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Le blog de Frédéric Delorca

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Crise des missiles nord-coréens: sortir de « l’hystérie »

12 Septembre 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Actualité de mes publications, #Le monde autour de nous

Ci-dessous mon article qui paraîtra dans le prochain numéro papier (octobre 2017) L'Arme et la Paix, revue de l'association Initiative Citoyenneté Défense (ICD), et qui est déjà en ligne ici sur le site de l'association. (Pour mémoire voir aussi mes autres interviews et articles pour leur revue depuis 2011 ici).

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                                   Crise des missiles nord-coréens: sortir de « l’hystérie »

 

Voilà plusieurs décennies que la République populaire démocratique de Corée est identifiée comme un élément perturbateur dans les relations internationales. Perçue en Occident comme une survivance absurde de la guerre froide, tandis que les deux Allemagnes et les deux Yémens ont eu la « bonne idée » de s’unifier au début des années 1990 (et avant eux les deux Vietnams), elle n’était pas spécialement appréciée non plus des Russes et des Chinois en raison du principe d’autharcie économique et politique qui la gouverne depuis sa création, encore qu’elle présente aux yeux de ces deux pays un sérieux avantage : celui d’empêcher les troupes américaines de venir stationner au voisinage de leur frontière orientale.

 

Il est vrai que le régime de ce pays ne peut guère inspirer de sympathie. Si on peut lui reconnaître le mérite d’avoir offert à sa population les avantages de l’éducation et des services sociaux pour tous, et d’avoir fait émerger une intelligentsia capable d’envoyer des satellites dans l’espace (une prouesse pour un pays si isolé), il a poussé l’embrigadement des masses, l’endoctrinement et l’uniformisation au-delà de ce qu’avaient fait auparavant tous les autres régimes communistes. Depuis les années 80, du reste, le culte de la personnalité du leader Kim Il-Sung, poursuivi même à titre posthume, ainsi que de sa doctrine, le « juche », a éclipsé la référence marxiste, faisant baigner le pays dans une étrange ambiance sectaire. Les violations des droits de l’homme (liberté d’opinion, liberté religieuse etc) y sont massifs, et le bien-être économique laisse à désirer, même si la capitale Pyongyang, qui est la vitrine du système, affiche des progrès sensibles depuis quinze ans.

 

Pour autant c’est moins la misère morale ou économique du peuple nord-coréen qui inquiète les grandes puissances (après tout celle-ci a hélas bien des équivalents dans le monde) que l’engagement militaire non-aligné de ce pays, qui, comme Cuba, la Syrie ou l’Irak de l’époque baasiste, a très tôt compris la nécessité de développer un système de défense puissant si elle ne veut pas être rapidement vassalisée et convertie de force au capitalisme par les puissances occidentales.

 

Les Etats-Unis depuis un demi-siècle au moins considèrent avec méfiance la capacité de la Corée du Nord à exporter des armes à destination de pays ou de groupes de combattants qui ne sont pas franchement soumis à l’hégémonisme de la bannière étoilée (on a vu la Corée du Nord collaborer militairement avec le Pakistan, l’Ouganda, mais aussi la Syrie et l’Iran). Les stocks d’armes chimiques et bactériologiques de Pyongyang inquiètent aussi.

 

Mais les craintes les plus fortes proviennent du programme nucléaire nord coréen qui, bien qu’il ne soit pas le seul dans ce cas (l’Inde, le Pakistan, Israël et l’Iran sont dans la même situation « dissidente ») viole le traité de non-prolifération de 1968 (dont Pyongyang a eu l’honnêteté de se retirer).

 

Contrairement à ce que laisse croire une certaine propagande médiatique en Occident, ce programme nucléaire n’est pas par essence offensif. Il a été lancé en 1992 quand George  Bush Sr a laissé sans réponse la demande des autorités nord-coréennes d’un engagement des Etats-Unis à ne  pas remettre en cause l’existence même de la République démocratique populaire de Corée. Et, après une phase de relative ouverture et de négociations sous les mandats de Bill Clinton, Kim Jong-il a été encouragé à le reprendre par le bellicisme échevelé des puissances occidentales au cours des deux dernières décennies. Les Nord-coréens eux-mêmes n’ont cessé de répéter que le spectacle affligeant de la puissance américaine se ruant à l’assaut de l’Irak de Saddam Hussein et de la Libye de Kadhafi, qui avaient loyalement renoncé à leurs armes de destruction massive, pour liquider physiquement leurs dirigeants et y faire régner le chaos, a servi de démonstration du fait qu’aucun régime ne peut plus suivre une politique de non alignement s’il ne se dote d’une force de dissuasion nucléaire crédible. C’est aussi le raisonnement que suivent les mollahs en Iran.

 

Il semble que ce discours d’auto-défense suscite une réelle adhésion parmi le peuple Nord-Coréen, par delà la terreur que la dictature fait régner ou la stérilisation de l’esprit critique, parce que la Corée du Nord – comme les Occidentaux tendent à l’oublier, mais le criminel oublie facilement son crime –  a été littéralement martyrisée par l’armée états-unienne et ses alliés au début des années 1950, qui y ont commis les pires crimes de guerre contre les civils, faisant périr un cinquième de sa population, tandis que le général Mc Arthur menaçait (déjà) d’y faire exploser la bombe atomique. Au massacre que Picasso a immortalisé dans un de ses tableaux s’est ajoutée l’humiliation des missiles nucléaires de Washington stationnés en Corée du Sud et pointés sur Pyongyang jusqu’à la présidence de Jimmy Carter. Les peuples que nous oppressons ont la mémoire longue.

 

Incontestablement  le potentiel nucléaire nord-coréen a connu un accroissement spectaculaire au cours des trois dernières années, depuis que Pyongyang s’est procuré par la contrebande des moteurs d’anciens missiles intercontinentaux soviétiques qui permettent aux Coréens d’atteindre l’île américaine de Guam. L’ironie de l’Histoire veut que le nouveau régime ukrainien anti-russe issu du coup d’Etat de Euromaidan ait contribué à ce saut qualitatif de l’armement nord-coréen… De l’inconvénient de laisser les régimes mafieux prospérer…

 

Pour autant les tensions que provoquent les essais nord-coréens reposent principalement sur de la rhétorique. Il semble en effet que dans cette affaire tout le monde soit prisonnier d’une logique de surenchère verbale. Le régime du jeune Kim Jong-un a besoin de donner l’impression qu’il peut menacer les Etats-Unis, pour flatter l’orgueil national de son peuple. Le président américain Donald Trump, à son niveau aussi, est obligé de vociférer allant jusqu’à menacer comme il l’a fait le 8 août, de déclencher « le feu et la furie comme le monde ne l’a jamais connu » Sa campagne électorale avait été un tissu de contradictions qui, au nom du pragmatisme, proposait tout à la fois la réduction de la présence militaire américaine outre-mer, l’alliance ponctuelle avec les Russes contre le djihadisme, et la fermeté contre l’Iran, Cuba et la Corée du Nord. Sous la pression du lobby militaro-industriel de plus en plus présent dans la garde rapprochée de Donald Trump, et des accusations de collusion avec la Russie que lui adressent la clique des démocrates clintoniens (les grands médias, Soros…) très mollement combattue par l’Establishment républicain, Trump doit montrer sa capacité à ne pas laisser les tests nucléaires nord-coréens sans réponse.

