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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #souvenirs d'enfance et de jeunesse tag

Expériences sociales incommunicables

12 Août 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Cinéma, #La gauche, #Lectures

Vous savez que j'ai eu des échanges jadis avec le sociologue Pierre Bourdieu. J'ai revu encore l'an dernier un de ses amis d'enfance qui me reparlait de lui. Tout à l'heure je m'amusais à relire un morceau de son "Esquisse pour une auto-analyse" où ça parle du Béarn, de l'Algérie, de Paris. Dans le premier paragraphe je lis cette phrase "en raison de l'amplitude de mon parcours dans l'espace social et de l'incompatibilité pratique des mondes sociaux qu'il relie sans les réconcilier, je ne puis pas gager - étant loin d'être sûr d'y parvenir moi-même avec les instruments de la sociologie - que le lecteur saura porter sur les expériences que je serai amené à évoquer le regard qui convient, selon moi".

Le propos est fort : il parle de mondes sociaux "incompatibles". Entre le village béarnais et le collège de France, il n'y a pas de compatibilité. Du temps où je faisais les allers-retours entre Sciences Po Paris et la maison de mes parents ouvriers en Béarn, je ressentais les choses comme lui.

Tout à l'heure quand j'entendais dans cette vidéo un amateur d'armes à feu régler ses comptes avec Mediapart qui l'attaquait, j'avais aussi le même sentiment : des mondes incompatibles, qui ne peuvent pas communiquer, même dans la polémique. Chacun a ses mots clés, ses mots valises, pour tenter d'exprimer quelque chose. Mais au fond il n'y a rien à communiquer. Tout est faux.

Quand Ruffin parle du peuple, quand Soral en parle, quand Zemmour en parle, cela sonne faux. Tout comme cela sonnerait faux si j'en parlais moi qui suis maintenant un bourgeois. Mes cousins chasseurs n'auraient rien à dire à une youtubeuse pseudo-intello façon Tatiana Ventôse, et celle-ci peut toujours faire semblant de s'intéresser au petit peuple, à ceux d'en bas, elle ne le fait que dans un combat contre les petits bourgeois de sa trempe, en usurpant la prétention de parler en son nom. Ils feraient mieux de dire, comme Pasolini dans cette interview en français de 1966 : "Je hais la petite bourgeoisie et je me hais comme petit bourgeois" et se mettre à filmer plutôt que de parler. Le petit bourgeois trahit les classes populaires dès qu'il veut parler à leur place. Et pour cette raison Bourdieu les a trahies aussi en finissant par défendre la political correctness de plus bas étage, que maintenant Soros finance à coup de milliards.

Mais voilà, dans les années 60-70 au moins, on devait faire semblant de s'intéresser aux classes populaires. On ne se sentait pas autorisé à les gaver de malbouffe, de vaccins, et de musique de merde en le traitant de "sans-dents" et en lui tirant dessus au LBD s'il venait occuper les places des centres-villes. On ne se sentait pas encore en mesure de lui dire ouvertement qu'il polluait trop la planète et qu'il était temps de le stériliser. On avait la petite touche paternaliste, toujours humiliante, toujours détestable, mais qui au moins permet encore de laisser entrevoir quelque chose de l'indécente vérité de ce monde. Tenez, prenez les conférences d'Henri Guillemin, ce fils de petit fonctionnaire comme Bourdieu devenu chrétien social. Installé à titre posthume sur You Tube devant son joli mobilier d'intellectuel, il se sent obligé de rappeler, en 1970, que la canaille girondine de 1792 n'était qu'une bande de vautours assoiffés d'argent tandis que l'on doit reconnaître à Robespierre (comme aux frères Gracques à l'époque romaine) le mérite d'avoir au moins un peu quand même essayé de porter atteinte au dogme de la "propriété sacrée", pour limiter les injustices. Mes profs de Sciences Po quand ils parlaient de la Révolution n'avaient pas cette délicatesse. Dans les années 60, on ne pouvait pas penser l'humanité et la morale sans songer aux classes humiliées. Il en allait de même dans les années 1840. Je repense au père Lacordaire quand il soulignait la phrase de Jésus selon laquelle la preuve que le Messie était là c'est que "les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres." (Matt 11:5). " Etre auprès des pauvres compte plus que de faire des miracles", estimait-il, et il ajoutait : "un jour peut-être l’Antéchrist ressuscitera des morts ; mais ce qu’à coup sûr il ne fera pas, c’est que les pauvres soient évangélisés". C'était du paternalisme chrétien, mais un paternalisme qui, au moment des barricades de 1830 et 1848, ne pouvait pas faire l'économie de la question sociale comme on la fait cyniquement aujourd'hui.

Aujourd'hui il n'est plus question de s'intéresser aux classes opprimées. Ni aux affamés qui se cachent pour se rendre à la banque alimentaire, ni à ceux qui sortent leurs fusils pour essayer de défendre ce qu'il reste de la "douce France cher pays de leur enfance" ou de leur "doux villages". Tout le monde est devenu du bétail, étiqueté, de la marchandise pour l'élevage des "grands initiés", de l' "élite mondiale"...

Je repense encore à Bourdieu quand il écrivait dans Science de la science et Réflexivité que la sociologie anglo-saxonne avait toujours été une forme d'ingénierie sociale. En lisant cela à l'époque (il y a 20 ans), je en pensais pas que cette ingénierie, cet art de gérer le troupeau et de le faire taire (et même d'en éliminer les mauvais éléments) deviendrait un pratique aussi ouvertement assumée par les classes dirigeantes.

J'ai fini pour ma part par estimer comme Wittgenstein que ce qu'on ne pouvait dire il fallait le taire. Et que, puisque cette disparité entre les divers types de classes dominées et la petite, moyenne et grande bourgeoisie était si marquée, et si ineffable, il était vain d'écrire pour en témoigner (et encore plus vain de tenter d'expliquer comment ses diverses strates peuvent s'agencer dans un individu statistiquement improbable qui a connu une ascension sociale elles peuvent s'agencer). Ne parlons pas de ça puisqu'il n'y a pas de mots pour le dire, puisque les mots sont nécessairement pédants, petits bourgeois. L'honnêteté est de se taire sur ce sujet, de parler d'autre chose... Je n'en dis donc rien dans ce blog. Mais je rappelle tout de même ceci : ceux qui prétendent en parler, dans leurs écrits, à la TV, en parlent nécessairement d'une manière fausse. Ce sont des imposteurs.

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Décès de Me Roland Weyl

7 Mai 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #La gauche, #Colonialisme-impérialisme

Quand je travaillais à Versailles, il y a 14 ans, une magistrate de droite m'avait dit "J'apprécie beaucoup maître Weyl, même si je ne partage pas ses idées, et puis il a ce style de la vieille génération, il me rappelle mes aïeux". Elle appréciait la douceur de sa voix alliée, dans ses plaidoiries, à une concision et grande précision du style (et de mémoire sans lire aucune note). Même quand il plaidait à Versailles en terre royaliste cet avocat communiste ancien résistant faisait bonne impression. Moi je me souviens qu'il avait signé l'appel de Bruxelles que nous diffusions en 2000 contre l'ingérence de l'OTAN en Serbie - voyez mon livre sur le sujet (L'Obs signale son nom dans la liste des signataires avec une faute d'orthographe). Comme le rappellent ses biographies il s'est opposé à toutes les guerres d'ingérence, au Proche-Orient, en Afghanistan etc, l'embargo sur Cuba et sur le Venezuela, ainsi que l'occupation de la Palestine.

