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Le blog de Frédéric Delorca

Articles avec #cinema tag

"Sauve qui peut la vie" de Godard

21 Décembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Je regarde "Sauve qui peut la vie" de Godard (1979). Quand j'arrive à regarder un film de Godard, c'est que j'atteins un moment de liberté suprême. Je n'ai plus rien à apprendre, plus rien à comprendre. Je sais que je vais avoir une suite de tableaux devant moi et c'est tout. Le film parle de la campagne, de Castro, des pubis des filles, des merles qui envahissent les villes (c'est piqué dans Kundera je crois). Il n'y aura rien à en tirer, et, en même temps, on aimerait bien que la vie soit comme dans le film.

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Bizarreries historiques

5 Août 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Il y a des bizarreries historiques. Par exemple j'apprenais cet après midi que les Fleurs du Mal, déjà soutenues par Louis Barthou à la fin du XIXe siècle, finirent par bénéficier d'une sorte de loi d'amnistie votée à l'initiative ... du groupe communiste à l'assemblée nationale en 1946 dont l'exposé des motifs défendait le patriotisme littéraire et s'en prenait à la morale réactionnaire !

C'était du temps ou l'on pouvait ne pas désespérer du PCF...

Et ci dessous un film qui agaça Pékin en 1973 et qui ferait rire la Chine aujourd'hui...

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"Pattes blanches" de Grémillon

17 Juillet 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

"Pattes blanches" de Grémillon

Vu « Pattes blanches » de Grémillon, un cinéma toujours aussi surprenant sur le plan technique : des images très rapides, une narrativité nerveuse, avec des plans arrêtés qui ponctuent le récit de moments expressifs. L’histoire est belle. Dans la Bretagne profonde des années 30 ou 40, le prolétariat (une servante de bar) ramène la vieille noblesse à la vertu, au bord du précipice de la modernité bourgeoise. Le capitalisme bourgeois ce n’est pas le riche banquier. C’est le petit tenancier de l’auberge du village, et sa poule de Saint-Brieuc, celle qui passe de main en main depuis l’enfance (« j’en ai marre que les hommes me touchent et me sentent » dit-elle peu avant de mourir), de braves gens qui n’ont guère qu’un défaut : celui d’avoir placé l’envie au dessus de l’honneur (« Plutôt mourir que faillir », dit la devise de l’aristocrate). L’attachante servante moche et bossue, elle, n’a que des envies pures, parce qu’elle n’a rien à perdre, même pas l’honneur, comme elle l’explique au noble dont elle est tombée amoureuse.

Bien avant la publication en France des livres de Marcuse, Grémillon et Anouilh (le scénariste) avaient compris que l’embourgeoisement (et l’avilissement moral qui va avec) passait par la femme et l’amour. Il fait système au détriment des personnages et les broie. L’humour n’est pas absent, notamment sous la forme d’un clin d’oeil rapide quand, au moment du mariage de l’aubergiste, quelqu’un propose de chanter le Temps des Cerises mais personne ne le connaît (l’espoir du dépassement par le socialisme est résolument absent). Le chamanisme non plus en la personne de la vieille sorcière qui cueille des « simples ». Sa disparition comme par enchantement investit le récit d’une connotation surnaturelle. On peut croire qu’elle et son fils, le « corniaud » demi-frère du comte, orchestrent la malédiction, dans la pure veine de la vengeance privée, façon Antigone (une justice dont le comte était adepte depuis le Moyen-Age). L’ange rédempteur est la petite boniche, celle qui ne « faillit » pas.

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"Une brève histoire d'amour"

22 Avril 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

J'ai bien aimé "Une brève histoire d'amour" de Kieslowski, un film très délicat et très juste de 1988 qui avait les saveurs de cette Europe orientale à l'époque très différente de la nôtre. Une approche intéressante du pouvoir positif et bienveillant du regard, très éloignée du très anglo-saxon "Fenêtre sur cour" fondé sur la culpabilité. L'héroïne s'appelle "Magda" diminutif de Magdalena, ça lui va bien. Le voyeur Thomas... Une commentatrice du DVD note que le nom du héros Thomas évoque en anglais "Peeping Tom"... Il manque juste une pièce au puzzle de son propos : Thomas, c'est celui dans l’Évangile qui a besoin de voir... Je n'avais jamais songé au rapport entre la légende de Peeping Tom et Saint Thomas, pourtant évident... Thomas face à Madeleine. Personne ne pousse l'analyse jusque là. Pourtant un esprit mystique comme Kieslowski y a forcément pensé. Et même s'il n'y a pas pensé, quelque chose en lui y a pensé, comme à la thématique du lait, à celle des mains etc qui sont mobilisées dans le film.