 

Or la réalité des menaces est largement surévaluée. Contrairement à ce que laisse penser une certaine propagande chauvine et paranoïaque aux Etats-Unis, s’il semble que les missiles nord-coréens puissent atteindre l’Alaska voire, plus hypothétiquement, être montés sur des sous-marins comme le font les pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (ce qui serait le seul moyen de les rendre opérationnels pour une première frappe sans destruction immédiate du pays), la preuve de la capacité de la Corée du Nord de miniaturiser des ogives nucléaires pour les monter sur les missiles n’est toujours pas apportée. Autrement dit, on en reste à une menace très virtuelle.

 

Les Etats-Unis ont été les premiers dans les années 1990, à abandonner l’engagement à ne pas employer en premier l’arme nucléaire contre un autre pays (la doctrine du « no first use »), ce qui rend quelque peu risible l’accusation de « folie » qu’ils adressent à Kim Jong-un quand il tient le même discours qu’eux. La vérité factuelle est cependant que la Chine n’accepterait jamais qu’un conflit nucléaire éclate à sa frontière, et cela aussi bien Kim Jong-un que Trump le savent, ce qui rend encore plus théâtrale l’inflation verbale de l’été, que Vladimir Poutine a qualifié à juste titre d’hystérique. A cet égard, on peut regretter que le président français Emmanuel Macron ait ajouté un grain de sel stupide à la surenchère en laissant entendre que l’Europe était menacée… Jusqu’à nouvel ordre la France métropolitaine est , comme l’ont fait remarquer les Nord-Coréens, assez éloignée de l’Alaska, et elle a à son actif (si l’on peut dire) une présence nucléaire dans le Pacifique que Pyongyang est encore loin d’avoir égalée dans l’Atlantique Nord ! Le président français se ridiculise sur ce dossier comme il l’a fait juste avant sur celui de la renégociation de la directive européenne sur les travailleurs détachés, alors pourtant que la Chine semblait compter sur Paris pour apaiser un peu les tensions.

 

Par delà les excès langagiers, la crise de l’été a entraîné deux effets importants dans les rapports de forces. Le premier est le lâchage complet de Pyongyang par Pékin puisque la Chine a accepté de voter avec les Etats-Unis des sanctions au Conseil de sécurité (on peut se demander quel avantage elle escompte en échange de ce revirement). La seconde est le contenu même de ces sanctions qui va frapper à un degré difficile à évaluer le peuple nord-coréen. Déjà au printemps dernier Washington avait imposé à l’ONU le gel des exportations nord-coréennes de minerais, pourtant vitales pour les réserves en devises de ce pays, puis début août l’ONU avait systématisé ces mesures et interdit l’exportation des produits de la pêche nord coréenne. Le texte voté à l’unanimité par le conseil de sécurité le 12 septembre dernier interdit notamment les exportations de textile de la Corée du Nord, réduit les approvisionnements en pétrole et prévoit un embargo sur les livraisons de gaz. On voit mal comment en mettant les travailleurs nord-coréens de l’industrie textile sur la paille, ou en forçant les habitants et les usines à recourir au charbon (ou à geler cet hiver), l’ONU peut espérer convaincre Kim Jong-un de renoncer à ses ogives nucléaires. Elle risque plutôt de renforcer le nationalisme d’un peuple placé au ban des nations. Il est vrai que l’étranglement des populations par l’embargo est une vieille recette anglo-saxonne qui avait tué des centaines de milliers d’enfants en Irak dans les années 1990 (« Et cela en valait la peine » comme disait Madeleine Albright). En l’espèce la Corée du Nord (en tout cas sa nomenklatura) semble avoir de nombreux moyens pour contourner les sanctions : les dignitaires ont leurs propres voies d’approvisionnement en essence, les navires nord-coréens sont sous pavillons de complaisance et ne peuvent être inspectés, tandis que le textile nord-coréen est souvent exporté sous des marques chinoises. Le ralliement des Russes et des Chinois aux méthodes étatsuniennes laisse donc très perplexe.

 

Sans doute des sanctions valent-elles mieux pour la paix mondiale qu’une attaque militaire sur Pyongyang qui aurait conduit à un conflit explosif pour l’ensemble de la planète entre la Chine et les Etats-Unis. Mais le réalisme recommanderait plutôt que chacun puisse prendre acte du fait que le programme nucléaire nord-coréen défensif, comme celui de l’Inde, du Pakistan  et d’Israël, constitue désormais une exception irrémédiable au principe de non-prolifération, et que, pour l’avenir, afin que l’exemple nord-coréen ne fasse plus d’émule, les membres permanents du Conseil de sécurité s’engagent par traité à ne plus provoquer de « regime change » dans le monde, à ne plus engager eux-mêmes de frappes préventives, nucléaires ou conventionnelles et à faire respecter la pluralité multipolaire. Autrement dit un revirement à 180 degrés par rapport à la politique occidentale des 50 dernières années… On peut toujours le recommander, même si nos dirigeants sont loin d’en prendre le chemin…

 

                                                                       Frédéric Delorca

                        Auteur de « Au cœur du mouvement anti-guerre », Eds du Cygne, 2015.

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"Enlisement des euratlantistes et déclin du non-alignement : un bref tour d’horizon"

12 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications, #Colonialisme-impérialisme, #ICD

Ci-joint mon article paru dans L'Arme et la Paix, revue de l'association Initiative Citoyenneté Défense (ICD), n° 34 d'octobre 2016, en ligne ici.

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 Enlisement des euratlantistes et déclin du non-alignement : un bref tour d’horizon

 

L’équilibre géostratégique mondial en cette rentrée 2016 semble caractérisé par deux éléments contradictoires : à la fois un enlisement de l’hégémonisme euratlantiste qui en fragilise les bases, et un affaiblissement des résistances « non-alignées », notamment de l’association qu’on a appelé les BRICS…

 

L’agressivité du système occidental reste intacte même si sans doute la présidence d’Obama aura été moins belliqueuse que celle de M. Bush (encore  a-t-elle quand même débouché sur un conflit ouvert en Libye dans le sillage des « printemps arabes », une très sale guerre des drones menée à vaste échelle d’une façon tout à fait assumée par la Maison blanche et à une horrible guerre par procuration en Syrie qui aurait sans doute dégénéré en guerre ouverte si la Russie n’avait pas montré ses muscles). Au moins Obama aura-t-il eu la sagesse de normaliser avec l’Iran malgré les pressions israéliennes et avec Cuba (un apaisement intéressé et en grande partie hypocrite, mais il n’est pas sûr que son successeur fasse aussi bien).