Il s'est éteint à l'âge de 102 ans le 20 avril dernier.

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Querelles à Sciences Po

9 Avril 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Le monde autour de nous

Amusantes querelles pour la nomination du futur directeur de Sciences Po après le départ de Frédéric Mion (un garçon que j'ai bien connu jadis), emporté par la vague Duhamel.

Une tribune dans Libération à la suite du rejet la candidature de Nonna Mayer, sociologue de l'extrême droite, ex directrice de recherche au CNRS trop engagée dans la théorie du genre, le décolonialisme et la lutte contre l'islamophobie aux yeux des Républicains et des conservateurs.

Moi qui ai toujours l'esprit mal placé, je "m'étonne" que le collectif de chercheur qui soutenait Nonna Mayer invoque la position de l' "American Political Science Association" sur le débat autour de cette candidature. Qu'est-ce que c'est que cette chose là ? Qu'est-ce que ça vient faire dans nos affaires franco-françaises ? Apparemment il s'agit d'une vieille institution wilsonienne basée à Washington DC actuellement présidée par une obscure méthodologiste. Je suppose qu'il y a là un symptôme de "'intégration transatlantique" du champ de la recherche... Sur ce volet aussi, oubliez la souveraineté nationale...

Allez, j'illustre ce billet avec une photo de la rue Saint Guillaume en 1989... du temps où j'y étudiais... quand j'avais un regard encore frais et naïf sur ce microcosme.

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L'illuminisme français et les chaussures rouges

20 Août 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Cinéma

Quoi que l'on fasse, il y a des gens qui vous diront que le culte illuminati n'existe pas. Et si Madonna, au début du clip "Into the Groove" de 1985 porte sur le dos une pyramide surmontée de l'oeil d'Horus avec la mention "Novus Ordo Seclorum" MDCCLXXVI (l'année de la fondation des Illuminés de Bavière), son appartenance aux illuminati ne peut relever que des "folles rumeurs" comme disait NRJ France en octobre 2019...

De même que même si je vous démontre que dans l'affaire Epstein que dans la maison du milliardaire à New-York se trouvaient des symboles pédophiles comme la pyramide en forme de spirale dont on a déjà parlé à propos du pape - des photos l'ont montré -, il y aura toujours des sots pour affirmer que le milliardaire aimait seulement les jeunes femmes un peu précoces (comme par hasard l'article que j'avais dénoncé l'an dernier à ce sujet a été supprimé du site). Dans son "temple" d'Epstein au sommet d'une colline sur les îles Vierges perquisitionné par le FBI le 12 août 2019, la présence d'un cacatoès à crête de soufre à son sommet sont certains affirment qu'il est connu pour s'accoupler avec sa progéniture avant qu'elle ait atteint sa maturité est aussi un signe de l'existence de rituels dans cette demeure, mais malgré les avertissements de Qanon du 11 novembre 2017 beaucoup refusent encore d'y voir un culte.

Parmi ceux eux qui admettent qu'il y a là des cultes sataniques derrière tout cela, beaucoup préfèrent penser que cela n'existe qu'au delà de l'Atlantique. Qui se souvient que Ghislaine Maxwell, la recruteuses de jeunes filles pour Epstein, est née à Maison-Laffitte, dans les Yvelines et que le carnet de ses contacts en France était volumineux ? (On attend notamment toujours l'arrestation de Jean-Luc Brunel, de son vrai nom Benchamoul, recruteur de mannequins mineures pour l'agence du chanteur Claude François dans les années 1970, puis pour Karin Models, proxénète à ses heures, qui fournit des "masseuses" à Epstein dans les années 2000 via son agence MC2).

Qui se soucie de savoir ce que signifie cette image de Catherine Ringer des Ritamitsouko (à gauche) ?

Ou celle-ci d'Etienne Daho (à droite) ?

Celle-ci de Vanessa Paradis (si semblable à celle du bébé Disney Ariana Grande) ?

Celle-ci de Marc Lavoine... Ca vaudrait la peine d'enquêter un peu du côté de notre hexagone aussi, non ?

Evidemment si l'on ne veut pas voir, ne pas comprendre, on ne pourra pas saisir non plus pourquoi Marc Lavoine porte le conte "Les Souliers rouges" aux Folies bergères en février 2020. Les chaussures rouges sont un symbole de sacrifice de sang - voir ici - vous noterez d'ailleurs que les danseuses de ballet étaient masquées (une façon déjà de programmer l'atmosphère occultiste autour du masque que nous avons aujourd'hui ?) . "Meuh non, allez-vous me dire, le sympathique Marc Lavoine a simplement mis en scène un conte d'Andersen". Andersen c'est innocent... comme Alice au Pays des Merveilles et son lapin blanc (le lapin blanc est symbole d'adrénochrome dans les sociétés secrètes actuelles). Je vous croirais si vous pouviez m'expliquer pourquoi le chanteur fait l'oeil d'Horus à la "une" du magazine Psychologies... "right in your face" comme disent les Américains... D'ailleurs Jennifer M. Miskec de l'université de Longwood en Virginie s'est penchée sur ce conte d'Andersen et a reconnu dans son article qu'il ne s'agissait pas précisément d'un conte pour enfants...

«Les chaussures rouges» raconte l'histoire de Karen, une jolie jeune orpheline, sauvée de la pauvreté par une vieille femme bienveillante. A l'âge de sa confirmation, la vieille femme emmène Karen pour qu'elle porte des vêtements d'église appropriés. Karen choisi des chaussures rouges brillantes qui sont impudiques et "flashy". Malgré les regards et le jugement - et la façon dont les chaussures détournent Karen de ses prières - Karen est trop amoureuse de ses jolies chaussures rouges pour porter autre chose. Puis un vieil homme mystérieux tapote les semelles des jolies chaussures de danse rouges de Karen et elles deviennent enchantées, fusionnant finalement à ses pieds et la faisant «danser dans [ses] chaussures rouges jusque sa peau se dessèche comme une momie » (ce qui fait penser au cas de possession de 1518 à Strasbourg où les gens furent atteints de chorémanie, la folie de la danse).

"Les chaussures rouges ont une présence en forme de palimpseste, note Miskec dans certains endroits improbables, à savoir dans certains livres d'images commercialement populaires qui ne reconnaissent jamais ouvertement la source de son iconographie de la chaussure rouge comme Andersen, mais la désignent tout de même - sans problème apparent." Elle ajoute que cette présence actuelle détourne le conte d'Andersen en lui ôtant sa portée morale qui était au XIXe siècle de dissuader les enfants de s'entêter dans l'orgueil... Le disciple d'Aleister Crowley David Bowie vantait les "chaussures rouges" dans "Let's Dance" en 1983. Kate Bush, danseuse ouvertement païenne, qui s'est d'ailleurs filmée dans un clip dansant sur des squelettes (voir mon dossier là dessus ici) en a fait le titre de son album au début des années 1990. Pour ce qui est de la suppression de l'instruction morale, c'est évident puisque dans le spectacle de Marc Lavoine l'héroïne n'est plus qu'une danseuse qui ... fait un pacte avec le diable (comme Johnny Hallyday et quelques autres...), l'aboutissement logique de l'éloge de l'ambition façon Ballerina.