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JLG

29 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

 

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Rogopag

27 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

La lecture des mémoires d'Alexandra Stewart m'a convaincu de regarder Rogopag de Rosselini, Godard, Pasolini, Gregoretti (1963), qui réunit quatre films autour du thème de la fin du monde. L'histoire de Godard dans laquelle Stewart joue a un côté "Le Mépris" adapté à un contexte de catastrophe atomique. Le thème de la "mécanicité qui s'empare des rapports humaines" était banal à l'époque. L'histoire de Pasolini, "La Ricotta", avec Orson Welles dans le rôle du réalisateur, valut bêtement au film la censure en Italie et à Pasolini 4 ans de prison avec sursis. Je ne jouerai pas les cuistres qui détaillent tous les sens possibles de ce film sur le film, où Pasolini se montre sous les traits de Welles tournant quelque chose qui ressemble à son Evangile selon Saint Mathieu, je ne verserai pas dans la tarte à la crême de "l'allégorie" de la création. Tout est donné dans le film. Pasolini au début a trouvé utile de rappeler qu'il livre là la meilleure lecture possible de l'Evangile de son point de vue, et il a sans doute raison. Il y a comme dans tous ses films la métaphysique de la présence qui se donne dans chaque image, la critique sociale de l'inculture et du conformisme de la bourgeoisie (toujours tellement d'actualité), le focus sur ce prolétaire-consommateur transformé en estomac à deux pattes qui, comme Charlot, court par monts et par vaux pour tromper sa misère. L'Evangile est écrite pour lui, et pourtant il meurt sans même avoir dit sa réplique, sans promesse de rédemption, ni par le cinéma, ni par les Ecritures, du moins tant que la création "tournera" pour la bourgeoisie. Heureusement le cinéaste n'est pas dupe, comme il le montre dans sa dernière phrase, son épitaphe. L'estomac-sur-pattes est ce que nous sommes, ou risquons à tout moment de devenir. Amusant, attendrissant, désespérant. Une vraie fin du monde.

 

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"Bienvenue en Sibérie" de Ralf Huettner

29 Novembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Moi qui ai un peu voyagé en Russie et qui ai ma petite opinion sur la culture bobo contemporaine, il me faut dire un mot du film "Bienvenue en Sibérie" que je regardais hier.

 

Le thème résumé par le Figaro "En pleine crise de la quarantaine, l'Allemand Matthias Bleuel est envoyé en mission au fin fond de la Sibérie par son entreprise de vente par correspondance, dont il doit superviser la filiale locale. Après une série de ratés et un choc des cultures programmé, Matthias commence peu à peu à s'attacher à sa nouvelle vie de l'autre côté de l'Oural. Une comédie réjouissante !".

 

Il se peut effectivement que le film n'ait pas d'autre prétention que celle-là : être une comédie divertissante. Beaucoup de films n'aspirent pas à davantage de nos jours. La plupart même. On voit de jolis paysages. On rit des caricatures des Allemands et des Russes (mais les Russes savent être si proches de leur caricatures bien souvent...). Au fond le film réalise le tout rêve probable de tout cadre moyen allemand : tout quitter de notre médiocrité occidentale pour s'amouracher d'une fille de chamane chor (une minorité de Khakassie). N'est-ce point aussi vers cela que faisait signe le livre à grand succès de Sylvain Tesson il y a trois ans ?

 

Dans ce besoin de grands espaces, de folie, et même de surnaturel se joue l'épuisement d'une rationnalité occidentale qui en conciliant à merveille sur le papier liberté et sécurité individuelles ne peut plus qu'enfermer tout le monde dans la névrose. Ainsi l'Occident secrète son poison, puis projette sur les écrans les antidotes sous forme d'autres poisons (puisque le cinéma n'est même plus cathartique). La boucle est ainsi bouclée.

 

Le livre fait aussi voir combien le surnaturel entre dans cette économie de l'exotisme, et travaille la conscience trop rationnelle. Au fond c'est un seul et même "appel" qui se manifeste sous l'Occident, comme c'était le cas sous l'Empire romain à l'époque d'Apulée (voir l'enthousiasme de cet auteur pour les décors égyptiens sur les navires).

