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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Fidel à Brosseville

10 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien, #La gauche

Ce jour était un grand jour pour Brosseville puisque son maire accueillait, grâce aux bons offices du Sandiniste, le nouvel ambassadeur de Cuba à 14 h.

Notre troïka avait fait en sorte que la visite soit "informelle" pour ne pas affoler les socialistes de la majorité et pour ne pas attirer le député du coin. Nous voulions développer une dynamique

Le Sandiniste avait prévenu Cinderella : "Ne sois pas en retard, sinon la fois suivante on te séquestre". Langage rude, un peu trop peut-être, surtout qu'il l'a répété quatre fois. Mais on sait que Cinderella quand elle rentre manger chez son mari a tendance à traîner. Elle a déjà fait attendre un ministre pendant trois quarts d'heure. Moi, après avoir écrit le discours du secrétaire de la section communiste (un discours qu'il a beaucoup apprécié) j'avais composé des éléments de langage pour elle. Je lui avais expliqué : "On fait ça aux Affaires étrangères" ; je le lui ai répété quand elle a laissé entendre qu'on la prenait pour une marionnette. Difficile de travailler avec Cinderella sans la prendre pour une marionnette. Du coup grosse panique de sa part en fin de matinée quand je lui expliquais ce qu'était l'ALBA :" Ou la la, je ne sais rien ! c'est mon mari qui devrait recevoir l'ambassadeur, il saurait mieux" (j'ai appris une heure plus tard que son mari était à la section PC de Brosseville. Finalement elle a réussi à lâcher ses parapheurs pour aller déjeuner : "Je ne vais pas venir cet apres midi je vais me promener" a-t-elle encore lâché pour inquiéterle Sandiniste. "Si tu ne viens pas tu ne seras plus maire. On s'installera dans ton bureau et tu ne pourras plus jamais y entrer" a rétorqué le sandiniste en riant.

Entre midi et deux heures, on n'a pas cessé de s'inquiéter d'autant que le Sandiniste avait un pneu crevé, et risquait d'être mobilisé par l'intervention du garagiste sur sa voiture au moment même de la venue du diplomate.

Le dircab non plus n'en menait pas large : "Elle va parler de salsa pendant l'entretien, il va falloir la recadrer" -.

L'ambassadeur cubain est arrivé à 2 heure moins 5, avec son premier secrétaire. Un grand bonhomme l'ambassadeur. Nous avons été pris de court. Cinderella évidemment n'était pas rentrée. Nous avons installée l'ambassadeur dans son bureau. Mais le stress retomba vite : Cinderella parut à 14 h 05, pas très en retard finalement, avec l'adjointe à la coopération décentralisée, Malika, une élue radicale de gauche. Cinderella s'était remaquillée. Elle souriait beaucoup. Nous redoutions qu'elle parle de salsa, je ne sais par quel miracle, la conversation évita cette danse... pour parler du reggaeton... Oui, Cinderella parla du reggaeton, pendant 5 minutes, 10 minutes, uen demi heure. Ca ne me paraissait guère de bon augure car le reggaeton est une invention des exilés de Miami, assez étrangère à la culture de l'île. Mais l'ambassadeur était bonne pâte : "Je suppose que comme moi vous avez des enfants qui s'intéressent à cette danse. Personnellement je ne l'aime pas mais c'est vrai qu'à Cuba il est difficile d'y échapper. Je ne sais pas comment ils ont fait : pendant une demi-heure ils n'auront parlé que de danse d'expression corporelle. Cinderella avait pourtant ma fiche sous les yeux, avec tous les objectifs politiques de notre réunion, mais elle n'arrivait pas à recadrer la conversation, comme si on lui demandait de se faire violence.

C'est finalement le dircab et moi même qui avons dû nous efforcer de parler des politiques de coopération cubaines avec le Tiers-Monde, et de dire en quoi elles pouvaient intéresser notre ville. L'ambassadeur parla des millions de gens qui on retrouvé la vue dans le monde grâce aux médecins cubains, des paysans d'Haïti descendus de leur montagne en masse pour se faire soigner dans hôpital haïtiano-cubain, alors que les médias de droite faisaient courir le bruit que les chirurgiens cubains étaient des bouchers (les médecins privés accusent les Cubains de "casser le marché de la santé" - "comme si la santé était une marché, a dit l'ambassadeur"). Il nous dit un mot aussi du Qatar où il venait de servir et où l'ambassadeur voulait nommer l'hôpital cubain "Fidel Castro", ce que Castro refuse car il trouve ça de mauvaise augure tant qu'il est vivant. Le Sandiniste a dû rater cette anecdote car il s'est absenté une bonne demi heure pour parler au garagiste au pied de l'immeuble de la mairie.

Malika pendant cet échange eut des phrases un peu curieuses, comme "la démocratie de toute façon ça n'existe pas nulle part". Etrange pour une élue du centre gauche qui dit ça devant un ambassadeur cubain. Pour ne pas laisser Cinderella  complètement en dehors de la conversation, à un moment, je donnai un coup de stylo sur le dernier paragraphe sur la coopération avec l'Algérie (où nous voudrions lancer un jumelage). Cinderella crispée, se fixa sur un détail du paragraphe, voulut compter s'il y avait bien six hopitaux prévus et vérifier qu'ils étaient dans ma liste, de sorte que la dimension générale du propos, c'est nous qui dûmes à nouveau la prendre en charge. Cinderella se rattrappa un peu ensuite en faisant visiter  la zone industielle et sa ville en minibus. L'ambassadeur avait l'air ravi mais choisissait ses sujets en fonction de ce qu'il avait identifié comme ses thèmes de prédilection : les fleurs, les écoles, les crèches. Moi je parlais avec son secrétaire de Correspondances internationales dont il faisait partie.

A la section du PCF où l'on prit un pot de l'amitié, le secrétaire de section, qui a des airs de vieux barde gaulois, lut le discours que je lui avais fait, visiblement ému et content. L'ambassadeur, consciencieux, qui savait déjà avant d'arriver à Brosseville qu'elle était une commune à la population très jeune, a dû s'étonner de voir qu'il n'y avait dans ce local qu'une vingtaine de personnes, toutes de plus de 40 ans, sauf le dircab et moi. Il y avait notamment un vieux résistant dans l'assistance, comme il y en a toujours dans ce genre de réunion. Pour tous les gens qui étaient là, on sortait un peu des sordides histoires locales, notamment de cette affaire du maire communiste d'une ville voisine, fils et petit fils de grand militant, qui passe avec armes et bagages dans le camp écolo - "signe de la décomposition du parti" comme dit le Sandiniste, on ne put s'empêcher d'en causer un peu malgré tout.