Virginie Sélavy, dans le magazine Electric Sheep est plus directe dans son titre du 1er février dernier que l'analyse universitaire de Miskec (ce qui prouve que les universitaires contribuent davantage a camoufler la vérité qu'à la révéler) : "Les chaussures rouges, pas d'art sans sacrifice" ! Elle y fait la critique de la remasterisation du film britannique de 1948 "The red shoes" de Michael Powell. Virginie Sélavy sait bien de quoi elle parle... Elle a été jusqu'en 2017 instructrice dans un institut d'études sur les créations d'épouvante (si si !) qui remet ses diplômes au temple maçonnique de l'Hotel Andaz de Londres. "You can't make this stuff up !" (Ca ne s'invente pas) comme disent les Américains... Effectivement beaucoup d'artistes illuminati sont soupçonnés d'avoir sacrifié des proches pour franchir des étapes dan leur carrière, et affichent ensuite le deuil... Sélavy décrit le visionnage de ce film comme  "une expérience somptueuse qui vous intoxique" ("sumptuous and intoxicating experience"). Au même moment il y avait une tournée à travers le Royaume Uni d'une adaptation en ballet par Matthiew Bourne du film de Michael Powell, maintenant même transformée en "Red Shoes from home" (Covid oblige), comme le One World Together at Home..

Au fait, cette répétition autour des souliers rouges cette année, ça ne fait pas un peu "mind control" (contrôle mental) ? Marc Lavoine l'ami de l'oeil d'Horus monte les Souliers rouges aux Folies bergères en février, il y a au même moment l'article sur la remasterisation des Souliers rouges d'une habituée des remises de prix dans un hôtel maçonnique fait le commentaire, la tournée du ballet Red Shoes en Angleterre et puis ce mois ci, pour nos chers enfants... Hong Sung-Ho chez Walt Disney sort "Blanche Neige, les souliers rouges et les 7 nains". Un peu trop à mon goût en tout cas...

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"Mon curé chez les Thaïlandaises" (1983) et le contrôle mental

29 Juillet 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Christianisme, #Bill Gates, #Les rapports hommes-femmes

Je regardais hier soir une comédie de bas étage de 1983 dont la seule finalité était de montrer des nichons de femmes et de dénigrer la religion : "Mon curé chez les thaïlandaises". Du mauvais théâtre de boulevards porté à l'écran. Le film s'ouvre sur un carrelage maçonnique. Un hasard ?

La veille j'avais vu sur une autre chaîne de la TNT un de ces documentaires d'auto-célébration de la télévision par elle-même qui racontait la lutte entre TF1 et Antenne 2 en 1982-83, lutte qui consistait au fond à savoir déjà (alors que les deux étaient des chaînes du service public) laquelle montrerait le plus de rock illuminati façon Madonna et INXS, le plus de jeux débiles, le plus de variétés sirupeuses, le plus de femmes topless  (la playmate de Collaro, la séance de gym autour de Davina et Véronique où toutes les femmes un jour furent en string).

C'est au milieu de toute cette malédiction du culte du corps et du "zimboum" que j'ai hélas vécu ma prime adolescence, tandis que l'Eglise de Vatican II capitulait : une bien mauvaise préparation pour ma vie d'adulte. Et moi j'adhérais à fond à toutes ces valeurs nouvelles. Quelle tristesse !

La période actuelle où le féminisme haineux ne rêve que de destruction sur arrière-fond de pessimisme écologique apocalyptique (voir la tribune de Mazarine Pingeot hier dans le Monde) est tout aussi ténébreuse évidemment, mais franchement je plains les nostalgiques des années 1980 soit disant "drôles et décontractées". Ils sont intoxiqués.

Et ce n'est pas seulement la culture populaire de l'époque que je condamne. La culture lettrée qui vénérait Proust, Heidegger, Sollers et Derrida spirituellement ne valait pas mieux.

La semaine dernière en Béarn, obligé de m'asseoir devant le poste de télévision avec ma vieille mère, et ne sachant que dire, je demandai : "Celle-là, c'est Marion Game non ?" Elle, goguenarde : "Non, Marion Game, elle joue dans un feuilleton tous les soirs avec Gérard Hernandez". Ma mère est toujours incollable sur ce genre de personnalité qu'elle chérit plus que les membres de sa propre famille. "Tu devrais t'en réjouir, dit ma compagne, car quand elle ne s'intéressera plus à cela, elle sera un légume".

Je ne m'en réjouis pas, non, comme je ne me réjouis pas de voir le nom de Johnny Hallyday, l'homme qui a admis avoir vendu son âme à un démon,figurer  toutes les semaines dans un journal au titre des polémiques sur son héritage ou à un autre titre, près de trois ans après sa mort. C'est du "mind control" délibéré à coup de répétition, pour maintenir les gens dans une énergie, un sortilège.

Marion Game tenait le rôle féminin principal dans "Mon curé chez les Thaïlandaises", un rôle qui tente de rendre sympathique une tenancière de bordel anti--religieuse et cynique, portant au bras un bracelet en forme de serpent (comme tant de chanteuses américaines illuminati récemment). J'ignore si elle doit sa longévité sur les écrans, 337 ans plus tard, à quelque appartenance à une société secrète, mais je vois bien sur quelle piste spirituelle et énergétique la plaçait son rôle de 1983, et sur quelle piste "énergétique" elle a entraîné avec sa propre carrière les téléspectateurs qui, comme ma mère, adhèrent à sa personnalité sur un mode hypnotique et la considèrent comme quelqu'un de proche d'eux. La starisation, le phénomène des fausses idoles, fonctionne comme ça, et c'est ainsi qu'après des grands chefs de la santé de l'OMS ou des Etats-Unis comme le docteur Fauci disent (fin juin) qu'ils auront besoin des "stars" ("infuencers" "community heros") pour faire accepter aux gens le vaccin maléfique anti-covid de Bill Gates  - Marion Game, elle, fait de la pub pour les stimulateurs circulatoires, mais je ne serais pas étonné qu'on la mobilise pour les vaccins anti-covid dans quelques mois...

Combien de centaines de milliers de petites vieilles et de petits vieux aujourd'hui combattent des tas de démons dans leurs têtes, endurent des tas de phases dépressives ou une dégénérescence d'Alzheimer qu'ils tentent en vain de freiner avec des médicaments maudits et ne peuvent retrouver le chemin de Dieu (ils iront ainsi droit en enfer sans avoir pu jamais retrouver la lumière) simplement parce que leur petit écran, tous les jours, leur sert en boucle du Marion Game, du Gérard Hernandez, du Johnny Hallyday, avec toutes sortes de symboles, de sons et de mots, qui font système entre eux, sous couvert de bonne rigolade et de détente : un véritable culte luciférien auquel ils communient en permanence, et qui les dynamite de l'intérieur, sans qu'ils aient aucune possibilité spirituelle de prendre des distances ! La postérité insidieuse de "Mon curé chez les thaïlandaises" comme celle du marquis de Sade au XVIIIe siècle, celle du romantisme, celle de toutes les grandes hérésies des plus bassement pornos aux plus faussement spirituelles et ascétiques, n'a pas fini de faire des ravages...

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Les mémoires d'un guerrier abkhaze

25 Avril 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Abkhazie, #Grundlegung zur Metaphysik, #Christianisme

Pendant la période du confinement, j'aide un ancien combattant abkhaze à mettre en forme, en français. Ca me rappelle le temps, il y a douze ans, où je traduisais les mémoires de guerre de mon grand-père républicain espagnol.

