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Le blog de Frédéric Delorca

Todd, Corbyn, la Syrie, Tolbiac

20 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE, #Débats chez les "résistants"

Emmanuel Todd a raison dans cette déclaration (voir ici) : l'Occident est parano et délirant, les diplomates russes sont bien plus intelligents que les nôtres, la Russie n'est pas un monstre tentaculaire, elle est dix fois moins peuplée que l'Occident, mais bien plus rationnelle, et d'ailleurs le taux de suicide et d'homicide y est en chute libre, signe de santé de sa société civile.

Et Corbyn a raison aussi quand il dit qu'on devrait bombarder l'Arabie Saoudite (que nous fournissons en armes) pour la punir d'avoir utilisé des bombes au phosphore interdites par la convention de Genève plutôt que la Syrie où la preuve de l'utilisation d'armes chimiques par le régime d'Assad n'est toujours pas apportée.

En tout cas, sur le plan du rapport de force militaire, on a noté que dans la nuit du 16 au 17 avril le régime israélien a tiré 9 missiles contre Damas et Homs, tous interceptés par la DCA syrienne. N'ayant pas osé prendre des risques et pénétrer l'espace aérien syrien, les avions de combat israéliens se sont bornés à faire feu depuis le ciel libanais, rapporte Al-Masdar News. Équipée d'armements dernier cri, l'armée de l'air israélienne vient de subir donc un nouveau revers par de vieux S 200 soviétiques désormais guidés par d'excellents radars. Sans même que la Russie n'ait eu à utiliser ses S 400. Lors du bombardement du 13 avril contre un labo de recherche pharmaceutique 71 des 100 missiles tirés par les Occidentaux avaient été interceptés (voir aussi d'intéressantes remarques sur ce bombardement ici). En outre deux n'ont pas explosé et ont été remis aux Russes par Damas pour en analyser les secrets de fabrication (et les défauts...).

Par ailleurs, information étonnante du 12 avril deux unités chinoises, les Tigres sibériens et "Nimri al-Layla" sont sur place en Syrie avec les Russes pour combattre un groupe islamiste ouïgour (Parti du Turkestan) à Idlib où ils sont protégés par les Turcs. Il est vrai que cette guérilla ouïgour a paradé à Idlib avec des tanks pris à l'armée syrienne ce qui n'est pas pour rassurer Pékin.

Alors qu'on ne sait toujours pas d'où provient le poison qui a visé l'ex agent double Serguei Skripal (la Grande-Bretagne s'enferme dans l'opacité et personnellement je vois mal quel profit Poutine pouvait tirer de cette affaire dans un climat déjà tendu, donc je ne le crois pas responsable de l'affaire), le Figaro à propos d'un colloque sur la Russie, se livre à une dénonciation des collusions "rouges-brunes", vieille antienne du débat public français depuis 30 ans (vous vous souvenez comme j'avais eu du mal à empêcher des gens de droite à écrire dans l'Atlas alternatif, donc le rouge-brunisme n'est pas ma tasse de thé, mais on sait que les médias dominants se refont une virginité morale à peu de frais tous les six mois en dénonçant les "collusions entre les extrêmes", ça fait partie du jeu médiatique comme la célébration annuelle des oeufs de Pâques et d'Halloween, complètement sans intérêt)...

Au Parlement européen Macron, mécontent de la réélection d'Orban en Hongrie appelle à la réforme de l'Europe dans une logique de "guerre civile" contre le nationalisme. Je me demande ce qui arriverait à Orban s'il se mettait à parler de "guerre civile" contre Macron et Merkel. Au niveau du langage, les fondés de pouvoir des grandes banques comme notre président ont tous les droits. Au passage celui-ci refuse l'entrée des pays balkaniques, alors que Juncker la réclamait de peur de voir ressurgir les guerres des années 1990. Là dessus je suis plutôt d'accord avec lui. On a assez de problèmes comme cela sans élargir encore l'UE. Pour le reste, le petit marquis ne me fera pas prendre les armes pour son Europe qui liquide notre service public ferroviaire. Je suis du côté des cheminots... et des étudiants. Samedi dernier au soir (14 avril), la fac de Tolbiac occupée depuis trois semaines organisait une « Fête de soutien aux cheminotEs » qui permettait de recueillir 6 000 euros pour ces derniers. Un beau geste. Hier on apprenait que 150 universitaires ont dénoncé la répression policière sur les campus. Je ne crois pas qu'on soit à la veille d'un nouveau mai 68, mais construire la convergence des luttes est utile pour entretenir la résistance des consciences et empêcher nos gouvernants de livrer complètement notre pays aux oligarques du monde.