L'ambassadeur expliqua encore une ou deux choses sur l'embargo, leur projet de monnaie commune avec les pays de l'ALBA, les incohérences entre l'Elysée et le Quai d'Orsay sur la politique de coopération décentralisée avec Cuba. Cinderella fit un discours rapide sur la coopération culturelle et ses bons rapports avec le PC.

Pendant le cocktail, coupe de champagne à la main, je discutai beaucoup avec Malika (qui est au chômage en ce moment), avec un conseiller municipal berbère marocain (qui a été conseiller dans une ville communiste il y a quelques années), et avec notre chef du protocole qui est kabyle (et qui a voyagé à Cuba en 1999). Un moyen d'évoquer les contradictions que traversent les familles autour de la question de la laïcité, du respect intergénérationnel, des relations entre Kabyles et Arabes (pourquoi les kabyles et les arabes se détestent ? parce que les arabes c'est des perses, c'est ça ?), entre Marocains et Algériens, toutes ces problématiques qui structurent profondément le vécu des gens. Et aussi le rapport au passé : "Sarkozy est moins français que moi disait l'élu marocain, car son grand père n'est pas mort pour la France comme le mien".

C'est étrange. Cette image de l'ambassadeur cubain dans le petit local de la section du PCF de Brosseville aurait pu cristalliser beaucoup d'énergie et d'idées. Mais le soir même, Cinderella allait présider un bureau municipal dans lequel elle allait se faire publiquement humilier par son directeur général sur une sordide histoire de projet de bulletin d'information. Incapable de faire face, elle allait reporter l'engueulade sur le dircab, le stress allait gagner à nouveau le Sandiniste. L'énergie accumulée avec la venue de l'ambassadeur était déjà volatilisée.

 

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La religion unanimiste des puissants

9 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Il n'y a pas d'un côté un monde réel avec des pauvres gens qui souffrent et qui seraient tous en puissance de bons pacifistes, et de bonnes personnes attachées à la solidarité, au service public, et à l'intérêt général, et, de l'autre, une bulle politico-médiatique néo-libérale qui veut la guerre de tous contre tous, les inégalités, le choc des civilisations.

Il y a, c'est vrai, d'un côté une religion officielle néo-libérale, avec ses grandes messes (autour de la guerre de Yougoslavie, de la mort de Michael Jackson, de celle de Claude Lévi-Strauss, ou des commémorations de la chute du mur de Berlin) avec ses grands prêtres (Bernard-Henry Lévy, Claire Chazal, Elie Wiezel, Vlaclav Havel etc). Mais cette religion n'est pas une bulle. Elle compte des tas d'adeptes ardents hypnotisés par la TV ou les grands journaux, arrogants, agressifs, prêts à fliquer les dissidents. Et cette masse (peut-être 20 % de la population - dans les pays du Nord, mais aussi du Sud), bien qu'hallucinée, est une composante à part entière de la réalité de ce monde, une force politique, pas simplement une superstructure.

Et puis, face à ces 20 %, il y en a peut-être 10 ou 20 % qui sont prêts à heurter de front les dogmes les plus sacrés de la religion politico-médiatique. 10 ou 20 % de gens comme Sahra Wagenknecht, Allemande de l'Est qui ne renie pas le passé de son pays et se sent prête à se battre pour le socialisme, comme Chavez prêt à donner sa vie pour combattre le néo-libéralisme, comme ces femmes voilées qui refusent de montrer leur visage à la Sainte Laïcité, comme ces Palestiniens qui ne rendent pas les armes.

Entre les deux il y a 60 à 70 % qui n'ont pas vraiment d'opinion fixe sur quoi que ce soit. Qu'on peut pousser à voter "non" au traité constitutionnel européen une année sans que ça les empêche de voter Sarkozy l'année suivante, qui se méfient des mass médias, tout en les adorant, qui sont prêts à toutes sortes de petits arrangements, dans un sens ou dans l'autre, dans le sens du voile, dans celui de la laïcité, dans le sens du néo-libéralisme, dans celui du socialisme, suivant le jour, suivant l'humeur, suivant l'évolution de la fiche de paye, suivant la dose de courage ou de lâcheté accumulée (et de ce point de vue là n'importe qui est susceptible de faire partie des 60 à 70 % un jour).

Ce qui exaspère les 20 % de tenants de la religion dominante, ce sont les 10 ou 20 % d'opposants motivés. Il est insupportable à leurs yeux qu'il y ait encore dans ce monde des réalités comme le gouvernement cubain, comme le Hezbollah, comme la gauche révolutionnaire basque etc (on pourrait multiplier les exemples d'organisations ou d'actes individuels anti-systémiques, dont tous ne sont pas également vertueux ni recommandables, mais qui ont en commun de heurter de plein fouet les dogmes libéraux). L'existence de ces opposants n'est pas seulement susceptible de faire basculer les 60 à 70 % d'esprits flottants dans une direction opposée aux intérêts des gouvernants. Elle est surtout, par elle-même, la preuve que le dogme n'est pas intangible. Puisqu'il y a des esprits humains qui peuvent les contredire de front, leur solidité laisse à désirer. Et donc il faut toujours plus, dans le camp des croyants, s'autoconvaincre par le matraquage (qui n'est pas seulement matraquage des opposants, mais d'abord auto-matraquage). Il faut toujours réinviter sur les plateaux TV Finkielkraut, BHL, Rupnik, Adler, toujours plus publier des livres dans leur sillage, toujours plus répéter sans cesse les mêmes inepties. Et bien sûr plus on ressace, plus on éveille des vocations à l'opposition dans le camp d'en face (en ce moment beaucoup de mes amis sont très remontés contre le matraquage sur le Mur de Berlin).

