révolutionnaire républicaine un peu théâtrale qui s'empare du peuple français après la chute de Napoléon III. Les raisons de la chute de l'empereur d'ailleurs sont d'ailleurs évoquées en des termes convainquants par l'auteur : cette idée que l'il entretenait à la France le rapport d'un amant illégitime à une maîtresse qu'il couvre de cadeaux et demande régulièrement "m'aimes-tu ?" à travers ses plébiscites, en sachant qu'il ne pourra jamais l'épouser. Un pouvoir illégitime, mal assuré.

 

fusiltab.jpgTout de même cet imaginaire de la levée en masse, cette conviction quasi-religieuse qu'elle aboutira à un Valmy miraculeux, à l'image de cet ouvrier français qui se jette avec une baïonette sur les flancs d'une soldats prussien. Bernanos (qui esquisse aussi une comparaison intéressante avec la résistance espagnole des années 1810) décrit magistralement cette superstition comme Flaubert le fait de la Commune (d'ailleurs saluons l'honnêteté avec laquelle Bernanos dénonce, comme Flaubert, la bassesse de la répression versaillaise). L'Histoire se répète sur le mode de la comédie comme l'avait noté Marx (un peu comme, si l'on veut, le hollandisme aujourd'hui est une répétition comique du mitterrandisme de 81, nous y reviendrons un jour), et il n'y eut pas de second Valmy. La fièvre de 1870, nos professeurs nous apprirent à la considérer comme une résurgence "normale" de l'instinct républicain de notre peuple, pourtant le phénomène n'a rien de normal, et il n'y a rien de normal dans le fait de voir un Gambetta, un homme fraîchement naturalisé comme le note Bernanos, envoyer des tas de pauvres bougres au casse-pipe avec des "fusils à tabatière"...

 

Etrange que la mystique révolutionnaire ait si bien fonctionné en France en 1870, alors que les Républicains étaient si minoritaires dans le pays. Tout le monde y a vu l'effet d'un fond chimérique de l'esprit français, en retard à maints égards sur le "positivisme" prussien. La création de Sciences Po est née de là, à l'époque, la volonté de remédier à la bêtise d'un peuple à travers la regénérescence de ses élites.

 

Etrange a contrario que cette mystique-là n'ait pas du tout marché en 1940, pas même dans les rangs des marxistes, alors qu'il y eut un appel dans ce sens lancé par le communiste Charles Tillon à Bordeaux le 17 juin. On peut pousser plus loin encore l'étonnement philosophique : pourquoi n'y eut-il pas de sursaut révolutionnaire à Bagdad à la chute de Saddam (qui était le Napoléon III de son pays) en 2003, face à l'invasion US ? Question faussement naïve, bien sûr, qui nous aide juste à mesurer le fossé entre le monde actuel et celui de 1870.

Lire la suite

Bernadette Chirac

3 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

"Bernadette Chirac" ce titre est aussi incongru en tête d'un de mes billets que "Jacques Derrida" dans le répertoire de Scritti Politi. Mais c'est peut-être l'époque qui veut ça. L'âge venant je suis enclin à avoir la plus grande indulgence, voire la plus grande mansuétude à l'égard de la vieille aristocratie française. Alors après Jean d'Ormesson, rendons hommage à l'ancienne première dame. Elle a représenté tout ce que je détestais en France. Et voilà que ce soir, en l'entendant parler à la TV, quelque chose en elle me surprend, m'intrigue, m'accroche. La sobriété du verbe, le stoïcisme, la force de la volonté. Elle parle de sa première année à Sciences Po (qu'on appelait à son époque et à la mienne "année préparatoire"), de ces tables en carré en conférence de méthode, de son futur mari qui agitait les jambes face à elle et dont elle se disait qu'il devait boire trop de café, du moment où elle s'est portée volontaire pour les exposés en histoire et en droit constitutionnel (en 1988 nous avions encore les mêmes matières). En arrière plan il y a une photo d'elle en noir et blanc à 18 ans. Je me demande si dans mon souvenir il y avait des "Bernadette Chodron de Courcel". Je trouve dans ma mémoire des femmes avec des noms à rallonge, mais pas de celles qui assumaient leur rang comme le faisait celle-là. De mon temps les filles aristos cherchaient déjà à faire "peuple".

 

On peut comprendre que Chirac ait été attiré. Elle avait du tempéramment, en plus du prestige de sa noblesse. Ils ont vécu une belle aventure personnelle tous les deux (quoiqu'il ne soit pas sûr que notre pays en soit sorti grandi). Elle a une belle façon de l'évoquer, avec beaucoup de retenue, comme quand Mitterrand parlait. Certains vieux sont immenses quand ils racontent ou jugent le passé. En même temps elle a toujours le même regard que la sciencepoteuse de 18 ans. Sans doute les mêmes qualités et les mêmes défauts aussi.