 

 

 

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Zoumourroud

12 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Un mien ami, amoureux d'une femme mariée, s'est fait brutalement plaquer l'an dernier. Persévérant, au bout de six mois, il a obtenu que celle-ci surmonte diverses craintes et revienne vers lui, en lui laissant entrevoir qu'elle avait encore des sentiments pour lui. Mais elle n'y est parvenue que par SMS et a toujours trouvé au dessus de ses forces d'organiser un rendez-vous réel... Cela a duré encore six mois. J'ai revu le garçon hier. Il persévère et donne un sens métaphysique à son attente. Il semble qu'il n'ait pas le choix. Je ne sais pas pourquoi, il m'a fait penser à Nur Ed-Dine dans les Mille et une nuits de Pasolini qui court à travers la ville (23 ème minute du film ci dessous) cherchant son aimée Zoumourroud (Emeraude, en arabe, symbole de «l’amour réussi», de la fidélité et de la sincérité dit-on)...

 

Conformément à la fin du conte d'Ali Shar, dont le film de Pasolini déforme une grande partie, Nur-Ed-Dine la retrouvera sous les habits d'une reine. Les contes disent des vérités...

 

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"Par delà les nuages" d'Antonioni-Wenders, Kobane, Nobel

10 Octobre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Revu cet après-midi. Le film est moins mauvais que le souvenir que j'en avais gardé. Sophie Marceau, Fanny Ardent, Irène Jacob et quelques autres s'y succèdent. Guess one day some people will ask themselves how antbody could have liked such kind of actresses. Quelqu'un l'a posté sur You Tube en version italienne, mais la moitié est en français. Ca parle beaucoup de couchers de soleil, de gens qui ne savent pas prendre le temps. C'est un film de vieillesse. Por supuesto.

 

Bon d'accord je ferais mieux de parler de cette ville kurde assiégée Kobane. Graeber, que je n'ai pas revu depuis 10 ans, a écrit un beau texte dessus semble-t-il, même si je n'ai pas encore eu le temps de le lire (j'aime le titre en tout cas, un clin d'oeil à Orwell). OK - je ne suis pas "dans le coup". Je ne publie pas dans le Guardian et je n'ai pas l'énergie de lire Graeber. J'ai à peine entrevu la grandeur des Kurdes, grâce à une rencontre de l'été dernier, peut-être juste avant que les cinglés d'EI ne les submergent (apparemment nos chers bombardiers ne les arrêtent pas sur ce chemin là, et la volonté d'ingérence d'Erdogan est encore pire - il aura peut-être son boomerang celui-là).

 

Et sur Modiano un petit mot ? Jamais lu, j'avoue. Dans les années 80 on le citait toujours comme exemple du type qui sait écrire mais qui parle très mal à la TV (un argument à l'époque contre la "vidéosphère"). Je suis surpris de voir que tous ses livres sont sur le même sujet. Ca ne donne pas très envie de s'y intéresser. Le Nobel impressionne de moins en moins. Le Clezio l'a bien reçu. Celui de la paix attribué à Yousafzai confirme ma remarque de 2013 au sujet de cette militante et de la compatibilité entre communisme et dorures des salons occidentaux. That's life

 

 

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Irène Jacob, Véronique, Esther, la Suisse, les jumeaux, le flot

30 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Je déconseille à mes lecteurs de prendre ce blog "trop à la lettre" (et d'ailleurs de prendre aussi sa propre vie trop à la lettre). Bien sûr quand j'essaie de synthétiser ma réflexion sur l'ingérence occidentale, ou quand je fais une mini-fiche sur socialisme et nationalisme en 1914 comme cela m'est arrivé, il y a là des éléments cognitifs que tout un chacun peut "utiliser" à des fins pragmatiques sans prendre en compte la subjectivité de l'auteur du blog, ni la sienne propre en tant que lecteur. Mais j'ai de la culture, au moins depuis ma lecture de Montaigne et de Derrida (pour ne citer que quelques jalons), une vision non utilitaire, qui admet de "laisser couler le fleuve" sans comprendre nécessairement tout de son courant, de son flux, et laisser simplement les choses entrer en résonance. Prenez donc ce blog comme il vient, n'y cherchez rien d'utilitaire, même si certaines choses peuvent vous y être utiles un jour (l'utilitarisme est davantage du côté du blog de l'Atlas alternatif, qui, pourtant, bizarrement, a chaque jour deux fois moins de lecteurs que celui-ci...).