On peut se demander pourquoi tant de dogmatisme chez les 20 % du camp dominant, pourquoi tant de religiosité, et pourquoi ce besoin d'unanimisme sans lequel la "fête" officielle paraîtrait terriblement gâchée. Pourquoi, alors qu'il n'y a plus de parole divine révélée dont il faudrait être le témoin ? N'est-ce pas justement, paradoxalement, parce qu'il n'y a plus de Dieu dans ce camp dominant ? Puisqu'aucun Dieu ne vient valider le discours, il faudrait de l'unanimité humaine pour compenser. Cette nouvelle forme de religiosité politique, et la véritable hystérie unanimiste qu'elle provoque, mériterait une analyse anthropologique sérieuse. Je crois qu'il n'y a pas eu de précédent dans l'histoire.
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Frédéric Delorca au salon du Premier roman à Draveil

9 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Frédéric Delorca sera au salon du Premier roman à Draveil avec "La Révolution des Montagnes" (Editions du Cygne)

samedi 14 novembre 2009
Heure : 14 h à 18 h

Théâtre Donald Cardwell
1   allée de Villiers 
91210  DRAVEIL
Tel: 01 69 40 95 00
Fax: 01 69 03 10 67

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Un témoignage sur les dissidents en Pologne

8 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

 

Je recevais récemment le témoignage suivant d’un militant de gauche polonais :

 

"On peut réfléchir sur le cas de X (un dissident polonais célèbre) qui dirige la cellule du Parti communiste à la section parisienne de l'Académie polonaise des sciences dans les années 1960, en charge donc de surveiller les intellectuels et scientifiques polonais en séjour à Paris, et qui, par le biais de ses contacts avec l'EHESS (créée par des financements US pour contrer l'influence "communiste" du CNRS et où officie jusqu'au début des années 1960 Negroponte chargé du ...recrutement du personnel), passe petit à petit vers l'anticommunisme, officialisé en 1968, ...ce qui va lui assurer de meilleurs revenus. Toucher des honoraires en devises pour des bouquins ou interviews qu'on donne à l'ouest grâce à ses relations, fait de chaque Polonais dans ce cas un quasi millionnaire avec le change parallèle ...et si en plus on a l'auréole du martyr tout en s'achetant maisons, bagnoles, etc !!!

La question est pourquoi les pouvoirs polonais acceptent cela et ne le licencient pas de ses postes universitaires en Pologne, ou ne le marginalisent pas au moins, ce que l'URSS ou la RDA vont pratiquer plus longtemps.


Je ne suis pas un adepte de l'histoire policière pour expliquer les processus historique, mais je ne peux nier qu'ils ont été accompagnés par des agents qui ont pu appuyer ces processus sociaux.


Et cela donne sans doute en partie raison à Staline (pas sur les méthodes certes, mais sur l'analyse des phénomènes et l'omniprésence d'ennemis là où ils pouvaient se manifester). Il connaissait bien aussi, et pour cause, l'immense servilité des intellectuels. Et comme "patron" recruteur, les USA avaient plus de moyens que l'URSS, et ont donc pu mieux jouer sur la servilité de ceux qui, étant connus "mondialement" (grâce à qui ???), ne pouvaient pas subir de vraies répressions, à la différence des petits opposants.

 

Il faut savoir que, dans le cas de Solidarnosc par exemple, il y a quand même des flots de dollars qui ont afflué. Il était plus rentable économiquement pour un Polonais de se voir publier entre 1982 et 1989 par les éditions clandestines qui assuraient des droits d'auteur que par les éditions officielles. J'ai été témoins de ces conversations avec des universitaires de Cracovie à l'hôtel cinq étoiles Cracovia en 1983 ...et ces universitaires étaient admiratifs devant les "capacités d'organisation de ces clandestins qui organisent des maisons d'édition professionnelles et qui payent mieux que les éditions d'Etat" ...naïveté ??? l'argent tombait-il du ciel ou simplement des ventes. Ils semblaient le croire !!!!

 

J'ai une amie de Poznan médecin émigrée en France qui m'a dit qu'elle a décidé d'émigrer, dégoûtée, quand elle est arrivée à Varsovie au milieu des années 1980, dans le cadre de ses activités clandestines à Poznan et qu'elle a débarqué dans un milieu dissident d'une richesse incomparable, avec celui des classes moyennes polonaises. Elle a compris alors qu'elle s'était faite avoir en trimant la nuit à sortir des tracts au nez de la police, et qu'il y avait beaucoup d'argent à Varsovie chez ses chefs, que les grands pontes de la dissidence se le partageaient ...sous les regards de la police d'Etat qui en récupérait aussi une partie à l'occasion de certaines fouilles, mais sans tuer la poule aux oeufs d'or, la source occidentale : CISL-AFL/CIO-NED-CIA."

 

 

 

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Les ex-dissidents d'Europe de l'Est et le Tiers-monde

8 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Quelqu'un me demandait ce matin pourquoi les ex-dissidents du bloc de l'Est, alliés aux "réformistes" gorbatchéviens sont tous devenus les pires laquais du néo-conservatisme américain au point de se faire les zélateurs de la guerre en Irak. N'est-ce point le signe, me demandait-il, qu'ils étaien déjà objectivement dès 1970-75, les alliés objectifs du capitalisme états-unien (même si beaucoup se croyaient de gauche) ? 

Pour ma part je ne suis pas convaincu que tous les dissidents aient basculé dans le camp pro-Occidental ou anti-communiste. Un type comme Alexandre Zinoviev par exemple n'a pas basculé dans ce camp (même si son itinéraire n'est pas forcément très glorieux). Piotr Ikonowicz que je cite dans mon livre sur la Transnistrie a ussi gardé une position intègre.
 
Mais il y a un phénomène de génération qui fait que ce qui s'énonçait dans les années 70 dans les formes du libertarisme, se formule trente ans plus tard dans les mots du néo-libéralisme. A ce phénomène s'ajoute un mécanisme de vieillissement et d'embourgeoisement des individus qui, à force de fréquenter les salons littéraires occidentaux, se laissent contaminer par leurs idées. Seule une minorité peut rester, passée la cinquantaine, éthiquement pure et ostracisée par le reste des élites.
 
Je ne pense pas qu'on puisse en déduire a posteriori que ces mouvements étaient déjà capitalistes ou néo-libéraux dans l'âme. Parce qu'alors raisonner de la sorte (avec une anachronisme rétrospectif) reviendrait à condamner comme potentiellement capitaliste toute critique libertaire du socialisme autoritaire depuis Bakounine jusqu'au Black block d'aujourd'hui.

