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Le blog de Frédéric Delorca

16 septembre 1982

28 Juin 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse, #Ecrire pour qui pour quoi

Je regardais tantôt cette vidéo (ci-dessous) : les informations télévisées d'Antenne2 du 16 septembre 1982. Le temps où les trois chaines de TV faisaient de vrais journaux, structurés, avec des nouvelles bien hiérarchisées commençant par l'international, et finissant par des faits divers. On y faisait de vraies phrases, on cherchait parfois des formules élégantes sans peur du ridicule. On croyait encore un peu aux mots, hors du piège des images et de l'obsession corporelle.

Ca commençait avec les troupes israéliennes à Beyrouth, ça continuait avec les funérailles de Béchir Gémayel, puis la visite de Sékou Touré en France. J'ai souri devant la scène un peu surréaliste de Sékou Touré montrant aux journalistes français un reportage sur Kim Il Sung ! Triste dictateur qui se saoulait du souvenir de son "non" à De Gaulle pour faire oublier qu'il écrasait son peuple (bien sûr je ne dis pas que la dictature de Soros, de Bolloré et de WallStreet qui l'a remplacé à la fin des années 80 en Guinée comme ailleurs valait mieux). Puis les états d'âme des parlementaires socialistes et communistes devant la politique fiscale du gouvernement, tandis que PPDA (déjà lui) donnait la parole aux entrepreneurs, évidemment. On n'était pourtant pas encore à l'heure du grand ralliement de Mitterrand à l'austérité au nom de l'européisme. Un mot de l'enterrement de Grace Kelly, un autre des assurances automobiles.

J'ai gardé un souvenir très précis de tout cela. J'avais presque 12 ans. Je venais d'entrer en 5ème au collège. Je gardais en archive chaque jour la "Une" du journal local La République des Pyrénées, et je dévorais les "Que-sais-je". J'étais de plain pied dans l'actualité de ce monde. Je voulais devenir journaliste. J'appréciais les interventions de Georges Marchais à la TV que je croyais utiles à la condition de mes deux parents ouvriers (qui pourtant n'étaient pas communistes). J'étais naïf. Je croyais que parce que j'étais premier de la classe je ferais quelque chose de beau de ma vie. Je ne voyais pas combien déjà ma vanité et mon égoïsme me vouaient à n'en rien faire du tout. Le ver était dans le fruit de mon existence, et je ne le voyais pas, comme la société de l'époque ne voyait pas qu'elle préparait le chemin à la disparition de tout un tas de choses positives que l'on croyait durables (l'intelligence, la France, la SNCF, les abeilles dans les champs, le respect de l'orthographe). On ne savait pas qu'on formait une génération de zombies qui elle même allait enfanter une série de cerveaux au QI beaucoup plus faible (voyez l'article sur la baisse du QI à cause des écrans) dans un monde de plus en plus cynique et hypocrite (je repense au type sur une radio parisienne qui disait que l'autolib à Paris doit être abandonné à cause des dégradations par les utilisateurs - ô les généreux bobos incapables de prendre soin de ce qu'on leur confie !) où la vie ne compte plus pour rien (7 milliards de gens sur terre, combien ont l'eau courante ?).

C'était il y a longtemps, oui, très longtemps. Aujourd'hui je suis presque quinquagénaire. Je n'ai pratiquement rien apporté à mon époque à part trois ou quatre livres que personne n'a lus. Je ne m'en plains pas. En quoi cela aurait-il été utile que je sois un Jérôme Guedj (avec qui j'ai cohabité à Madrid en 1994) ou un Michel Onfray ? Faire des apparitions dans les médias pour occuper du temps d'antenne, participer à un théâtre de pantins, entretenir les gens dans le mensonge et l'illusion. Mieux vaut s'abstenir. J'ai juste diffusé une ou deux infos sur des blogs que les grands médias ne voulaient pas faire entendre, posé une ou deux questions. Cela me suffit bien. Personne n'en voulait davantage de toute façon. Aujourd'hui je ne me pose plus de questions sur mon rôle comme je le faisais à 30 ou 40 ans. Je réponds au coup par coup, ponctuellement, quand des choses me sont demandées, en mon for intérieur, ou par tel ou tel de mes contemporains. Si l'on me demande un coup de main ou un avis je le donne, et si je ressens que rien de moi n'est attendu je m'abstiens, voilà tout. Un ancien collègue aujourd'hui à la retraite a pris sur lui de tenter de faire passer une recension de mon livre sur le populisme dans une revue juridique. Je lui souhaite une bonne chance. A l'heure actuelle seul Labévière a pris le risque de parler de ce bouquin sur la toile. Ca n'a aucune importance à mes yeux. J'ai pondu ce livre sans arrière pensée, aussi naturellement que je respire. Et je le livre au flot de la volonté qui me dépasse, celle d'en haut.

Tournons la page de 1982, comme celle de l'égo. De toute façon la nostalgie est un piège à cons. L'histoire est utile à la réflexion, mais il faut d'abord faire face au présent, même dans les moments où l'on a l'impression qu'on n'a rien de spécial à y faire. N'en doutons pas, quelques sollicitations reviendront, et parmi elles certaines qu'on ne souhaite pas du tout affronter. Certaines seront peut être intéressantes ou agréables. Il faudra être alors être "simple comme une colombe et méfiant comme un serpent" comme le dit l'Evangile. On verra bien...

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"Auction of souls", "L'Arménie martyre" (1919)

1 Juin 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma, #Abkhazie, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Christianisme

Il est une image qu'on trouve parfois sur des profils de militants chrétiens sur des réseaux sociaux, celle ci-dessous.