 

Quand je vivais à Madrid, en 1994, j'y ai vu deux fois je crois "Rouge" avec Irène Jacob. Les films de Kieslowski faisaient partie de l'arrière-plan de l'époque, comme les romans de Kundera (j'ai vu qu'il vient d'en pondre un autre, qui traîne dans les halls de gares entre les mémoires d'Adriana Karembeu et les conseils pour les entretiens d'embauche). Cela faisait partie de l'ouverture à "l'autre Europe" dont parlait Rupnik.

 

Je n'ai rien retenu de ce film pourtant, sauf la présence de l'actrice, et celle de Trintignant (ach ! "Deauville sans Trintignant..."). Jacob m'a tellement remué que je me suis dit que je devais écrire un roman dont l'héroïne ce serait elle. Mais un roman sur quoi ? J'ai traîné à la Fnac de Callao (qui, à l'époque, venait d'ouvrir, la France en était fière), et j'ai vu, en format de poche pour lycéen, "Esther" de Racine. Il n'en fallut pas plus pour me convaincre de transformer le livre d'Esther (dans la Bible) en roman. L'année précédente j'avais écrit un mix de l'Odyssée et de l'Eneide dont j'avais fait un roman un peu bizarre, et j'avais même songé à faire de même avec des contes scandinaves. Là encore il n'y avait rien d'utilitariste dans cette démarche. C'étaient de purs essais imaginaires. J'ai écrit trois pages sur Esther, juste le temps d'imaginer un peu le personnage, l'ambiance de l'empire perse (où se déroule l'action) etc, puis j'ai laissé cette tentative au fond du disque dur de mon "notebook". Il n'y avait rien de profond dans tout cela. Je n'avais que 24 ans. Les choses se mettaient juste en place, comme ça.

 

C'était il y a 20 ans. Peut-être jour pour jour, qui sait...

 

Et puis, récemment, j'ai voulu revoir "La double vie de Véronique", du même cinéaste, avec la même actrice. "Revoir" parce que je l'ai sans doute déjà vu, et pourtant comme de 'Rouge", il ne m'en est rien resté. Le film parle beaucoup de gémellité, un thème qui me poursuit ces deniers temps, et pourtant je n'y avais même pas prêté attention en achetant le DVD. Il "en parle"... C'est un euphémisme. Il en parle en fait d'une façon sublime, et j'ai repensé aux écrits de Lévi-Strauss sur les jumeaux dans la mythologie, ou au fait qu'Helen Fisher s'est lancée dans la psychologie évolutionniste parce qu'elle avait une soeur jumelle. Je n'ai pourtant jamais été particulièrement attiré par le thème du "double". J'ai au contraire toujours trouvé étrange qu'on puisse s'y intéresser. Ha ha ! on vous a peut-être à tous dit un jour que vous aviez un sosie quelque part. Moi en tout cas on me l'a dit, mais cela m'a si peu intéressé que je ne sais même plus qui me l'a dit (un type qui en tout cas était persuadé de m'avoir vu ailleurs, mais bon, après tout il y a bien un clodo qui m'a dit avoir cru voir Dieu en me croisant en mai dernier...). Pour moi le double ou le jumeau est impensable. C'est peut-être un de mes défauts.

 

Accessoirement le film montre la gare Saint-Lazare de 1990, comme Depardon a montré celle de 1996. Cette gare n'est pas n'importe quelle gare parisienne, croyez moi. Elle est chargée de présence. Voyez ce que Breton en dit dans Nadja.

 

C'est curieux mais ce matin, j'ai regardé une interview d'Irène Jacob. Nul n'aime voir vieillir les actrices de sa jeunesse. A ce propos Sophie Marceau m'inquiète. Irène Jacob n'est plus la Véronique de 1991, mais elle n'a pas encore les joues creusées de Sophie Marceau. En l'entendant parler, j'ai eu un sentiment étrange qui ne m'était jamais venu auparavant : elle n'est pas française. En 2011, j'étais souvent interviewé par des journalistes suisses d'un journal genevois, et j'ai même enregistré une séquence de 20 minutes pour la RTS (radio télévision suisse) - en fait l'interview avait duré une heure au jardin des Tuileries. Pour une raison obscure, j'intéragis beaucoup avec la périphérie de l'espace francophone (Belgique, Suisse, Québec). La journaliste elle aussi était une Véronique, Véronique Marty, et en entendant Irène Jacob, je retrouvais non seulement des intonations, mais aussi des expressions du visage, de Véronique Marty. Après vérification sur Wikipedia j'apprends qu'en effet Irène Jacob a grandi à Genève.