 

La logique de guerre froide notamment a été dangereusement relancée après l’annexion de la Crimée par la Russie (annexion qui est pourtant beaucoup moins choquante pourtant que la reconnaissance du Kosovo par Washington en 2008  puisqu’à la fois elle répond au souhait des populations locales en réplique au coup d’Etat d’ « Euromaidan » de février 2014 et ne fait que rétablir un statu quo ante d’avant 1950). Les sanctions économiques contre la Russie, la construction d’un système anti-missile en Roumanie et en Pologne marquent un durcissement de la stratégie d’intimidation à l’encontre de Vladimir Poutine.

 

En Extrême-Orient on voit bien que la surenchère des adversaires de Pékin, de Hanoi à Séoul,  oblige Washington à un bras de fer absurde, alors que les prétentions de la Chine sur les îlots qui l’entourent ne menacent en rien les intérêts nationaux des Occidentaux.

 

Mais l’obstination des euro-américains à affirmer leur leadership militaire mondial est minée par les effets boomerangs de cette politique agressive.

 

Le premier effet est bien sûr le cancer de Daech que les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne ont laissé se développer en Irak et en Syrie. A Bagdad par faiblesse à l’égard du régime de Maliki, à Damas en soutenant Al Nosra/Al Qaida contre le régime légal, alors qu’une totale porosité existait entre  Al Qaida et Daech Et surtout, bien sûr, en laissant la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite armer les djihadistes (le coup d’Etat organisé contre l’émir du Qatar et l’acceptation de la liquidation des Frères musulmans en Egypte par Al-Sissi  n’est venue inverser la tendance que tardivement et de manière incomplète car  Riyad a finalement pris le relais de Doha dans le rôle du pyromane au Proche-Orient). Le cancer djihadiste au Proche-Orient et en Afrique (AQMI, Boko Haram, les Shebab), qui épuise nos ressources militaires déjà affaiblies par les coupes budgétaires néo-libérales, frappe maintenant en Europe presque tous les mois à petite ou moyenne échelle, et menace d’augmenter à mesure que les volontaires embrigadés par Daech reviendront sur notre continent dans les pays dont ils ont déjà la nationalité, ou s’y infiltreront à travers les cohortes de migrants dont on ne sait plus s’ils sont des réfugiés politiques ou pas. Et n’oublions pas que les effets collatéraux des frappes aériennes, menées avec l’aval du gouvernement local en Irak été Libye, mais sans celui du gouvernement syrien dans la province de Raqqa fabrique de nouveaux soutiens potentiels aux djihadistes chaque jour. Il y a la les effets d’une politique de gribouille dictée par un mélange d’intérêts économiques (les intérêts des classes dirigeantes à s’allier aux pétromonarchies, et à faire baisser le coût du travail par une politique migratoire laxiste comme on l’a vu en Allemagne), d’aveuglement idéologique devant la mythologie des « printemps arabes », de l’islamisme « modéré » d’Erdogan etc, sans oublier bien sûr le secret espoir de faire éclater deux pays (l'Irak et la Syrie) dont le nationalisme arabe gênait Israël, comme le mélange de panarabisme et de panafricanisme de Kadhafi gênait le néo-colonialisme en Afrique.  On ne rappellera jamais assez que tous ces égarements sont largement dûs au totalitarisme intellectuel qui conditionne nos sociétés, et à l’absence de contrepouvoirs réels. Par exemple, si après la mort de Kadhafi, nos médias avaient, comme le faisaient les Russes, dénoncé les crimes de guerre terrible commis par les milices portées au pouvoir place par MM. Sarkozy, Cameron et Mme Clinton alors secrétaire d’Etat américaine à Syrte l’ancien fief du dictateur libyen, ce fief n’aurait pas été laissé  son désespoir et à sa ruine, et ne serait pas devenu, comme aujourd’hui, un fief de Daech. Pour lutter contre l’extrémisme djihadiste il faut une culture du débat et de la recherche sincère de la vérité que nos soi-disant démocraties n’ont pas. Mais il est vrai que tout cela ne nuit pas à la carrière de nos politiciens peu scrupuleux qui se bornent ensuite à nous infliger des états d’urgences illimités.

 

Le deuxième effet boomerang est la fatigue des opinions publiques devant les politiques bellicistes. Cette fatigue a « boosté » de façon inattendue (quoique semble-t-il d'une façon assez éphémère) des personnalités politiques de gauche comme Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne, ou Bernie Sanders aux Etats-Unis. Mais elle a aussi favorisé des mouvements politiques de droite isolationnistes, en France (le Front national), en Autriche, au Royaume-Uni.  Dans le cas britannique, je crois, à la différence de Chomsky, que la sortie de l’Union européenne portée par Ukip, et suivie par une partie du Parti conservateur et de l’électorat travailliste ne faisait pas spécialement le jeu des Etats-Unis, sans quoi Obama, l’establishment washingtonien, et tout l’establishment atlantiste qui gouverne le monde ne se seraient pas si lourdement mobilisés contre le Brexit. Ne serait-ce qu’à cause de l’effet domino possible sur  les Pays-Bas, la Tchéquie, la France etc, le Brexit est dangereux pour le système économique et de défense atlantique, en plein milieu notamment de la négociation du traité de libre-échange transatlantique. D’ailleurs au dernier sommet de l’OTAN à Varsovie Londres a refusé d’augmenter sa contribution à l’effort militaire de l’OTAN. Mais il est vrai que le système n’est pas à court de ressources pour neutraliser les effets de la sécession britannique, comme ils vont maintenant l’imposer à Londres en conditionnant la poursuite des échanges trans-Manche à l’application par Londres des « quatre libertés », c'est-à-dire la prorogation de facto de la validité des règlements européens. Le Brexit ne peut vraiment déstabiliser le système que si d’autres peuples comme la France prennent très vite le relais des Britanniques.