Le combattant abkhaze a à peu près le même âge que moi. C'est un cadeau de Dieu pour moi d'avoir ce petit travail qui me sort un peu de l'engagement contre Bill Gates et contre le dispositif infernal que certains mondialistes essaient de poser sur nos têtes sous couvert de lutte contre la pandémie, tout ce fascisme soft au quotidien, le flicage généralisé etc - et cela me sort aussi des arguments un peu débiles que beaucoup de leurs adversaires diffusent sur les réseaux sociaux, toute cette nullité petite-bourgeoise des donneurs de leçons internautiques que j'ai déjà connue pendant la guerre du Kosovo.

Ce genre de texte "dépayse" et comporte beaucoup d'enseignements moraux. Moi qui fais beaucoup l'inventaire de toutes les erreurs que j'ai faites entre 1990 et 2000 (entre 20 et 30 ans) qui m'ont conduit, à maints égards, à l'impasse existentielle de ma situation présente, au moins je ne puis me reprocher que des fautes qui n'ont pas fait couler de sang (en tout cas pas dans cette période). L'ancien combattant, lui, se reproche des erreurs ou des demi-erreurs commises dans le feu du combat qui ont coûté la vie à ses deux amis les plus proches. Ça doit être terrible de vivre avec cette culpabilité là.

Dans un de ses chapitres, il évoque un phénomène paranormal : un songe nocturne donné à sa cousine qui le conduisit par des voies surnaturelles avec l'aide d'un chamane à donner un sacrifice dans un endroit précis des montagnes abkhazes. Voilà qui me rappelle comment en 2015 je fus moi-même conduit par une apparition faite à une médium à chercher, guidé à distance, de l'eau à Sainte Baume, pour combattre une malédiction. Je sais de longue date que l'Abkhazie (le "pays de l'âme") baigne dans ce genre de chose, mais c'est toujours touchant d'être aux premières loges pour partager par la lecture ce genre d'expérience, et je ne puis me demander pourquoi le témoignage de l'ancien combattant à ce sujet vient aujourd'hui pour ainsi dire "dans mon assiette", me renvoyer au souvenir de 2015. Je ne sais pas trop quel statut attribuer à ce genre d'expérience spirituelle.

Dans le cas du combattant abkhaze, le rêve a un rapport assez évident avec la déesse-mère compte tenu de l'endroit où il l'a conduit (même s'il était donné au nom de Mahomet). Sainte Baume aussi était liée à cette déesse-là. En tant que chrétien je m'efforce de tenir ce genre de chose à distance. Mais c'est quand même très surprenant que c'est cela qui vous soit donné dans les moments vraiment critiques de votre vie, et pas une aide clairement issue de Dieu le père ou de son fils. Les néo-païens diront que c'est parce que la déesse-mère compte plus, ou qu'il faut garder un équilibre métaphysique dans l'ordre spirituel entre principes féminin et masculin. Les chrétiens diront que c'est un piège qui nous est tendu dans les moments de faiblesse... Voire car c'est quand même un piège qui, dans l'instant, vous sauve. Dans le cas de mon ancien combattant, on peut même se demander si cela n'a pas conféré, outre la protection, pour lui et son frère face aux balles, la victoire à son camp.

L'humilité étant la seule position tenable devant les mystères du monde invisible, je me garderai bien de trancher ce genre de débat. Je prends seulement note que tout cela est mis sous mes yeux dans ce travail de réécriture des mémoires de ce quinquagénaire.

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Quand Kate Bush faisait l'apologie de Wilhelm Reich

21 Décembre 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Les rapports hommes-femmes, #Divers histoire

Tous les lettrés de notre époque savent que Wilhelm Reich était un psychanalyste marxiste apôtre de la révolution sexuelle dans les années 1950/60. Très peu savent que la chanson de Kate Bush, "Cloudbusting" de 1985, que j'entendais encore récemment dans un supermarché, était un hommage à celui-ci.

Kate Bush était dans les années 1980 une chanteuse sorcière, ouvertement païenne, qui s'est d'ailleurs filmée dans un clip dansant sur des squelettes (c'est Lindsay Kemp, qui lui a appris à le faire, comme  David Bowie,le mime s'était lui-même distingué en 1973 dans le très druidique-satanique film d'horreur The Wickerman/Le Dieu d'Osier ). Dans "Them heavy people", elle parle de gourous qui l'ont initiée aux thèse de l'occultiste Gurdjieff" (voir aussi les sources "gothiques" de ses autres chansons).

Elle s'est inspirée pour écrire Cloudbusting d'un livre du fils de Wilhem Reich, qui avait vu son père arrêté sous ses yeux. Reich avait joué les chasseur de nuages. Le principe de sa découverte était que l'on pouvait prendre de l'énergie sexuelle (orgone) stockée dans des armoires métalliques, la placer dans des tuyaux en cuivre ou en acier assemblés et l'envoyer vers les nuages pour les chasser. Dans la vidéo K. Bush joue le rôle du fils du savant.

On ne s'étonnera pas que ce clip ait été tourné par Terry Gilliam des Monthy Python, dont le film "Sacré Graal" avait été financé par des satanistes célèbres.

Reich de son vivant a été soupçonné de pédophilie. Kate Bush elle-même a dû se justifier en 2014 (voir Daily Mail du 27 juillet) de sa longue collaboration artistique avec le pédophile notoire Rolph Harris, et la question de sa propre implication dans cette pratique avait été posée dès 1980 à propos de sa chanson "Infant Kiss".

La diffusion persistante de la chanson de Kate Bush sur les ondes des radios entretient le culte de Reich, de la provocation sexuelle, et du commerce avec les forces occultes.

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Un air de 1999

22 Octobre 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Actualité de mes publications, #Colonialisme-impérialisme, #La gauche

Irak, Liban, Equateur, Chili. Les peuples sont en colère.

Moi, je reçois des échos du temps où je militais contre le bombardement de la Serbie, en 1999, il y a vingt ans. Ce matin, je téléphone à celui que, dans mon livre "L'ingérence de l'OTAN", j'avais appelé "Vladimir Delfuego". J'emploierai, pour exposer le contenu de notre conversation, les pseudonymes que j'ai utilisés dans toutes mes autobiographies. 

"Cher ami, tu as une meilleure santé que la mienne. Tu sais, j'ai 77 ans. Je voulais te proposer un travail de la part du Missionnaire. Il me l'a proposé à moi, mais je ne peux pas. Tu sais, je suis très investi sur le dossier syrien. Et puis je me bats au sein de notre petit parti communiste dont la direction vient d'être prise par un stalinien orthodoxe admirateur de la Corée du Nord auquel je suis opposé. J'ai aussi mon journal à six cents abonnés.

Et puis, j'ai été très ami avec François Houtart qui était très marxiste et très chrétien qui a fini ses jours en Equateur. Quand il était venu chez moi il y a quelques années, je lui avais exposé ma conception de la responsabilité des calvinistes dans l'avènement du capitalisme. Il avait trouvé ça intéressant et m'avait conseillé d'écrire là dessus. Je commence à réunir les notes prises.

Le Missionnaire voulait me confier ce travail, mais je l'ai refusé par manque de temps. Je lui ai dit que, par contre, tu serais qualifié pour le faire. Il m'a répondu : "Ce serait très bien que Frédéric le fasse, mais je ne sais pas si Frédéric va l'accepter, nous avons eu un petit malentendu par le passé." Il s'agirait de diriger un livre d'une dizaine de contributeurs sur Julian Assange. Tu sais qu'il a une petite maison d'édition ici en Belgique".