Et puis il y a une particularité de l'Europe de l'Est. Des processus culturels très complexes y sont à l'oeuvre. Rien n'est binaire. Il y a d'abord leur extrême fascination pour l'Europe de l'Ouest et leur frustration d'en avoir été coupés. C'est un mécanisme psychologique puissant qu'on trouve même chez les poutiniens et les partisans de Milosevic.
 
En outre il existe un racisme profond à l'égard du Tiers monde (des Chinois, des Noirs, des Arabes) qui les fait facilement basculer dans le camp des "valeurs occidentales", y compris du sionisme en tant qu'il se pense comme avant-garde de ces valeurs (et ce malgré e vieux fond antisémite qui travaille ces pays). En 2000 l'opposition serbe faisait campagne sur le thème "nous sommes plus proches de Badgad que de Londres "et "les Chinois nous envahissent".
 
Ce n'est pas un hasard si Balkans Infos, tout anti-américain qu'il fût, ait en grande partie basculé comme leur ami Jean Robin dans le camp sioniste (un de ses journalistes m'a reproché de m'allier "aux pires ennemis des serbes" parce que, après avoir combattu l'agression de l'OTAN contre la RF de Yougoslavie, je suis resté solidaire du Tiers monde), non que Balkans Infos soit à proprement parler "raciste" à l'égard des peuples du Tiers-monde, mais les guerres civiles yougoslaves les ont fait évoluer dans une ambiance islamophobe qui au final les conduit à se sentir beaucoup plus proches de fervents défenseurs d'Israël que des chantres de l'esprit de Durban. Là encore même les poutiniens jouent un jeu très ambigu entre Arabes et Israéliens. Il n'est pas étonnant que ces tropismes qui affectent les parties les plus anti américaines de ces sociétés aient a fortiori fonctionné sur les "dissidents" qui fréquentaient les salons littéraires du quartier latin voire du Figaro Magazine.

Ce facteur culturel va de pair avec l'influence matérielle des réseaux (par exemple le rôle de l'EHESS comme trait d'union entre les dissidents et l'Oncle sam). Cette profonde "déconnexion" pour parler comme Samir Amin entre les ex-dissidents d'Europe de l'Est et les causes progressistes du Tiers-monde, n'est qu'une exagération d'une autre déconnexion très profonde entre les sociétés de ces pays et celles d'Asie ou d'Afrique. Si bien qu'il me semble que les nouvelles alliances entre Poutine et Chavez, ou même sur un mode plus ambigu entre Moscou et Pékin - alliances dont se réjouissent les tiers-mondistes - participent davantage de froids calculs géopolitiques au niveau des Etats que d'un réel rapprochement entre les peuples. Ce froid calcul bismarckien est toujours réversible et peut se retourner en sainte-alliance russo-occidentale contre le reste du monde, si les Etats-Unis cessaient de jouer la carte de l'encerclement de la Russie (ce qu'une partie de l'administration Obama semble prête à faire mais que la partie la plus belliciste des élites étatsuniennes s'emploiera toujours à contrecarrer).

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Lévi-Strauss, 11 novembre, mur de Berlin

6 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

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Lévi-Strauss et Bourdieu

5 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Pour répondre à JD, et parce que la Levistraussmanie répandue de l'Humanité au Figaro Magazine m'énerve à peu près autant que l'Obamamanie, et tous les phénomènes grégaires de notre époque (engouements de gens paresseux qui manifestent leur unanimisme autour de vieilles valeurs scolaires mal digérées), je dirai un mot sur Lévi-Strauss et Bourdieu (après tout, j'ai écrit sur Bourdieu et Chomsky dans le Cahier de L'Herne Chomsky alors pourquoi ne pas poursuivre dans les grandes comparaisons ?).

En effet Lévi-Strauss a influencé Bourdieu. Mais il faut voir comment Bourdieu fonctionnait. Au début des années 60, il est un jeune normalien agrégé de philo spécialisé dans l'épistémologie (formé par Bachelard). C'est un homme qui aime la polémique autant que les dissertations brillantes (comme les gens formés par son école) qui ne rechignent pas devant certains effets de manche. Il partage un mélange d'admiration et d'esprit de rivalité à l'égard des stars du monde intellectuel de son époque (notez que je n'emploie pas de vocabulaire bourdieusien pour décrire le phénomène, alors que je le pourrais). Sartre est une de ces stars qu'il admire et veut en même temps renverser (Frantz Fanon est dans un rapport voisin à l'égard de Sartre, mais avec moins de chances de notoriété dans le milieu intello parisien - Foucault aussi est dans ce rapport). Lévi-Strauss en est une autre. Bourdieu fait le choix des sciences humaines contre la philosophie, et plus précisément de l'ethnologie contre la philosophie sartrienne, et il choisit la Kabylie comme terrain d'observation, comme Germaine Tillon (notez que je cite toujours des cas "comparables" parce que les bios officielles oublien toujours les comparaisons).

Dans le cadre de son travail ethnologique, Bourdieu reprend les techniques lévistraussiennes de comparaisons des structures de parenté (qu'il développera dans sa thèse, puis dans son fameux Bal des Célibataires sur le terrain béarnais). Mais comme il n'est pas homme à singer bêtement son maître, et comme, ainsi que le remarque JD, il n'est pas issu du même milieu social que Lévi-Strauss, Bourdieu remarque que les stratégies matrimoniales sont l'occasion de mobilisations de capital, et de pratiques corporelles qui diffèrent beaucoup en fonction du positionnement hiérarchique des candidats au mariage. On a là les prémices de ce qui va être sa théorie de l'habitus et du capital.

Je me souvient qu'il disait au collège de France que la découverte en Kabylie de cet aspect éclairait à ses yeux son vécu social en Béarn et qu'elle le bouleversa très profondément. Il l'a d'ailleurs redit, je crois, dans son livre autobiographique posthume.