 

Le boomerang populiste fonctionne aussi aux Etats-Unis avec l'étonnant Donald Trump. Beaucoup d’aspects de son discours peuvent déplaire – quoiqu’on puisse aussi n’y voir que des répliques provocatrices à la dictature morale du « politiquement correct » – et sa volonté de ne pas dire ce que sera sa politique étrangère a de quoi inquiéter. Mais son indépendance financière (notamment à l’égard du lobby pro-israélien), sa condamnation de la politique de Clinton et Bush en Irak, sa modération à l’égard de Poutine, sa critique de la technostructure de l’OTAN sont interprétées à juste titre par beaucoup d’Américains comme autant de signes qu’avec Donald Trump au pouvoir la « pensée unique » de l’establishment américain en matière de politique étrangère depuis 60 ans pourrait être sensiblement remise en cause, d’autant qu’il a très bien compris que la politique interventionniste à l’étranger, qui est solidaire de la politique « globalisatrice » de libre-échange, ruine les Etats-Unis. Les Nord-Coréens qui ont fait l’éloge de Trump ont bien compris son apport potentiel à la paix mondiale. Bien sûr on sait que les candidats américains peuvent difficilement tenir leurs promesses : George W Bush avant d’être élu voulait fermer de nombreuses bases américaines (très coûteuses), notamment dans les Balkans, pour mettre en œuvre un système de frappes aériennes aux quatre coins du monde au départ des Etats-Unis. Il a dû y renoncer après le 11 septembre. Et Obama n’est toujours pas arrivé à fermer le camp de Guantanamo près de huit ans près sa première élection… Il n’est pas sûr qu’un Donald Trump, qui a rencontré Henry Kissinger il y a peu, tiendrait le cap d’une politique anti-Establishment en accédant à la présidence. Mais au moins il aura donné quelques sueurs froides aux gestionnaires du système et suscité le sentiment qu’au cœur même de l’Empire américain certains dogmes peuvent être ébranlés.

 

Mais la grande chance des Occidentaux ce sont les faiblesses de leurs adversaires. La dépendance structurelle de la Russie et du Venezuela à l’égard du cours de pétrole a permis à l’Arabie saoudite d’affaiblir leur capacité d’action sur la scène internationale. Et la Chine, malgré de spectaculaires progrès dans les industries de pointe et dans l’équipement militaire (comme la Russie) est empêtrée dans les difficultés internes auxquelles sa croissance économique l’expose. Les élites des pays « non alignés » ne sont pas toujours à la hauteur de leur mission historique. Maduro n’a pas l’envergure de Chavez, et il laisse se développer la corruption, ce qui permet en réplique à l’oligarchie de lancer une contre-offensive. Dilma Rousseff a perdu beaucoup de soutien de gauche en lançant un tournant libéral dans sa politique économique, ce qui la prive de ressources politiques face au coup d’Etat judiciaire résultant de l’affaire Petrobras. Les péronistes argentins n’ont pas vu la montée en puissance des libéraux à la fin du mandat de Cristina Kirchner. Morales en Bolivie s’est aveuglé sur ses chances de réformer la constitution. L’Afrique du Sud est un système authentiquement corrompu, qui, en même temps, n’a peut-être pas suffisamment fait face au fossé qui oppose la pauvreté des classes populaires noires à la mainmise persistante des grands trusts gouvernés par les blancs sur l’économie du pays.

 

Les pays animés par un fort consensus de long terme pour le non-alignement aussi bien au niveau du peuple que des dirigeants comme Cuba (pour autant qu’on puisse en juger) ou l’Algérie, ne sont pas si nombreux. Et l’opportunisme est souvent la règle, comme on le voit avec la Biélorussie qui, après avoir souvent uni son vote au Zimbabwe et à la Corée du Nord à l’assemblée générale des Nations Unies, s’est empressée de se rapprocher des occidentaux dans l’affaire ukrainienne.

 

Heureusement il y a quand même de bonnes surprises.

 

En juin dernier les Philippines ont élu à la présidence un populiste  Rodrigo Duterte , homme  à poigne mais qui n’a pas hésité à heurter l’oligarchie locale en proposant une réforme agraire, en lançant un processus de paix avec la guérilla marxiste du Front démocratique national des Philippines, en condamnant le rôle funeste de l’Eglise catholique romaine dans la démographie galopante du pays, et surtout en dialoguant avec la Chine sur la question de la souveraineté maritime, là où on ne constate par ailleurs que des crispations.

 

Et la résistance du petit peuple yéménite face aux attaques barbares de la coalition saoudienne et de ses mercenaires dont nos médias parlent trop peu force notre respect, même si c’est sans grand effet sur l’échiquier mondial.

 

Au milieu de cette dialectique étrange entre une agressivité de l’Occident limitée par ses propres contradictions internes, et les contradictions des non alignés eux-mêmes, les opérations de gouvernements aventuriers ou de groupes corsaires, sous de vrais ou de faux drapeaux, souvent manipulés par des intérêts économiques occultes bien introduits auprès de Wall Street et du Pentagone, sont toujours susceptibles de déstabiliser la paix ici ou là.

 

En Ukraine où la guerre a fait 10 000 morts en 16 mois (loin des 300 000 de Syrie, mais tout de même...), le nouveau régime de Porochenko et son club d’oligarques, malgré ses difficultés économiques le chemin des armes en lançant une offensive sur la mer d’Azov contre les séparatistes du Donbass alors que les réformes politiques prévues par les accords de Minsk ne sont pas mises en œuvre. Cela rappelle les folies du géorgien Saakachvili (qui s’est d’ailleurs recyclé dans la classe politique ukrainienne) à la grande époque de son idylle avec George W.Bush.

 

Les dirigeants croates se répandent en propos-anti-serbes, et continuent à s’autocongratuler du bilan de l’opération Tempête (qui a éradiqué par la force en 1995, avec la complicité de Bill Clinton, en quelques jours la présence serbe de Krajina ancienne de plusieurs siècles, jetant 200 000 réfugiés sur les routes). Le 5 août dernier Kolinda Grabar-Kitarović (issue des rangs  du parti nationaliste HDZ et proche des néo-cons américains, ancienne secrétaire générale adjoint de l’OTAN qui a grandi en Amérique), a parlé à ce sujet d’une opération « éthiquement propre » ce qui évoque le pire vocabulaire oustachi des années 1940, et fait craindre de nouvelles initiatives anti-serbes du gouvernement croate déjà soupçonné d’opérer discrètement avec les médias du groupe Soros en Voïvodine serbe. 

 

Evidemment l’Union européenne ne condamne pas l’attitude de ce nouveau membre qu’elle a accepté à sa table à la suite du lobbying de ce qu’il reste des Habsbourg… Cela rappelle l’infinie complaisance de François Hollande à l’égard du révisionnisme pro-SS des Baltes (on attend toujours que la France se désolidarise du refus américain de voter la résolution que la Russie fait adopter chaque année à l’ONU pour condamner la nostalgie du nazisme). On a l’impression d’un feu vert donné à toutes les surenchères anti-russes et anti-serbes en Europe de l’Est.