 

Est-ce que cela a de l'importance qu'elle soit suisse alors que cela ne se ressent pas dans le film "La double vie de Véronique" ? Je n'en sais rien. D'ailleurs peu importe que cela ait de l'importance sur un plan utilitaire ou pas (encore que, si je me souviens bien, "Rouge" se passe en Suisse, et on ne fait pas le même film à Paris qu'à Genève). Est-ce que cela a de l'importance que le seul commentaire élogieux (trop élogieux) au cours des trois derniers mois sur ce blog provienne d'une citoyenne suisse ? Je ne sais pas. En tout cas, il est étrange que "l'helvéticité" d'Irène Jacob me saute au visage aujourd'hui.

 

A 24 ans, je m'intéressais surtout beaucoup à la culture juive (ce qui en un sens a préparé m'a rencontre avec la juive serbe d'origine hongroise dont je parle dans "Eloge de la liberté"... tiens hier il y avait une magistrate hongroise à notre table tout l'après midi). C'était en partie lié à mon séjour en début d'année 1994 à Troyes, qui est un foyer important (mais oublié) du judaïsme médiéval en France. Et curieusement, comme j'étais aussi superficiel dans mon approche de la Bible que dans celle de l' "helvéticité" d'Irène Jacob (ou de Jean-Jacques Rousseau), je n'ai absolument RIEN compris au livre d'Esther à ce moment-là. Le type qui m'a ouvert les yeux au printemps dernier sur Esther, c'est un prof français qui enseigne à Cracovie (la ville où se passe une partie de la "Double vie de Véronique") quand il a pondu un article sur le lien Ishtar-Esther-Marie-Madeleine-Etoile du Berger. Son article recèle l'idée que le Livre d'Esther porte en fait la trace d'éléments très difficiles à exhumer de la vieille mythologie astrologique chaldéenne.

 

Lire le livre d'Esther à l'aune de cette mythologie est en partie une erreur puisque le judaïsme s'est construit sur son déni, mais savoir qu'elle y est présente enrichit déjà cette lecture. Ce point de départ a éveillé ma curiosité, d'autant que le prof de Cracovie disait que le mot "juif" apparaît pour la première fois dans la Bible dans ce texte, qui est donc fondateur de l'identité juive, sur fond de menace de génocide (puisque c'est de cela que parle le livre). J'ai relu le Livre d'Esther et j'y ai saisi ce que ni le prof de Cracovie, ni le jeune écervelé de 24 ans que j'ai été n'y avaient compris : ce livre est sur le pouvoir magique que le divin peut donner, miraculeusement, à la parole. La reine Esther risque sa vie sur une seule parole, et Dieu, au milieu de la terreur, lui donne les mots qui, devant le Roi des rois, vont "sauver sa peau" et celle de tout son peuple.

 

Bon, dans la foulée j'ai commandé le DVD de "Par delà les nuages" d'Antonioni. Toujours vers 1992-94, mes camarades ex-khâgneux faisaient l'éloge d'Antonioni. Mais, il était déjà vieillissant, et, dans ce film où il met en scène Sophie Marceau et Irène Jacob, le seul point positif que j'y avais trouvé (mais qui m'avait paru un peu lassant à la longue, et même vulgaire), c'est qu'il dénudait beaucoup ses actrices (enfin bon, il a dénudé Marceau plus que Jacob si je me souviens bien, ce qui est en un sens "logique"...). Au fait n'entrons nous pas dans la saison où Ishtar se dénude ? Allez savoir pourquoi, je m'étais persuadé que ce film était de Oliveira. Il est peut-être temps que je le regarde à nouveau avec un regard "mûr"... Fin de cette causette du dernier jour de "mon" mois, celui de septembre... Au boulot !

 

 

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Pane, amore, e...

18 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

On se méfie souvent de la Provence et des Provençaux et l'on a bien raison... Cette terre recèle toutes les formes de fascisme des plus délicates aux plus massives.

 

Je préfère la Provence des Italiens, le Mezzogiorno, surtout telle que la filme Dino Risi dans "Pain, Amour, Ainsi soit-il" en 1955, à Sorrente. La version française a la très bonne idée de doubler avec l'accent marseillais toutes les répliques.

 

On y retrouve ce plaisir de la narration légère que j'évoque souvent à propos des contes de la Renaissance. C'est de l'humour fluide, sans effort, qui coule de source, affectueux pour ses personnages (l'affection a disparu des comédies françaises contemporaines, au profit de l'affectation...). C'est l'humanité dans sa simplicité, pas vraiment à son avantage, mais jamais condamnable. Sophia Lauren, qui va fêter ses 80 ans dans deux jours (comme Brigitte Bardot le fera dans dix jours et ma mère l'a fait il y a un mois) porte un charme populaire sans artifice (que l'accent du Sud en français ne gâte pas). Onfray trouverait sans doute cela "dionysiaque". Discrètement dionysiaque, comme la villa des Mystères à Pompéï.