J'ai accepté la proposition, tout en précisant ne pas avoir le souvenir d'avoir eu un différend avec le Missionnaire. J'ai de la sympathie pour Assange et c'est un sujet assez "transcourant" qui a aussi une dimension importante contre le "Deep State" américain et les clintoniens.

J'observe que Vladimir parle du protestantisme et du capitalisme juste après que j'eusse écrit à ce sujet hier soir. La référence à Houtart fait écho à mes interrogations sur la théologie de la libération et le synode amazonien. Ce sont des synchronicités intéressantes.

Je suis très marqué par le souvenir de 1999 depuis le décès de Maja Nikolic le 4 septembre dernier. Hier un film aussi me renvoyait à 1999. Il est sans doute logique que mes attaches bruxelloises me rattrapent dans ces circonstances.

S'il faut revenir au militantisme et prendre le Thalys de temps à autre, acceptons le. Je ne retournerai pas à la politique avec la passion enthousiaste de mes 29 ans, ni avec l'ivresse narcissique qui l'accompagnait, mais avec un sentiment du devoir, de l'obéissance, à l'égard de notre Créateur.

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In memoriam : Maja Nikolic (1964-2019)

4 Septembre 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Actualité de mes publications

La graphiste belgradoise Maja Nikolic, webmestre du premier site d'information alternative que j'ai dirigé en 2000 - je l'avais mentionnée dans divers de mes ouvrages et plusieurs billets de ce blog (dont la dernière fois il y a une dizaine de jours ici) - est décédée la nuit dernière du cancer qu'elle combattait depuis six ans. Elle n'avait pas 55 ans (elle allait faire 56 ans en décembre).

Inutile d'en dire davantage.

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Si j'avais fait d'autres choix dans ma vie privée...

17 Mars 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Grundlegung zur Metaphysik, #Billets divers de Delorca

Vous qui avez lu "Incursion en classes lettrées", vous connaissez un peu mon parcours. Comme ce blog est aussi un peu mon journal, je peux m'autoriser à dire un mot sur ce vécu. Ce qui me frappe toujours quand je regarde dans le rétroviseur, c'est la vacuité de toutes ces années 2000, 2010... Peut-être parce que je n'ai pas vraiment cherché à enseigner, peut-être parce que j'évitais systématiquement les activités trop répétitives ou ordinaires comme écrire des articles pour des journaux, et j'esquivais aussi les gens sans relief (or il y en a tant...), je me suis retrouvé très seul, et donc j'ai passé de longues demi-journées, en dehors de mes activités professionnelles, sans vraiment me rendre utile à personne.

Parfois je me demande si, en ayant fait d'autres choix à des moments clés de mon existence, j'aurais pu un peu densifier mon itinéraire, et aussi, me rendre plus utile.

Mais je ne le crois pas. Si, en 1992 j'étais devenu enseignant en collège en Béarn (ce qui eût été l'option normale pour le fils d'ouvrier que j'étais, plutôt que de devenir haut fonctionnaire), ma vie eût été aussi décevante et triste que pendant mon adolescence et j'en serais aujourd'hui, comme mon prof de philo de Terminale, réduit à écrire des éloges de collègues admirateurs de l'occultiste Bernadotte.

Si, en 1995, j'avais épousé la fille avec laquelle je sortais à Troyes, nous aurions acheté une maison dans la Champagne pouilleuse et ma vie eût été parfaitement ennuyeuse. Si, en 1997, je m'étais marié avec la jeune comptable qui était ma compagne du moment, c'eût été exactement le même ennui, mais à Dijon...

Si, en 2003, j'étais allé chercher à Belgrade ma passion serbe rencontrée en 1999, je l'aurais quittée en 2005 après deux ans de psychodrame car c'était une femme impossible et, au milieu de ma tristesse, j'aurais trouvé ma consolation de célibataire dans les massages ou le tourisme sexuel, afin d'apaiser mes angoisses, nourrir mes démons, sur le boulevard qui mène tout droit au lac de feu, car Dieu n'eût pas alors mis sur la route, comme il l'a fait en février 2014, un médium capable de me prouver l'existence du monde invisible ni la voie pour sortir de tout cela par le haut. Mon coeur eût été de toute façon trop endurci pour comprendre ça. 

Ainsi, d'aucune manière ces choix de vie ne m'auraient apporté plus d'épanouissement, plus de savoir authentique, plus de vérités ni de liberté que ceux que j'ai faits dans le réel. Dans ces vies alternatives j'en serais encore à ânonner les idées toutes faites d'une gauche contestataire sans horizon métaphysique, à contribuer aux mensonges ambiants, à maintenir mes lecteurs - comme moi-même - dans des impasses. Il n'y a pas de regret à avoir de n'avoir pas vécu dans ces erreurs. 

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La dégradation du quotidien des Français en près de 50 ans

28 Janvier 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Le monde autour de nous

Certes tout ne va pas plus mal, depuis 50 ans, en France : les éboueurs ont des camions mécanisés qui soulèvent des poubelles sans efforts, les femmes en milieu rural sont moins prises pour des potiches (ou des bonniches) par leurs maris (du moins quand elles ne sont pas seules abandonnés à la prédation des modes mortifères façon Céline Dion, dépendantes de leur téléphone portable, de leur clope, ou de la libido dominandi des assistantes sociales) et l'on peut s'informer autrement qu'à travers la propagande des grands médias nationaux. Mais voici tout de même une brochette d'aspects du quotidien qui se sont sérieusement dégradés, traités sur un mode humoristique par ce billet que j'ai trouvé sur Facebook et qu'on trouve aussi sur des sites, par exemple celui-ci :

1969
Je suis instituteur, il gèle à pierre fendre, je jette des seaux d'eau dans la cour de récré pour que les élèves puissent faire des glissades. Tout le monde est content ! On prolonge les récrés.

2016
Je suis directeur, la cour est verglacée, je demande aux ouvriers de l'école de jeter du sel de déneigement sur toute la cour.
Tout le monde est content ! On abrège les récrés extérieures.

Vacances.
1969 :
Après avoir passé 15 jours de vacances en famille, en Bretagne, dans la caravane tractée par une 403 Peugeot, les vacances se terminent.
Le lendemain, tu repars au boulot, frais et dispos.

2016 :
Après 2 semaines à la Réunion et à l'Ile Maurice, obtenues à peu de frais grâce aux « bons vacances » du Comité d'Entreprise, tu rentres fatigué et excédé par 4 heures d'attente à l'aéroport, suivies de 12 heures de vol.
Au boulot, il te faut 1 semaine pour te remettre du décalage horaire !

1969 :
Du lait, du beurre et des œufs
Tu vas chercher du lait chez le crémier, qui te dit bonjour, avec ton bidon en alu, et tu prends du beurre, fait avec du lait de vache, coupé à la motte. Puis tu demandes une douzaine et demi d'œufs qu'il sort d'un grand compotier en verre.
Tu paies avec le sourire de la crémière, et tu sors sous un grand soleil.
Le tout a demandé 10 minutes.