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Les bonnes philippines dans le monde arabe

16 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les régimes populistes, #Billets divers de Delorca

Je regardais un peu les news philippines ces derniers temps. Le meurtre d'une femme de ménage originaire de ce pays retrouvée morte dans un réfrigérateur au Koweit au début de l'année a poussé le président Duterte à lancer un bras de fer avec les autorités de ce pays, interdisant l'émigration de nouvelles employées jusqu'à ce qu'il obtienne la garantie qu'elles conserveraient leur passeport et leur téléphone portable. Il a mis les pieds dans le plat en disant que la plupart de ces femmes se faisaient violer par leur employeur et a obtenu gain de cause puisque le Koweit a accepté de négocier avec lui. L'enjeu est aussi le salaire minimum. A Singapour les femmes de ménage philippines ont obtenu un salaire minimum de 550 dollars par mois.

Aujourd'hui on apprend qu'une domestique philippine près de Djizan en Arabie saoudite a été forcée à boire de l'eau de javel par sa patronne et s'est retrouvée à cause de cela aux urgences de l'hôpital. Il y a une bonne vidéo ici sur le sort pénible des femmes de ménage philippines au Maroc où elles sont pourtant sans doute un peu mieux traitées qu'en Arabie. Et pour mémoire une domestique philippine avait été sauvée par son gouvernement en 2015 après avoir posté la vidéo ci-dessous.

J'ignore si Duterte que j'ai déjà critiqué sur ce blog en février est l'homme de la situation pour faire face au défi de la protection des travailleuses émigrées de son pays (les femmes de ménage représentent une bonne part des 10 millions de Philippins expatriés), mais sa position ferme à l'égard du Koweit a été appréciée et semble bénéficier d'un vrai consensus national dans son pays à ce sujet. La question est de savoir s'il pourrait dynamiser assez le marché de l'emploi philippin pour que le pays n'exporte plus ses bonnes...

En tout cas ce président populiste reste difficile à cerner. Le 14 février il a nommé le chef de l' Iglesia ni Cristo comme envoyé spécial de son ministère des affaires étrangères. C'est une église autochtone aux relents déistes ariens (son symbole sur You Tube rappelle le compas et l'équerre de la franc-maçonnerie, et sa doctrine quoiqu'en principe entièrement axée sur la Bible nie la divinité du Christ). Elle compte plus de 2 millions d'adeptes dans le monde et étale sa richesse avec son dôme colossal construit en 2014 qui peut accueillir 55 000 personnes.

Je ne sais pas trop ce qu'il faut en conclure sur les réseaux auxquels il se rattache. La presse est très peu explicite sur ce genre de point.

Cette affaire des bonnes philippines me rappelle une anecdote qui fait le lien entre l'histoire de la protection des travailleuses émigrées et celle des réseaux religieux de Duterte. En 1997 quand j'avais abandonné toute religiosité, j'avais à Paris une femme de ménage philippine pour une heure par quinzaine. Elle avait trouvé un jour dans mes affaires une cassette vidéo sur la Bible, un truc super mal fait dont je ne sais plus pourquoi je l'avais acheté (peut-être était il offert avec une revue). Elle avait alors demandé à me l'emprunter et je la lui avais cédée sans hésiter. C'était en français, pas sûr qu'elle y ait compris quelque chose. Elle allait à la messe à Saint-Ferdinand-des-Ternes, je crois me souvenirs que beaucoup de Philippins se retrouvaient là bas (le pays est encore catholique à 80 %). La dynamique religieuse dans le prolétariat philippin est un sujet des plus intéressants sur lequel se penche notamment le sociologue Jayeel Cornelio.