 

Il en va de même pour les crispations anti-chinoises en Asie : Shinzo Abe au Japon (dont le gouvernement tient le même discours révisionniste que les Baltes sur le fascisme, notamment à propos des massacres de Nankin en Chine en 1937) veut inclure dans la constitution la possibilité d’une action de l’armée hors des frontières, la Corée du Sud se dote d’un système anti-missile High Altitude Area Defence (THAAD) qui inquiète plus Pékin que Pyongyang, à Taiwan l’indépendantiste Tsai Ing-wen évince le Kuomintang interlocuteur habituel de Pékin, et Hongkong menace de constituer un foyer sécessionniste comme au Tibet si la République populaire perd le contrôle de son gouvernement local. 

 

L’offensive azerbaïdjanaise contre l’Arménie au printemps dernier (du temps où Bakou se sentait soutenu par Erdogan), les menaces de l’Ethiopie (alliée des Etats-Unis) contre l’Erythrée, les manœuvres rwandaises au Burundi, le coup de pouce de la chaine anglaise Sky News (propriété du magnat  Rupert Murdoch, le patron de Fox News qui avait monté en 2010 une chaine de TV d’ingérence en Iran avec les fonds d’USAID)  cet été au pasteur-homme d’affaire opposant à Mugabe Evan Mawarire, ou l’alliance Museveni-Netanyahu (et toujours USAID…) au service de la sanglante dictature de Kiir au Sud-Soudan (où le bilan des morts pourrait être plus proche de celui de la Syrie que de celui de l'Ukraine) peuvent aussi être citées comme exemples d’aventurismes que les déséquilibres actuels favorisent.

 

Au milieu de tout cela la démocratie, elle, est de plus en plus bradée : en Europe et en Amérique du Nord avec l’opacité de nos gouvernements et la démagogie médiatique, en Asie avec le projet de réforme constitutionnelle au Japon ou avec la politique de fer du gouvernement sud-coréen. La presse occidentale et les intellectuels médiatiques qui étaient si pugnaces contre la junte birmane (mais sont beaucoup plus indifférents devant la politique de répression des ethnies musulmanes que mène Aung San Suu Kyi, qui est maintenant le leader de facto du pays), restent muets devant la réforme constitutionnelle proposée en Thaïlande pour y renforcer le pouvoir des militaires. Jacques Attali lui-même, qui n’est pourtant pas souvent pertinent, en 2014 s’était inquiété de voir la banalisation des putsch contre des gouvernements élus de Kiev au Caire (il aurait aussi pu citer le Honduras). Pour la paix en Asie du Sud-Est-ce n’est en tout cas pas forcément une bonne nouvelle quand on se souvient des accrochages survenus à la frontière du thaïlando-cambodgienne. Par démocratie, il faut bien sûr entendre aussi la démocratie sociale sans laquelle les gens ne peuvent pas accéder à une véritable citoyenneté. L’adoption de la loi travail en juillet dernier en France qui fragilise la place du code du travail dans la hiérarchie des normes, le vote en Inde au même moment d’une loi qui va légaliser les trois quarts du travail actuellement illégal des enfants de moins de quatorze ans, sont deux indicateurs entre mille de la tendance mondiale actuelle.

 

Voilà qui devrait inciter chacun à toujours plus d’engagement et de vigilance s’il veut léguer à ses enfants un monde moins dangereux, plus juste et plus solidaire.

 

                                                                                              Frédéric Delorca

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Diffusion de mon livre, voyage du député JF Poisson à Tripoli

13 Août 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Proche-Orient, #Actualité de mes publications, #Au coeur des mouvements anti-guerre

Diffusion de mon livre, voyage du député JF Poisson à Tripoli

Les bibliothèques commencent à commander mon livre "Au cœur des mouvements anti-guerre".

Je continue de suivre l'actualité évidemment, même si je ne prends plus trop la peine de la commenter (le public du réseau Atlas alternatif était trop restreint), et je profite de la pause estivale pour suivre l'évolution des petits partis eurocritiques français (Parti de l'Emancipation Populaire, Mouvement républicain et citoyen, Debout la France, Union populaire républicaine, Parti ouvrier indépendant etc).

Je sais bien que, vu l'esprit de chapelle qui règne dans ce pays, aucun ne me sollicitera, et ce, quels que soient mes diplômes, mes compétences, l'ampleur des textes que j'aurai produits sur le Net pendant 15 ans etc, mon avis compte pour du beurre à leurs yeux, mais je ne m'intéresse pas à l'actualité politique pour "donner des avis", juste pour comprendre, pour moi-même, ce qu'il se passe, et de quel côté se trouve la vérité et la justice. Ensuite je laisserai ça rapidement dans des livres pour les chercheurs des générations à venir (si toutefois les bibliothèques ne se sont point défait de mes livres d'ici là : je sais qu'elles ont tendance à revendre des parties de leurs fonds...

Je verrai prochainement une députée avec qui je devise environ une fois par an... Je pense que j'écouterai plus ce qu'elle me dit que de tenter d'influencer son point de vue. Je ne crois pas du tout que quelques membres isolés de la représentation nationale puissent agir efficacement, ni même qu'ils aient du temps pour réfléchir en dehors des cadres établis. Tout serait différent bien sûr si une coalition anti-européiste parvenait à constituer un groupe parlementaire à part entière.

La fonction de député aujourd'hui ne peut servir qu'à poser des questions, ou à mener quelques enquêtes avec les moyens de la République. C'est d'ailleurs un avantage dont ils ne tirent pas suffisamment profit. J'ai salué le 27 juillet le déplacement des députés "républicains" (ex-UMP) en Crimée. J'apprends aujourd'hui que le député des Yvelines "les Républicains-parti chrétien démocrate" Jean-Frédéric Poisson s'est rendu en Syrie et en Libye (cf ci-dessous).

Les partisans de feu le colonel Kadhafi lui reprochent de prendre pour un gouvernement ce qui n'est qu'un conglomérat de milices soutenu par le Qatar qui ne bénéficie, alors que seul celui de Tobrouk bénéficie d'une reconnaissance internationale, et estiment que M. Poisson "roule" pour le gouvernement français et ses alliés du Golfe arabo-persique qui veulent valoriser davantage le gouvernement de fait de Tripoli. Cela sent le procès d'intention car JF Poisson tient par ailleurs un discours sur la Syrie qui est favorable au régime de Bachar el-Assad comme protecteur des chrétiens d'Orient, et hostile aux pays du Golfe.

Il faut encourager nos députés à visiter davantage les pays en guerre et tenter de peser sur la politique étrangère. On sait quelles accusations cela leur vaut dans les états-majors des grands partis.