2016 :
Tu prends un caddie de merde dont une roue est coincée et qui le fait aller dans tous les sens sauf celui que tu veux.
Tu passes par la porte qui devrait tourner mais qui est arrêtée par ce qu'un benêt l'a poussée, puis tu cherches le rayon crémerie, où tu te les gèles, pour choisir parmi 12 marques le beurre qui devrait être fait à base de lait de la communauté. Enfin tu cherches la date limite...
Pour le lait :
Tu dois choisir avec des vitamines, bio, allégé, très allégé, nourrissons, enfants, malades ou mieux en promo avec la date dessus et la composition ......
Pour les 12 œufs :
Tu cherches la date de la ponte, le nom de la société et surtout tu vérifies qu'ils ne soient pas fêlés ou cassés et paf !!! Tu te mets plein de jaune sur le pantalon !!!
Tu fais la queue à la caisse. La grosse dame devant toi a pris un article en promo qui n'a pas de code barre ... Alors tu attends, et tu attends .....,
Puis toujours avec ce foutu caddie de merde, tu sors pour chercher ton véhicule sous la pluie. Tu ne le retrouves pas car tu as oublié le N° de l'allée .........
Enfin après avoir chargé la voiture, il faut reporter l'engin pourri et là, tu vas t'apercevoir qu'il est impossible de récupérer ta pièce de 1 euro .....
Tu reviens à ta voiture sous la pluie qui a redoublé.
Cela fait plus d'une heure que tu es parti.

Faire un voyage en avion.
1969 :
Tu voyages dans un avion d'Air France. On te donne à manger et t'invite à boire ce que tu veux, le tout servi par de belles hôtesses de l'air, et ton siège est tellement large qu'on peut s'assoir à deux.

2016 :
Tu entres dans l'avion en continuant d'attacher ton ceinturon qu'on t'a fait retirer à la douane, pour passer le contrôle.
Tu t'assoies sur ton siège et, si tu éternues un peu trop fort, tu mets un coup de coude à ton voisin.
Si tu as soif, le steward t'apporte la carte et les prix sont ahurissants.

1969 :
Michel doit aller dans la forêt après la classe. Il montre son couteau à Jean avec lequel il pense se fabriquer un lance-pierre.
Le directeur voit son couteau et lui demande où il l'a acheté pour aller s'en acheter un pareil.

2016 :
L'école ferme. On appelle la gendarmerie. On emmène Michel en préventive.
TF1 présente le cas aux informations en direct depuis la porte de l'école.

1969 :
Tu fais une bêtise en classe. Le prof t'en colle deux. En arrivant chez toi, ton père t'en recolle deux autres.

2016 :
Tu fais une bêtise. Le prof te demande pardon.
Ton père t'achète une console de jeux et va casser la gueule au prof.!!!

1969 :
Dominique et Marc se disputent. Ils se flanquent quelques coups de poing après la classe.
Les autres les encouragent, Marc gagne.
Ils se serrent la main et ils sont copains pour la vie.

2016 :
L'école ferme. FR3 proclame la violence scolaire, relayée par BFMTV et ITélé en boucle et TF1 au journal de 20 heures.
Le lendemain, Le Parisien et France Soir en font leur première page et écrivent 5 colonnes sur l'affaire.

1969 :
Jean tombe pendant une course à pied. Il se blesse au genou et pleure. Sa prof Jocelyne le rejoint, le prend dans ses bras pour le réconforter.
En deux minutes Jean va beaucoup mieux et continue la course.

2016 :
Jocelyne est accusée de perversion sur mineur et se retrouve au chômage, elle écopera de 3 ans de prison avec sursis.
Jean va de thérapie en thérapie pendant 5 ans. Ses parents demandent des dommages et intérêts à l'école pour négligence, et à la prof pour traumatisme émotionnel. Ils gagnent les deux procès.
La prof, au chômage et endettée, se suicide en se jetant d'en haut d'un immeuble. Plus tard, Jean succombera à une overdose au fond d'un squat!!!

1969 :
Arrive le dernier dimanche d’octobre.
Il ne se passe rien.

2016 :
C'est le jour du changement d'horaire : les gens souffrent d'insomnie et de dépression.

Comme dit l'autre : On vit une époque vraiment formidable !!!

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Henri Genès

11 Janvier 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Béarn

Quand j'étais gosse vers midi ma mère disait souvent "Il n'est pas passé le facteur de Santa Cruz ?". Ca venait d'une chanson que parfois mon père fredonnait parfois (voyez toutes les versions qu'on ne trouve sur YouTube). Quand je disais "Je suis fatigué", mon père me demandait "fatigué de naissance ?". Quand on allait voir sa tante, qu'elle appelait tantine, ma mère ajoutait souvent "la tantina de Burgos". Elle aussi chantait parfois quelques morceaux de la chanson dont venait l'expression, et encore le "tango de Sidi Bel Abès"...

Je ne le savais pas - je l'ai découvert hier - mais toutes ces références renvoient au répertoire du comique Henri Genès, qui était au sommet de sa gloire à la fin des années 1950. Mes parents ne se connaissaient pas encore, ils avaient entre 25 et 30 ans. A l'époque mon père vivait à Laruns en vallée d'Ossau et travaillait comme électricien sur les chantiers de montagne ; ma mère était couturière à domicile près de Pau. Je suppose qu'ils entendaient ce genre de chanson sur leurs postes de radio le soir. Ca faisait partie de ces chansons rigolotes qui détendaient le prolétariat à la sortie du turbin, un peu comme le "Zorro est arrivé" d'Henri Salvador, ou les "Trois bandits de Napoli" d'Annie Cordy. Ca apportait de la fantaisie à leur quotidien assez routinier et ils avaient comme des petites décharges de dopamine dans la tête quand ils ressortaient ces petites allusions là.

Possible aussi qu'Henri Genès, qui était né à Tarbes, avec ses parodies de chansons espagnoles, comme les opérettes de Luis Mariano et de Georges Guétary flattait un peu leur sensibilité latine.

Moi je suis arrivé après tout ça. J'entendais leurs chansons sans trop leur demander de qui elles étaient, et le visage d'Henri Genès, dans mon enfance, était surtout celui d'un second rôle des grandes comédies avec Louis de Funès qu'on regardait à la TV. Pour la génération des années 1990-2000, ces "tubes" des années sont aussi préhistoriques que, pour moi,  l'était le "Viens Poupoule" de Felix Mayol que certains Béarnais dans les années 1930 avaient transformé en "say poupoulo". C'est de l'archéologique musicale...

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Ascèse et repentir

14 Octobre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Philosophie et philosophes, #Christianisme

Il y a dix ans j'avais un passion pour le savoir encyclopédique. Je voulais écrire une vaste fresque historique sur le mode du "what if", histoire alternative, hypothétique. Mais finalement, par manque de temps, je n'en ai fait qu'un dialogue, qu'un prof de philo a mentionné en pub sur son site cet été. A travers ce dialogue j'exprimais un peu ma vision des différentes époques. Mais l'hypothèse que tout procède d'aléas est erronée. Avec ma conversion de 2015 j'ai renié le livre. Depuis lors je m'efforce de n'avoir plus beaucoup d'idées. Cette humilité est une forme d'ascèse. Tant pis pour les attentes des lecteurs.

Je trouve chez Chateaubriand, que je relisais cette semaine, bien trop d'audace à toujours ponctuer chaque paragraphe d'une sorte de morale générale, de conclusions à tirer pour la postérité. Qui sommes nous pour conclure ? Même les confessions de Saint Augustin manquent d'humilité. Certaines questions qu'il adresse à Dieu sont marquées au coin de l'arrogance. Par exemple quand il dit mourir d'envie de savoir pourquoi son baptême prévu pour son enfance a été reporté.