Elle est en fait extraite d'un film américain "Auction of souls" (ou "Ravished Armenia"), diffusé en France sous le titre "L'Arménie martyre". Une petite recherche sur Gallica nous en dit un peu plus sur ce film.

Par exemple la Revue Comoedia du 7 décembre 1919 :

Jeudi prochain 11 décembre, à la Salle Gaveau, sera projeté au profit des orphelins de l'Arménie un film qui constitue une noble — et douloureuse — propagande.

Mme la duchesse de Rohan patronne l'œuvre et le film sur lequel on nous donne les renseignements suivants:

Ce drame a déjà été donné sous le titre d'Auction of Souls (Ames vendues aux enchères) en Amérique, et à Londres, et a produit partout une profonde impression ; le martyre de l'Arménie y est représenté de la façon la plus émouvante.

Ce film a été établi d'après les témoignages publiés par lord Bryce et M. Henry Morgenthau, et notamment d'après les souvenirs personnels d'une Jeune Arménienne, Aurora Mardiganian, qui, après avoir fait l'infernal voyage des déportations, enlevée par les Turcs et enfermée dans un harem, a réussi à s'échapper et à se rendre en Amérique. Mlle Aurora Mardiganian est d'ailleurs l'héroïne du film. ALADIN.

La même revue un peu plus tôt 30 oct 1919 regrettait que la diffusion du film ait été interdite au moins jeunes mineurs dans l'Ontario. Paris aimait depuis longtemps, dans le domaine du spectacle, se poser en antithèse des Etats-Unis "puritains".

Sans surprise on notera que la Revue royaliste l'Action française 8 décembre 1919 en p. 4 synthétisait toutes les critiques positives de la presse anglaise à propos de ce film :

"Appréciations dans la presse anglaise, sur le film "L'Arménie martyre", qui sera donné jeudi 11 décembre à huit heures et demie du soir à la salle Gaveau

Bioscope - "ce film est le plus remarquable qui ait jamais été édité en Amérique"
Evening Standard - "Toute femme anglaise devrait se faire un devoir d'assister à la représentation d'Auction of Souls".
Evening News - "La production cinématographique la plus étonnante sous tous rapports que j'aie jamais vue."
Kinematograph Weekly - "Il n'a jamais été présenté sur l'écran de ce pays un film plus puissant,plus convaincant et plus poignant. Cette production est d'une technique et d'une habileté insurpassables"
B. Blais Esq. - "Je ne puis qu'exprimer un désir : c'est que ce film soit vu par chaque homme et chaque femme du monde civilisé"

Je ne sais pas trop si dans les cours d'histoire du cinéma aujourd'hui on parle beaucoup de ce film. La même année sortait à Paris "J'accuse" d'Abel Gance célèbre pour sa scène sur les fantômes des morts de la guerre qui hantent la conscience d'un poilu,et "Une idylle aux champs" de Charlie Chaplin.

Il avait été tourné en Californie, nous apprend la fiche Wikipedia.

Je me suis un peu intéressé à cette duchesse de Rohan qui patronnait la diffusion de l' "Arménie martyre" en France. C'était une poétesse, âgée à ce moment là de 66 ans. Elle venait de recevoir peu la légion d'honneur du maréchal Foch, en mai 1919, au cours d'une cérémonie dans son hôtel particulier près des Invalides, pour y avoir soigné les blessés de guerre (elle l'avait mis à la disposition de la Croix Rouge), et, le même mois, la croix de la reconnaissance italienne "en remerciement des mois passés dans les ambulances du front en Vénétie". Son mari, le duc était député de Ploërmel en Bretagne. Elle était fille d'un marquis du Périgord. Un de ses fils périt dans la Grande guerre à hardecourt.

Comment la duchesse a-t-elle été sensibilisée à la cause arménienne ?

La duchesse connaissait l'Europe de l'Est. En octobre 1909 (source la revue "Les modes") elle avait effectué un voyage dans le Caucase, en Crimée et en Roumanie, en compagnie de une de ses cinq enfants la princesse Marie qui épousa un descendant de Murat l'acolyte de Napoléon (la petite fille de cette dernière fut l'épouse du ministre de Chirac Albin Chalandon, le monde est petit). La presse de l'époque nous apprend qu'elle y avait rendu visite à la reine de Mingrélie SA la princesse Salomé Murat (à propos de la Mingrélie je vous renvoie à mon livre sur l'Abkhazie). Elle avait écrit une partie de son voyage dans son chalet Herminissia dans la montagne de Kuibia. Le récit fut publié en 1910 chez Calmann Lévy sous le titre "Les dévoilées du Caucase". Le journal "Gil Blas" du 17 juillet 1910 ironique le décrit comme "un voyage en famille minutieusement papoté. L'auteur eût oublié quelque part son ombrelle qu'elle n'aurait pas négligé de nous en faire part". La Croix du 22 juillet 1910, plus déférente le qualifiera de "si aimable, si varié de ton, si spirituel sans prétention et si noble de pensée". On peut supposer que ses attaches mingrèles, auprès de sa belle famille les Murat avait sensibilisé la duchesse à la cause arménienne. Mais on n'en sait pas plus au vu des archives disponibles sur le Net sur ce qu'elle en pensa précisément ni le cheminement précis qui permit au public parisien de découvrir "L'Arménie martyre" à la salle Gaveau.

Le film est in extenso ci dessous.

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