 

Elle s'indigne qu'on ait pu vouloir traduire en justice "comme un citoyen ordinaire" son mari, juste à la sortie de ses fonctions, comme un malpropre, sans égard pour tout ce qu'il avait fait pour l'Etat (et c'est vrai que le procès des emplois fictifs était absurde). Je pense à la démocratie athénienne. Elle a passé son temps à faire ça : porter au pinacle ses chefs, et les traduire en justice. Mais il est vrai que Bernadette n'eût pas été "première dame" dans ce sytème-là. Je pense au Père C qui se pignole en rêvant au Parthénon (vous savez, le prof d'économie qui donnait un cours à Annecy le 23 septembre...). Je pense surtout à Périclès et Alcibiade... Mon esprit vagadonde sur ces rivages là. Mince. Il a perdu en cours de route Bernadette Chodron de Courcel. Zut, que disions-nous d'elle déjà ? Je ne sais plus. Elle glisse déjà vers le passé, comme son mari, avec son lot de possibilités non réalisés, de choses ui auraient pu se faire ou ne pas se faire. C'est un instantané poignant. Tous ces gens du XXe siècle, qui se sont maintenus dans le XXIe un peu par hasard. Ils sont dans leurs vieux meubles et dans leurs souvenirs. Ils ne sont plus là que par erreur. On se sent un peu comme eux parfois. Savez-vous qu'il y a une belle citation de Chateaubriand sur le fait de survivre au passé alors qu'on aurait dû mourir avec lui. Ce grand homme se sentait comme ça, étranger au nouveau siècle qu'il avait vu naître. L'actuel siècle me fait un peu peur. Avec toutes ses lumières. De la lumière artificielle, des effets spéciaux, un grand soin accordé à des enveloppes vides.

 

Mais bon, rassurez-vous, je ne vais pas chanter "I love you Bernadette" comme Scritti Politti entonnait "I'm in love with you Jacques Derrida". Il y a des limites quand même.

 

Lire la suite
Lire la suite

Les Grands Hommes

29 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je vous recommande la revue Books de juillet-août qui propose des articles de grande revues intellectuelles anglosaxonnes sur de moments emblématiques de l'histoire de France du règne de Charlemagne à la seconde guerre mondiale. Le regard d'outre-Manche ou d'outre-Atantique sur notre pays a toujours quelque chose de décapant, pas forcément juste, mais jamais compètement faux.

 

En l'occurrence sur nos grands moments historiques, il a le mérite de souligner l'importance des hommes qui critallisent les antagonismes sociaux et/ou permettent de les dépasser, et de poser la question "pourquoi eux ?"

 

Pourquoi Mirabeau comme champion du Tiers-Etat au début de la révolution ? Pourquoi Robespierre au moment de la Terreur ? Que se serait-il passé si Mirabeau n'était pas mort prématurément ? quid de cet "empereur démocrate" voie plébéien, Napoléon, malgré sa manière risible de singer la noblesse, qui fait rois des garçons de café ou l'équivalent de l'époque...

 

Un homme avec ses défauts, sa médiocrité, joue des cartes, parfois dangereuses (Robespierre qui joue la carte des milices sans-culottes), et parvient à faire adhérer les gens au mythe qu'il construit autour de lui-même. Ma formation de sociologue m'a un peu fait perdre de vue le mystère qu'il y a dans ces fortunes et infortunes des individus.

 

Concernant la Révolution force est de constater aussi que les gens de ma génération ont été déformés par l'orientation marxisante de leur enseignement. Pour nous il est évident que sous la pression populaire la Révolution ne pouvait aller qu'en "s'approfondissant" (alors qu'elle fit l'inverse en 1848), et que la violence n'était qu'une réplique d'autodéfense aux agressions des monarchies européennes. Mais à y regarder de plus près (et le regard anglo-saxon est utile pour comprendre cela), le scénario était loin d'être écrit d'avance, et le choix fait de laisser peser la violence populaire sur les assemblées à chaque étape du processus avait quelque chose de véritablement vertigineux...

 

180px-Robespierre.jpgDonc oui, les hommes, leurs forces, leurs faiblesses. Oui, Robespierre a sans doute lui-même choisi Thermidor en s'enfermant dans sa déprime dans les derniers mois de son "règne" sur le Comité de Salut public, comme Mélenchon a choisi le suicide à partir du discours du Prado (et aujourd'hui il n'est plus qu'un marionnette, le "Mélenchon la grosse gueule que critiquaient ses adversaires, qui ose dire à la minute 10'34 du la vidéo ici qu'il s'abstiendra sur l'austérité plutôt que de voter contre, parce qu'il ne veut pas "faire tomber le gouvernement", alors que Bourdin lui fait remarquer à juste titre qu'il n'en a pas les moyens de toute façon !).