Cette sensibilité aux pratiques corporelles et aux inégalités était, disait-il, un moyen d'ancrer le structuralisme de Lévi-Strauss dans la chair, de le sortir de son abstraction de simple jeu d'études conceptuelles de systèmes de signes an-historiques. Il allait l'élaborer théoriquement encore plus par des emprunts à la linguistique pragmatique anglo-saxonne (Austin) qui pouvait déplacer l'intérêt pour le langage de la structure des signes vers les paroles en acte (voir Ce que Parler veut dire publié au début des années 80)

La transposition des études structurales du langage à l'anthropologie (Lévi-Strauss), à la psychanalyse (Lacan), au marxisme (Althusser), exerça une fascination profonde sur la jeunesse des années 60, et donc aussi sur Bourdieu qui avait ce tropisme du Quartier latin (malgré des tendances anti-intellectuelles fortes). Mais comme Bourdieu dut tenter de faire survivre son système aux critiques acerbes du structuralisme (qui apparaissent dans les années 1970), il va prétendre non seulement que son structuralisme est plus ancré dans la chair que celui de Lévi-Strauss, mais aussi qu'il permet de dépasser ce qu'on reproche le plus au structuralisme lévistraussien : son an-historisme. Avec la théorie de l'habitus et des luttes pour la domination symbolique, on peut expliquer, dit Bourdieu, comment on passe d'un système symbolique dans un autre, c'est à dire comment les valeurs dominantes des champs et des espaces sociaux évoluent dans le temps. Ainsi Bourdieu appellera-t-il sa théorie "structuralisme génétique", parce qu'il réintroduit de la genèse (ce qui a aussi quelque chose à voir avec les thèses de Piaget, si je me souviens bien, qui était aussi dans une démarche très "ontogénétique" d'étude des stades d'évolution des schèmes de perception chez le jeune enfant - toute la conception piagetienne et néo-kantienne des schèmes est importée dans la notion d'habitus).

Toute cette construction théorique est extrèmement scolastique et a nourri des débats à n'en plus finir sur l'habitus bourdieusien, ses conditions de formation et d'évolution, débats absolument dépourvus de base empirique évidemment.

Mais on voit bien là la dette à l'égard de Lévi-Strauss.

La dette s'inscrit en positif et en négatif. Je dois dire que je suis très sensible au versant négatif du structuralisme, car il a imprimé un style de réflexion anti-scientifique (sous couvert d'ailleurs de prétention à 'hyperscientificité par moments, Lévi-Strauss proclamant même sa volonté de chercher une mathesis universalis des mythes) qui pollue encore aujourd'hui le débat intellectuel. Le structuralisme repose sur un amour des grandes spéculations gratuites (en ce sens il  a prolongé l'hégélianisme et le marxisme) qui a nui à la pensée du XXème siècle.

En ce moment on m'objecte que Lévi-Strauss a eu le mérite d'abolir l'évolutionnisme raciste qui voyait dans l'homme blanc l'oméga de l'histoire humaine. Je pense que ce travail de conquête de l'universalité du regard par l'ouverture à d'autres peuples avait déjà été entrepris par le maître de Lévi-Strauss (et neveu de Durkheim) Marcel Mauss, qui avait eu le mérite de l'inscrire dans un intérêt empirique pour les pratiques corporelles que le logocentrisme du structuralisme a oblitéré. Et c'est vrai Lévi-Strauss avait un côté grand bourgeois qui l'a fait débuter à la SFIO (comme Mauss), et terminer sa carrière dans une sorte de relativisme conservateur à la Montaigne (sauf que le relativisme de Montaigne était encore subversif au 16 ème siècle, et ne l'était plus au 20 ème) A côté de cela il gardait pas mal de préjugés de sa caste ou de sa culture d'origine, par exemple sur l'Islam.

Des esprits comme Lévi-Strauss, Bourdieu ou Sartre sont des particularités typiquement françaises, des produits de l'aristocratisme intellectuel français. Produits de grandes écoles où le savoir littéraire est sacré, ils se pensent eux-mêmes comme des grands prêtres. Ils puisent dans ce statut l'énergie de réaliser d'immenses synthèses de connaissances diverses cueillies ici et là. Des synthèses qui s'enracinent dans des intuitions originales, mais qui se montent comme de grandes cathédrales systématiques fascinantes, susceptibles de nourrir des exégèses complexes quand on les considère de l'intérieur, mais finalement assez fragiles et biaisées quand on les regarde de l'extérieur.

Trop de système tue le système.
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Anthropologie et socialisme

3 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je viens d'apprendre le décès de Claude Lévi-Strauss, un anthropologue dont l'itinéraire commença à la SFIO comme Mauss et s'acheva dans les colonnes du Figaro. Je n'ai jamais été pas follement enthousiaste de son oeuvre, a recherche de la mathesis universalis dans les mythes des diverses civilisations sous le label du structuralisme fut largement un leurre. Mais elle aura eu le mérite, comme le bourdieusisme pour la sociologie, d'attirer de nombreux esprits brillants vers l'ethnologie.

Juste avant d'apprendre cette nouvelle je venais de faire l'apologie de l'anthropologie dans un mail à un ami qui m'écrivait qu'il faudrait "qu'un ouvrage soit écrit sur le communisme et le rapport au corps, au plaisir et à l'esthétisme plus généralement", "il y a l'homme integral (rappelons-nous que le libre developpement de chacun est la condition du libre developpement de tous), dont on ne saurait à mon avis exclure la dimension "plaisir" " ajoutait-il.

J'avais répondu à ce garçon : " A vrai dire il y a une longue tradition de réflexion sur le rapport au corps développée dans la mouvance du socialisme "utopique" (les fouriéristes par exemple) qui en effet a été occultée par le socialisme autoritaire, surtout par le stalinisme (mais déjà par le léninisme), ce qui n'a toutefois pas empêché à cette réflexion de percer dans le cadre de certaines révolutions. (...) On se souvient de la grande marche nue des femmes à Moscou et à Kiev en 1917 réclamant la liberté sexuelle. Cette marche rejoint plus directement nos interrogations sur le socialisme et le corps car elle était inspirée par Alexandra Kollontai et toute une frange du parti bolchévik qui pensait que le socialisme devait libérer le désir.


Wilhelm Reich père du freudomarxisme a  beaucoup écrit sur la libération sexuelle qui eut lieu en Russie entre 1917 et 1922.  Il y a dans ces réflexions beaucoup de naïveté souvent, mais aussi des choses justes. En outre comme tu le soulignes, il faut penser le rapports aux plaisirs et aux souffrances dans son ensemble, pas seulement sur le volet sexuel.