Bien sûr on a un devoir d'utiliser sa raison pour penser ce qui se passe dans le monde, aider à une certaine anticipation. C'est pourquoi je ne renie pas l'essentiel de mon combat anti-impérialiste et les analyses produites dans ce cadre. Cependant quand on s'est autant trompé que moi sur la compréhension globale de la condition humaine, il faut maintenant savoir se taire.

St Augustin dans la lignée de la Bible enseigne la voie du repentir comme moyen d'accéder à une vision plus lucide du sens de notre vie. Et il fait débuter l'opération aux premières années de l'enfance. Depuis quelques jours moi-même je réfléchis beaucoup à ce que fut l'influence néfaste de Walt Disney sur les premières années de ma vie. Si seulement alors mes parents avaient su tout ce qui se cachait derrière cette entreprise hollywoodienne !

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Pause estivale

9 Août 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants", #Ecrire pour qui pour quoi, #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Lectures, #Philosophie et philosophes, #Grundlegung zur Metaphysik

Le taux de fréquentation de ce blog a été multiplié par deux cette semaine à cause de mon billet sur Mehlang Chang d'il y a 8 ans qui a été "liké" 75 fois sur Facebook. J'ignore si cela peut conduire une ou deux personnes à suivre un peu plus ce que je fais. De toute façon, je ne prétends pas que ma contribution aux débats de notre époque ait été d'une grande utilité. Je suis parti de mon vécu, de ce que j'étais, de ce que j'ai appris en sortant de la condition ouvrière pour devenir étudiant à Sciences Po à la fin des années 80, puis énarque, puis de mon militantisme dans les milieux anti-guerre. J'ai fait des livres de tout cela, et, quand j'avais deux minutes dans ma journée de travail, j'écrivais quelques billets. Je disais comment je voyais les choses, sans plus. Beaucoup de gens qui lisaient moins que moi, et qui étaient beaucoup moins capables d'articuler les choses entre elles ont été plus visibles sur le Web, ils faisaient facilement des vidéos de dix minutes souvent aussi péremptoires que creuses, et, comme cela flattait la colère des spectateurs, tout en exprimant les choses en des termes simples, beaucoup de gens adhéraient à ce genre de démarche. Nombre de ces publicistes d'opérette ont construit un business de la dissidence, à répéter pendant 15 ans les mêmes choses.

Ils ont touché plus de monde que moi. Ont-ils été plus utiles ? Difficile à dire. Souvent ils ont surtout entraîné leurs abonnés sur des chemins simplificateurs. Les simplifications sont parfois opportunes, parfois dangereuses. Je n'ai guère le coeur de démontrer dans quels cas, selon moi, les simplifications ont été positives et dans lesquels elles ont été funestes. D'ailleurs avons-nous suffisamment de recul pour le savoir ?

Ce qui est certain c'est que toute cette dissidence sur Internet ne jouait pas un très grand rôle. Elle a pu empêcher peut-être les politiques d'aller un peu trop loin, avec trop d'enthousiasme dans la voie de l'allégeance à l'OTAN, à WallStreet etc, mais assez peu finalement : la montée en puissance de la Chine, de la Russie, la révolution vénézuélienne en son temps, le résistance irakienne et palestinienne, ont été d'un poids supérieur dans la configuration de ce monde que les cyber-monologues des dissidents.

Quant au petit travail que j'effectue depuis mon passage par la case "médiums" (de 2014) en épluchant la presse conservatrice américaine pour montrer les connexions des élites mondiales (mais aussi des gouvernements locaux comme celui de Caracas) avec l'occultisme et des réseaux criminels de grande envergure, je suis encore bien plus en peine de dire à quoi cela a pu servir et qui cela a pu toucher.

Je m'assigne seulement comme règle de faire ma "part du job" sur cette Terre, en fonction de ce qui était mis devant mes yeux. Je témoigne, et advienne que pourra du témoignage. On a placé devant moi l'injustice faite aux Serbes (en ce moment cela continue avec l'absence totale de fiabilité des Kosovars dans les négociations), le mode de vie des Transnistriens et des Abkhazes, le génocide des Yézidis de la plaine de Ninive (qui ont encore  3 000 femmes esclaves qui manquent à l'appel et pour lesquelles l'ONU ne fait rien...). J'ai porté cela sur la toile et dans les livres autant que je l'ai pu, voilà tout.

Chaque été on ne peut pas s'empêcher de faire un bilan, de se poser des questions : qu'aurais-je dû faire d'autre ? à qui aurais-je dû m'associer ? quels sujets aurais-je dû approfondir davantage ?

Tenez par exemple, lorsque, il y a six ans, les proches du sultan de Sulu aux Philippines étaient prêts à m'accueillir pour enquêter sur leur dynastie et les populations musulmanes des îles du Sud de l'Archipel qu'il représente en partie, aurais-je dû prendre un congé sabbatique d'une année et aller écrire un livre là dessus après un long séjour sur place ? Je suppose que si cela ne s'est pas fait, c'est que j'étais mieux à élever ma progéniture en France qu'à pondre un autre livre aux Editions du Cygne que seulement 50 personnes auraient lu sur un peuple dont tout le monde se fout. Mais quand même la question restera un peu en suspend. Insoluble.

Ce matin un vieux manuel de droit public de 1990 est tombé de mes étagères. Cela me rappelait le temps où à Sciences Po on dissertait sur "l'ordre public" ou le "contrôle de constitutionnalité". Le Sciences Po de 1989-1990 (je vous ai glissé en tête de cet article une photo de l'amphithéâtre Boutmy que j'avais prise le 29 avril 1989 (le cours de géographie de M. Dalmasso spécialiste de l'Albanie communiste) ... La date est précise. Je suppose que je l'avais notée dans mon journal de l'époque.

Dans son article sur "la géopolitique de Monaco" Labévière, en janvier dernier, m'appelait " l’excellent juriste Frédéric Delorca". Dieu sait que pourtant je n'ai jamais trop aimé le droit. J'ai pourtant passé presque toute ma vie professionnelle dedans. Ca aura eu l'avantage de protéger mon indépendance financière tout en m'incitant à cultiver la rigueur intellectuelle. Mais non, vraiment, ce n'était pas ma voie. Bah, qui peut se vanter d'avoir vraiment fait ce qu'il voulait de sa vie ? Ca aurait pu être pire. Je n'ai pas bossé dans les mines de sel. Pas encore du moins...

Bourdieu voulait que j'écrive sur les juristes. J'ai fait ma thèse de sociologie sur eux. Peut-être aurais-je dû écrire un roman sur tout ce petit monde qui gravitait autour du Conseil d'Etat et que j'ai connu dès ma première année à la rue Saint Guillaume en 1988. Plongé là dedans comme une grenouille dans l'eau bouillante moi le petit Béarnais somnambule qui croyait réaliser un destin alors qu'en réalité il ne faisait que prolonger l'égarement absurde d'une famille qui avait commencé dans les champs d'olivier du Bas-Aragon profond, au temps des guerres civiles espagnoles, celles du XIXe siècle...