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Mon dernier article sur le Yémen

30 Juin 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications, #Proche-Orient

Mon dernier article sur le Yémen

Mon article pour un tout nouveau site sur le Proche-Orient :

A l’été 2014, quand Dae’ch menaçait d’envahir le Kurdistan irakien et d’attaquer Bagdad, les pétromonarchies promettaient d’envoyer des chasseurs bombardiers et de l’argent au soutien de la coalition dirigée par les Etats-Unis en vue de contenir les extrémistes. Aujourd’hui Daesh a conquis Palmyre en Syrie et remporté la bataille de Ramadi en Irak, sans qu’aucun avion occidental ou des pays du Golfe ne tente de couper leur route. En revanche l’Arabie saoudite et ses alliés se sont engagés depuis le 26 mars dans une opération de bombardement brutale au Yémen, dans le but affiché de freiner la progression du mouvement Ansarullah et de sa milice houthi (de confession chiite) qui ont pris le pouvoir dans la capitale Sanaa au début de l’année.

L’opération était censée rééquilibrer les forces entre la coalition houthi (qui est élargie aux déçus du régime issu du reversement Ali Abdallah Saleh, dont certains partisans maintenant soutiennent les houthis) au profit des partisans du dernier président déchu et des sécessionnistes sud-yéménites, et il s’agissait tout autant d’éviter de dissuader le peuple yéménite (à majorité sunnite) de soutenir le nouveau pouvoir des houthis (chi’ites) et de montrer au sud de la péninsule arabique comme au nord, que le leadership saoudien sur le monde sunnite reste intact, malgré les dissensions internes à cette monarchie vieillissante aux allures de gérontocratie.

Comme c’est fréquemment le cas, les bombardements saoudiens, loin de dissocier la population yéménite du nouveau régime houthi, ont créé un mouvement de réflexe patriotique contre l’agresseur et renforcé le pouvoir des nouveaux dirigeants de Sanaa lesquels ont pu poursuivre leur offensive et conquérir la moitié de l’ex-capitale du Yémen du Sud, Aden. La stratégie saoudienne étant dans l’impasse, le Ryad n’a pas hésité à multiplier les crimes contre les civils yéménites. Les frappes aériennes sont aujourd’hui très loin de viser les seules infrastructures militaires des houthis et de leurs alliés.

La suite est ici.

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Les Chiites ont le vent en poupe, au Yémen comme en Irak.

8 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

(Mon dernier article pour le Courrier du Maghreb et de l'Orient)

 

Les Houtistes, mouvement chiite du Yémen établi dans les régions situées au nord de la capitale, Sanaa, représentent près du tiers de la population yéménite. Dans un pays éminemment tribal où toutes les fratries disposent de leur propre armement, les Houtistes se sont dotés d’une puissante force de guérilla islamiste armée, le mouvement Ansarallah, pour la plus grande malchance du régime à dominante sunnite. Le mois dernier, ses combattants se sont emparés de Sanaa… À Ryad, on grince des dents. La suite ICI

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Egypte – Quand les militaires sifflent la fin de la récréation…

4 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Mon premier article pour "Courrier du Maghreb et de l'Orient" :

 

"Après sa première élection présidentielle démocratique, en mai 2012, qui avait porté à la tête du pays Mohamed Morsi, issu des rangs des Frères musulmans (avec une courte avance en voix il est vrai, mais sans que le scrutin ne donne lieu à une sérieuse contestation), l’Égypte a brutalement refermé cette parenthèse par une sorte de « contre-printemps arabe », le 30 juin 2013, quand quatre à trente millions de manifestants sont descendus dans les rues, à l’appel de la plateforme pluraliste Tamarod (« Rébellion ») pour exiger des élections anticipées.
morsi.jpg
La devanture politique de la Confrérie des Frères musulmans, le Parti de la Liberté et de la Justice, payait ainsi une année d’errements..."

 

La suite de cet article se trouve sur le site "Courrier du Maghreb et de l'Orient" ici qui vient d'être inauguré ce dimanche 4 mai 2014.

 


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Quinzième anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

5 Avril 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

1couv serbieIl y a quinze ans, le 23 mars 1999, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, en violation de la charte des Nations Unis (puisque aucune résolution du conseil de sécurité ne l’y autorisait) lançait une campagne de bombardements sur la République fédérale de Yougoslavie, campagne qui, selon le ministre Hubert Védrine à l’époque, ne devait durer que quelques jours, et qui en fait dura plus de deux mois.

 

 La suite sur Esprit cors@ire ici

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Soy Ucrania

24 Février 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

P1000984.JPGVous trouverez ci-dessous un nouvel article que j'ai consacré à l'actuelle crise ukrainienne sur le site Espritcors@ire :

 

L'Ukraine est-elle encore gouvernable ?

 

En Ukraine les coalitions politiques ne sont pas stables, c’est le moins que l’on puisse dire. A l’issue de la spectaculaire « révolution orange » de 2004, les partisans enthousiastes du rattachement du pays à l’Union européenne, voire à l’OTAN (on était alors au temps du bushisme triomphant), avaient dû rapidement déchanter quand le nouvel exécutif a commencé à dériver en d’interminables luttes claniques entre les partisans de Viktor Iouchtchenko et ceux de Ioulia Timochenko, une native de Dniepropetrovsk (dans l’Est du pays) de plus en plus proche de Vladimir Poutine (avec lequel elle finit même par signer un contrat gazier des plus contestables, ce qui lui valut plus tard d’être emprisonnée).


Cette semaine c’est à l’éclatement du parti qui a renversé la coalition orange pro-occidentale, le Parti des régions, que l’on a assisté sous la pression de la rue

  La suite est ici

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"L'ingérence de l'OTAN en Serbie" - Editions du Cygne décembre 2013

18 Janvier 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

1couv serbieL'ingérence de l'OTAN en Serbie
Aux origines du renouveau de l'anti-impérialisme en France

 

de Frédéric Delorca

 

En 1999, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) attaquait, en toute illégalité, sans résolution préalable des Nations Unies, la République fédérale de Yougoslavie (à l'époque composée de la Serbie et du Montenegro). Frédéric Delorca évoque ici ses voyages à Belgrade en 1999-2000, les enjeux géopolitiques des bombardements, de l'embargo, le point de vue des victimes de l'ingérence occidentale, les décalages entre ce point de vue et les débats européens du moment sur cette guerre, ainsi que les initiatives de certains militants et d'intellectuels renommés ou anonymes dans les cercles de gauche qu'il a fréquentés pour résister à l'interventionnisme dominant.

 

Peut être commandé en version électronique ou papier ici ou à Fnac.com ou chez votre libraire.

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Croisée des chemins

1 Novembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

saint jeromeImaginez messieurs (si vous êtes hétérosexuels) que vous ayez rencontré (pure hypothèse d'école naturellement) une jeune femme fascinante, mais très fragile, rescapée d'une guerre ou d'un cataclysme, dont vous seriez follement amoureux, mais qui serait si imprévisible qu'à chaque coït vous ne puissiez savoir si elle vous accueillera jusqu'au bout ou si elle vous rejettera en fondant en larmes. Vous pardonnerez le romantisme échevelé de ma comparaison, mais voilà bien à peu près quelle est ma situaton à l'égard de la politique depuis une quinzaine d'années et spécialement en ce moment.