Bon, voilà, ce n'était qu'une petite évocation en passant. A part ça, les types qui examinent l'actualité à la loupe (et parfois par le mauvais bout de la lorgnette) disent que, si les dates symboliques influencent les événements violents médiatisés, comme la Saint Valentin avec la tuerie de Floride ou les vendredis 13 avec l'attaque sur la Syrie, il pourrait se passer quelque chose le 1er mai, pas à cause de la fête du travail mais à cause des petits jeux bizarres auxquels se livrent divers groupes pour la fête païenne de Beltaine... On peut toujours les prendre au mot. Si quelque chose de spectaculaire se passe le 1er mai, on pourra y voir une preuve "expérimentale" de la validité de certaines de leurs hypothèses (puisque toute bonne science est censée être prédictive). Si rien ne se passe ce jour là, on pourra tous s'élever contre la bêtise des thèses gratuites de ces "complotistes".

En ce qui me concerne j'aimerais bien, à titre d'ascèse, m'interdire d'écrire dans ce blog jusqu'au 1er mai. De toute façon vu le petit nombre de gens que mes billets intéressent il ne devrait pas être difficile de tenir. Espérons qu'aucun grand événement mondial ne m'incitera a revenir au clavier d'ici là...

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Frappes sur la Syrie : maintenons la pression contre le parti de la guerre !

14 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

La coalition américaine, française et britannique a bombardé trois sites en Syrie cette nuit (qui était encore le vendredi 13 aux USA) au mépris du droit international, au risque d'aggraver les tensions avec la Russie, de renforcer les djihadistes en Syrie, et alors même que les résultats de l'enquête sur l'utilisation des armes chimiques à la Douma ne sont pas connus.

J'ose espérer que Trump, sous la pression d'une partie de son électorat et de ses soutiens qui restent anti-ingérence, n'a réalisé que des frappes théâtrales comme en avril 2017, des frappes uniquement destinées à faire illusion auprès du lobby de la grande presse et des banquiers avide de guerre et que nous apprendrons bientôt, comme l'an dernier, et que le président américain avait en fait téléphoné à son homologue russe et s'était concerté avec lui pour limiter l'impact réel des frappes.

L'opinion publique doit en tout cas maintenir sa pression sur les gouvernements occidentaux pour éviter que d'autres agressions ne soient mises en oeuvre par le parti de la guerre contre la Syrie, sur le modèle de l'Irak et de la Libye. Elle doit aussi ramener à la raison les faux opposants comme Benoît Hamon, qui n'ont pas hésité à soutenir la logique d'ingérence (tout comme par ailleurs ils soutiennent l'européisme béat). Le devoir de chacun est de contribuer à clarifier les idées de son voisin sur la question du bellicisme global, et de faire comprendre à nos gouvernants qu'ils doivent compter avec l'avis des citoyens honnêtes et pas seulement celui de la mafia du parti de la guerre.

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Retour sur la question kurde

4 Avril 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Débats chez les "résistants"

Il y avait ce soir sur la chaine de télévision parlementaire (LCP) un reportage sur les femmes combattantes kurdes puis un débat comme la télévision les aime (c'est à dire une débat où tout le monde est d'accord sur tout).

Après avoir vu cela, il me semble nécessaire de faire une mise au point sur la question kurde. J'ai moi-même dans ce blog accordé beaucoup de place à la conquête d'Afrine parce que, comme je l'ai écrit, elle illustrait la manière dont les Occidentaux abandonnent lâchement leurs supplétifs, ainsi qu'ils l'ont aussi fait à d'autres périodes de leur histoire, alors que les combattants du YPG s'étaient montrés héroïques face à Daech.

Pour autant je refuse les caricatures et je crois que tout le monde devrait garder à l'esprit le fait que la question kurde est très complexe et qu'il serait idiot de croire que tout est tout noir ou tout blanc dans cette affaire.

J'ai entendu des sottises énormes dans ce débat. Les Kurdes "peuple le plus seul de la Terre" (ah bon ? Et les Karens de Birmanie ? Et les Papous sous le joug indonésien ? Et tous ces peuples amazoniens en voie d'extinction dans les favelas brésiliennes ?). Le peuple qui "rêve d'un Kurdistan depuis la nuit des temps". Euh non, pas vraiment, comme les Basques, les Catalans et tant d'autres ils n'ont vu leur conscience nationale n'émerger qu'au XIXe siècle, avant chacun n'avait pour identité que son village, sa vallée, et notez qu'encore aujourd'hui la conscience nationale reste très imparfaite, et il y a beaucoup de Kurdes turcs qui votent pour Erdogan.

