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Le blog de Frédéric Delorca

Fontanes et Henri IV, Vigny et Bonaparte

30 Septembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Hier je lisais Chauteaubriand. On ne dira jamais assez combien cet auteur est un bon compagnon pour vos soirées, comme Plutarque ou Casanova. Il faut le lire par petits bouts. Un tempérament remarquable - mélange d'exaltation et de rationnalité - un regard perçant sur tout (sur les Indiens d'Amérique du Nord, sur la Révolution etc.

 

Je ne veux pas développer trop longuement tout ce qu'il y a de stimulant dans cette lecture. A titre juste anecdotique je trouve chez Chateaubriand des remarques sur celui qu'il identifie comme le dernier des classique là où lui-même se considère comme le premier des romantiques : Louis de Fontanes. Fontanes a écrit "La Forêt de Navarre" qui lui valut un franc succès en 1780 parce qu'elle poursuivait l'inspiration de "La Henriade" de Voltaire.Etonnant effet de mode d'une décennie dont Chateaubriand montre par ailleurs (voir le précédent billet de ce blog), combien elle était paumée...

 

Tout cela contribua à la place du Béarn dans l'affect de l'aristocratie éclairée du XVIIIe siècle.Un peu comme l'Heptaméron de la Marguerite des Marguerites qui trônait dans toutes les bibliothèques nobiliaires.

 

Ce matin dans ma boîte aux lettres, un autre auteur qui rendit un joli service à l'image des Pyrénées dans la culture française : Alfred de Vigny, qui se maria, m'a-t-on appris, en la chapelle des Cordeliers à Pau, devenue depuis lors l'église Saint-Jacques. Nous chantions la première moitié de son poème "Le Cor" à l'école primaire jadis.

 

Je parcours son "Servitude et grandeurs militaires". On apprend en lisant la postface que De Gaulle en écrivit la préface pour une édition de 1946, que le maréchal Juin affirma qu'avant 14 tous les officiers le lisaient, et qu'un franquiste vomit sur cette ouvrage "pacifiste", en vantant la France militaire qui, selon lui, trouvait encore sa noblesse dans la fougue des officiers en Indochine (quelle horreur !).

 

napoleon.jpgChateaubriand, Custine, Vigny sont tous, au fond, des aristocrates sceptiques, que le régime de la Restauration par sa débilité profonde a lessivés jusqu'à la moelle. J'aime le regard de Vigny sur Napoléon Ier. Quand on le voit dialoguer avec le pape Pie VII, on ne peut s'empêcher de lui trouver des airs de Nicolas Sarkozy, alternant le comique et le tragique, la fureur et l'apitoiement, quoique Vigny reconnût à l'empereur quand même un peu plus de génie que nous ne pourrions en prêter à notre ex-président; mais l'histrionisme, le mauvais goût et l'imposture se retrouvent chez les deux chefs à dose égale.

 

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ci-dessous un tableau que Vigny brosse d'une célébration officielle que Bonaparte organise en Egypte - un tableau dont le pittoresque doit parler à nos temps de mondialisation et de rencontre des cultures, mais où le côté grand guignolesque de Napoléon est bien souligné par le rire de Kléber. Je trouve que nos professeurs de lettres peinent à montrer (parce qu'ils ne le ressentent pas eux-mêmes) en quoi Vigny est séduisant, même dans les préfaces qu'ils rédigent pour ses livres. Moi je repère d'emblée, presque d'instinct, ce qui fait tout son intérêt : "Servitude et grandeur militaires" est une profonde méditation sur le cocufiage historique. Comment une époque peut vous "niquer" jusqu'à l'os, voilà le sujet de Vigny. Comme le dit le commentateur, ce n'est pas la mélancolie adolescente de Musset que Vigny exprime dans ses livres, c'est l'abandon du type loyal, le soldat, qui était prêt à servir jusqu'au sacrifice suprême, mais que son commandement mène en bateau. La mélancolie des militaires est poignante. J'en ai trouvé aussi il y a quelques années une bonne quantité dans les mémoires de mon aïeul républicain espagnol.

 

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E

marrant je disais hier à un copain qu'en terminant le premier tome des mémoires on avait envie d'aller prendre un verre au café avec l'auteur, tant il semble proche !
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F


Très juste ton commentaire. En même temps Chateaubriand décrit le vernis social dont il s'entoure en société, qui fait qu'en prenant un verre avec lui tu n'aurais pas un accès aussi proche à sa
personnalité. Avec l'écriture on a plutôt affaire à une inyimité qui chuchite à l'oreille. Important pour un matérialiste ne saisir commentt oute la progfondeur matérielle d'un être (y compris la
très dense activité cérébrale) passe dans des signe sausis ténus que des lignes écrites sur du papier. Mystère de Chateaubriand qui avait conscience d'être le premier des romantiques français
(voir, pour comprendre, le mépris dont entourait son oeuvre son ami le dernier des classiques Fontanes). On a beau dire que le romantisme était déjà né ailleurs en Allemagne, et qu'il y avait eu
Goethe (Goethe aussi est une énigme à mes yeux), il n'y aurait pas eu de romantisme en France sans la singularité de Chateaubriand (après tout il y a eu de l'expressionisme en Allemagne et très
peu en France, tant d'autres écoles qui n'ont pas franchi les frontières de leur pays respectif). Je ramasse dans les lignes de ce commentaire cinq paragraphes d'une précédente réponse à ton
commentaire que la machine crétine d'Overblog a détruits.



E

joli. on dirait que la lecture des classiques t'apporte réconfort et sagesse. ça fait envie.
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F


oui, c'est vrai. D'autant que je suis surpris par la distance qu'il y a entre les commentaires (ou les présentations) que l'on fait des livres des auteurs classiques, et ce qu'à titre personnel
chacun peut y trouver. Bon certes, des romans de Flaubert ou de George Sand peuvent tomber des mains des lecteurs de notre époque, par leurs longueurs, ou les sentiments qu'ils dépeignent trop
éloignés des nôtres, mais certaines pages de ces romans comme celles que je cite dans "Servitude et grandeur militaires", d'autobiographies (comme les Mémoires d'Outre-tombe de Chateaubriand que
tu connais bien) ou d'essais apportent des éclairages si lumineux sur l'histoire humaine (et entre autres celle de notre pays), sur notre condition commune etc, des éclairages qui nous parlent
très directement, avec beaucoup d'intelligence et de style (à tel point qu'on y sent toute la présence de l'auteur comme s'il nous chuchotait à l'oreille), qu'il est vraiment dommage que tout ce
fatras de commentaires académiques et de clichés médiatiques insipides s'interposent pour en dissuader la lecture.