 

Vous avez lu sans doute dans mes ouvrages le récit de ma rencontre avec Régis Debray en 2000 et tout ce qu'elle avait de prometteur pour la diffusion de mes idées (à un moment crucial où mes idées me semblaient de nature à freiner les aspects les plus pervers et les plus indument messianiques de la politique occidentale). Vous savez aussi quels espoirs j'ai placé il y a encore cinq ans à un échelon certes plus modeste - celui de l'action municipale à Brosseville - dans certaines radicalités (voir mes discussions à l'époque avec le PIR, divers petits groupes de gauche, M. Tonneau etc).

 

Aujourd'hui, je suis à nouveau à une croisée des chemins, sans savoir si le coït du moment ira à son terme ou pas. Hier soir j'ai reçu un mail sympathique de la députée dont je vous ai déjà parlé le 13 mai dernier. Et je suis dans l'attente d'une réponse sur un projet de publication d'article dans un mensuel de gauche (la réponse d'attente que j'ai obtenue hier aussi était un peu ambiguë). Evidemment tout est lié. Si le mensuel publie mon article, je gagne en crédibilité auprès de la députée qui du coup me proposera peut-être une ou deux pistes d'action utiles, et trouve la force de continuer à réfléchir sur l'avenir de notre "pauvre petit continent", de notre petite espèce sur notre petite terre etc.  Par contre si ces perspectives tombent au fond d'un tiroir, las de n'écrire que pour quelques dizaines de lecteurs sur mon blog, je vais sans doute me replier sur ma petite sphère privée, des rêveries moins "stoïciennes", et plus détachées de l'intérêt général.

 

Tout le caractère aléatoire de mes chances d'être publié et entendu tient d'une part à la circonstance que je ne fournis guère d'efforts pour plaire aux gens (je les pousse à venir sur le terrain de mes préoccupations, de mon style, en suivant mon rythme d'inspiration personnelle, plutôt que d'aller les courtiser dans leur propre sphère), et d'autre part au fait que je défends des positions très minoritaires (par exemple quand je prône une morale du devoir dans des cercles à gauche de la gauche, ou des formes de naturalisme dans des cercles très constructivistes etc, au fait que je mets en avant de multiples nuances, tout en prétendant rester tranchant et en rupture avec les doxas du moment). Chacun sait que ce n'est pas par souci de "distinction" narcissique, ni par goût précieux pour le paradoxe que je m'engage sur ces chemins subtils : il n'y a aucune gratuité dans mes oppositions et je puis démontrer à tout moment la cohérence de mes thèses.

 

Mais, diantre, j'hésite à terminer ce billet (dont le but initital était juste de vous informer de l'avancement de mes travaux) sans revenir sur ma métaphore du début. Les esprits positifs vont me dire : "Vous discréditez  votre propos en le plaçant sous le signe du romantisme, alors qu'en lisant Marcel Aymé et Julien Benda vous nous avez vous-même dit qu'il fallait le proscrire. Il n'y a point de noblesse à aimer une femme sensible. Il faut lui prescrire du Prozac ou des psychothérapies. Et l'on ne gagne rien à aimer, et surtout pas en politique."  Cette objection ne serait pas sotte. Elle me fait songer que je devrais, "toutes affaires cessantes" comme on dit dans les administrations, me consacrer urgemment à l'écriture d'un traité sur l'amour (comme eros ou comme philia, à vous de choisir) comme ressort du rapport au monde. Quelle sorte d'amour un rationaliste peut avoir qui puisse le faire agir pour le bien du monde sans verser dans l'aveuglement ? Malgré toutes mes réserves à l'égard du spinozisme (et surtout de ce qu'en font les ex-marxistes), j'ai toujours aimé cette expression de Spinoza : "Amor intellectualis dei" (qu'on peut aisément transformer en "Amor intellectualis mundi"). Le mot "amor" y est très fort, et "intellectualis" qui vient juste après semble le contredire. Mais les neurosciences nous enseignement qu'il y a quand même de l'amour et de la récompense hormonale dans toute activité cérébrale, même la plus rigoureuse : la rigueur est-elle forcément dans la limite ? Einstein se limitait-il ? Spinoza avait raison de mêler un mysticisme à son intellectualisme sans sortir pour autant des limites de la rationalité. Mais bon, j'en dis trop. Réservons ce propos pour un article plus construit...

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Ne nous plaignons pas

20 Septembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

J'écris à un éditeur bien diffusé. Je lui propose deux projets de livres : un sur le Kurdistan, un sur les Philippines. L'éditeur très gentiment me répond (c'est rare) qu'ils ont déjà leur "kurdologue" et leur spécialiste de l'archipel extrême-oriental.

 

elephantEt qui s'en étonnerait ? En France en fait de fourmis universitaires et de spécialistes, il y a pléthore de tout : le type qui a passé toute sa vie penché sur le Swaziland, celui qui peut disserter pendant des heures sur le fonctionnement d'une cocotte-minute etc. Qui a besoin d'un auteur qui veut partager sa "découverte", son regard neuf, avec plus ou moins de style, plus ou moins d'originalité intellectuelle ou d'indépendance d'esprit ? Les Editions du Cygne sont bien ce qu'il me faut, pour me permettre aujourd'hui d'écrire sur les Balkans, demain de publier sur la philosophie. Elles sont les seules. Et tant pis si elles ne sont pas connues. Que mes "fidèles" notamment les lecteurs de ce blog, fassent l'effort d'aller commander mes livres sur Fnac.com s'ils le veulent. Une chose est sûre : je ne suis pas de ces chercheurs monomaniaques que les grands éditeurs s'arrachent, donc vous ne verrez jamais mes livres sur les étals des libraires. Tout restera pour "happy few". Vous devez en prendre votre partie... ou vous réjouir de faire partie du club des initiés !

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Petite rentrée

31 Août 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

103 likages de mon dernier article sur la Syrie sur le blog de l'Atlas alternatif, grâce à l'activisme d'une amie - ah ! si tous mes lecteurs étaient aussi dévoués qu'elle ! Une interview - sur mes travaux de sociologue - par la radio télévision suisse lundi.

 

A part ça, c'est le désert des Tartares, une très petite rentrée. La plupart de mes contacts se sont volatilisés pendant l'été. Je vais devoir battre le rappel auprès de certains, comme le Monde Diplo (ce qui ne me plait pas, j'ai l'impression de quémander). Un pote me propose une intervention à Notre Dame des Landes mais pour jouer les moutons dans le repaire des loups en allant combattre la théorie du genre chez ceux qui la défendent, pas glop pas glop. Bref...