 

Car vous voyez où je veux en venir. Les hommes, quel est leur pouvoir aujourd'hui ? Y en a-t-il encore pour nous sortir de l'enlisement "systémique" dans lequel nous nous enlisons depuis 30 ans. La rouille a gagné tous les mécanismes de la société avec la bénédiction des médias. L'Allemagne a obtenu le contrôle des budgets des pays européens et la destruction de toute souveraineté populaire, PSA Aulnay va fermer ses portes tandis que le gouvernement se contente d' "attendre les propositions du groupe" (vous allez me dire, bien fait pour la population d'Aulnay qui a voté massivement socialiste dès le premier tour des deux élections, ils n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes...)...

 

A un moment donné les gens étaient presque 18 % à vouloir voter Front de Gauche  (FdG) - si l'on en croit les sondages -, puis plus que 6.... Un homme neuf (ou un Mélenchon rénové s'il daigne prendre quelques vacances d'ici là) va-t-il redonner du souffle à un mouvement vraiment alternatif pour les élections européennes ? Les plus optimistes du FdG veulent voir dans le signe que le courant "anti-capitaliste" du NPA (40 % à leur dernier congrès) va rejoindre le FdG. Allez savoir...

 

Aujourd'hui, dans ma mairie, une petite dame, black, est venue voir les élus. C'était une ouvrière, une vraie, qui construisait de ses mains des petites pièces à ressort dans une usine du coin pour la fabrication d'avions de guerre (cela ne s'invente pas). Je ne croyais plus qu'on exerçât encore ce genre de métier en France... La dame venait demander un travail dans une école (à la cantine, ou pour la surveillance des enfants) parce que le boulot à l'usine c'est "physiquement épuisant". Bah oui, quand on voit que sa voisine de pallier à qualification égale gagne autant en glandant dans l'animation scolaire... Commentaire d'un ami : "on peut tout délocaliser vers la Chine, plus personne en France ne veut se fatiguer au boulot"... Bon, on va me trouver un tantinet réac sur ce coup là. Disons c'est juste une de mes objections aux gens qui nous sortent du "c'est la faute à l'euro". Refermons cette parenthèse.

 

Alors quels grands hommes dans le marécage actuel ?

Lire la suite

Le patriotisme du temps de Casanova

20 Mai 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais gardé du XVIIIe siècle le souvenir d'une époque où les patries comptaient peu et où toutes les aristocraties d'Europe parlaient français, le "réveil des nations" datant à mes yeux du romantisme puis de 1848. La lecture de Casanova me révèle une réalité plus complexe. Quand Voltaire veut faire plaisir à deux Anglais qu'il reçoit en leur disant (probablement en toute sincérité compte tenu de ce qu'on sait du personnage) qu'il aimerait avoir le privilège d'être du même pays qu'eux, Casanova juge le compliment maladroit parce qu'il oblige ces deux invités à dire en retour qu'ils aimeraient être Français, et le libertin juge que nul ne doit être obligé de faire passer la patrie d'un autre avant la sienne.

 

Un peu plus loin on découvre un Voltaire heureux d'avoir appris l'italien et même prêt à tenter d'en apprécier les divers dialectes (ce qui prouve que le français n'est pas si hégémonique), tandis que Casanova s'indigne que sa langue maternelle se charge de plus en plus de gallicisme chez certains auteurs, ce qu'il trouve aussi laid que si le français absorbait des italianismes, et Voltaire l'approuve sur ce point en critiquant les "padavanités" de Tite-Live (qui était de Padoue) et tout ce qui gâche la pureté des langues (aucun éloge des mélanges ici). Dans un autre chapitre on rencontre un officier hongrois qui, en Italie, ne parle qu'allemand, hongrois et latin (pas le français) et qui est flanqué d'une française qui ne parle que sa propre langue (et même pas le latin) de sorte que les deux ne se comprennent que par la langue des gestes, et un peu partout dans les récits du mémorialiste, tout un chacun est fier de son pays, des moeurs et de la langue qu'il porte, de sorte que l'Europe, malgré les apparentements des familles princières, n'apparaît pas spécialement plus unifiée sur le plan culturel qu'au siècle suivant.

 

Encore un mot à ce propos. Je dois à l'orientaliste néo-conservateur Bernard Lewis de m'avoir fait prendre conscience du fait que le morcellement linguistique de l'Europe est une singularité de notre continent, singularité qui se révèle dans le fait qu'elle paraissait parfaitement incongrue (et symptômatique d'une barbarie) aux intellectuels arabes depuis le Moyen-Age. Le monde musulman en effet pratiquait partout l'arabe, plus, par la suite, le persan et le turc comme grandes langues de culture, les dialectes n'étant réservés qu'au petit peuple. La classe dominante arabe puis turque a compris que le latin jouait en Europe un rôle analogue à l'arabe, mais ne comprenait pas que les gouvernements (de même que les commerçants) des différentes nations européennes parlent des langues de leur pays et ne puissent dialoguer entre eux sans le truchement d'interprètes. J'ignore si ce morcellement fut ensuite un facteur d'ouverture culturelle plus grande après la Renaissance au moment où le monde musulman, pour sa part, encerclé par le nord (les voies terrestres) et par le sud (les voies maritimes) se repliait sur lui-même.

Lire la suite
1 2 3 4 > >>