 

Du dionysisme rural amoral mais sans projet subversif... Vu de notre XXIe siècle hypocrite, cynique, et obsédé par le profit (y compris le profit sexuel, sans l'innocente poésie enfantine des amourettes d'antan), cela ressemblerait presque à un petit Eden perdu...

 

 

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The tide is high

12 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Cécile Duflot l'a dit assez intelligemment à l'émission de Laurent Ruquier il y a huit où quinze jours lorsqu'elle y présentait son livre anti-Hollande : la politique c'est une dynamique, disait-elle en substance, ça ne s'arrête jamais, ça penche dans, un sens, dans l'autre. On se place à un endroit, ça bouge dans un sens, on se place à un autre, ça bouge dans l'autre, ce n'est jamais stabilisé (une image que synthétise bien ce petit passage du Muppets show...)

 

 

Voyez l'Ukraine. Il y a eu la Révolution orange très pro-occidentale, un basculement "centriste" (pas si pro-russe que ça) avec Youkanovitch, puis l'Euromaïdan fascisant, la belle réaction du Donbass (même s'ils ont leurs fachos aussi), et puis aujourd'hui ce journaliste du Guardian qui écrit en substance "you ain't see nothing yet", parce que les néo-nazis qui ont été vaincus dans le Donbass veulent faire payer l'ardoise à Porochenko, et que cela selon lui pourrait conduire au coup d'Etat (le second) à Kiev... Là non plus ça ne s'arrête jamais. Une fois que la boite de Pandore du néo-nazisme est ouverte on ne sait pas où cela va.

 

En Irak, on a ouvert la boite de Pandore d'Al Qaida en dégommant Saddam, on se retrouve avec EEIL. Hollande joue les gros bras, se vante d'avoir dégommé le chef des Shebab (un peu trop bruyamment, on dirait qu'il veut des attentats sur son sol) et semble content de se pavaner à Bagdad au soutien d'Obama, mais comme dit Villepin dans Le Monde aujourd'hui "on a l'air malins avec notre quinzaine de foyers djihadistes aux quatre coins du monde musulman" (c'est en substance son message, je crois) et on se demande bien quelle nouvelle catastrophe nous prépare la spirale de l'ingérence (au fait, vous y croyez vous à l'ouverture d'une ambassade de l'Azawad aux Pays Bas ? Les Maliens en ont l'air convaincus...).

 

Chacun vit cela aussi dans sa vie personnelle évidemment. Je peux vous citer des tas de gens qui ont été enthousiasmés de me rencontrer au premier semestre et qui, aujourd'hui, m'accablent de leur mépris (ça c'est un mécanisme psychologique assez connu surtout chez la gent féminine surtout quand on publie des livres : "oh, vous publiez des livres, vous êtes écrivains comme c'est intéressant, ça fait plaisir de parler avec quelqu'un de subtil !", l'égo de la personne est flatté de dialoguer avec vous, se gonfle, se gonfle, et ça finit par "ha ha, quel écrivain de pacotille et humainement sans intérêt j'ai croisé sur mon chemin !", le processus est plus ou moins rapide mais fréquent, et très banal). Cette inconstance humaine rend notre espèce intéressante, mais aussi très fatigante à la longue, et finalement assez minable, de mon point de vue.

 

Heureusement le citoyen, peut suivre la politique nationale et internationale comme un téléfilm en se disant que les épisodes suivants ne seront pas nécessairement aussi noirs que le prédisent les Cassandre, et suivre aussi sa propre vie comme un  film en se distrayant dans la lecture d'un livre, le zapping sur les réseaux sociaux, n'importe quel hobby.

 

En parlant de film, je regarde "Au hasard Balthazar" de Bresson en écrivant ce billet. Pourquoi diable en minute 21'45 y a t il une voiture immatriculée dans mon coin de France paumé, le Béarn ? La voiture est immatriculée MQ, celle de mes parents pendant mon enfance était JQ, un peu plus ancienne donc. Tourner avec un baudet des Pyrénées, était-ce raisonnable ? Oui, le film se passe entre Béarn et Pays Basque. La convocation en minute 35"46 est à la brigade de police de Mauléon.