Un roman. Vous en avez eu assez avec la "Révolution des Montagnes" n'est-ce pas ? J'ai cru à 15 ans qu'il fallait faire une oeuvre littéraire ou philosophique... J'y ai cru parce que France Culture nous le disait. Heureusement la jeunesse française n'adhère plus à ce genre d'illusion. Elle préfère faire des films ou rêver de business... "La vidéosphère a remplacé la graphosphère" disait pompeusement Régis Debray à la fin des années 1990. En un sens c'est tant mieux. La littérature a fait bien du mal à la France et peut-être, à travers notre pays, à l'humanité toute entière. Il y a deux cents ans on sacrifiait sa vie pour faire de belles phrases. Chateaubriand, Flaubert, Zola n'auraient-ils pas été plus loin dans la lucidité s'ils avaient été moins obsédés par la justesse du style, et moins dupe du statut de l'écrivain, cet histrion en chef qui a poussé tant d'âmes vers l'enfer ?

Pardon pour ces propos décousus, une fois de plus, mais l'été se prête à ce genre de vagabondage. J'ai dans les yeux le souvenir de cette jeune provençale qui se faisait photographier en forêt avec un pentagramme sur son ventre en 2014, celui du vieil Américain sur le petit bateau qui remontait le Dniestr en 2007, celui du garde champêtre de mon village béarnais dans les années 1970. Téléscopage des époques. La profondeur du temps. C'est là le seul sujet qui mérite une seconde d'attention, au fond. Cette profondeur qui est si abstraite lorsque l'on a vingt ans et qui donne le vertige à l'approche de la cinquantaine. On se dit : "est-il possible que j'aie survécu sur une si longue durée ?". J'ai vu bien des mondes s'abîmer. Des modes de vie disparaître, des croyances s'effacer, des régimes politiques et culturels glisser vers l'abîme. Aujourd'hui ils passent sous ma fenêtre avec leurs piercings et leurs tatouages. Demain ils auront une puce informatique dans la tête. "Ils". Le théâtre du monde. Théâtre sérieux. Ca continue. On tente d'y jouer son rôle, on tente de deviner le texte à réciter. On le rate probablement à chaque coup. A la différence de César-Auguste, je ne demanderai pas aux gens d'applaudir au baisser de rideau. D'ailleurs, tout le monde est acteur dans cette pièce. Il n'y a pas de public.

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16 septembre 1982

28 Juin 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Ecrire pour qui pour quoi

Je regardais tantôt cette vidéo (ci-dessous) : les informations télévisées d'Antenne2 du 16 septembre 1982. Le temps où les trois chaines de TV faisaient de vrais journaux, structurés, avec des nouvelles bien hiérarchisées commençant par l'international, et finissant par des faits divers. On y faisait de vraies phrases, on cherchait parfois des formules élégantes sans peur du ridicule. On croyait encore un peu aux mots, hors du piège des images et de l'obsession corporelle.

Ca commençait avec les troupes israéliennes à Beyrouth, ça continuait avec les funérailles de Béchir Gémayel, puis la visite de Sékou Touré en France. J'ai souri devant la scène un peu surréaliste de Sékou Touré montrant aux journalistes français un reportage sur Kim Il Sung ! Triste dictateur qui se saoulait du souvenir de son "non" à De Gaulle pour faire oublier qu'il écrasait son peuple (bien sûr je ne dis pas que la dictature de Soros, de Bolloré et de WallStreet qui l'a remplacé à la fin des années 80 en Guinée comme ailleurs valait mieux). Puis les états d'âme des parlementaires socialistes et communistes devant la politique fiscale du gouvernement, tandis que PPDA (déjà lui) donnait la parole aux entrepreneurs, évidemment. On n'était pourtant pas encore à l'heure du grand ralliement de Mitterrand à l'austérité au nom de l'européisme. Un mot de l'enterrement de Grace Kelly, un autre des assurances automobiles.

J'ai gardé un souvenir très précis de tout cela. J'avais presque 12 ans. Je venais d'entrer en 5ème au collège. Je gardais en archive chaque jour la "Une" du journal local La République des Pyrénées, et je dévorais les "Que-sais-je". J'étais de plain pied dans l'actualité de ce monde. Je voulais devenir journaliste. J'appréciais les interventions de Georges Marchais à la TV que je croyais utiles à la condition de mes deux parents ouvriers (qui pourtant n'étaient pas communistes). J'étais naïf. Je croyais que parce que j'étais premier de la classe je ferais quelque chose de beau de ma vie. Je ne voyais pas combien déjà ma vanité et mon égoïsme me vouaient à n'en rien faire du tout. Le ver était dans le fruit de mon existence, et je ne le voyais pas, comme la société de l'époque ne voyait pas qu'elle préparait le chemin à la disparition de tout un tas de choses positives que l'on croyait durables (l'intelligence, la France, la SNCF, les abeilles dans les champs, le respect de l'orthographe). On ne savait pas qu'on formait une génération de zombies qui elle même allait enfanter une série de cerveaux au QI beaucoup plus faible (voyez l'article sur la baisse du QI à cause des écrans) dans un monde de plus en plus cynique et hypocrite (je repense au type sur une radio parisienne qui disait que l'autolib à Paris doit être abandonné à cause des dégradations par les utilisateurs - ô les généreux bobos incapables de prendre soin de ce qu'on leur confie !) où la vie ne compte plus pour rien (7 milliards de gens sur terre, combien ont l'eau courante ?).

C'était il y a longtemps, oui, très longtemps. Aujourd'hui je suis presque quinquagénaire. Je n'ai pratiquement rien apporté à mon époque à part trois ou quatre livres que personne n'a lus. Je ne m'en plains pas. En quoi cela aurait-il été utile que je sois un Jérôme Guedj (avec qui j'ai cohabité à Madrid en 1994) ou un Michel Onfray ? Faire des apparitions dans les médias pour occuper du temps d'antenne, participer à un théâtre de pantins, entretenir les gens dans le mensonge et l'illusion. Mieux vaut s'abstenir. J'ai juste diffusé une ou deux infos sur des blogs que les grands médias ne voulaient pas faire entendre, posé une ou deux questions. Cela me suffit bien. Personne n'en voulait davantage de toute façon. Aujourd'hui je ne me pose plus de questions sur mon rôle comme je le faisais à 30 ou 40 ans. Je réponds au coup par coup, ponctuellement, quand des choses me sont demandées, en mon for intérieur, ou par tel ou tel de mes contemporains. Si l'on me demande un coup de main ou un avis je le donne, et si je ressens que rien de moi n'est attendu je m'abstiens, voilà tout. Un ancien collègue aujourd'hui à la retraite a pris sur lui de tenter de faire passer une recension de mon livre sur le populisme dans une revue juridique. Je lui souhaite une bonne chance. A l'heure actuelle seul Labévière a pris le risque de parler de ce bouquin sur la toile. Ca n'a aucune importance à mes yeux. J'ai pondu ce livre sans arrière pensée, aussi naturellement que je respire. Et je le livre au flot de la volonté qui me dépasse, celle d'en haut.

Tournons la page de 1982, comme celle de l'égo. De toute façon la nostalgie est un piège à cons. L'histoire est utile à la réflexion, mais il faut d'abord faire face au présent, même dans les moments où l'on a l'impression qu'on n'a rien de spécial à y faire. N'en doutons pas, quelques sollicitations reviendront, et parmi elles certaines qu'on ne souhaite pas du tout affronter. Certaines seront peut être intéressantes ou agréables. Il faudra être alors être "simple comme une colombe et méfiant comme un serpent" comme le dit l'Evangile. On verra bien...

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