Il est clair que la pensée politique ne peut faire l'économie d'une anthropologie du corps. Par exemple si le socialisme suédois fut très différent de celui de Cuba ou de celui de la Corée du nord, c'est aussi parce qu'on est à chaque fois dans des schémas de rapport à soi-même et à autrui, des rapports qui se cristallisent dans les gestes du corps, les regards, les sensations, dont on ne peut faire abstraction en partant au niveau des concepts abstraits.


La sociologie s'est ouverte progressivement à la problématique du corps à travers Mauss, Bourdieu, et, plus récemment, l'apport de l'éthologie animale (on apprend à regarder l'humain avec le même regard que celui qu'on porte sur les autres primates). Il faudra bien que cela soit importé dans la réflexion politique à un certain moment.


J'ai écrit dans la revue Commune en 2008 un petit texte sur le socialisme qui présentait celui-ci comme un "fait politique total" ayant vocation aussi à porter une anthropologie du corps. Je suis heureux de voir qu'Arnsperger dont j'ai fait la recension il y a peu (cf http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=11529 ) défende aussi une approche anthropologique de l'option anti-capitaliste. Le changement politique passe par un travail sur les corps. "

 

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Day

2 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Dans le bestiaire de la semaine : le petit normalien en province aigri qui a raté les trains de la réussite universitaire (mais n'est ce pas un oxymore aujourd'hui ?), qui ne publie rien, et qui, la bouche en cul de poule me dit : "pourquoi as-tu décidé de publier encore un livre ? who cares ? et puis soigne le détail, l'écriture notamment !", le vieux tiersmondiste rouge-brun paumé qui après avoir entraîné quelques rêveurs dans ses égarements me traite de "trou du cul", parce que je lui reproche d'avoir forwardé mes mails sans ma permission ("trou du cul" est son insulte favorite, qu'il réserve en général aux journalistes médiatiques), une journaliste de 27 ans (la connerie n'attend pas le nombre des années) qui juge "très déplacé" mon mail lui demandant quand elle entend publier mon interview sur la Transnistrie, il y a aussi le gars qui a menacé le dir cab de ma commune avec un flingue ce matin, et puis encore cette blogueuse qui me balance que son blog "est le plus libre de la blogosphère : la preuve Arte l'a reconnu, ils vont m'interviewer" (ne riez pas, il y a des gens qui pensent comme ça). Au fait, à propos de trou du cul, ma disciple (qui m'énerve tellement que je la renie déjà) me disait jeudi : "la recherche c'est tourner son doigt dans son cul" - c'est beau comme les sciences humaines croient encore en elles mêmes.

Sur le versant lumineux, ma petite interview dans la presse bourgeoise vendredi où je cite pour le fun Kierkegaard à propos du collagène (normal que ça plaise à Neuilly, j'attends les courriers enthouisastes des lectrices), il y a ce groupe d'historiens qui décortique les mémoires de mon grand père sur la guerre d'Espagne pour reconstituer une micro-bataille en Aragon. Il y a des toutes, toutes petites choses. Ca ne tue pas la mélancolie de la fraîcheur automnale, des impasses de la vie personnelle, du midi de la vie. Mais ça existe tout de même.

Un pote me dit  à propos du prix littéraire accordé à Beigbéder : "A ce qu'il raconte dans son bouquin, ses grands-parents étaient propriétaires de la Villa Navarre à Trespoey.Quand il est venu à Pau, il était accompagné et cornaqué par Patrick de Stampa, actuel propriétaire de la villa (qui est devenue un hôtel 4 étoiles) et président de la CCI Pau Béarn et Pays de l'Adour, ancien président du MEDEF et candidat RPR à la mairie de Pau en 2001". Il n'appelait plus à voter Robert Hue. De toute façon, Hue, lui, n'appelle plus non plus à voter Hue non plus et passe au Parti socialiste.

Et Marie N'Daye, c'est quoi ses réseaux à elle qui l'ont conduite chez Gallimard ?
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La gauche anti-impérialiste peut-elle créer une alliance durable avec l'immigration postcoloniale ?

1 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Lors des dernières élections européennes, le Dissident internationaliste m'avait communiqué un sondage d'UAM93 qui donnait un fort potentiel électoral au Front de gauche dans l'électorat musulman pratiquant. Fidèle à ses principes maoïstes il en avait conclu que le PCF devrait se rapprocher des organisations musulmanes (comme l'a fait le maire de Bagnolet par exemple) et abandonner des positions laïcardes islamophobes.

J'ai pensé qu'il y avait du vrai dans son analyse. Mais les réalités de terrain telles que je les découvre en banlieue parisienne me font toucher du doigt toutes les difficultés du projet. D'une part il y a toute une petite bourgeoisie (ou une aristocratie ouvrière) d'origine maghrébine qui a déjà rejoint le Front de gauche (notamment ses structures municipales) et qui est assez laïque de sorte qu'elle n'a pas forcément envie de voir celui-ci se rapprocher d'organisations confessionnelles. Ensuite il y a une grande complexité du positionnement des gens issus de l'immigration qui sont souvent très pragmatiques, et peuvent miser sur plusieurs partis politiques à la fois (à la fois le Front de gauche, le PS, et l'UMP) sans qu'aucune alliance stable puisse être envisagée. Il y a aussi un jeu très complexe dans lequel sont pris les mouvements communautaristes - musulmans, antillais etc - par rapport aux néo-conservateurs (l'UMP, le CRIF).

Des aventuriers comme Soral qui ont flirté avec l'extrême droite pour soi-disant échapper au communautarisme voulu par les néo-conservateurs s'en rendent sans doute compte aujourd'hui. Son frère ennemi Jean Robin le lui a reproché, mais si l'on étudie les liens de Soral avec l'UOIF, et les rapports de l'UOIF avec le CRIF, on voit bien quelle dynamique est en train de happer tous les communautarismes, de sorte que la gauche de la gauche a tout intérêt à rester éloignée de ces spirales.