 

 

A part cela, je dois l'admettre, l'esthétique du film ne me convainc pas trop, même si l'idée de mettre en scène un animal "biblique" comme dit Bresson n'est pas mauvaise, de même d'ailleurs que l'idée de produire des énoncés sur un ton monocorde. Marrant comme la curauté fascinait les années 60, époque où on n'a jamais autant commenté Sade. Cela dit à la minute 1H09 il y a une bonne scène où le langage de la douceur se retourne en langage de la méchanceté, cela rejoint bien l'idée de "dynamique qui ne s'arrête jamais". "La vie n'est qu'un champ de foire, un marché où la parole n'est même pas nécessaire" dit le paysan dans le film.

 

En parlant de foire, voyez la phrase de Michel Onfray à propos de l'ex-maîtresse de François Hollande, "quelqu'un qui se venge, qui est jaloux, qui est méchant dont on connaît le trajet de Rastignac. Ce n'est pas une oie blanche, on sait que la libido lui a beaucoup servi dans son trajet". C'est quand même plus réaliste que le brûlot de cette Mme Bourcier de Lille 3 non ? Chaque affaire de moeurs de nos politiques, tous les ans, est prétexte à polémique théatrale entre féministes, amoureux de l'amour, rigoristes, que sais-je encore. Une fois ce sont les excès de M. Strauss-Kahn, une autre les rancoeurs d'une ex-concubine du président...

 

Pour finir une petite interview de Bresson :

 

 

 

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"L'Age d'Or" de Bunuel

4 Septembre 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Avant de me plonger sérieusement dans l'oeuvre de Robert Bresson, je jette un oeil à "L'Age d'Or" de Bunuel, dont il est précisé dans la vidéo juste en dessous (autour de la 10 ème minute) quel sort lui fut réservé à Paris. Le film ne présente plus guère qu'un intérêt historique (pour les similitudes avec des films ultérieurs de Bunuel, voire avec des films plus lointains comme les Carabiniers de Godard - sur au moins trois ou quatre points), mais après tout puisque je vous avais proposé une interview de Soupault il y a un an, nous pouvions poursuivre avec un nouveau souvenir du surréalisme.

 

Lorsque j'aurai remisé les relations internationales dans mes tiroirs (c'est-à-dire lorsque j'aurai terminé ma contribution au livre sur la guerre du Donbass), le surréalisme gardera sans doute toute sa place dans mes exercices de focalisation intérieure.

 

Certes il ne fut qu'un divertissement juvénil de bourgeois parisiens. Mais il assume une parternité dans tout ce qui fut libertaire ultérieurement (par exemple dans la Nouvelle Vague des années 60). Les esprits libres ont donc une dette à son égard. Cela est difficile à comprendre aujourd'hui où le libertarisme est devenu un produit marketing de pacotille, un motto de gens branchés, dépourvu de toute profondeur. Moi qui ai connu les villages français des années 1970, qui suis même le produit de ces choses là, étranges, qu'on appelle les mondes ruraux du dernier tiers du XXe siècle, bien que modéré dans mon libertarisme (en apparence du moins...) je sais quel étroit et puissant canal de transmission ce courant de pensée fut pour nous, et la somme de bêtises qu'il nous aida à surpasser, même si aujourd'hui la bêtise, quoiqu'aussi redoutable, est désormais tout autre.

 

 
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Les Contes de Canterbury

20 Août 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Je prépare un bref voyage à Canterbury, dans le Kent. Cette ville est célèbre au moins pour deux choses : Saint Thomas Beckett assassiné dans sa belle cathédrale (ce qui fit de celle-ci la destination d'un important pélerinage) et les Contes de Canterbury par Chaucer (qui se présentent comme des contes de pélerins sur le chemin de la cathédrale).

 

Sur Saint-Thomas-Beckett, il y aurait beaucoup à dire - beaucoup plus que la fiche Wikipédia qui ne permet pas du tout de comprendre pourquoi cette homme a été canonisé puisqu'elle se termine même en disant qu'il fait partie des Anglais les plus détestés dans son pays (sic). Il fait partie des hommes que des auteurs comme Chateaubriand et Custine ont sans doute adorés. Homme de pouvoir et de fastes en tant que chancelier du roi d'Angleterre, il épouse la cause de l'église et de l'ascèse dès qu'il devient archevêque de Canterbury et s'oppose au pouvoir séculier. Il fait partie lui aussi des perdants de l'histoire, mais son destin fait s'interroger sur ce qu'aurait été l'Europe si, au lieu de prendre le chemin qu'elle a pris (celui d'être un espace d'Etats laïcisés), était devenue un empire ecclésiastique. Peut-être aurait-elle présenté certains traits qui surprennent Custine dans l'Espagne des années 1820 : le côté "règne des clochards" par exemple. Nous aurions été sans doute un continent de "renonçants". Peut-être plus "tibétain" en un sens (malgré le phénomène des moines paillards, qui aurait peut-être été moindre).