 

saint jeromeRentrée minuscule, rentrée en pointillés. De toute façon aucune envie de jouer les pédagogues. "Plutôt bouffon que grand maître" comme disait Nietzsche, et le refus des éditeurs de publier mon témoignage historique "15 ans chez les résistants", n'est, à la réflexion, pas absurde. Je gratte les fonds de tiroirs de mes projets : une livre sur tel pays, ou tel autre ? C'est tentant, ça ne l'est pas. A quoi bon ? de toute façon. Tout m'est un, comme dirait Montaigne.

 

J'ai retrouvé un mail que je n'avais pas lu de la bande à la Taddeï (la Newsring) de mars dernier m'invitant à entrer "en tant que sociologue", dans leur débat sur le thème "quelle a été la meilleure première dame ?". Où donc ont-ils trouvé des indices selon lesquels je serais compétent pour parler de ça ? Mieux vaut manquer ce genre d'invitation.

 

Je pourrais m'atteler à des tas de projets de bouquins : un sur la philo sur lequel j'ai gratté quelques pages au cours des derniers mois, un sur les femmes amoureuses (Hipparchia, Julia la fille de César, Cléopâtre, George Sand) - juste pour reprendre à rebrousse-poil la mode de notre époque, qui leur est très hostile. Mais se contenter de tenir à jour mes blogs est peut-être, à tout prendre, la meilleure et unique chose à faire.

 

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PS : j'ai mouliné dans le vide au printemps pour intéresser des journalistes au "Davos de l'armement" prévu en Béarn à la Rentrée. La gauche béarnaise d'elle-même a prévu une parade, commentée par l'inévitable Jean Ortiz, le gars qui ne sait pas qu'on dit "trublion" et non "troublion" (voir ici).

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Pourquoi je n'irai pas en Corée du Nord

17 Août 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Cet article de Ria Novosti ce soir m'a convaincu d'annuler mon projet de voyage en Corée du Nord et de livre sur ce pays (que les Editions du Cygne étaient pourtant prêtes à publier).

 

"La vie en Corée du Nord change peu à peu. Depuis l'arrivée au pouvoir du jeune dirigeant Kim Jong-un il y a deux ans, on constate en Corée du Nord plus de libertés, plus de voitures et moins de portraits. Il est encore trop tôt pour parler de "dégel", mais les changements au sein de la société sont flagrants.

Les Nord-coréens sourient désormais en voyant des étrangers, le dirigeant du pays a interdit d'utiliser ses portraits et a créé un groupe de musique pop moderne.

Vol à Pyongyang

diogenos.jpgLes vols de la compagnie nord-coréenne Air Koryo desservent Pyongyang uniquement en provenance de Pékin et de Vladivostok. Durant le vol, les mini-écrans à bord diffusent un concert : l'hymne, des marches militaires, des chansons patriotiques faisant l'éloge de la Corée du Nord et de ses dirigeants, ainsi que la musique classique. Toutefois, pendant le vol nous avons été surpris d'entendre en russe la chanson "L'espoir, ma boussole terrestre". " lire la suite ici

 

J'ai raté l'occasion pour le 60ème anniversaire de l'armistice, juste après la crise de mars, tandis que le pays était encore un peu lui-même. Tant pis.

 

De toute façon en ce moment, Hipparchia et Cratès sont la dernière aventure humaine qui puisse me faire un peu rêver...

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Un classement qui fera plaisir à mes éditeurs

19 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Copie-de-P1010708-copie-1.jpgUn classement qui fera plaisir à mes éditeurs car il fait de moi une victime reconnue du système médiatique (de nos jours il est toujours utile de porter une couronne d'épines sur la tête) : celui (que je découvre par hasard ce soir), qui me place en 10ème position du "Top 150" des intellectuels les moins invités à la télévision publique !

 

1. Jacques Abeille (1 ; 35 ; 35)
2. René Pommier (0 ; 23 ; 34,5)
3. Pierre Legendre (0 ; 21 ; 31,5)
4. Patrick Charaudeau (0 ; 20 ; 30)
5. Jean-François Mattéï (0 ; 19 ; 28,5)
6. Francis Jacques (0 ; 19 ; 28,5)
7. Matthieu Baumier (0 ; 19 ; 28,5)
8. Philippe Zarifian (0 ; 19 ; 28,5)
9. Pierre Lance (1 ; 23 ; 23)
10. Frédéric Delorca (0 ; 15 ; 22,5)
11. Daniel Béresniak (1 ; 22 ; 22)
12. Jean Salem (1 ; 21 ; 21)
13. Mehdi Belhadj Kacem (1 ; 21 ; 21)
14. Eric Werner (0 ; 14 ; 21)
15. Stéphane Ternoise (0 ; 14 ; 21)

etc.

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Loi du silence

22 Mars 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Il est clair que le fait que les éditeurs refusent mes manuscrits pour des raisons "commerciales" est lié à la loi du silence qui existe à l'encontre de mes productions sur le Net. Si l'on fait une recherche par mot clé sur le Yahoo par exemple, on se rend compte qu'à part un site "anti-conspirationniste" qui parle de moi (sur un mode diffamatoire et totalement infondé, ce qui justifierait une plainte en justice, mais j'ai d'autres chats à fouetter), seul le blog La Lettre volée évoque parfois ce que j'écris. Parmi les lecteurs de la Lettre volée, beaucoup sont des blogueurs anonymes, qui se citent beaucoup entre eux. Aucun n'a jamais pris la peine de me mentionner (prenez par exemple le cas du blog du soi-disant "Joe Liqueur" qui pourtant cite énormément de gens de cette mouvance sans dire un mot du mien).

 

La seule tentative de briser cette loi du silence l'an dernier fut le billet d'Evelyne Pieiller sur mon livre "Abkhazie" dans Le Monde Diplomatique. Mais c'est un article qui n'est pas référencé sur Google, ce qui laisse entendre que ce journal s'est arrangé pour qu'il n'ait pas de visibilité sur le Net.

 

Tout cela est d'autant plus absurde que, pour ma part j'ai créé un blog (celui de l'Atlas alternatif) qui passe son temps à citer les articles des autres (le livre lui même était conçu pour créer des dynamiques collectives inter-courants). Or au niveau de la réciprocité ce blog-là est à peine mieux servi que celui-ci, quoique cependant il soit quand même mentionné en lien par une dizaine de petits sites, et que ses billets soient souvent traduits par un site italien.

 

La loi du silence autour du présent blog m'a souvent arrangé car elle me conférait une certaine liberté et je n'ai pas cherché à la remettre en cause. Toutefois le fait qu'elle contribue aujourd'hui à bloquer mes possibilités de publication de livres est une donnée nouvelle (puisque pendant deux ans le Cygne n'en avait pas tenu compte). Je ne suis pas à même de juger de la perte que constituent pour mes contemporains ces obstacles mis à la diffusion de mes travaux, mais au moins il faut admettre que ces obstacles sont une réalité objective, dont je ne suis nullement l'inventeur.

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