L'idéal serait de pouvoir travailler avec des structures qui, à la fois prennent en compte la spécificité de la condition des immigrés (le racisme, l'islamophobie etc) non prises en charge par les partis "classiques", et en même temps continuent à cultiver un progressisme universaliste, des structures comme les Indigènes de la République. Mais cela n'est envisageable que si celles-ci ne sont pas de purs groupuscules, et surtout si elles ne s'enferment pas dans un intellectualisme décalé par rapport aux réalités sociales profondes de l'immigration.
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Mazerolle, Jean Gabin et l'Europe

1 Novembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

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Décès de Hamida Ben Sadia

31 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Mes fonctions en banlieue parisienne m'ont conduit cette semaine à être informé très vite du décès de l'écrivaine Hamida Ben Sadia. J'avoue que je ne connaissais pas son oeuvre. Des alternatifs, les Indigènes de la République, Politis et d'autres lui rendent hommage. Dans des mails collectifs que je reçois j'observe qu'une communiste de Seine-Saint-Denis met en cause la façon dont elle fut traitée au cabinet d'un élu du PCF dont elle était la collaboratrice. Voilà un mail qui au moins souligne que le PCF l'employa pendant un certain temps, ce qui est à son honneur. Aucune biographie sur Internet ne le précise. Pour le reste il semble que l'itinéraire de cette personne fût à  l'opposé de celui de Fadela Amera, ce qui la rend d'autant plus intéressante évidemment.

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Mme de Perry à propos de mon livre sur la Transnistrie

28 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

Je lis ce soir l'article de Chloé de Perry, Chargée de mission auprès de la Direction de la Formation de l'Institut des hautes études de défense nationale, sur mon livre sur la Transnistrie dans le numéro 35 de la newsletter de l'IHEDN (septembre 2009). Je trouve plutôt cocasse que cette dame me reproche le peu de scientificité du livre alors même que d'un bout à l'autre du récit j'explique pourquoi dans ce type de mission la scientificité était impossible. La jeune Mme de Perry me donne néanmoins acte d'avoir voulu être le plus objectif possible. Elle juge "inintéressants" les détails sur l'ambiance de la mission d'enquête (tout dépend des points de vues, peut-être Mme de Perry est-elle familière des voyages officiels mais ce n'est pas le cas de tout le monde). Cependant elle trouve l'ouvrage utile malgré tout. Je n'en demande pas plus. Je n'ai cessé de dire que ce n'était qu'un petit témoignage sans prétention, comme je voudrais que le fussent beaucoup de reportages de la grande presse dont l'ambition à conclure, sur un ton péremptoire, à tout propos excède le plus souvent les moyens matériels et intellectuels dont ils disposent.

FD
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Transnistrie - Voyage officiel au pays des derniers Soviets
[Transnistria - Official Trip to the Country of the Last Soviets]
Frédéric Delorca

Éditions du Cygne, Paris, 2009, 108p.


While much is said these days of Ossetian and Abkhazian independence, supported by Russia, other Eastern European regions who have also sought to succeed from the state where they found themselves after the fall of the USSR have been somewhat forgotten.


Responding to an e-mail inviting him to join an observation mission in the “troubled zones” of the former USSR for the Russian NGO Trans European Dialogue, Frédéric Delorca went to the Pridnestrovian Moldavian Republic or Transnistria, in July 2007 to see whether life in this region corresponded to Western clichés or not in his view.
Frédéric Delorca relates these few days spent in Pridnestrovia - the Russian name for Transnistria - in his book Transnistrie - Voyage officiel au pays des derniers Soviets, which has just been published by Éditions du Cygne. An analysis that incites a certain curiosity regarding the strange situation of this small self-proclaimed republic, stuck between Ukraine and Moldavia, where Soviet culture remains visible and Russian influence is particularly acute.


An actual travel log, accompanied by pictures, recounted visits, meetings, and the author’s impressions day by day; this work rich in experience is nevertheless disappointing with its descriptive character, profuse details without interest, and difficult writing style. While it is true that the purpose of this book is to show the reality of the situation observed in Pridnestrovia, it would have been better for the author to get to the point, that he stick to the essentials of his trip, and on the whole be more coherent. However, the story is no doubt an image of the slowness and incoherence of Frédéric Delorca’s trip. It simply follows the astonishment and incomprehension that he feels in the face of visits and encounters that he was not necessarily expecting as part of his observation mission.


It is only at the end, in the Appendices, that we get all the pertinent information regarding Pridnestrovia’s situation... and suddenly it all accelerates. The author provides us with a condensed version of his observations regarding the economy, social rights, democracy, inter-cultural relations, international relations, and the progress of the rule of law in the Pridnestrovian Moldavian Republic. It would, no doubt, have been preferable that this information be revealed throughout the book, in a more balanced fashion, in order to better retain our attention. Nevertheless we acknowledge that the author has chosen to begin by objectively painting, and with no prior judgments, what he experienced, before drawing more general conclusions. If we leave aside the details and considerations often devoid of interest regarding the mission performed, we pick up some particularly rich passages that paint us an interesting picture of the actual situation in Pridnestrovia.


Over the course of encounters arranged by the NGO, we discover Pridnestrovian institutions:

  • the president of the Constitutional Court, established in 2002 (p. 29)
  • the Republic’s mediator, who, despite his birth in Russia, feels at home here since “the land belongs to the one who works it, doesn’t it? And then, I am always at home in the former USSR.” (p.30)
  • the chairman of the electoral commission, convinced of the electoral system’s perfectly democratic nature (p. 32)
  • Vice-president Korolyov who, regarding conserving Lenin’s statues, responds “they will not topple the symbols of the past... Pridnestrovia finds its cohesion in adhering to the past, the Leninist period as well as the previous period...” he adds “on an ambiguous note that Pridnestrovia [is] the only country that has not succeeded from the USSR.” (p.47-48)
  • the Chairman of the Foreign Affairs Committee in the single-chamber Parliament (Supreme Soviet) who explains that “land [is] still nationalized and it [is] leased to collectives and farmers for 99 years.” (p. 67)
  • The Chamber of Commerce and Industry and major actors in local industry, whose statements do not allow for drawing a conclusion on whether the economy is privatized or still nationalized. “We were told of ‘public limited companies’ then they said they were ‘public.’” (p. 49) Moreover, a representative of the Sheriff group, who owns “the soccer stadium, the soccer team, stores, gas distribution, banks” (p. 45) states that the group “contributes 15% of the state’s budget” without knowing how that is calculated bemoans the author (p. 50). While visiting the Sheriff stadium, the interpreter reveals that according to a Central Bank official: “Sheriff grew with the support of [President] Smirnov’s son who, with the police’s complicity, benefits from various trafficking and then bought a large part of the Pridnestrovian economy. Today its future depends on the debt contracted with Gazprom...” (p. 73)
  • a Russian Bishop, who tells Frédéric Delorca that the links between the Orthodox Church and the political powers remain strong. (p.64)