 

pasoliniEn ce qui concerne les Contes de Chaucer, j'ai commencé à voir ce que Pasolini a voulu en faire. On est frappé par la prééminence que le cinéaste accorde dans ce film aux culs : il n'y a pas d'autres mots, je crois qu'on manquerait sa visée si l'on parlait de popotins, de postérieurs ou de fesses. Plus que dans tout autre film, c'est un langage des culs qu'il essaie de mettre en musique si l'on peut dire, dans sa dimension aussi bien génitale que scatologique. Par exemple quand le marchand Janvier est attiré par sa promise Mai, ce n'est pas par son visage qu'il est séduit, mais par son arrière-train qui se présente spontanément dénudé à lui. Le procédé est aussi repris quand les étudiants rencontrent la femme et la fille du meunier. Ninetto Davoli dans un supplément du DVD explique que Pasolini a voulu restituer la truculence de l'anglais médiéval, quelque chose qui pourrait faire penser au français de Rabelais. Mais c'est une mystification. Quand on lit Chaucer, évidemment il y a de la scatologie (dans le Conte de l'Huissier par exemple). Mais il n'y a pas la même omniprésence des fessiers. D'abord parce que les contes sont entrelardés de beaucoup de considérations philosophiques et de références aux auteurs classiques que Pasoloni a sabrées. Et puis parce que les processus de séduction y sont bien plus convenus que chez Pasolini (même si les prises de possession sexuelles sont tout aussi rapides) : dans le Conte du Marchand, Janvier tombe bien amoureux du visage de Mai, et non de son postérieur.

 

Quand on regarde les Mille et une nuit, on devine un projet politique chez Pasolini de définir l'amour sous un jour plus "primaire", et plus enfantin en un sens que tout ce que la tradition littéraire en a fait : l'amour n'est rien d'autre que le cri d'Ali Shar recherchant sa Zumurrud par monts et par vaux. De même on peut se demander s'il n'y a pas dans les Contes de Canterbury un projet politique chez lui de remplacer les visages par des fesses, et de faire en sorte que l'essence des rapports sociaux passe par là. Projet carnavalesque d'inversion des valeurs diraient certains. Sauf qu'il ne s'agit pas de remplacer la tête par le ventre (qui pour le coup serait la version la plus orthodoxe de l'inversion). Il faut poser les fesses en "tiers parti" ou "tierce instance" entre les deux, et les porter au pouvoir. Intéressante économie du corps qui s'accompagne d'une façon de le filmer très différente des conventions de la pornographie moderne, et au fond plus compatible avec la possibilité de sauver du récit, donc de sauver du projet politique, sans asservir celui-ci à la fascination médusée du gros plan sur le corps.

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Les 3 premières minutes d' "Uccellacci e Uccelini"

21 Juillet 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Il y a le sacré chez Pasolini. Et il y a le grotesque. Parce que le sacré ne va pas sans le grotesque, le grotesque est l'envers du sacré sans lequel le sacré n'est pas possible.

lune.jpgDans Uccellacci et Uccelini ( "Des oiseaux grands et petits" 1966 - merci à Jeff, commentateur de ce blog, d'avoir attiré mon attention sur ce film) on pressent qu'il y aura une référence au sacré - Saint François d'Assise parlant aux oiseaux - et au grotesque (je ne dis pas le profane) : Les Oiseaux d'Aristophane.

Le film commence très fort. Une distribution des acteurs chantée sur une musique gaie d'Ennio Morricone, qui rappelle les truculences des conteurs médiévaux napolitains dans le Décaméron. Et puis cette phrase extraite d'une interview de Mao Zedong par Edgar Snow (spécialiste du communisme en Chine)  "Dove va l'umanità ? boh !"

Générique sur fond de Lune qui ne peut que parler à mon expérience des derniers mois. Et cette première phrase de l'homme au chapeau "Con la Luna non si prende". Ensuite l'homme part sur une grande explication à son fils de la découverte de Pytheas de Marseille.

 

Intrigués ?

 

Bon on en reparlera...

 

 

 

 

 

 
 
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