"Le PKK est une organisation de résistants comme les FFI en France pendant la seconde guerre mondiale". Le PKK a fait sauter des bombes dans des marchés et tué délibérément des civils, nos résistants ne le faisaient pas. "Le PKK ne sont pas des enfants de coeur...." C'est en effet le moins que l'on puisse dire... Et, pour aussi antipathique que soit Erdogan, il faut quand même en face oser des poser des questions sur un certain fanatisme du PKK, des questions qui ne doivent pas être taboues, comme le fanatisme de l'UCK kosovare maoïste dans les années 1990 aurait dû être posé dans les débats en son temps.

On nous dit : "Le PKK a changé, il est devenu démocratique, écologiste etc". Moi je vois des news sur le Net qui disent que le YPG affilié au PKK confisque les propriétés de chrétiens syriaques, est-ce seulement de la propagande turque ? Le reportage montré par LCP révélait qu'ils enseignent aux petits Kurdes de Syrie à écrire avec l'alphabet latin et non plus avec l'alphabet arabe. Qui peut, après cela, croire qu'ils veulent juste l' "autonomie" et pas, à terme, l'indépendance, alors qu'ils sont censés faire partie de la République ARABE de Syrie ? Ferait-on confiance à une guérilla corse qui affirmerait ne vouloir que l'autonomie de l'île, tout en dissuadant aux petites Corses de parler le français ?

Il y  a à boire et à manger dans cette cause du PKK. Autant la répression d'Erdogan est bestiale et condamnable, autant l'organisation PKK doit nous inspirer quelque méfiance. Je ne crois pas qu'il soit si formidable que le croient les médias que les femmes kurdes syriennes se shootent à la drogue de la guerre (avec tous les effets d'endoctrinement et d'aliénation affective que cela implique) et rêvent de mourir en martyre plutôt que de fonder une famille avec leur mari. Cela a été utile pour combattre Daech quand toutes les autres populations de la région baissaient la tête, mais ça ne peut pas être ce qui structure positivement un peuple. Il y a dans notre fascination pour cette image de la femme à la kalachnikov quelque chose qui interroge l'état des fantasmes occidentaux en ce moment, et encore une fois ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de l'histoire d'un peuple, et nos médias devraient aussi nous faire réfléchir à la manière dont le Rojava kurde peut se projeter dans l'avenir au delà de cette exaltation stérile du combat pour le combat.

Mais bon, on peut se demander si, de toute façon, les Kurdes de Syrie ont encore une chance de pouvoir encore décider en quelque manière que ce soit de leur avenir. Afrine (qui représentait une bonne part du Rojava en termes démographiques) est tombée et risque de subir un nettoyage ethnique. Si Trump retire ses troupes de l'Est du pays, le PKK devra accepter qu'Assad gouverne à nouveau les zones kurdes, et il est peu probable qu'il ait envie que le YPG continue à enseigner aux enfants de ne plus écrire en arabe (et si les Américains restent, les Kurdes syriens sous leur botte seront vassalisés par Washington comme ceux d'Irak). Que deviendront tous ces gens (et notamment ces femmes) qui se sont mis à vénérer l'étoile rouge ? Les renverra-t-on à leurs foyers en les persuadant de tenter de redevenir des "citoyens ordinaires" comme le fit le FLN en Algérie avec ses femmes combattantes après l'indépendance ? Ou devront-ils prendre le chemin des prisons ou de l'exil ? A moins qu'Assad ne leur accorde une sorte d'autonomie "light" comme la France le fit aux Kanaks néo-calédoniens en 1988, avec quelques avantages financiers en prime (mais les caisses de l'Etat syrien sont vides) ? Cela serait sans doute un moindre mal, mais il n'est même pas sûr que le Rojava obtienne cela, car en s'alliant aux Américains, le YPG se sera révélé peu fiable aux yeux de Damas, et il faudra du temps pour réparer le climat de méfiance que cela a engendré. Et de toute façon, que je sache, l'YPG n'est même pas allé à Sotchi pour discuter de cette hypothèse au début de l'année, ça augure mal de l'avenir.

Quelle que soit l'option politique finale pour les Kurdes de Syrie, on sent bien que de toute façon elle sera très en deçà de l'euphorie romantique née dans le climat de guerre et de sacrifice. Quant au Kurdistan turc, avec comme on le disait plus haut une population qui reste intrinsèquement divisée entre partisans d'Erdogan et communistes amis du PKK, son impasse apparaît encore plus totale.

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