As for the tours organized by the NGO, they are, as the author and his companions are astonished to note in the beginning, very far removed from their mission. Indeed, how can tours of the Pridnestrovian History Museum, memorials, and a cognac production plant help understand the situation in the country? It was only after a firm discussion that observation mission members were allowed to meet ordinary people. In spite of everything it turned out to be difficult. When they finally approached, impromptu, people in the street, the author noted that “we did not perceive any particular tension in the lives of these people.”The very Soviet welcoming committee we had been subject to did not seem to have been hiding anything shameful.” (p.54)


It seems that, in spite of everything, they seek to counter Western lies that circulate regarding Transnistria by having them tour the airport - whose runway was sprinkled with weeds but where closed doors could mean airplanes had been hidden (p. 59) -, the company Elektromach - effectively showed no connection to the armaments industry (p. 60) and the militia (police) museum - designed to prove that drug trafficking was easily neutralized (p.72).

It must be said that Pridnestrovian authorities have difficulty in getting the information they want to Westerners. As evidenced in the remark of a journalist member of the observation mission: “They do not know how to be direct and summarize. [...] They are shooting themselves in the foot with that, even if their arguments are valid. Because they are competing against American agencies that produce “readymade” information, quick and easy for journalists.” (p.60)

A remark which is no doubt behind Frédéric Delorca’s desire to write this book. From his reports of his visits in Tiraspol, we come away with the image of a developed country, modern, clean, where passers-by say they don’t fear persecution or discrimination should they be unified with Moldavia (p. 72). However, the majority of Pridnestrovian authorities continuously recount the 1992 conflict. Moldavian nationalists had launched an attack against Pridnestrovia, Ukrainian land attached to Moldavia by Stalin in 1939, in order to require Ukrainians and Russians to speak Moldavian and impose the Latin alphabet on the Moldavian language (p. 30). However, with the support of the Russian army, they were able to defend their own culture and progressively organize their state, whose independentist constitution was promulgated in 1995. A state nevertheless hindered by the absence of official recognition at the international level, bemoaned by the Pridnestrovian authorities and entrepreneurs.


In the end, while the story is somewhat flat and not very scientific, it is not devoid of interest and has the merit of presenting Pridnestrovia’s current characteristics objectively. An apparently viable country and which is removed, according to Frédéric Delorca, from the Western view of it. In the face of all these potential riches, we only saw that the myth of the rebel-state living on drug trafficking that circulated in the Western press did not stand up to scrutiny. I looked again at the map of Pridnestrovia, which I now think of as a sort of industrial island between Western Ukraine and rural Moldavia. [...] successful successions always start in rich regions, without which they are not viable on the long term.” (p.51-52).

Chloé de PERRY,
Responsible for university relations, training department

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Médisances

28 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Par trois fois j'ai tenté sur Facebook d'intégrer le réseau d'amis (900 personnes) de Sahra Wagenknecht sur Facebook mais en vain. Pourquoi ? Le Dissident internationaliste suppose que quelqu'un se sera chargé de lui dire du mal de moi. Mais qui et pourquoi ? J'ai posé la question à l'intéressée (ou plus probablement à son assistant parlementaire qui gère sans doute sa page Facebook. En vain. J'ai fait le tour des sites Internet. Je n'y ai pas trouvé de proos hostiles à mes textes. Peut-être en un sens mon manque de notoriété me protège-t-il. Si l'on médit sur moi, c'est sans doute sous cape. A la différence de ce qui arrive à Bricmont que je vois empêtré dans des polémiques dont bien des sites d'extrême-gauche se font l'écho. Polémiques habituelles, dont il ne se sort pas terriblement bien, je trouve. On touche un peu aux limites du voltairisme. J'en reparlerai à l'occasion.

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Bouddhisme et socialisme

26 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je n'adhère pas aux spéculations religieuses, mais je peux éprouver une compréhension chargée de sympathie pour ceux qui les embrassent. En tout cas de l'intérêt intellectuel, et il n'y a pas de bonne analyse intellectuelle sans une petite dose d'empathie.

Il y a peu je côtoyais une ex-communiste italienne qui s'est convertie au bouddhisme aux Etats-Unis. Je crois que le bouddhisme est une sensibilité qu'apprécie une part de la gauche altermondialiste.

Je lisais ce matin un portrait touchant que Marcel Conche dans Nietzsche et le bouddhisme (p. 26) fait de Philip Mainländer - Batz de son vrai nom, mort suicidé par pendaison à 35 ans en 1876, le jour où il reçut de son éditeur le premier exemplaire de son ouvrage "Die Philosophie der Erlösung". Conche précise "Il était sensibilisé au bouddhisme non seulement par ses lectures, mais aussi pour une raison personnelle : son frère ainé, mort à vingt-quatre ans, s'était pris en Inde d'enthousiasme pour la Sagesse de Bouddha." Et il ajoute "Mainläder était une nature généreuse et un ardent socialiste". Jusqu'ici je ne connaissais de la synthèse Schopenhauer-Bouddha-socialisme que le jeune Wagner. Apparemment Mainländer a influencé l'entourage de Lou Andrea Salomé, entre autre.

Conche rappelle que Nietzsche pensait que notre époque (la fin du 19 ème siècle) pouvait être propice à une forme de christianisme aristocratique qu'il indentifiait au bouddhisme (au passage on découvre les conneries de Nietzsche sur les origines esclaves des sémites). Je trouve peu de choses sur Philip Mainländer sur Internet.Il est juste signalé comme un des théoriciens du suicide.

On ne travaille pas assez sur cette gauche allemande du dernier quart du 19 ème siècle.

Peut-être avec le recul du léninisme et cette obsession de la "PACE" des altermondialistes de notre décennie une partie des anti-impérialistes renouent-ils sans le savoir avec ce geste bouddhiste des socialistes allemands des années 1870-1880. Ce serait à creuser
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